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Full text of "Spatial analysis of childhood mortality in West Africa"

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% Is 



REPERTOIRE 



DK.S 



CONNAISSANCES USUELLES 



nSTE DES AUTEURS QUI ONT CONTRIBUfi A LA REDACTION 

DU 9« VOLUME DE CETTE EDITION. 



MM. 
Ariaod, insp. gto. de I'euieign. prim. 
Aabert de Vitry. 

Andim>el(FI.)- 

Ballancbe, d« TAcad. franqaise. 

Bandevllle (Fabb^ % 

B«rdlii ( le g<SD^ral ). 

Barr«9 ( £douard). 

■artlieieiiiy (I'abb^ J.). 

Bawr(Mad*de). 

Mllol. 

BiMlln(Mad«Caiuillc). 

Bollard. 

Bordat'DemoollD. 

Bor«aa (Victor). 

BOBCliluC (H.)> recteur 4 PAcadtaiie 

d'Eure-et-Loir. 
Bonlllec, anden proTlseur. 
Bourdon (D' Isid.), de I'Acad. de inMedDe. 
Boys de Loary (D^). 
Bradl (oomtease de). 
BreiOD, de la Gautie <Ui Minauiux* 
Briclicieaa (IF.). 
BrtfTaBK (Eugtoe). 
Brunei (Guauve), 4 Bordeaux. 
CamC (cointie Louis de). 
Gastelnan (IF. U. de). 
CaaUI-Blaxe. 
Gliakrol (i^. de). 



Gbarbonnler (D'). 

Cliaslei (Philaittc), prafessenr aa College 

de France. 
Ghanvel. 
GIbrarlo (Louis), de I'Acad. des sdeoces 

de Turin, 
GlennonC (N.). 
CSolln. 

Qolomkat, de Vltkit (Docteur). * 
Goapin (A.). 
qrakowSU (Michel). 
Danjon (F.). 
Darronx (Victor). 
Delbare (Tb.). 
Deieclnse (B.-J.). 
Dcletcre (J.-B.). 
Denne-Baron. 
Deadoxeaaz (Ernest) • anden secrtoJre 

g6n6ra1 du minlst^ de la Justice. 

Des Oenevex. 

^Hikard, anden procureur g^n^ral. 
Da Bols (Loots), anden sous-pr^fet. 
Dachesne (atn6), conserraieur de la Bi- 

blioib^oe impMale. 
Doekeii (W.-A.). 
Dafcy (d« TYonne). 



MM. 
DnUeaz (L.}. 
Damas (J.-B.), de TAcad^mie des sden- 

ces. 
Danalme (Emile). 
Do Bosoir (Charles). 
FaTe(L), oflQder d*ordonnance de I'Em- 

pereur. 
Fayo (Fr6d^ric). 
Ferry, anden examlnsteur A l*Ecole poly- 

technique. 
Flaaffcrgaes (Pauline). 
Fondrelon(D'.). 
Forffci(D'.]. 
FossaU (IF). 
Franfals de Nantes (comte), anden pair 

de France. 
Foamier (^ooanl). 
Fresse-Monlval (Alphonse;. 
Gallols (Napoldoo). 
Gaaben (IF. Paul). 
Gaaliler de Glaabry. 
Genevay (A.). 

Golbery (P. de), anden procureur ^t%\^n\ . 
Gonpll (IF. Augusts^. 
Galxot iF.), de l*Acad«nile fran^alse. 
Hairy (F.). 
Herieoart(A.d'). 
Haffiiler (D'.}. 
Hnsson (Augusts). 
lanin (Jules). 
JoncMres ()L). 
laMaal (Achille). 
K«rairy (de). 

Laloe, anc gtodalogiste des ordresdu Rol. 
Laaglcr (Adolphe). 
Laurent (IF. L.), anc chlrurgien en chef 

dc la marine. 
Laareotle. 
Lavlgne (B.). 
Ledae. 

Leftbore (L.). 
Lemolne (£doaard^ 
Lemonnler (Charles). 
Lenevenx (Elise). 
Leroax de Llocy. 
Leverrler, de I* Acad, des sdeiices. 

Loavel (L.) . 

Mac-GarlBy (Oscar). 

Hanno (Baron Joseph), de l*AcadtaUe des 

sdenoes de Turin. 
llantx(Paul). 
Marmler (X.). 
Mariln (Henri). 
Manitt (P.-J.). 
Ilalles. 



MM. 

Maassloa (Mme. de). 

Meriieax (Ed). 

Merlin. 

Mlllln, de I'lnsUtOL 

Moieon (V. de). 

Mojiglave (Bug. G. de). 

Monk (S.), dels Blbliotbique imp^riale^ 

NIboyet (Bugtoie). 

Rlsard (Mslri), de l*Acad. fran^alse. 

Blsard (Charles). 

Ilodler (Charles), de I'Acadtaiie fran^se 

Nonrlns (J. de). 

Odolanl-Desnos. 

Olivier (G.). 

OrUgne (I.-D*). 

Oarry. 

Paffle (C.-M.), proCesaeur de pliilosopbie. 

Page (Th.), capitjune de Taisseau. 

Paillard CAuguste). 

FaaCei (Jules). 

Pee^aeor (C). 

Felilasier. 

Feloaie p^. 

Pongervllle, de TAcad^mie fran^aise. 

Belffenberg (baron de). 

BleBer (E.). 

BlensI (G. L. IX de). 

Blganil (H.). 

Boland (Paulias). 

Bomey (Charles). 

Saint- Amoar (Jules). 

Salnt-Frosper. 

Salnt-Frospcr jenne. 

Sandras (D'.). 

Saacerotte (IF)« A Lnn^Yllle. 

Savagaer (A.)b 

Say (J.-B.), de Tlnsiilut. 

S«diU0C. 

Sleard. 

TeyssMre. 

Tiby (Paul). 

TIssot, de TAcadfoile Ann^ise. 

Toliard aln£. 

Trlgoat (Th.). 

Yatase (Lfoo). 

Yaadoneoarl (le g6n<ral G. de). 

Yaaiabelle (Achille de), anden ministrr 

de innstroctloo pubUqoe. 
Telpcan, de PAcad. des sdences. 
YIennec , de PAcadteiie fkraaQUss. 



Tirey (J. -J.). 

Volarl (^Use). 

Walcbenaer (Baron), de rinsUtut. 

Wollls , de la Catelte det tribunaHJC, 



1'yiHigrapbiu Finnin Didot. — Mesnil (Eure). 



DICTIONNAIRE 



DE LA 



CONVERSATION 

ET DE LA LECTURE 

INYENTAIRE RAISONNfi DES NOTIONS G£N£RALES LES PLUS INDISPENSABLES A TOUS 

PAK UNE m\m DE SAYANTS ET DE GENS DE LEHKES 

sous LA DIRECTION DE M. W. DUCKETT 



Seconde edition 



ENTliBBMENT BBFONDUB 
CORBMS^fi, ET 4UGHBIITtE DB PLU8IBUBS HILLIERS D'ABTICLEB TOOT D'ACTOALITi 



Celui qui Toit tout abr^e tout. 

MOHTBSQUIEU. 



TOME NEUVlfeME 



PARIS 



LlBRAlftlE DE FIRMIN DIDOT FRtlRES, FILS ET G" 

IMPRIHEURS DB L'lNSTmrr DE PRANCE 

ROE JACOB, SS 



M DCCC LXXIII 



.055 



9 



Los lecteurs sont pr^venus que tous les mots cspaces (Inns le texte couranl (par 
exemple : Transsubstantiation, Immortalile, Cesar) sonl I'objet d'articies 
sp^ciaui dans le Dictionnaire, ei constituent d^ lors autant (le renvois a consulter. 



'^ """^'^ ^ " ^'^DICTIONNAIRE 



DE 



LA CONVERSATTOJN 



ET DE LA LECTURE. 



fiSPAGNOLE ( Langue ). Les habitanto aborigtoes 
de rEBpagne, au inidi les Ib^riens et au nord les Canta- 
bna, parlaient peut-Mre iine langoe de la (limiUede celle 
dct C e 1 1 es ; en toot cas, lis se m^Uuigirent de bonne heore 
avec des peuplades celtes, et fiirent dte lort ddsign^ sous 
le DOfu de CeltUtMens. Lear principale demeure 6tait duis 
la eontrte qu*on appello aujoordtiui TAragon, le bassin de 
l*i;bfe. Mais ee qu'il y avait de national et de particulier 
dans lear langoe dlsparnt presqoe complMeindit ao mllleo 
des oonqu^tes et des fanmigrations romano-germaines. Ce fiit 
senlement k rexti^mit^ nord-ouest de TEspagne, aux abords 
des Pyrtote, qoe qoelqaes tribos cantabres porent se main- 
tenlr et prot^er jascpfli on certain point leurs mosors et 
knr langoe contra tout mtiange stranger. (Test d'eox que 
descendeot les Basques, qni oot conserve en partie la 
langoe de leors p^res, k laqodle Us donnent le nom d*e5- 
Cttoro, niais qoe les strangers dMgnent sous le nom de 
Uaiffue basque f de mtaie qa*IU nomment provinces bas- 
ques les trois proyinces od on la parie encore aujoord^hui. 
Tootefoia, \k aussi, le basque a didiu josqo*li ne pins 6tre 
qu'on dialecte popolaire; et voil^ d^jii Men longtemps 
que toot ce qoi dans oes contrte appartient k la classe 
instroite et ^dairte parie Fespagnol. 11 en est rtolt^qo'une 
litt^ratore proprementdite n'a jamais po sed^velopper dans 
cette langoe. On ne connalt qu'an petit nombre de frag- 
ments de ebants populalres datant des andens temps, et 
la bante antiqait^ qo*OB leor assigne nous paralt fort sus- 
pecte. Tootefois, I'andenne langue basque s^est conserve 
dans quelqoes noms de lieux ; et aojourd^ui encore le 
people acoompagne ses danses nallonales de chants en 
eseuara. Qodqnes tentatiTes ont 4X6 feites par des Basques, 
qui ayaient d^ailleors plos de patriotisme que de discer- 
nement critique, poor reoonstruire grammaticalement tear 
langoe nationale, poor Pinventorier lexicologiqaement et 
^ymologlquement, de mtaie que pour recueillir des chants 
populatres basques. Consaltes k cet ^rd le catalogue des 
moto basques dans les Reeherehes sur les habUants pri- 
mitifsderSspagne,^U. A. de Humboldt (Berlin, 1821 ) ; 
In grammaire basque pidiUte par Zarramendi, sons le titre 
de : SI imposible Veneido ( Salamanqne , 1729 ) et le 
IMctionnaire hispano-basqoe do mtaie auteur (Saint-S^haa- 
tien, 174^); Astartoa, Apologia del Bascuense (Ma- 
drid, 1803 ); J.- J. de Iztueta, iSuipuzeoaeo Dantsa Gogo- 
angwniim Condahra^ c^est-li-dire Histoire des andennes 
Iianses do Goipuzcoa, et R^es pour les bien eitoter et 
chanter en Ters ( Satot-S^bastien, 1824 ); Snsealdun an- 

HOT. DB U COgfEBM, — T. I&. 



cinaeo ta ara ledabicico elorquien , Collection de Clianl^; 
basques nationaux(Saint-S^bastieo, 1826)* 

II n'y a comparatiyement qu*an nombre fort restrdnt do 
mots (Forigine basque dans la langue espagnole aduello. 
Comma toutes les langues n^romanes, die eut pour point 
de d^rt la lingua romana rustica. En elTet, en d6- 
pit de leur defense opiniAtre, les Romahis ayaient telUv 
ment subjogu^ et romanis6 les habitants de la Ptoinsule, 
que de tous les proyindaox les Espagnols furent cetix 
qui par leurs mceurs et par leur langage se rapproch^rent 
le plus des yainqueurs. Us en yinrent mtoie jusqu'li riyn- 
liser ayec eux dans ce qui dtait du domaine des lettre^, et 
plosieors des meilleurs empereurs qu*ait eus Rome ^talent 
n^ en Espagne. Mais ind^pendamment de la langue ro- 
maine terite ( merino urbanus ), 11 8*^tait Element form^ 
en Espagne une langue des rapports sodaux, one langue 
populaire, compost de proyincialismesparticullersydeyenue 
de plus en plus la seule en usage , la seule g6n6ralenienl 
comprise , quand , k la suite de la dtoidence de Tem- 
pire et de Tinyadon des trilras germabies, les rdation^ 
politiques et litt^raires ayec Rome ailment se rdAchant 
diaque jour dayantage ; d'oh il rfeulta aussi en Espagne 
que la langue synth^que ^crite deyint pen k peu une langnn 
purement sayante, puis enfin une langue morte, dont 
quelques parties seulement se consery^rent dans le dialecte 
analyUqne et plus commode du penple. Ce dialecte, les Yi* 
sigoths qui succ4d^rent aux Romains dans la domination 
de TEspagne, Tadopt^nt et se Tappropri^rent d bien, sur- 
tout quand ill eorent abandonn^ I'arianisme pour le catho- 
licisme latin, quils oubliirent leur langue matemelle, dont 
ils ne consery^ent et ne naturalis^rent dans le romanzo- 
espagnol que les mots indlspensj^bles pour d^igner les ins- 
titutions politiques et militdres qui leur ^taient propres, 
ou ceux qui manquaient k la langue romaine ayec les 
idto quMls repr6sentaient, par example, les mots seryant 
k d^si^ner les difCftrents details du mtoinisme de laoonsti- 
tulion fiMale, ou de Torganisation jodidaire et militairc 
des Germains, les armes, etc Le romonso-espagnol, form^ 
compl^tement d'^l^ments romains et enrichi seulement d*un 
petit nombre de mots germains, re^ut de nouyelles additions 
des Arabes, contre lesquds les Hispano-Goths dorent hitter 
pour la pcMsession du sol pendant prte de bait cents ana. 
Mais les Arabes ne oontribu^rent k enrichlr la langoe qoe 
determes relatirs lirindostrie, aoxsdenceB,ao commerce* 
etc; peut-^tre bien ausd en modifi^rent-ils la pronon- 
dation, corome TasinratloB de certaines lettres, 6^]\ coni- 



:/ 



feSPACWOLE 



n.tnc4» par les Goths, mus d'aatonn eliAiigpr eMentidto- 

iiMrnt la constracHon orgmiiqiieet ^mologiqoe de la langne. 

Kn eflel^ quoique oea dKnMBb Mtdrogtees arrlTte directe- 

ment o^ indirectenMOt du pikbiiden, de Pbdireo et do srec 

dam le iiofieaiiso-«i|Nigpol, sembleat j derofar ftdre domi- 

ner, i la dilMranee de rttalieo, les origioes ^trtngtevs beau- 

coT/p pias qae les originet latlnes, cette inflaenee dtraog^re 

w, t'^tend pourtant qa^k la prononctationeti la Taleur des 

r iioU. Quant k la formation et k Vinflekion de oea mtoies motB, 

dies aoDt rest^ toutes romanes dans cette langne si sonore, 

et plus rapprodites do latin que lltalien m^me. Les plus 

andennes traces Rentes dePespagnol adud se trouTent dans 

les Ori^ines d*l8idore de S^fille. 

Le dialecte castillan paralt s'^tre dev^ le premier k T^tat 
de langue 6crite, comme on peut le Toir dans le Poema del 
Cidf qui date du milieu da douzi^e dtele, ddans le Fuero 
Jtago ( la mdlleure Mitlon est celle qa*en a donnte en 1815 
TAcadtaiie de Madrid) , code des Vhigoths traduit en langue 
▼ulgaire, etc. Les CastillansdantderenaslecGBurdrditedela 
nation, d lenr litt^ture ayant pris le d^vdoppement le plus 
populaire, leur didecte arrlva ausd k 6tre le plus r4|)andu , 
et finit mtaie par Atre la seule langne torite de I'Espagne^ d*oii 
U r^ulta que le nom decedialecte^ulTalotli cdui de langue 
espagnole, d que ses progrte nlt^rienrs colndd^rant avec 
€eux de la litt^rature nationale des Espagnols. 

Antonio de Lebrija ( 1493) donna le premier nne gram- 
naire et un dictionnaire de la langue espagnole, laqadle 
ne reconnatt aujonrd^bui d'aotre autorit^ que TAcadtoiie 
espagnole, dont la gramnudre et le dictionndre , publics 
ieulement en 1 770, ont obtenn depuis de nombreuses Mitions. 
Le dictionndre de T Academic ad^ Tobjet d'une Toulede cor- 
rections d d'additlons de la part de Sdfa , it qui on doit 
•nssi la meilleare grammdre espagnole qui ex isle. £n Idt 
de grammaires oil la langue soit traits au point de tub 
hlstorique, Tessd le plus satisfalsant qui ait ^t^ publid jus- 
qn'^cejour est la Grammaire des langues romanes deDiez 
(en dleinand). Ck>varrubias (1674) et Cabrera (1837) ont public 
des Basais de dictionnaire ^tymologique de la langue ; Huerto, 
one Synonymic (Ydence, 1811); et TAcad^roie espagnole a 
donii^ un traits particulierd'OrUiograpbe qui fait autorit^. La 
NomeneUUura geografiea de Sspana, de Firmin Cabdiero 
(1884), conUent de prteieuses remarques dymologiques. 

La langue espagnole, qui joint la force et la noblesse k 
lliarmottie et k la richesse de Toydies de Titalten^ et la net- 
tet^ , la dart^, Tdastidt^ du Ihm^ais k une remarquable 
proprid^ d'expressions po^tiques, qui possMe la douceur et 
la grAce du portogais, sans en avoir les d^gr^bles inflexions 
nazdes et sifllottantes, s^est r^pandue dans plus de la moiti^ 
du nonreau mondeii la suite de laconqufite deTAm^rique du 
Sud par les Espagnols. Toutefols, ind6pendamment de cette 
langue espagnole, on pour roieux dire castillane , ii existe 
encore en Espagne denx didectes principaux : le galicien, 
qui a beaiicoup de rapports aTeo le portugais, et le Catalan 
parld aussi dans le royaume de Valence, lequel ofTre beau- 
coup de resseroblance avec le dialecte proTcn^d. L^un et 
I'atitre possMeut une litt^rature particuliire. 

ESPAGNOLE (Litt^rature). Dans sa, premih-e pi- 
riode , c'est-k-dire depuis les premieres orations en ro- 
manso-castiUan jusqu'au r^gne de Jean II de Castille, )a 
litt^rature espagnole fut surtout ^pique et didactique, et, plus 
qne toute autre peut-^tre, die conGrme la y^rit^ de cet 
axlome d'histoire litt^raire, que partoutia po^ie populaire 
pr^c^ la po^ie dev^ k T^tat d*art, de ro^e que par- 
tout aussi la po^e ^pique ou lyrico-^pique pr^c^a la podsie 
pniement lyrique. En effet, bien que leplus ancien monu- 
ment de la lltt^rature espagnole parvenu jusqu'ii nous, le 
Poema del Cid, qui date de la moiti^ du doudtoie sitele, 
apparttame 64^ k la pofeie rafting , d bien que, en ce qui 
ed de la forme, ce soit une imitation encore un peu gros- 
sly de la chanson de geste frao^aise, on ne saurait ro6- 
connattra ce qo*dle a d^essentidlement populdre, d dans le 
dioix du so^ et dans la glorification du li^ros reprdsentant 



par ekcellence du curact^re national, enlla joaqne dans h 
forme, oil , mdgrtf rimHatlon ndve de Tdranger, apparatt 
toqionrs la forme populdre d nationde des rdmoitces; ce 
qui ettt d^ impossible sMl n'y avait pas en d^i wm potsie 
populdre trto-d^vdoppte. Nous ignorons qudles ponvdent 
en dre les formes, de mtoe que nous D*en possMons point 
de monuments fort anciens; car des siteles s'^ul^rent pen- 
dant lesquds dlen*exista que dans la bonche du peuple, tou- 
joors riyeunie de gditetien en gyration i d en nefongea 
k en recudlltr les monuments que lorsque la poMe, plus raf- 
fin4e d passte a Tdatd^art, Jugea ces chants ponulaires di- 
gnes de son attention , c*est-k-dire au coinmeitDement do 
sdzitoie sitele. Cependant, de ces productions postdieures, 
de ces ronumees devenues d cddnres, il est permis dlnl^er 
que la plus andenne poMe popnUire espagnole avdt un ca- 
ractire lyrioo-^ique, d que sa forme primitive diffdrdt peu 
de ce <|u'dle est anJourdUmi. O^ peut afBrmer que ses plus 
andennes productions ddent des diants lyrioo-^ques de 
la nature des ronuiiices , dans lesquds le gdiie national 
cherdiait k se manlfester, tant6t dans la personniOcation du 
caract^ national , dans des h^ros tenant autant de la 1^ 
gende que de Thistoire, par exemple dans Bernardo del 
Carpio, dans leCid, dans Feman Gonzalcii, premier comte 
de Castillo; tant^^t dans Texposition idtelisee et Idgendaire 
des ^vtoements les plus importants de lliistoire nationale, 
pv exemple la mine de rempire des Goths par suite de la 
Mblesse du roi Rodench , les guerres contre les Ifaores 
pour la possession du sol d pour I'eiustenoe nationde die- 
mdne, les luttes intestines des partis, etc. Quant k de poren 
dpop^ telles que cdlesdes Indiens, des Grecs, des Ger- 
mains, ou roemetdles que les chansons de geste des Fran- 
fds, les Espagnols ne ponvdent point en avoir, paroe qu'ils 
n'daient point une nation primitive, paroe qu*fl n'y avait 
point de continuity dans leiurs mythes primitifs, parce que 
iorsqu'ils se oonstitu^rent en nation eepagn o te propremeni 
dite (aprte la conqu^te de la Pdninsule par les^habitants des 
Asturies an ddriment des Arabes), ils v^rent tout de 
suite dans Tactnalit^ d la rtelitd histonques, d qu'U leur 
fut d^sorroais impossible de jouir de ce calme qui seul per- 
md de remonter ^iquement le cours des siMes; enfin, 
parce que, divis6i pendant longtemps en petits £tats et en 
intdr6ts diCE^rents, ils ne porent pas m^me, comme les Fran- 
cis, trottver un centre ^pique dans une monardiie univer- 
selle. VoUk ce qui (ait que les Espagnols n'ont pas plus de 
contes populdres,proprement dits que d'^popdes naUondes, 
mais aeulement des traditions d des Idgendes populaires, ou 
des chants popnldres tenant tout k la fois de la l^ende et 
de Thistoire. Cost aussi sur cette base populaire que se 
ddvdoppa leur podsie d'art ou raffinde, d seuleraent encore 
sous rinfluence des iddes qui avaient gdidiilement cours en 
ce temps-lit, c'est-k-dire sous i'influence des iddes cbeva- 
leresques d rdigieuses. Ced aind qu'inddpendamment de 
ce poeme moitid Ugendaire moitid hjstorique que nous avons 
d^jk mentionnd, Bl Cid, les plus anciennes productions de 
cette poddesontles Idgendesde saints dde la Vierge Marie du 
prdtre Gonido deBerceo, les Idgendes de Marie r£gyptienne 
et des Trois Rois Mages ( treiddme dtele ), les podmes cheva- 
leresques d*Alexandre le Grand de Juan Lorenxo de Segura, 
des Yotos del Pavon (Vopux des Paons), d*Apollonius de 
Tyr (encore du trdzidne sidde), et le podmede Conde 
Feman Gontalo, qui date du quatorddme si^e, dqui ddj^ 
alTede davantage la forme des Cihroniqucs. Sans donte dans 
tons ces po&nes Tinfluenre de la podsie latine d'dglise du 
moyen 8ge d d^ la podsie chev^esque fran^aise apparatt 
visible, d pour ee qui e^tdu dioix des sujets d pour ce quft 
est de la forme; mais du moins on n*y aper^oit point la 
moindre trace de rinfluence arabe, et le cdoris en est es- 
sentiellement nationd. Ces poemes sent composes tant6t 
en filropbesd*alexandrins monorimes, k IMnstar des ,poemes. 
franfais, tant6t dans le fbythme fondamentd et national 
den redoodilles. 
On peut encore attdbuar au quatocddne dtele la com- 



ESPAGINOLB 

fpofitioii de eet longueB romances^ de nature ^pique, dont 
Cliarlemagne ef ms paladins sonde snjet^ etqui, en ce qui est 
du fond et mtoie de la forme, proYiennent peat dtre.bien 
des relations que les joglares espagnola avi^nt aTec les 
jongleurs du midi de la France. Les romances de Joglares 
different encore essentiellement de tootes les autrea dans 
leur forme actuelle, et en toua , cas constituent les monu- 
ments les plus anciens de la poesie populaire espagnole, les 
premiers du moins auxqneU on ait pris garde. 

Aprte les pofimes populaires plus ou moins piques, na- 
quit, sous rinfluence surtout d'A 1 p li o n s e X de CasUlle on le 
Sage, nne po^ie savante et didactique, une po^e par- 
venue enfin k r^tatd^art. En effet, AJphonse, qui r^nnissait 
^ sa eour des /rovocfores de Galioa et de ProTence, et jus- 
qu'k dee saTants joifs etarabes, Alphonse, qui lui-m6me cul- 
tiya les sciences cabalistiques, PastFonomie, de m6me quil 
compose aussl qnelques po^es de cour, ne flit pas settle- 
ment le pretecteur des sdenceB, des saTants et des partes , 
3*1 exer^ encore sor la dTilisation de son people et sur le 
d^Teloppement de la litt^ratnre nationale desCastillans ime 
influence autrement pulssante, par le zdle arec lequel il 
ft*employa pour qu*on cultiT&t la langue du pays et pour 
qu^on l*appliqoAt aux sciences et k la po^ie. Par ses or- 
dres et ayec sa cooptotion, les lois du pays forent r^ig^es 
dans la langue nationale, qui rempla^ d^sormais la langue 
latine comma langue judiciaire. La plus cdl^re de ces col- 
lections porte le titre de : Las stele Partidas ( dernl&re 
Edition; Paris, 1^^7 J ; fliaut mentionner ensuite le Fuero 
raai (meilleure ^dman; Madrid 17B1 ). L'Acad^ie espa- 
gnole a public ses autres cBuyres de Jurisprudence sous le 
litre de : Opusculos legales del rey Alonso el Sabio ; 
( Madrid, 1836 ). Par ordre d'Alphonse et sous sa direction, 
on compoea en langue espagnole, d'aprte des ouvraged 
latins, une clironique universelle et une biatoire des croi- 
sades; le premier de oes oufrages est reste manuscrit, 
le second a dt^ imprim^ sous le Utre de la gran Con- 
quista de Ultramar (Salamanque, 1503 ). Ce prince fit 
en outre rMiger en langue nationale une chronlque g^n^- 
rale d'£spagne )usqu*k la mort de son pdre; c*est la Cro- 
nica general ( YalladoUd, 1604), devenoe si c^l^bre depuis. 
On pent done consid^rerAlpbonse Xcomme le v^tablecr^a- 
teur de la prose espagnole, dans laquelle n'afaieiit encore 
eu lieu avant lui que d'insignifiantsessais, tels que les deux 
lettres de condol^ces d* Alexandre le Grand nuiurant k sa 
m^re Olympias, jointea an po6me d^Alezandre; et il faut 
ajooter qu'il impqma en ontre k la lititeture nationale 
espagnole une direction plus didactique. On lui attribue en 
effet, avec beaucoup plus de Traisemblance que le Libro 
de las QuerelUu ( dont 11 ne reste plus d'aiUeurs que qnel- 
ques fragments ), un poeme didactique sur Tart de laire de 
Tor, le LUnro del Tesoro o del eandado, qui eut cela 
irimportant ponr le d^Tdoppement de la po^ie espagnole 
(levenue un art, qu*il n'est plus torit en stropbes d'alexan- 
/inns, forme lonrde et ^trangdre, mais parde en coplas 
(le arte majors partie en vers de buit syllabes. Par la me- 
Riire plus petite de Ters dont il y fait usage, de m6me que 
tians les cbants galiciens ( Cantigas), dont il est bien plus 
certainement encore Pauteur, on pent dire qn'il prepare les 
voies k la po4sle lyrlque espagnole. Son exemple influa aussi 
sur ses successeurs. Cest aicsi que son fils Sancbe IV 
compose El Bravo^ onfrage de philosopbie morale ( rest^ 
mannserit), qui contient en 49 diapitres des rigles de vie 
k I'usage de son ftis Ferdinand lY. C'est encore alnsi qn'on 
regarde le fils dece dernier, Alpbonse XI, leBon, commel'au- 
teur d'une clironiqne rimte, en stroplies de ledondilles , et 
qu*on lui attriboe Element le m^rite d^avoir Ait compo- 
ser en pcoie castillaiie plusieura ouvrages, par exemple un 
regiitre de la noblesse^ JBecerro, un livre de cliaaises, Libro 
de MonterUSf et diterses cbroniques. De mftme, le recuell 
d^apologues en proae de Tinlant don Juan Manuel ( mort 
en 1247 ), afec les proverbes en vers qui y sent joints, re- 
cueil conns sons le titre de El conde iMcanor ( public par 



Afgote de Molina ; ^villet i67ft; Madrid, 1643), est sur- 
tout i>Bmarquable en ee qoH y fHrtente sons forme de 
rteits une suite de Noatelles, imitations de modules orton- 
taux et en partie puista aux sources orientales, dans lea- 
qnelles on troove les conseila donn^ au comte Lucanor 
par son eonseiller Patranio. On a malbeureosement perdu 
la collection de potaes compoete par ce mdme Infant (£i- 
bro de los Cantares ). 

Le po6te le plus Important du qnatorzi^me sitelefot tr4a- 
certainement rarchlpr^tve de Rita, Juan Ruiz, mort Ters 
la&l, qui compose ^galement toute one suite de NouTeUea 
en strophes d'alexandrins, et qui a foit entrer dans ce cadre 
see poAke lyriques et didactiqoes, de mtoie que des chanta 
Arotiqaea et rellgieux, des pastorales, des fiibles, etc. ; toutes 
oeuTresd'une importance extreme poor Thistoirede lalitt^ 
ratore espagnole, autant en raison de leur valeur po^qoe 
partiealttre , que paroe que Tautear s*y 4tait express^ment 
propose comme bot d^en faire un modMe de toutea les eom« 
liinaisoos ra^triques alors usitte en Espagne. Ces potaiee, 
de m6me que les prMdents, dont il n*exiate point d'^ditiens 
particuU^es, ont ^ compris par Ochoa dans it nouTolla 
Mitioa de la Colecdon de poesias casteiUmae mUertoree 
al siglo XV de Sanchex ( Paris, 1842 ). Le Rimado de Pa- 
lacio , livre rim6 sor Ja vie de cour, du c^^re chroniqoear 
Lopei de Ayala, est aussi un poSme didactique aoqnel 
se trouvent rattachte quelques digressions ^piques. La di- 
rection qui domina k la fin de ce sitele apparatt encore 
dans les ponies de Rabi Saalo, Juif qui toivit en vers, k 
Tusagedu roide Castille Pierre le Cruel, des oonseils et des 
r^les ^e vie; dana le podne de la Dense des Morts, Dan%a 
general de la Huerte; dans Timitation espagnole de la JNjmi 
Animss. et Corporis do latin (aucun de ces onvragea n^ 
encore M imprim^), ete. Enfin les cbronkpies d'Ayala 
et de Joan Nunez de Villason, la chroniqne en pfose da Cid, 
le r^tde voyage de Ruy Gonzalez de Clavijo, etc., tteoi- 
gnent dea efforts qu'on tenta dte cette ^poque pour cnltiver 
la prose espagnole. C'est anssi^ la fin de cette preml4re p^ 
riode que Ait compost VAmadis, le type de tant de re- 
mans espagnols de chevaleiie. 

lA secondepMode de la lltttoture espagnole, qui s'6- 
tend dn r4gne de Jean 11 de Castille Josqu'l^ la eonstitntion 
de la monarcble universelle espagnole, sous lea rois catho- 
Hqoes, c*est-^-din Jaaqu^k la fin du moyen 4ge, bit appa- 
raltre la direction lyrique en premitoe ligne a^ec la direo- 
tion didacHqne. Lbl formation d'une po6iie lyrique de cour 
d'aprte le module des troobadours , pr^partedi^, il est vrai, 
par Alphonse X, mals que ce prince ne put r^aUser qne dans 
le dialecte de la Gallce, ne put avoir lieu en dialecte cas- 
tlUan qu'i^ la cour de Jean II. Les prte^dentes tentatives 
de venlfication lyrique y avaient rendu propre ce dia- 
lecte ; et il sufttt alors d'un prince anlm4 de sentiments 
cbevaieresqnea et po^Uques, comme Jean II, pour provo- 
quer cette esptee de resurrection de la poteie des trouba- 
dours. II en rtalte qne cette pe^ie lyrique castillane, qui 
eut une oonr poor twrceau, ressemble beaucoup k la po^ie 
proven^e, surtout k celle de T^poque la plus modernc , 
poor ce qui est du ton et du contenu. C'est une po6sie 
de conversation, s'agitant dans le cercle ^troit de la galan- 
terie de oonr et dans les Umites du bon ton dealers , dont 
la monotonia et la paovret6 didto sent le grand d^faut 
Elle a mtoie d^jAqoelque chuse de plua lourd, de plus rude , 
que la v^table poMe des troubadours, parce que d6j& aussi 
le prosalsme et Tascendant de plus en plus marqu^ du bon 
sens sur Timaginatlon enlevaient une partie de leurs forces 
k la cbevalerie et it la galanterie id^es, dteormais rMuites a 
rev^tirdes formes creuseset vides. II est impossible toutefois 
de m^eonnaltre le gtoie national mtoie dans ces poMes de 
cour, oil domine Temploi d'antitliisea tantOt finemcot spi- 
ritueHes, tantOt ironiquea, conune ausai dans la dialeetlque 
dont le sentiment lait usage et dans lea formes populaires 
qu*elles persistent k conserver* Dans cette fbole de pontes 
, de coar, ((ui tous se ressemblent, qui n*ont aucune indivi- 

1. 



I 



mSPAGNOLE 



duality pfopra^ et <|iie tedillftraiioedeleDiBiuiiiitpeiitNiito 
aider k ^^W ^ gMr let um det aotm dana lei veeuBils qa*0D 
a puitfiids de lean oenvna aoua le tttre de Canekmenu ( le 
ptaa aaeieii est celai de Baena; ^ient eoaaite eeloi de Fer- 
Daado del Gaitillo [ VafladoUdy 1511 ]); on remaiqiieaurloiil 
lea maiqaia de VilleBaetde SantllUna, et Joan de 
Mena, doat en a aosai de plus grandas compositioiiB al- 
l^goriquea et dblaettquea, oft d^jA Ton Toit lue tendance k 
luuter lea andena mocttiea elasaiqnea et lea modules italiena, 
le Danle aurtoot. Nona mentionnerona encore lea troia Man- 
rique (Bodrigo* Gomes et Jofge), Maciaa, Garci Sancliei 
de HadigoE, Alonao de Carthagtee, Diego de San Pedro, dont 
on a aiisst deui romana d'amoury moitl4 en proae moitid 
rini^s {Careel del AmAr et Quettion de Amor)^ qui aont 
lestte oeUA>re8, et enfin Feman Pem de Guaman , qui s'eat 
aus«i foit un nom comme tdatorien. Dana aea ouTragea 
histonques, comme dana ceui de Hermando de Pulgar, 
on aper^oit d^ le progrte du simple stjle de la ebroniqoe 
h celui de I'eiposition pragmatique. II existe en outre de 
Pulgar une collection de lettres , qui, atec celle de Cindad- 
Real 9 peut donner une id^ de oe qu*^tait aloia le style 
^pistolidre. On trouTcra on choix de productlona hlstori- 
qnes de oette 6poque dana la CaUccion de Crcnieat (Madrid, 
1779-1787); et plusieurs ouTrages dea troia toifains que 
nous Tenons de nommer , ont ^. imprimte coUeetiTement 

( 1776). 

A eette pMode appartiennent encore les commencements 
du drame espagnol , qui , lui aussi , eut lea solennitte reli- 
gtenses et les r^uissances nationales pour berceau ; et on 
y pent ^galement comprendre les dialogues alMgoriques et 
aatlriqaes de SantiUana et de Rodrigo de Gota I'ancien, 
qu*ontient pour Pautenr d*un dialogue pastoral intitule 
Mingo-Bebulgo et oontenant une peinture aatirique de la 
ooiir de Henri IV de CaaUlle, les Pastorales de Juan de la 
Enclna, et surtout la CeleeHnOf ce roman draniatique si 
c^iabre de Fernando de Eojaa, ouvrage consid^r^ k bon 
droit anjourd'hui encore comme Tnn des mellleurs de la lit- 
t^ratureespagnole, aotant k cause de son style, Tiaiment das- 
aique,qufrde rhabilet^aTeclaquelle les mcsursy son! dtoites 
etdelaTMtAdescaract^res(l'*6iit., Medina Campo, 1499; 
la mdlleure eat celle qui fait partie de la Bibliueca de 
tmtoree eepahotet ( Madrid, ia4a).llaMtraduitdanstoutes 
les langnes (rdcemmeot encore en francs, par Germond de 
LaTigne; Paris, 1844), dem^nie qu'il proToqna une foule 
I'imitationa. 

La Iroisi^me pMode, qui a^^tend de la premiere moilid 
du seiiitene sitele jusqu^it la moiti^ du dix-hnititoie, com- 
prend le d^veloppement de la Utt^rature espagnole dans 
loutes les directions et son ^poque la plus brillante, puis sa 
dteadence, aiors qu'elle eut attaint son apogte dans 
TAge d'or des Philippe et qu*elle s'effor^ de rem^ier k la 
diminution de ses forces par Tenflure et I'exag^ratioo, enfin 
Miu complet ^uisement. EUe suit par cons^uent pas i pas 
ii»> d^veloppements de I'^t politique et social de la mo- 
iiarcliie espagnole. Que si en efTet la reunion des couronnes 
de Castille et d'Aragon sur la t^te des rois catlioliques, la 
• conquate du royaume de Grenade, dernier d^ris de la 
pulasance roaure en Espagne, la d^uverte d*uii noiivcau 
monde et la domination sur une grande partie de i'ltalie, 
s.)r les Pays*Bas, sur le Portugal, transforroirent les pelits 
rcyaumes espagnols, dont la Castille ^tait le coMir, en unemo- 
njKchie unirerselle; en rerancbe, la langue et la litl^rature 
tastnianea non-senlement se transform^rent aussi en langue 
el litt^nAnra eapagnoles proprement dites, mais encore de- 
▼inrant dea pins influentes qu*il y eAt alors an monde; 
l*euig6fition, pais la dissolution de la puissance politique, 
durent natnrellement r^r sur la litt^ratnre. Ge qui se 
pr^paraH dans la p4§riode prMdente se d^veloppa com- 
pl^tement dans celle-ci, par Tunion plus intime qui s'o- 
pira aiors entre PEapagne et Tltalie; k savo'v : Tadop- 
tion par la po^e espagnole des formes des anciens mo- 
uses cl^ssiqu^ e^ if» modules italiens, pouss^ jusqu'^ 



aTasaimiler dea rhythmea pvHcotea n gMe Mfen, la 
Teia de aepC et eefari de onw syDabea, et lea fbrmea font 
itaUenaea dea aomieta, dea ottave rime^ des ierzine^ dea 
eanxume. Xoutefoia, rindividnalit^ dn gteie national na 
dispamt paa plua aous cette imitatkm des Itattena que oe 
n^Tait ^ le caa lonque svift prMdemment ea Hen l^ni- 
tatkm des Proten^anx, attendu que la poMe espagnole 
Avail des basea essentiellemeni populalres. On peut mane 
dire querto>le Ualienne, dont lea corypbte AneBl Boseaa, 
qd avail suifi le due d*Albe en Italie,elqnldans lasod^t 
surtout de renvoy^ vteitien Navagero avail acquis une 
connaissance approfondle de la tttttetoreitalleane, Garei- 
laso de la Vega, Diego Hnrtado de Mendoia, etc., en 
vint sous Gastillejo k former m parti stricteneni attach^ 
anx andennea formea nationales, juaqu'k ce que de la 
ftiskm qui s'opte entre rUnitatioo wkfin dea fwmea plna 
oondses et plus ^Mgantes des daaaiqnes et le respect so- 
perstf tienx pour le gteie populaire et le carad^ national 
r6aulla la bean monvement litlfralra signaM par Tapparition 
des poesies de Hernando de Herrera, de Luia Ponce de 
L^on, de Hernando de Acuna ( morl en 1580 ), Tun dea 
premiers qui alt su marier beoreusemenl le style national 
el le sty le italien, el Jorge de M n le m a y o r. C'est ce dernier 
qui, avec son compatriote le Portugaia Sade Miranda, 
Introdoisil le roman pastoral moitM vera moitM pnise. 
La si cd^bre IHana de Monlemayor Cut dignemenl oontinute 
par Gil Polo. Dans la ibole de pottos qui se rattacbeni 
immMiatemenl k ceux que nooa venona de nommer, on dis- 
tingue Francisco de Rioja, Baitaxar de Alcazar, aous Pbl- 
llppe II, poete extrftmement gracieux et spirituel ; Vicente 
Espinel, les deux Figueroa, Pedro Soto de Rojas, 
Cristoval de Mesa, Agustin de T^jada et Luia Barabona de 
Soto. 

Aprte cetle esp^ de oonciUation, Pantagonisme entre 
limitation classique et le gtoie national se produiait encore 
une foia dans cette mtoie pMode, quand limitation eut 
perdu Pattrait de la nouveaut^, et lorsque le gdnie national, 
en rattacbant plus ^troitement la po4aie d'art k la podsie po- 
pulaire , eut gagD^ de la force. A ce moment, lea «leux direc- 
tions furent pousste k rextrtene, et souvent mAne, clioae 
bixarre, furent suivies par le mtaie ^crivain. iUnsI lea 
frferes Argensola ne se contentfereni pas d'imiler le das- 
sidsme temp^ dans Titalien par Tddmenl modeme, mala 
vis^rent aussi k iraiter Horace. Cost ainsi qu'Eatevan de 
Vi 1 legas compose ses Brotieas d'aprte le modde d*Ana- 
crton , en se servant mtaie de formes mMqnes tout k foil 
empruntte aux anciens dassiqaes; et que Juan de Jau- 
r e g u i traduisit non-seulement VAminta du Tasse d le Pastor 
Ado de Guarini , mais encore la Pbarsale de Lucaln. D*nn 
autre c6t6, Gongora et Quevedo s*e(foro^rent dlntro- 
duire el de cultiver dans la po^le d'art le style particulfer 
aux rovMOieeSf tout en cliercbant k d^passer encore les Ita- 
liens d k introduire, k I'instar des Marinistes, nn prdendu 
style d^gant, d ing^nieux, qui d^didv tout au^sitdt en 
cuUorisme. Toutefois, 11 est vrai de dire que raitention 
toute particuli^e accord^ dte lors k la po^ie populaire par 
la po^e d*art, eut pour la premiere fois des r^ltats fort 
utiles. Sans doule, IMpoque ddt depuls loogtemps passee od 
la poMe populaire brillait do plus vif telat dans les romaneet 
lyrico-^piques; car k la suite de rantagonlmie toujour:^ 
plus pronono6 qui , dans la pMode pr^^c^dente avail aurgi 
entre la podsie d'art d la po6sie populaire , et en raison de la 
ligne de demarcation de plus en plus trancbte qui s*dabltl 
entre lea daasea instruites et le peuple, la po^sie popoldre 
se trouva dte lors toujonrs plus limits aux basses classes 
de la society d sans importance politique, en mtaie temps 
que ses cbants, r^uits k n'avdr pour aujets que des int^rda 
purement bumains ou encore spdciaux d locaux, ne com- 
prirent plus que les molndres genres lyriqnes (leirillas, 
seguidUloMf do.)» consacr6i& cd^brerramour, la dense, etc. 
Mais lors de la r6surredion du g^nie national, ceux qui 
cultivaient la po^ie d'art en vinrent bientOI ^tiouver un tai> 



ESPAGNOLE 



lAM UilonqiM et cith^tfqiie aux andennes romances po- 
putadrw. Oa let nmH ilors en iamitee, on les ncneiUH; 
let ^adlU et left pottee liTalisirent poor les imiter, poor 
left coltiTeTy chaemi k sa b^on; en on mot, poor les Airer 
Jnsqn'ii lenr sphto, ainsi qu'ils se Plmaginaient tons tite- 
sinci^rement CTest de la sorte qae furent entreprises depob 
le miiiea da seizi^me fti^cle jusqu'au milieu do dlx-septiteM 
laplupartdes eoUectioiisde romancef, lesqaeUes, & yrai 
dire, k cM d'andennes et autbentiqaes rmnances piques 
populaires, oontfennent one foole de rmnances apocrypfaes 
en forme de chroniqoes oa encore purement lyriqoes, 
OBUTres de savants ou bien de pottea d'art. EUea 4taient done 
nioinft propreft qu'li TorigSne de la littMtnre espagnole k 
doter TEspagne d*ane T^ritable poMe ^plque, et dans le 
grand nombre d*^pop£es ainsi bbriqudesd'aprte les modules 
clasaiqaeftet italieos, II nV a toat an plus que le Bernardo 
de Balbnena,le Monserrate de Viroes, la Betica de 
CueTa, la Cristiadadts Padre Hojeda, qui s^^iyent au- 
dessna de la mAdiocrit^ VAraueana d* Br cilia seule nous 
olfre le TMtablegfoie de r^p6e, parce qae les bases en sont 
Tdritablement^qoes. Le contraste existent entre ces dlTers 
efforts poor crter one T^ritable ^popte et les drconstances 
an mflien descpielles on les tentait donna nalssance anx 
cbefe-d'oBorre de V6pop6e comiqne, les pofimes bdrol-comi- 
qaes de Lope de Vega (Gaimnaqfiia)^ de VillaTldosa 
( Mosguea) et de Qnevedo. Mais ces ^Uments ^ques des 
andennes romoiiees, onis k une lyriqoe ^Tte k T^tat d^art, 
Inflnirent d*ane manito beurense sor le d^Tdoppement do 
drame national d*art,4e la comedia. 

La po^sie dramatique, devenae aossi en Espagne, ayec les 
d^Tdoppements multipli^ et llnstniction de plus en plus 
grande des masses, un besoin de la nation et Pexpression la 
plus Trale de sa Tie intellectuelle, avait tout d*abord troav^ 
dans Nabarro, Gil Vicente et Lope de Rueda des re- 
prtentantft poor lee prindpales directions qo'elle snivit 
depuis. An premier semble appartenir llnTention des oeurres 
id^ales et d'imagination, des pitees k intrigaes et complica- 
tionft (comedias de ruido, comedias de eopa y espada). 
Danft left denx demiers on peat Toir les prteorseurs des 
pdntures de caradtees fiddes k la yMlA et li la nature , 
genre auqod se rattachent les anteurs de pitees dites pr^ 
ludes et IntermMes ( loas, pasos, /arsos, entremeses^ 
sainetes et comedias dejlguron ). 

A c6t^ de ces genres oontinate«nt faidubitablement d*exi8ter 
left pitees religieuses, qui, en Espagne comma partout all- 
leurs, ftirent le point de depart du drame, et qai par la suite 
arrlTirent k eonstituer deux genres difliirents; les autos 
sacramentaleSf c'est4*dire pitees de la Pasdon, et les autos 
al nacimienio^ pitees de Noel, k la manite des morality 
alMgoriqoes do moyen Age; et les comedias divlnas et de 
Santos , on reprtentations dont les scyets ^talent emprunt^ 
k THlstoire Sainle et aux I6gendes de saints, asset semblables 
aux myst^res et anx miracles. Dans oe domaine de Tart, les 
partisans da clasddsny aTaient essays, an moyen soit de 
traductions soit dioiitations, de donner an drame espagnol 
lea formes des rooddes antiques, par exemple Boscan, 
Feman Perei de Oliya, Joan de Malara, vers le milieu du 
•dzi^me sitele, et plusieurs poi&les de I'^cole de Sdrille, 
tels que Geronimo Bermudea, mort Ters 15S9, qui compose, 
aous le nom d*Antonio de Silva, denx tragMies ayec chceurs; 
maiSy pas pins que les essals critiques postMeurs de Rey 
de Artieda, de Gascales, de Cristoval de Mesa, de Villegas, 
d^Argenaola, eto. , ils ne rfosdrent k entravcr le ricbe et 
complet d^vdoppement de la comMie nationale. 

Cette brillante pM>de du drame espagnol s'^tend depois 
la commencement dn seixitaie sitele Jasqu*li la fin du dix- 
sepCitae sitele; et lea nombreux pontes dramatiqaes de ce 
temps-Ui se divisent en denx grands gronpea, an centre de 
cbacon desquds brillent Lope de Vega et Calderon. On 
pent done oondd^rer et comme prtearseurs et comme suc- 
eesseurs du premier Cueva et Vlrues, qai tout deux se sont 
fdt on aom coamepoetoa ^ilqaeti CenranteSi qui tontefoia 



dans ce genre est restA infdrieor ALope;GiiiOen deCaatro, 
mort en 1631, dent le dd aerrit de modde k la |rftee de 
Comdile; Loia'^elei de Guerara, Juan Perei de Mon- 
talYan; Gabrid Tdlez, connn sous le nom de TIrao de 
Molina; Juan Ruyx de Alarcon, etc Tons ces pottos, et 
aurtont Lope de Vega, se distlnguent par one grande ri- 
cbesse dlnvention, par roriginalit^ de leors conceptions, et 
par lenr babOet6 k saldr la nature sor le ftit et ii la repro- 
duire dana toote aa T^rit^ On pent lea eondddrar comme 
les crteteors dn drame espagnol; ceuTre poor laqodle fla 
employ^rent des dements essentiellement natlonanx, en 
mteae temps qu'ils ttdent inspirte par nn enthondasrae 
tout populdre et par Hmaginatton la plus ardente et la plna 
fralcbe, et que d^parent seolement qodqaelbis Texagtetioa 
du ton, Tabsence de formes et on travail beancoup trop 
pr6dpit^. Cbex Calderon , la rdlexion modtetrice et one 
exteution pins soignte duis les ddails s'assodent k cette 
originality et k cette exubtence d*imagination; ansd nooa 
repr^sente-t-il le dernier degr6 de perfedlon anqnd le drame 
espagnol soit arrive. II agit k P^gard de Lope de Vega et de 
ses pr^d^cesseors, qu'il d^paase de plndeora condta, comme 
nn habile jardinSer k T^gurd d'une terre gMreuse, dont 
profite sagement, ijoutant par I'art k sea qnalitte natnreUes, 
les id^alisant et les portent an comble de la perfection. De 
ses socoessenrs les plus cdd)rea ftirent Frandsoo de Rojas , 
AgOBtin Moreto, Rragoso, qnl Tivalt vers 1650 » J.-B. Dia- 
mante, dont le Cid serrit anssi beaucoop k Comdile, An- 
tonio Hurtado de Mendoza, Juan de la Hoa, mort vera la 
fin do dix-septitaie sitele; Antonio de Soils, dont la repu- 
tation est pittt6t fondte sor ses oovragea liistoriques, et 
Agustin de Sdaiar y Torres, mort en 167&, qnl dana sea 
(Euvres lyriqoes et dramatiques indine d^JA vers VesiUo 
culto, mala qui dans ses dramas fait preuve de imagination 
la plus puissante et la plus fteonde. Alora mAme qoe vera 
la fin de cette pMode la po^sie espagnole se troova r6- 
duite k un ttat d'^puisement complet, par suite de la d6g6- 
n^rescenoe que lui fit subir le cult^raniame, la po^ 
dramatique ne laissa paa que de Jeter encore de VMsi dans 
qadques ceuvres od respire le g^nie nationd, par exemple 
dans celles de Bances Candamo ( mort en 1709 ), de CaiU- 
zares ( mort vers 1750 ) et de Antonio de Zamora ( mort en 
1721 ), leaqods peuventr^tre oonsidMs comme lescr^ateurs 
de la comedia de Jlguron. L'opte de Moiart a rendu 
oddMre le Don Jttan du dernier. Panni les autres poetes, 
dont le nombre immense ne prouve que la ddcadence de 
Tart, on pent tout an plus mentlonner les romanders Es- 
quillache et Arteaga (mort en 16S3), Bemardin de Re- 
bolledo (mort en 1676), et Ines de la Craiy rdi^ense 
mexicabie, morte vers 1700. 

La prose eut dans cette p^riode le mtoe sort que la po^ 
sie. Ul aussi deux directions prindpdes apparaissent blea 
▼isibles : la tendance k la conddon et k Pd^gance de la 
forme d'aprte les moddob dntiqoes, et le d^doppement dn 
style national La premi^ de cea tendancea se manifesto 
d'abord chei les liistoriens qui dte lors abaodonntoent en 
parfdte oonnalssance de cause Panden style deft chroniqoes, 
et cherch^rent k ft*approprier les formes et ]es proportions 
savantes des Grecs et des Romains. On la remarqne d^^k 
dans les ourrages de Phistorien de Cbarles-Qnint, Antonio 
de Goeyara ( mort en 1546 ), de Pedro M<jia ( roorten 1552 ), 
etde J.-B. SepolToda (mort en 1574), et surtout dans VBis- 
ioria de la Guerra contra los MoirUcos de Mendoza, dont 
Pouvrage a M continud par le comte Portdegre (mort 
en 1601 ), lequd, il tkut le dire, est resid inf<6rieur k son 
roodde. Cette Toie fut suivie par lea autenrs d'HIaloirea oni- 
versdles d*Espagne, Fl. de Ocampo et Ambiosio Moffilea 
(mort en 1594), par Hiistoriograpbe de la cooronna d*Ara- 
gon Zurita et par son continuateur le po6te B.-L. de Argen- 
sola, d^k nomm^, par Fr.-M. de Mdo, conm ^gdement 
comme po6te, mais bien plua cdd>re par son Hialoira de 
PInsurrection de Catalogue, par Francisco de Moncada, par 
le marqais dd Esplnar, autenr d une hiitiiire de la giorra do 



ESPAGNOLE 



I^f-8aft ae iMa k 1699, ^lans bqaeUe il joua un r6ie, et 
ooinmeg^^raL el comme diplomate, par Antonio de Iler- 
rera et par Antonio de Solis; tandis queens Thistoire de 
sa patrie, toite en espagnol par Mariana, le style natio^ 
nal, aoobli par I'i^tude des modeles de l*antiquit6, parYient 
a autant d'originalit^ que de perfection. La tendance k 
ia didactique et li la reflexion, qui d6}k se manifestait 
dans la {M^riode prMdentei trouya alors dans une prose 
mieux formte une expression plus conyenable. On en a la 
preoTe dans lea dissertatious morales et philosophiqoes de 
PerqadeOliva et dans son oontinuateur, Francisco Cenrantes 
de Salaxai (mort en 1546), dans le prosateur Guevara, d^j^ 
mentioim^ parmi les hi^riens, dans Mejia, auteur des Jte- 
loj de jprineipei , du Menospreeio de la eorU^ de la Silva 
de varia leceUm et da Dialogos eruditos , etc., de m6me 
que dans les toils politiques de Saated ra y Faxardo, 
dans les correspondanees eotretenues ayec tant de finesse 
diplomatique par le secretaire Intime de Philippe II, Antonio 
Perex (oiras yreladonei; Paris, 1598), dans les medi- 
tations philosophiques de Juan Huarte. Cependant il y a 
encore autrement de chalair et d'origlnalit6 dans les ou- 
vrages niS^mx et aso^tiques si parfaitement conformes k 
>*e8prit national des doe Lutses, le poete Fr. Luis de L^on 
et le c^ebre orateur sacrA Fr. Luis de Granada; de Soeur 
Santa Teresa de Jesus, laqueUe a trouy^ un digne bio- 
grapheen Fr. Diego y Yepes (mort en 1613), c^iebre aussi 
comme toivain asc^tique ; dans ceux de S. Juan de la 
Crux (mort en 1592) et de Pedro Melon de Gbaide (mort 
en 1618 ), poetes et prosateurs non nioins cd^bres par leurs 
poestes religieuses. Le digne LasGasas d^fendit ayec la 
dialeur d^entbousiasme qa*inspire l*amour deses semblables, 
et avec l*eieganced*un style dipinemmentclassique, Thuma- 
nit^ opprim^e en Amdrique. 

La prose se d^yeloppa encore d*uue mani^ plus carac* 
Ufristique dans les ouyrages d'imagination. G'est ainsi que 
les fijtaies epioo-prosaiques du roman et de la nooyelle, qui 
seules aujourd*hui.tepondent encore k une ciyilisation avan- 
o^e , fiirent aussi cultivees ayec soin en Espagne. A la ve- 
rity le roman de cheyalerie, en raison de nd^e morte depuis 
longtemps qn*il repr^aentait, en raison du contraste de plus 
en pins frappant qu^il offrait ayec la r^allie dans les nom- 
breuses imitations de VAmadis, les Palmerins, Prima- 
MoD, etc., etait depuis longtemps deyenu une caricature sans 
port^e; et sans doute aussi la nouyelle etait une nouyelle 
forme littAiire yenue dUtaUe en Espagne, qni fut d'abord 
iroitee ayec asses pen dliabilete par Juan Timonoda, yers 
1576, et par Nunea de Reinoso, \ers 1550, etc« Maisle con- 
traste existant dans le roman de cheyalerie ayec la reality 
Alt ironiquement parodie ayec I'uniyersalite et la profondeur 
du g^nie par Timmortel Geryantes dans le Don (H<(/o/e, 
regard^ en m6me temps comme le module inimitable de 
la prose espagnole ; et le m6me Geryantes, dans ses Novelas 
tjemplaree^ ainsI que dans ses Trabajos de Persiles y Si- 
giemunda^ sot si admirablementnatlonaliser la nouyelle et 
le roman d*amoar, que ces genres deyinrent toot k fait 
popuiaires, et quMleotbeaucoupdMmitateors, sans qu^m 
seal d'entre eux pOf d*ailleors T^galer. Les satires de Cer- 
yantejt semblent avoir ete moins pr^judiciablesau roman pas- 
toral, introduit par Montemayor, et qni appartient aussi en 
partle k la prose, qu^au roman de cheyalerie ; car Geryantes 
Iui-m6me est Pauteur de Galatea , Tune des meilleures pro- 
ductions de ce genre, qui fut encore cultivi pendant long- 
temps par Lope de Vega, Montalvo et autres. Mais les plus 
dminents prosateurs espagnols s^appliquirent dte lors k la 
pdnture des mooura nouvelles et des rapports sociaux du 
temps du ils viyalent Gest ce qni fut fait tant6t dans de 
petites nouvelles, genre dans lequel Gervantea foumit des 
modules sufvis par Montalvan, Mariana de Garavajal (Ao- 
Mtos; Paris, 1646), etc., tant6t dans lea c^l^bres romans 
eonsacrM li la peintore des miBors et des pratiques des f ri- 
pons, k I'inslar du LoMarillo de Tormes de Mendoza , par 
example dans le Gwuman de Al/araehe de Mateo Aleman , 



dans le Gran Taeatio de Quevedo, ^t dans Marcoi pbregem 
d'Esphiel. 

Les recits burlesques dont Quevedo donna la premier 
l*exempiedans ses Suenos, imit^ avec le plus grwad succ^ 
par L.-P. de Guevara dans son JHdblo cqjuelp^ puis en 
dernier lien par Saavedra Faxardo avec une grande liberty 
dans sa Mqmblica lUeraria , et qni out pass^ ensulte dans 
presque toutes les litt^ratures de I'Europe , forment une trol- 
sitoe s^rie de peintures dela vie espagnole. Le roman hls- 
torique d^buta aussi k cette <$poque en Espagne dans la 
c^l&bre Historia de las Guerras Hviles de Granada de 
Gmes Perex de Hita (mort vers 1590) et dans VBisteria 
de los Incas del Peru de Juan Garcllaso de la Vega (mort 
en 1620). Bfais vers la fin de cette ^poque la prose ne souf- 
frit pas moins que la po^le de rinfluence exercte par les 
gongoristeSf et tomba de son classidsme dans les bizar- 
reries de Vestilo culto ( voye% Ccltorishe). Le j^uite 
Ballasar Gradan est Tun des dcrivalns les plus distingue 
de cette tole , quoique la recherche et U manii^re nuisent 
singuUtoment k son talent. 

La qwUrihiie pMode, qui commence au mAieu du 
dix*hulU&me si^e et se continue Jusqu'li nos jours, est 
caract^ris^ par rirrupUon en Espagne de la civilisation 
modems, et surtout de la civilisation fran^se, par ses luttes 
et ses triomphes partiels sur Tancien dement national, d^k 
6tem% sous beaucoop de rapports , enfin par la tendance k 
r^4n^rer, oonform^ment k Tesprit de notr^sitele, ce qn*on 
peutiencoreconserver, et k le fondre avec les 6l|6ments euro- 
pdens modernes. La mort du dernier et du plus incapable 
des princes de la maison de Hapsboorg, de Cliarles II, fut, 
dans la litt^tnre espagnole, le signal d*un temps d*arr6t 
ressemblant beaucoup k une lethargic. On retrouva bien la 
tranquillity n^cessaire aux orations litt6raires, quand la 
guerre de succession fut terming et lorsqoe la domination 
de la maison de Bourbon se trouva consolidde ; mais un es- 
prit nouveau , Tesprit francs moderne , avail francbi les 
Pyr6n6es en m6me temps que la nouvelle dynastie; et en 
raison de la d^dn^rescence et de r<$pulsement de I^cien 
gofit national , il dut bientdt acquerir une grands influence 
et m6me 6tre consid^r^ comme un moyen de r^^dration. 
II ne fallait qu'un novateur hardi et plein de tact pour le 
faire admeitre partout; et Use trouva en Lazan, qui, 
aprte avoir d'abord combattu rab&tardissement do Tesprit 
national , essaya ensulte dMntroduIre les principes classiques 
fran^is. Mais alors encore se rdp^ta la reaction du gtoie na- 
tional contra T^l^ment stranger, ruction qui cut dans Garcia 
de la Huerta un d^fenseur plus th^rique que pratique. La 
htt^raiure espagnole ^ ce moment pent 6tre compar^e 
k TAnt^de la Fable, qui lorsquMl dtait renvers^ n'avait 
besoin que de toucher la terre pour trouver des forces 
nouvelles. II ne tarda done pas k se former une to)le,>dit6 
de Salamanque, du lieu od r^idaientses principaux adep- 
tes, assez seos^pour ne pas rosier aveugle ralativement 
aux besoins et aux exigences des temps et pour reconnaltre 
les d^fiiuts de T^l^ent antique, mais en m^me temps assez 
patriotique pour tenir compte , surtout en ce qui est de la 
langue et du style , non pas seulement des modules stran- 
gers modernes, mais aussi des modules nationaux deTAge 
d'or de la littSrature nationals A la tftte de ces rSformateurs 
modSres et aprte Luzan se placent Nicolas Fernandez de 
Moratin, Gailalso, Tomas de Irlarte, Samoniego, 
fabuilste plein de grdce et de talent , mais qui tous furent 
surpass^ par Melindez Valdes, poSto veritable, qui aut 
enUiousiasmer de nouveau la nation et qui tuik bien dire le 
chef de Vacate de Salamanque. Des amis partageaient leurs 
idto, el, non moins heureusement douSs sous le rapport 
del'esprit, Iglesias, Norofia, Quintana, Cienfuegos, Ar- 
riazaet Gallego, prirent comme eux pour rood^es, non pas 
les Francis seuls, mais aussi les Itaiiens et let Anglais. 
Tout en subissant I'influence de Tcsprit des tem.ps moder- 
nes, ils demeurteent d^allleurs espagnols et pour les idto et 
pour le coloris. Le triomphe qui couronna la guerre d*in- 



ESPAGNOLE 



d^MAdanee amtre I'asurpatioii fran^aise eut pour r^ultat 
de donnef eodumr inte Tie- Boikvelle aa aenttmeDt national, 
ansal bioi dans les matldm politiques qoe dans les mati^rea 
UlKraiffw; el la paiiicipiMim k la diredfon Huts alfaires pa* 
bUquea qnefirent prendre k la Nation lee boolairersemeote fo- 
Mean auxqnels eUe liit en proie contriima , en d^it des 
luttes de partis et des guerres dviles, k imprimer nn carac- 
Ulre plus ind^pendant et pins multiple k son d^velopement 
intellectual , en nitaie temps qu^dte redonha k la Utt^rature 
une attitude plus ind^pendante et plus nationale. C'est ainsi 
que les ann^ 1812,1820 et 18S4 slgnalent autant d'^poques 
nouYelles dans la production. Les fruits de ce mouvement 
apparalssent dans les aeuvres po^tiques de Xerica, de 
Lista, de Martinez de la Rosa, deJose Joaquin de 
More, d'Angel de Saavedra, de Breton de los Herre- 
ros; et hi aombie des pontes de T^poqoe la plus r^cente 
estd^ si considerable, qnit nous suffira dMndiquer id les 
noms des plus c^lttires, tds que Tapia, Maury, Juan Bau- 
tista Alonso (Poesias; Madrid, 1834), Jadnto de Salas y 
Quiroga (Poesias, 1834 ), B. de Campoamor (Poesku, i 840 ), 
Espronceda, Serafin Calderon,, Zorrila, Hartzen- 
bosdi , et parmi les fenimes , Gertndls Gomez de Aydla- 
neda(Poesi4», 1824). 

En ce qui louche particulf^rement la po^le #pique et 
lyrieo-^piqiie, T^oque o6 nous lirons, on le con^it sans 
pdncy ne detait pas plus qu'aucune de eeUes qui Ton pr^- 
oWe, fttreftiTorable^ la conception d'une Tdritable ^pop^. 
Les esaais tenite en ce genre par les 'deux Moratin, par 
Escoiquia, Rdnoso, Maury, Saavedra, etc., manquent de 
veritable g6oie 6ptque , comme la plupart des productions 
lopdemea en ce genre. Mais 11 est remarqnaUe que les 
Espagnols atent enfin * commenc^^ k comprendVe que c'^tait 
seolemeat dans la remise en luml^re de la po^e de ro* 
^nances et de l^endes qu*on poutait anjourd'hul esp^rer 
lie reneontrer les elements ^piques contenables k la nation 
et k f^poque. Ge fut Saayedra qui donna rimpulsion pre- 
iMn k ce nouYean mouTement litt^raire, dans lequel il 
aeu po«r iroitateurs Mora, Zorilla, Gregorio Romero y 
Larranaga ( Cuentos historicas legendas antiguas y tra- 
didoneS populares [Madrid, 1841- ], et Historias cabal* 
ierescQs espanolai [ 1843 ]), Manuel de Santa-Ana (Ro- 
maneesy legendas andalucas [ Madrid, 1845 ] ), etc. 
Le drama espagnol de cette p<Sriode souflTrit beaucoud 
des luttes de I'ecole dassique fran^aise et du parti national. 
La sctee eapagnole offril et offre encore en partie aujour- 
d'hul une fdritable ella padrida de contrastes. Ainsi les 
plus mof siffuettx produits d*une 4oole vidllie et sans Yiguenr 
a> maintinrent longlemps k c6\A des avortons fenns a?ant 
lerroe des gallldstes. En effet, pendant longtemps encore 
le public espagnol pr^fi^ra, ind^pendamment des chefs- 
d'ceuvre de T^poque dassique, dont qudques-uns se sont 
loaintenus sur la sctee jusqu*aujourd'hui, les pAles imita- 
tions qu*en donnirent on Gerardo Lobo, un Scoti y Agoiz, 
un Valladares, etc., les pieces faeries les plus sotles d*an 
Hidalgo, d'ttoFrumento, d'un Bustamente, etc., les farces 
triviaiea et lea mauvais m^lodraroes d*un Cornelia et de 
tant d'autrea, ,aux pieces dassiquemeni ennuyeoses et sans 
couleur d'un Montiono y LuyanJo, d'un Trigueros, et 
nitae aux csnTresun peuroeilleures, mais to^jours fort insi- 
pidea, tfe Moratin I'atn^ , de JoYdlanos, de Lopez de Ayala , 
dlriarte, etc. Ce fut Ltendro Fernandez Moratin qui le 
premier , par ies combes Writes avec beauooup de talent 
<)aaa le genre fran^ais le plus rarfin^, d eependaot tonjours 
aTCC unegrande timidity, rdussit ii donner pendant qudque 
tempa drdt de bourgeoisie s«r la seine espagnole au goOt 
et aux id^s dassiques , et m^me k lea laire si bien dominer 
parmi lea classes telairte , qu'^elies en vinrent k roufdr de 
J'ancien godt national. Des poSies 4)*autant de talent que 
Cienfueges, 'Quintana,.Gorosttza, Martinez de la Rosa, 
Salvedra, Breton de loa Herreros, etc., portirent enx- 
ittdmea pendant qudque temps les diatnes du das^icisme; 
ct ceae Cut que daaa lea piqoantes et spiritudles Sainetes 



de Ramon dela Cruz (mellleure Mition, Madrid, 1»47 ) 
qu*on fconsentit k entendre I'expressIoU du veritable et an- 
den g^e national. Quand les Fran^, k leor lonr, eurent 
aussi brOie ces diatnes, leor exemple (rotiva sur la seine 
espagnole des imttateurs, dont tea'plus ftensis retlnrent aux 
andennes formes nationales en essayant de les accommoder 
aux exigences de Tesprit des temps mod^mes. Les moins 
pmdents, et malheureusement'ce fut le plus grtod nombre, 
c^kent au vertige de l'6cole rom^ntique fran^tse; et 
toutea les stopides atrodtte, tons les tm^ro^lio mdodra- 
matiques dela Porte-Saint Martin, furent transport^ sur 
la seine de Madrid, au moyen soil de traductions, soil d*i- 
mitations encore plua liideuses. Qudques poites donnant 
des esp^rances , on les ayant mime d^ji realtM^ , s'^ile- 
▼irent, il est Trai, au-dessus de cesemim imitatot'um 
pecusy par exemple Breton, Martinez dela Rosa, Tapia et 
Saavedra, que nous a^ons d^jii nonimis, qui dis lore avaient 
fait preore dMndipendance et d*originalit6, et aux'quds se 
ratlacliirent des talents plus jeuhes, tds que Gil y Zaraie 
Hartzenbusch, Mariano Jose de Larra/ Antonio Garcia 
Gutiemez, Patrido de la Escosura, Zorilla Moral, Tnieba, 
plus cdd)re encore parmi les pontes comlques anglais 
que parmi les poetes comiqnes espagnols , "Ventura de la 
V^, Campoamor, RUbi, etc. On troutera leurs plus r^- 
centes piices dans la Oaleria dramdtiea. Teairo fnoderno, 
qui diji necompte pas moins de cinquante Tolomes. 

Au commencement de cette mime piriode , la pro^ , sin- 
gutiirement dichue, die aiissi, par suite d'im retour de la 
manie du cultorisme , ridamait une Mlbrme k likpidle tra- 
yatlla d^abord le binididtn Fey]oo, qui le pretoter revinl 
k la simplidti des modiles dassiques. On remarque en- 
suite le jisiiite Isla, qui dans son roman satirlque Fray 
Campazas ridicullsa la tririalit4 et TenAure des' orateurs 
sacris de son temps; les historieus Ulloa, Munor, Cap- 
many, Ferreros, Quintana^ Nairarrete, Clemencin, Tor- 
reno, Mofioz MalJonado( Uistoire de la Guerre d'fn- 
dependance [Madrid, 1883]'; les hommes d'lttat Cam- 
pom a nes, Clavijo, et surtout le Clciron espagnol, 
JoTcllanos, et le cAibre orateur et polHiqoe Agbstin 
Arguelles. D*ailteurs, la tribune derie au milieu des as- 
semble nationales rdtablles donna ^ la prose plus d*^nergie 
et une dialectique plus pulssante. II n'est pas rare de Toir les 
passions politiques inspirer de I'doquence , et on en a la 
preuYcdans les ouvrages de Minano, de Marina, de Laro 
( Figaro )f d*Acala Galiano, de Don o so Cortes, et 
dans les discours de Martinez de la Rosa et atitres. Les 
traTaux de philologle critique de Gallardo , de Sahra , tie 
Lists, d^Hermosilla , de Mardiena, etc., n*y contribuireut 
pas peu , de mime que la foule de Joumaux politiques et 
littiraires qui commencirent^ paralfre vers la mime ipoqne, 
tds que la Revista espanola, VArtista, etc., of) Ton 
trouvait de piquantes esquisses de mo^urs et des tableaux 
satiriquesiie la Tie de tons les jours, par'Mesonero y Ro- 
manos, Larra, etc., ou bien dM siries d*artldea en forme 
d'onvrageet dus k la collaboration de plosienrs icrivalns, 
par exemple : les Tipas espaiUtles et Los BspaHoles pin* 
tados por si mismos (Madrid, 1643 et annies suWantes). 

Apris avoir longtemps n«^glig4 la forme dn roman, les 
Espagnols, imns des succis obtenus dans ce genre par les 
Anglais et les Fran^ais , ont oommenci dans ces demiers 
temps a le cultiver avec pridilection. 1)8 dibotireot par 
des traductions et des imitations d*orlginaux fran^is et an- 
glais, etTrueba composa mime plosienrs de see romans en 
langue anglaise. Mais il y eut eosuite an tel dibordement 
de romans originaux, qo^l est exact de dire qo'en Eapagne 
aussi cetle ipopie des temps modemes est devenoe une forme 
favorite et a iti trattie des fa^ns les plus diverses. II faut 
surtout dter, en fait de romans bistoriques et de romans de 
moeurs, ceux de Humaray Salamanca (Los Amieos ene- 
mifhs [Madrid, 1834]), d'Escosnra {Bl tonde de Can- 
despina et iVl Rei ni Rogue), de Martinez de la Rosa 
(/la^el de Soiis)^ d^Esproneeda (Saneho Satdana), de 



BSPA6N0LE 



lam ( Macias)^ de Job^ de ViUatta (SI Golpe en va(fo), 
da SerafiB Ctldenm ( Maroi y Cristianos), et de Gertrude 
deATeUaneda ( Dot Mugerei ), etc. Enfln, les EaipaffuAa se 
toot aiiMi mis k cultiTer de nouyeaa le genre de la Noa- 
yelle , polB ils sent rereniis li rimitatioD dee cbefo^'cBUTre 
de Plge d*or de leor litt^atare. (Test ainsl qo'on a tu anc- 
eeeaiTenient parattre une Colecekm de Novelas tspaSMa» 
(Madrid, 183S )» oft Ton troure d*eieellents moroeanx; et 
lea S9C8na$ eontemporaneas de la reeohulion espaSMa, 
depnia 184S» aooa le titre de Jardin Uteraho, En mi mot, 
telle eat TactiTit^ dont la jeone teole a dit proare dana 
toutea lea dlrectioiiSy k PeffiBt d^opdrer la fusion de r^Uroent 
enropta aTec Tanden espagnd, qnH y a lien d'esp^rer 
Toir la Uttdratnre espagnole oceoper de nonyean one des pre- 
miiies places parmi cdlea de I'Eorope. Consultei Puibos- 
qae^.JSrix^oire eomparie des lUUratures espagnole et 
yWmpsiM ( Paris , 1842). 

La lUUraiure s^entifi^pm^ oomme on doit bien le pres- 
seBtir, n*a pas brill6 en Espapie d*an anasi yif telat que la 
Iitl6ratnre Bationale» car la premito a autrement besoln 
que Tautre de la prateelion d^an gouTemement telair6 et 
libtal. n ne loi fiint paa seulement des ^tablisscments d*ms- 
tmction premlte, d^initiatioB » eonyenablement organises, 
maia encore lea resaonrces mat^riellea aana lesqoeUes die est 
rMoite k llnaetion. Tootea les lois qna ces ocmditions se 
sent troufte rtenies en Espagne, on a m les sdences y 
prendre le plus rapide essor, eonune sous les rois catholi- 
qoeSySOosCharlea HI , et mtee depute 1834. Lea Espa- 
gnola oat malntes foia proor^ qn^Ua avaient tout ce quMI 
fiuit poor faire de grandea chosea dans eette direction de 
llnteDiienee. IMJifc sous la domination romaine la Ptolnsnie 
oe produlsit paa aenlement des pontes tels que Lucain, Mar- 
tial et Sillos Italicna» maia des pbik»opbes et des historiens 
conmie Sterne. Qointilien, Columelle, Florus, Pompo- 
nios Mebiyetc. Aussi, aprte la conqu^te dea Visigoths, TEs- 
pagne ne Jooit paa plus t6t d*un pen de calme et de tran- 
quiUit6, qu'elle put t*enorgueiilir d'aToir produit un savant 
td quisidore de Seville. La longue domination des Arabes 
eot encore une infloanoe autrement importante, et peut'6tre 
ploa grande encore snr le d^Tdoppement scientlfique que 
anr le d^doppement litt^raire de TEspagne. Les Arabes 
en efTet y fondirent one Toule d'acaddmies et d^^Ies; lis 
propag^roit an moyen de traductions la connalssance d*on 
grand nombre d'auteurs grees, et furent liTrai dire les 
institnteara du penple espagnol en ce qui est des sciences 
mMicdes et math^matiques. Les travaux ex^nt^ sous le 
rftgne d'Alphonse le Sage prourent que les d^ves ayaient pro- 
III6 dea lemons de leurs mattres. Quand, sous les rois catho- 
Uquea et leurs premiers successeurs, des rapports plus in- 
times s*dablirent entre TEspagne et lltdie, renseignement 
de la philologie et des lettres y fit de notables progi^. Mais 
qodque I'Espagne poss^dAt sdze uniyersit^, dont trois de 
premier rang (Salamanqne, fond^ par Alpbonse X; Valia- 
dolid et Alcala de Henarte, par le cardinal Xlmen^s), les 
sdenoes pliilosopbiques ne purent jamais s*y d^yelopper ii- 
bremeoty paroe que le despotlsme ecd^asiique et tempord 
B*y toMrait tout an plus qu'une loglqne et une didecUque 
scolastlques k I'nsage de la tbtelogie et de la jurisprudence. 
L'ensdgn e m e nt primaire y fut organist d^ne mani^re bien 
antrement d^ectueuse encore, et les acadtoies fondto sous 
ks Bourbons pour T^tudede la langue et de Thistoire, de 
mteoe que lea grandea Mblioth^ques de TEscurid et de Ma- 
drid, aeryiient tout an plus de centre de reunion et d'ac- 
tioB k on petit nombre de savantasses^ tandis que le goo- 
Tomement se garddt de rien fdre pour r^pandre le pdn 
de llnteUigence, rinstruction , dana lea dasses inf(6rieures 
delanatioo« 

La philosopMe est demeurte jusqn'ii nos jours au degr6 
le plua inime d'une yaine acolastique. Ensdgnte exclusi- 
yement par des prttres, die est toi^ours la trte-buiM>le et 
Ma-sooraiae serwmU de la tbdolo^ , et n'est cnltiyte que 
poor appreodre k ddiandreau moyen dela logique et de la 



dialectiqne qodqoea sobtflites dogmatiqoes. Cast alnd qm 
pendant longtemps la DIalectiqoe et l*Eii^dopMie dlsidore 
de Seville fiieot antorit^. Lea tenUtiyea isoltes Idtes poor 
francUr les limites soolastiqnes par qaelquea penaeora oiigi- 
nanx , tels qoe Viyte, Sepolyeda et Oaorio, m trooykmt 
point dimitatenrs. Oe ne Itat paa moina InutOement qoe le 
moine de Pordre deClteaux, Caramod, (mort en C682) es- 
aaya, ayec beaucoop de timldit6 d^aillears, quelques rdbnnei 
dana latn^bode en usage dana lea ^odea. On ne poaVdt at- 
tendre des j^suites qn'un empirisme nn pen raffing. Quaad 
lea idte fran^aises, et notamment cdle dea encydopMistes, 
p^n^trftrent en Espagne an adndei dasses priyil^tes, cette 
direction nouydle donndeii nntdUgoMse dans les baotes sph^ 
res de la nobleise et du derg6 n'aboutit qn*li on mat^rldiuDe 
mdang^ de anpematurdisme, et demeora Infteoode poar 
la speculation sdentifique. (Test de nos jours senlemeDt 
qo'on a yu apparattre en Eapagne un pbilosopbe dana la t^ 
ritable acception de oe mot, Jaime Batanea, rtoniasant na 
remarquable tdent d*expodtion k nne grande profondenr 
ro^taphysiqoe; et encore ^ii-ce un tbfologien. 

II ya sans dire que la tb^dogie sdentifique, par suite du 
blocus rigourenx ^tabli autour de la spteolatlon pbiioso- 
phiqne par rinquisition, ne put jamaia lleurir en Espagne. 
Elle se boma done a un dogmatisme rdde et ^trdt, md6 d'as 
c^tisme d de casuistiqoe. Ausd est-ce en ydn que la litte- 
rature tbtelogique espagnde a produit dea montagnes de 
yolumes; la science n*y a absolument rien gagn^. laidofe 
de S^yllle rteuma pendant tout le moyen 8ge toute la sagesse 
et toute la sdence scolastlques. An doudteM sitele, le joif 
conyerti Petrua Alfond, d an treidtee dtele, le Mm pr6- 
cbeur Raym. Martini s'occup&rent bien moins des progrte 
de la sdence que de ceox de la foi. Au quinsltaie et au 
sddtaie sidles, le cardind Torquemada, grand-inquidtenr, 
et le cardind Ximente , regent, sembl^rent k la y^rit^ yoo- 
loir ravoriser T^tude de la Bible ; et Philippe II lul-mtoie 
contribua par ses secours k assurer rach^yement de la po« 
lyglotte entreprise k Anvers par l*E8pagnol Arias Montanus 
( mort en 1627 ). Mds, comme cdle qui futpubli^e par ordre 
Ximente k Alcala de Henarte (vHle dont le nom latin est 
Complutum)^ cette polyglotte ^tait une aflDdre de luxe, et 
le prix excessif de Touyrage garantissdt d^j^ quil ne pour- 
rait ayoir qu'une drcolation extr^mement restrdnte. La 
tentative fdte pour rendre la parole de Dten plus accesdble 
au y^table pcuple, par un pr6tre ausd rigidement attach^ 
k Torthodoxie que T^tait Luis de Leon, son auteur Texpia 
dans les cachots de inquisition ; et les efforts fdts dans to 
mtoie but par Furius (mort en 1592) ne furent paa moina 
inutiles. Melchior Cano, moine dominicafai (mort en 1560) 
qui ayait des lettres, r^sdt seul k traiter la dogroatlque 
d*une mani^re plus ing^ieuse. II n*y a que dans les bran- 
ches de la thtologie pratique, oii le sentiment rdlgieux so 
donne libre carri^ , dans Tasc^sme mystique d dans Ttio- 
mil^tique , que rentiiousiasnte croyant des Espagnols a pa 
produire qudques livres remarquables, tels que ceux d'An- 
tonio de Guevara , de Luis de Granada , de Juan de la Cms 
( mort en 1591 ), d de sainte ThMse de J^us. (Test Unit 
rdcemment seulement que les thtologlens espagnola se sent 
basard^ k rendre la Bible accessible an peuple, d qo^ont 
paru les excdlentes traductiona de ce llvre dei livres foites 
par Torres Amat, auteur d'une ff Maria Sceleskutiea 
( 13 voL; Madrid, 1806), par Fdipe Sdo de San-Miguel 
et par Gonzalte Carvigal ; traductions qui ne ftirent pour 
leurs autenrs la source d*aucun ddsagrteient, d qaV>n 
compte m6me ai]yourd*bui au nombre dea moddes de la 
langue. Qudques eccKsiastiques, k la vMt^ revenus la plo- 
part d*exil k l*6tranger, ont m6me public anr l*hiatoire et le 
droit ecd^iastiques des dissertations od la tel^noe reti- 
gieuse et Tind^pendance de l^ise espagnole aont d^fen- 
dnes avec talent, comme dans les toils deVi I la nuey a, de 
Blanco White (Leueudo Doblado), de Jos6 Maria Laviii 
( Del CrUtkmismo en sas relaeUmes eon la lihertad p 
la civUizaeion [Seville, 1834]), de Rome ( independemcitk 



ESPAGNOLE — ESPA6N0LES 



9 



eciuiante d$ la IgUsia hispana, f neeuiiad de un nuevo 
concortfato 11846]), Snsayo solnre la it^uenekt del Imt 
teranismo if GalieaniMmo en la poUliea de la Corte de 
SspaHaiMedrid^ 1S44). 

La science du droit el la polUiqtie, par suite des entrayes 
mises k I'esprit de discuasion, devaient n^cessairement rester, 
Tone k rdtat de simple science de la jurisprudence , et Pantre 
k r^tat de routine. L*Espagne n*a jamais manqu6 de recueils 
de lots. Les plus andens, tela que le Fiiero Juzgo^ datent 
d<34 de r^poqoe des Goths. Dans Tordrehistoriquey nous de- 
Tons ensoite rappeler les traraux l^slatifs d'Alphonse X ; 11 
en a d&ik M fait mentioa k Phistoire de la langue et de la 
litt^rature. Jos. Finestres ( moit en 1777 ), Gregorio Mayans 
(mort en 1777), et JuanSala {Digesto ronuino'espahol 
'nouT. MlUt 1844 ] ), ont traits doctrinalement le droit re- 
main, d<^j^ adopts pour base desa Illation par AlpblbnseX. 
L*toblissement du gouTemement repr^sentstif en Espagne 
a eu pour r^ultat de proyoqner quelqnes bons esprits k 
^tudier les bases bistoriques du droit poiitiqiie; et c'est k 
cette direction d'iddes que Ton doit la publication de la Co- 
leccion de Cortes de Leon y Costilla ( 1836-4.3 ) par I'Aca- 
dtolede l^Histoire, de VHistoria de los tres Derechos, ro- 
mano, eanonieo y CastHlano ( 1831 ) de Garcia de la Ma- 
drid, du Compendio historico de la jurisprudeneia de la 
corona de Costilla de Znasnavar y Francia, des Leyesfun- 
damentales de la Monarquia esp, segwnjkseron anHgucb" 
mente y segun convenie que sean en la epoea actual 
Barcelone, 1842) de Blagin Ferrer, etc, etc., etc 

Le droit national a dt^, dans ces demiires annto, sden- 
tiOquement traits par AlTarez, Fernanda de la Rua et 
Ramon Sala; le droit public et le droit des gens, par D o- 
noso Cortes, Andrto Bello et Agustin Letamendi, ie 
droit administratil, par Pedro Gomez de la Sema et Ma* 
riano Ortiz de Zui&iffi; le droit constitntionnel, par Tomas 
Soler, F. Corradi; la pliflosophie du droit, par ie ceittre 
d^put^ am cortte Alcala Galiano (Maxtmas y Prineipias 
de la Legislacion universal [Madrid, 1834} et De fo re- 
vision de nuestras leyes [1837 1), ainsi que par Donoso Cor- 
tes. L*^conomie politique, qm d^jii, an sitele dernier el au 
commencement de oelai-ci , avait M Tobjet des traraux de 
quelques pubUcistes dont le nom est devenu europ^m, tels 
que Gampomanes, Jovellanos, Cabarrus, a ^t^ tralt^ de 
noejoursayecup remarquablesucote parCanga Arguelles 
et L. Florei Estrada, noms auxquels 11 but ijouter ceux 
deYalleSantoro (J72emeii<05 (feeeonomiapo^l/ica [1842]), 
Ramon de la Sagra (la Industria algodonera y los obre- 
ros en Cataluna [ 1841 ] ), et Manuel de Marliani (De la 
i^fluendadel sistemaprohibUivo en la agricultural in- 
dustrial comercio y rentas publicas [1842]). 

Les Arabes et les Joifs espagpols ont laiss^ nne grande et 
^latante reputation dans les sciences midicales. Les chr^ 
tiens en Espagne ne comroenc^rent k les cnltiyerqiie lors- 
qu'au moyen^ le clergy s'en fut occupy. Parmi Ics^crivains 
mMicaux du sitele dernier, 11 faut citer Piquer, Vi ves, Luzu- 
riaga, Hernandez, Ortb et Miguel Lopez; et parmi ceux de 
notre <poque, Villalba, Sampedro, Llorca y Ferrandfz, 
Alfaro, EduardoCbao, etc line mention toute particuii^re 
est due & VHisloria hihliografica de la medieina esp, (4 
yoK 1843 ) de Fernandez Morej<m. 

Dans les sciences naturelles et mathimatiques ^ les £s- 
pagnols occupent depuis longtemps une place dlstlngu^ Si 
an dernier sitele les noms de CaYsnilles (mort en 1804), 
auteiir d*une Flore d*Espagne; de Ruiz, auteur d^une Flore 
du P^u ; de Ri^as Clemente, du yoyagcur Ajjra, etc, sent 
panrenus k une juste c^l^brit^, on peut de nos jours citer 
les botanlstes Lagssca et Ruiz y Payon comnie ayant rdussi 
k se faire un nom europtoi. Nous mentionneitms aussi 
Manuel Blanco, auteur d*une Flore des Pliilippines ( Manille, 
1837 ),et Miguel Colroeiro, auteur d*un Essai mr les progr^s 
dela Botaniqoe (Barcelone, 1834). La mln^^ralogie a et^ 
trait6edans ces demicrs lcmp» nvot: hcniir.onp de siicc^ par 
Alyarado dc la Pena, J.-M. rania!:ii.'i» Novella (Cnno 

PICT. UK l.A CONVtHs. — T. IX. 



eompleto de geologia), Garillo Laso (Tratado dedas 
mimis antiguas de BspaSka) et Cisoeroa y Lanuza ( Lee- 
ciones de nUneralogia [ 1844 ] ). Dans les sciences math^- 
matiqaes, qni toujuurs furent traitto ayec succte en Es- 
pagne, on remarque aujounPhul les noms de Mariano Val- 
1^0, Nararrete, Alberto LIsta, Jose. Reguero Arguelles, 
etc, etc 

Les trayaux rdeents de Pons, de Tofino, d^Andllon, de 
ClayQoy Viera,de Miiiano (Diceionario geogrt^/leo de Bs'^ 
paSia [1 1 yolumes, 1826] ) de Teidejo Paez, de Cean Uermu- 
dez,de Serafin Calderon , de Caballero {Manual geogrejleo* 
ad-nUnistraiivo de la Monarquia Esp, [Madrid, 1844]), 
t^moigncnt de Tlmportance qu'ont prise de nos Jours en 
Espagne la gtograpbie et la statistique. 

Mais detous les genres de litterature sdentifiquep ks 
sciences historiques rant inoontestablement celles qui ont 
6t^ cultlyto ayec le plus de succte dans la Ptoinsule, sur- 
tout lliistoire nationale e( riiistoire des pays conquiii par les 
Espagnols. Les premiers onyrages de ce genre fiireni , il est 
yrai, ^Mitsen latin, par exemple par Isidore de Seville, par 
RodriguedeTol6de, etc Maisli parlir du r^ne d'Alplionse X, 
on trouve d^jk une suite de cbruniques en langue natiunale, 
dont beaucoup, comma nous I'afons d^jA dit, sVl^ent fort 
au-dessns du m^te ordinaire de ces sortes d'ouyrages. 
Parmi les toivains modemes qui ont su le plus lieureiise- 
ment exploiter ces sources iteendes et prteieuses, il faqt 
citer Florez, Conde, Ascargota, Capmany, Barauda, Mas- 
deu, Tapia, Miranda, Mascaro et Gonzalo Moron (Curso 
de IJistoria de la CiviUzacion de Espafia ( Madrid, 1842 ). 
Ajoutons encore que lliistoire particuU^re des provinces et 
des yilles, on encore de certaines ^poques, a donn^ lieu r6- 
cerament k un grand nombre de trayaox estimables, et qni 
ne peuyent que contribuer li r6pandre de plus en plus la 
connaissance de Hiistolre nationale dans les masses. Nous 
dterons entrp autres VHistoria de Felipe U d'Evariste dr 
San-Miguel, La Espafia de Los Borbones de Goasalez Ctar 
yajal, VHistoria de la Regencia de Maria'Crisiina de Pa- 
cbeco (Madrid, 1844 ). Les rodmolresparticuliers public par 
des bommes ayant figur6 dans les afTaires publiques sont 
nombieux : une mention partlculi^ est due k ceux de To- 
reno, du marquis de Miraflores, de Juan Van Helen, etc 

La philologiep gen^ralement trop ndgligte en Espagne, 
ne laisse pourtant pas que de nous olfrir aussi qnelqnes 
noms auxquels se rattacbe le souvenbr de trayaux reoom- 
mandables, par exemple ceux de Francisco Sancliez, dit el 
Brocense (voyez Sanctius), dont la grammaire latlne jooit 
pendant tout le dix-septitoie sitele d*une grande et Juste 
reputation en Europe ; du j^uite La Cerda ( mort en 1643 ) ; 
de Gonsalez de Sales ( mort en 1644 ), etc La pbilologie 
orlcntale peut, die aussi, s'enorgueilUr de noms comme eenx 
de Casiri, de Conde et de Pascual Gayangos. Les travaux 
bibliograpbiqnes de Salva, de Fuster, de Torres Amat et 
d'Ochoa assignent k lean atiteurs un rang distingu^ dans 
cette sdence. 

ESPAGNOLE (£cole). Voyez £oolbs db PEnmmi, 
tome Yin, p. 315. 

ESPAGNOLCS(Peintnre, Sculpture et Architecture). 
Malgr^ des drconstances ext^rieures d<^foyorables, malgrd 
toot ce qu*eut de p^nible et de douloureux renfantement de 
TEspagne modeme au milieu de guerres quidur^rent plus de 
cinq rents ans; endepit aussi desentraves do despotisme, et 
roeme de son appauvrissement, toujours croissant depuis 
Philippe II , la gto^reuse nation e^pagnole s'est constam- 
ment montr^Se dans le domaine de Tart la digue rivale 
des Franks, des Italiens et des Allemands. C'est elle qui, 
vers le milieu du dix-eeptieme si6cle, tenait le sceptre de la 
peintnre en Europe, et ses monuments sont au nombre des 
plus magnifiques que le moyen Age ait produitn. Tout son 
d<^ve]oppement artistique ofire k Pobseirateur le curieux 
spectacle d'une production meridlonale modeme od Tin- 
fliience de Pantique est presqne imperceptitile, c>5t-&'dir« 
pr6ci<;enient le eontraire de Tltalie. 



10 



WfAmoaa 



In ce qui tooehe I'Aiicnnciinui, on pent pourtaai «d^ 
luettf 6 que l«8 MiflfiM jroiDiiiii8» cei.ooii<tiiiclloii$ fr^odioi^ 
qui survteiureiit encore plunevrft sitelatii la putanpe de 
Rouie, stiitout celles qui diteot il« U fin de I'empiM^ du^^ 
rentsemrpeiidaiill«agteiiip8de modMes a«x-pro<locUoiif de 
oet art en l^spegpe. Ainsi» ai^onrd'liui enQore, ^vor^iniss^e. 
un temple d*ordre oorintliieD parfaitement coDfenr^, Tarra^ 
gone un iiaJais et des mun qrcioptaMi Sagoote vniii^tre 
et iin cirque, S^vie un bek aqoedoCv Capara an arc dft 
triompbe, Alcantara un temple, Meiida diters ^mples, 
UiMtreb^ amphiUidatrea, elc. 11 n^eKiste poor, ainsi dire plua 
rten des iimneiues Milioea 4A»f^ par lea r^ia*. ^JHaigptba,. 
tandis que tant et de si magniiiquei d^ri^ de rapnumenta 
sont la encore pour lanoigner de L'^dat de rancieonc do- 
mination aralie (711 - 1493). Cea monuments i^taieat sans 
douie moins fiintastiques que ceoa que rislamUme a cont- 
tnilla en Syrie et en l^pte i on n^y Toit ni coupoles ni mi- 
narets; mais le style des dtotts n'en est que plus arr^t^ ft 
plus ferme, et il semble qaUl sesoit iiiApli^ d« la iuddit^ 
de pens4^ dn gtaie . occidental. Le plus vas((:« des anciens 
tiiiioes de eegenrB»dalaiitien partie duliuiti^nie si^e, eatla 
granderoosqute de Cor d o n e, aveo ses dix-neuf nefs reposant 
snr d^innombraiiles edonnesdisposta en fer k clieTal. Mal- 
gf€ son extrftroe magnificence, rornementation en est encore 
s^T^re et m^m^ simple quand on la compare k oeile d'6dl- 
fioea plus rfeents. 4J exiale k Girone de charmants bains 
msuresqnes, et on en yoit aossi k Baroelone et k Valence. 
II n*existe roalhenreusement plusrien du raagnifique palais 
d*Analira, bAtI Ters Tan 950, aux environs de Cordoue, et 
qui ^talt omd de 4312 colonnes. £n reTanclie, lec^^bre 
cbatean des rois de Grenade, 1' At ham bra, ouvrage de la 
secoiide moiti^ de P^poqoe roanrea q n e, «st encore debout en 
partip. A Text^ieur il n'offre que des murailles unles et irrtS 
gtili^res , mats il Pint^rieur la magaiAoenoe en est extrtane. 
On y voit des coars et des jaidinaorn<^ de footainea jaillis- 
cantes et de sveltes colonnades, de vastes salles et appar- 
f ements avec des basslns. des baignoires, dea balcons, etc. ; 
le tout endnit des plus ridies omements en moMique ti- 
treuse de coiilenr, donnant aux OMirailles Tapparence de 
modMes de tapisseries ; de mtaie que les ToDtes en sont 
omte de mille caprlcieux dessins. La Cow dea lAont et la 
SalU d€i Ambauadewn en sont les parties les plus c^l6- 
bres. A Seville on yoH le grandiose palaia d'Alcazar, et la 
partie toftHrienre de la tour Geralda, de construction man- 
resqne. L'arcliitectnre romane, qui s'^lendit insensiblement 
vers le sud avec les royaumes Chretiens, ne nous olTre que 
fort peu d^Milices de qudqiie importance; |iar example la 
catli^lrale deTarragone, oonsistant en unebasiliqiie voOtte; 
qiielquei constructions k Barcelooe, etc. L'Espagne, en re- 
vanche, n'en est que plus riclieen constructions gothiques dc 
toole beauts, encore bien qu'elles datent pour la pliipart de 
la seconde moiti^ du quatonltae slteie, par cons^uent de 
I ^poque de la dteadenoe du goM golhique, et qu'ellcs ne 
soient point exemptes de llnlluence mauresque. Ln catli^- 
dnie ds TolMe (commence en 1227) en est Tune des plus 
anciennas etdes plus magnifiques; il y a d^^ qudqjue chose 
de plus capricieux dans les catliMrales de Burgos (1099) et 
de S^vie. Lea cathMrales de Barceloneetde Seville, et la 
roagnifiqne ^lise de Los Reyes k TolMe ( 1494 • 149i), da- 
tent de la fin de cette p^riode; romementafion en est sur- 
cliargte €L confuse, mals I'efret total ne laisse pas que d^en 
aire imposant et pittoresqoe. II y a d*adniirables cloitres 
gothiques k Guadetupeet chez les DominicafnsdeVallado- 
lid, de magnifiques bourses gothiques de commerce k Va- 
lence et k Palma, dans Hie de Majorqoe. Eat Portugal, V^ 
glisede Batalha, constniite en IS83, est d'une purely et 
d^une richesse de forrnes surprenanles, tandla que la cba- 
pelle dn oouvent de Belem, \Mt en 1499, paralt presque 
barbare en di^it de loute sa magnificence. L'Espagne n'a 
conserve qu'on tr6s-pclil nomhre d*Mifices de la p:irtie du 
seiri^mc si^clc o(i Pimilalion de Tantique dtait encore dans 
la bonne voie. L' Es c u r i a 1, ociivre de Juan de TolMo o( de 



;Jiiap daHerr^,..esf iii(.^difioedlaiM.|oinbre4 (MiimDls 
gnixitii,. maia qoi n'a rien 4e bean' |ii d'a0f^Ue.,Ces deux 
qoalii^.nianqnnntconpiaeiDeQtjAsal ao cb^^a d*4roa^ 
jueZf oonstruit par le mitoie Juan de Ueraera. ^ partir da 
ce moment r.EfV>8iM aubit le JPfug, de . rarchitectura Ita- 
liennn ; seulei)i^eiil» aes ro on qmenJ a devieonent ak>rs plot m6- 
dioqspf (Dpcore qunks monumenii Italiens qui leur serrsot 
de modules. Quelqoes archilect^a d|on talent v^tahle^ tsls 
que Filippo IviB^ (168^ - MZb), ne p,wn^t point empteber 
la decadence deTart, Lea monuments lea plua jr<^cenU pe- 
cbent auasi.beauco^p sous le rappoit de U decoration int4- 
rieum. Cepend^nt il Caut encore menlionner hooorableiQeBt 
Mariano Lopea Aguado, Custodio Teodoro Morenq^ Tardil- 
tecte du tb^ti:e oe la PUua de OrienUf Joan Mfguel da 
Indan Valdes, aoteMra de quelque bons onvragas awr aon art, 
et Anntbal Alvareip 

Danaie domaine dela Sculptorb, TEapagne, pauvreen 
modules , n'a qu^nn petit nombre d'artistes k ^(er ; et jus- 
que dana ces demieratempa, ce aont le phis soovent des 
strangers qu*on y voit exercer cet art. C'est seul^ent k 
partir du dix-baitj^nM aitele, qu*i] s*y produi^lt c|ue1ques 
sculpteurs de talent « tels que JosA Alvarcset Antonio SoU, 
dont lea meilleurs ouvrages sontune statue de Cervantes 
et on groupe reprtentant JkuHz el Velarde deux pairiotes 
morts efk 1802; fledina et Ponxano^ ^vea d'Alyarea, Fran- 
cisco Perea del Valle, Esteban de Agreda et Fr. Elias. 

En revanche, TEspagne' est on pays classiqne poor la 
Peikturb. Si k r^poque du mo^en age cet art y brilla pen, 
si c'est seulement k partir du quatond^e si^le qu*on y 
trouve.quelqneanom^ iciter, enfin si pendant. le qniniltoie 
sidcle iapelnture espagnole se ra^taclia k celle de< Pays-Baa, 
et pendant le seiai^e k celle de Tltalie, le dix-septitaie 
si^le, par oontre, olfre une ^latante plenitude de vie et d*o* 
riffoalit^; radieuse ^poque k laquelle sucdMcn't au dix- 
buititae allele I comme partout ailleurs, le reUcheAient et 
la nanl^ (t^pfes k rarticle toouM ni FBtimjaB le para- 
grapUaconsaciilii'i^fo/eesiNi^ito^). Parmi leaarA^^s Fla- 
mands ^tablis en £ap9^ au qulnaitoie sitele, on c&e Rogel 
(pent-^tre Rogn de Bruges) et Jean Flaroaotf (peut-«tre 
Hans aiemling). Les Eapagnols attribuent aussi k' Albert 
Ourer mie gmnde influence sur les d^veloppements de leur 
peinture* I^is de Morales travailla dans le style septen- 
trional; et aes vieox tableaux, malgr^la doret^ des formes, 
ne laiasent paa que d'oftrir d^ik une expreasion agr^able, 
souvent belle^ et un cploris facile. Parmi les peintres. do 
seiai^me ai^e, Pablo de Areglo et Francisco KeapotI, se Tor- 
mirent daus Talelier de L^nard de Vinci^ doptll leurarrlye 
parfois de reproduire avec assea de bonheur la mani^; 
Alonso Berruguete, n6 en 1480^ et rexceltent Ped^ Cam- 
panna, na en 1&03, Turent ^I^ves de Michel- Ange; Luis de 
Vantas, n6 en 1502, 8*appropria la grandeur et la grftce 
de Tteole romaine cbea Perin del Vaga; Vicente Joanes, n^ 
en 1(23, paralt s*6tre rattacb^ aux peintres florentins de la 
seconde i^iie. Mais les peintres de T^le V^Uenne fu- 
rent ceux qui exerc^rent le phis d^nOuence sur la peinture 
espagnol^le Titian notamment, doni quelques-nns dea beaux 
oovrages furent ex^cot^ pour TEsfiagne et dont Patelier Tut 
fr^qoent^ par un grand nombre d'Espagnols , entre aatrna 
par Alonso Sanchez Cuello, devenu plus tard peiittre de 
Philippe 11; par Joan Fernandez Navarrele, dit el Mtuio , 
n€ en IMA. et qu^on a m^me sumomm^ le TIHen espagnol. 

Telles sont les bases (dont le coloris des VtoHlens ful la 
pluf e^aentlelle) sur lesqnelles se d^velopp^rent las grendas 
^coles duilix-septiime sitele : celles de Madrid, qui an mt 
tadie surtout k la cour, et celle de S^^vUMi. Leor careclfere 
oommun eat un naloralisme intelligent , qui parfois atlelnt l«s 
demi^res limites de la beant^, auquel vienieiA'eii aide un 
dessin et une composition bardls , sans avoir tfen de capri- 
cieux ni d'arbttraire, «A on coloria p^liant peoV^tre par les 
teintes obscures et vsk^mt nolres de ses ombres, mala renoair- 
quabie par son ccl.it et sa transparence, en roeme Iraapn 
que par sagrande douceur, tenant par consequent In mi 



ESPAGMOLES — KSI'ALIEU 



1 1 



lieu entre lo colorltde' l^^le vaiili«iiiieiet ie cAtoris de 

r^floto .upoUtinio; La carnfttioii eo est p&le, oonunecette 

du 4Mrp&'dM Bspagnols , imusidittiide et pleine lie: vie; les 

draperieft6ont le plus souvaoft' ^ua |Mu l^raB;.rai&eittent 

.runiHiiWn MmoigBe dte loia partooCi ^U to* ^ tttdiHai- 

j^nefiftj'aa coati^re»: U ufhe C6rt&iii89 parties ainquekles 

4'ailiito H'.dvideiniiienk iMen plut traTaiU^ qu'au reato de 

•rfoaiiBttire.Gfeit k T^le deS^vflte qa^appartuurent Fraa- 

/ii8ei>.Patfiaoo, n^tti 1671, Jaau de ia Roelas, n^jen 1&&8, 

4ea.daBxlIeneraB; leatroit GttadUosi 4tuaXi6 plus calibre 

Mifom, le maltre de MttrUbi^enaiiite Franoilco Ziirtorao , 

tii^ea'18i6iiiM»rteB l(ltt,qoi par m graviUet fi4ui toergie 

JixeiepBemler leetyledeceUeteole; enAn, Velasques, 

qui plut'tard, coame petntre de la coucy exer^ la plos 

igrande Influenee sar i'l^le de Madrid v le simple et noUe 

Aioiue Cane ( 1610-MI67), Pedro de Moyi|,a^Te'de Vao- 

Uy^ <iei0-ie66)» et le pUia grand de totts> MuriUo, 

aprte la ttmi do quel ( ie82 ) r^oole de SdTiUe ne tarda point 

iperdre toutiBBon. importance. 

L'^coia de Madrid pnxhiisit Luis Tristan, n^ en 1586, el 
lea dens Cankiclidt, florentUis de natsaance ; puis lea d&Yes 
de VeiasqoeZy Juan de Parija el Bsdavo^ et Mazo Martinez; 
Antonio Pereda ( 1690 - 1669 ) , qni |»ur le ooloris I'emporte 
fiur MuriUo Iui*ni6me^ Juan Ga»no de Miraoda ( n^ en 16U ), 
Fj. RIti, Juan Antonio Escalante (1630-1670), Claudio 
Coelto, etc 

Une direction partkuU^re, subiaaant daYanlage Haflnence 
de nBalie, se dtiveloppa dans I'dcolede Valence, qui com- 
nenoa 1^ Aregio, lieapuili et Joaaes, et 4ont lea asaKrea les 
plus o^rea forent Francisco Bitolta ( 1661 - 1626) et ses 
61^&{ Pedro Orvente (a^ eft 1660), dt Josepe Ribera, de- 
Tenu phis tanl le chef de Tteole Je'Naplea. Lorsque, vers la 

• fin>du dix-«eptitoie sitele, s*^telgnit ie prindiie de tie par- 
Ueiitter k r6cole es|)agnole , plusieurs autrea circonstanccs 
^daYttrabled se r^unirent pOur exeroer la pins pemfdeuse 

• Jnfluciii^ 8ur la direction nltihieure deKart en Espagne; par 
. exemple, TextiBction de la dynastie de Hapsbourg, Tappau- 

YrissemflBt. incessant dn pays, et I'appd fait k Luca dor- 
tlamo^ arttsle dou^ d'une estrdme rapidity d'extotion et 
dont Texemple ftit dea plus Innestes. Parnii les peintres pos- 
lerieurs, AnL Palomino de Velasco ( 1653- 1728) a moins 
d'importancepar ses propres ouvrages que par le Recueil de 
Notices qu*il a public sur lea anelens artisles eapagnols 
(El Hvsm pietwicOf y escala eplica [3 vol. Madrid, 
1715* 1724). Antonio Viiladumat {n6 en 1676) et Alonso 
de Tobar ne sont aussi que de pAlea imifateors des raaltres. 
En vuiu le roi Charles 111 fonda des academies el 
a|ipela en Eapagne Raphael Mengs; Tart alia toujours en 
se d^dant daTantage, et sous Cluirles IV Goya y Lu- 
cientes, pelntre humoriste d'un talent toot particulier, 
est le seul qn'on puisse citer. L'influence du clasalcisnie de 
r^ccle franfalse reprfeent^e par David, quetque frappant 
que xoit le contraste que aon pathoa et sa froldeur oflrent 
avec Tancienne ^cole i»pagnole, ne laissa pas pourtant que 
dliiAiter comine une tie nouvelle k Tart espagnol. C'est k 
cette ^le 8lguind6e que se rattaclient laplupart des artistes 
de Ukjeune ^cole, parmi tesqnels nous nous bomerons k 
citer Vicente Lopex y Portana, Jose etFederico Madraxo y 

• Agudo, Juan Antonio et Carlos Luis Ribera, ISivelles y HeKp, 
Esquivel, pefaitre de portraits et dMiistoire qui s*est formd 
d^afirks'les M^v^es pr^cept^ de T^eolede Seville; Genaro 
Perez Vilamit, lemarquable paysagiste, mort en 1854 ; Pedro 
. Kvnli, qtii exoelle dans la peMpectlYe ; enfin, Valentin Carde- 
rersi, tout k la fois pelntre et critique de talent, Jose Gotierrez 
de la Vlega, Josift Elbo, Tegeo, Agapfto Lopez San-Roman, 

*Alemsa, Cavanna, Canderata, Benito Sanz, Ferran, Ortega, 
'. Vam HalDir (Ala du gdnMI d^ ce nom), Bttccelll, et mes- 
d]inMHr W6it et'Nieolao. 

La- lilbographie a anasi 'felt de remiuquables progrte en 
E«pagne, et la COfeccfon IHoajrdftca de cuadros del rey de 
BipafifBf etc., publico par J. Madrazo, est un de ces ou- 
yr«ISes qui font le plus grand honneur k un iiays. Con$ult»«2 



<;ean'/l)enmidez, Dloiiona^io hisfoheo^ vie. (Madrid, 
•1808, vol.) ■ . , • . 

Ed^PAGNOLUrr ( L" ). K^s RmitRA. 
EWAGNOL£yFraL' On donne ce nom k une barre 
de fer r6nde, attaolite aur celui dea deux battanta d'une fe- 
nKre destine k arr6ter l*antre, lorsqu'on vetitia tenlr ferm^e. 
Cette barre, dont tea extrtaiitdi se terminent en ctocliet, 
porta A aon milieo irne main de mAme nuKal, et qui V^l^ve 
ou s'abaisaei k volenti. La barre 6tant elle-m6me mobile, on 
la fatt tourner au noyeta de la main. Si c^est |H)or fermer 
la feoHre, les deux battants en ^tant rapprocli^s, les cro- 
chets de respagnolette entrent dans des ^tes plac^es Tune 
en liaut, la seCunde en baa , et la partie moliile de ta main 
^tant easoite ptacte dans une sorte de crampon fix^ 
sur Tautre battant , la fenMre se trouve alors solidement 
ferm^. Lorsqu'on vest Toiivrir, il Fuflit de sortir la' main 
dn erodiel qui la reliant el de tourner respagnolette en sens 
contraire. On a depuis quelque teu*% imaging un autre 
moyen de digger fespagnolette.'II suilitd'un bouton plac^ 
k la liantelir de la main, qn*on fait jouer pour df^gager, 
danale eena vertical, leliaut on le bas de la barre de fer; 
les dearx battants nMtaHt plus retenus, la fendtre s^ouvre 
factlemenf. 

ESPALIER se dit dea arbres (hiiUers plants k Fappui 
d*un raur et fix^ k sa surface par mi treillage, ou shnple- 
ment par des dons. Ceux qui rdnsslssent le mieux en es- 
palier sont les ptebers , les polriers, les abricotfers et la vi- 
gne. AinsI enUit6s, its sont k Pabri des gel^es tardives, de 
la grdle; expose k une temp^ture plus ^lev(^, lis pro- 
dulsent des r^coltes plus sOres; leurs Truits, plus gros, plus 
pf6coces ek mieux colore, acquih^nt une maturild parfaite 
et one quality qui varie peu d*une ann^e k Pautre, malgr^ 
les variations des saisons : tela sont les avantages incontes- 
tables qu*ils out sur les arbres cultiv^ en plein veut. La 
n^cesstt^ de ce genre de culture est d^ailteurs ^vidente dans 
les pays od sans elle les fruits parviennent dilTicllcment 
k maturity, eomme il arrive en Angleterre, et m6me dans 
le nord de la France. 

La direction des espaliers est une grande affoire ; elle exige 
des soins assidus et ^lairds : hi plantation, Tespacement, la 
taille, r<^bourgeonnement, I'efTeuillage, le palissage, Ti^bou- 
tonnement, la construction des murs , ^exposition , les pre- 
cautions centre la gelte ou contre la gr^le, sont autant de 
points qui dolvent fixer Pattention du cullivateur. 

Les trous fails quelques semaines k Pavance, sMl est pos- 
sible, cm y plante les jeunes grefles de mani^re que la tige 
suit distante du murde 15 a 20 centimetres, que les racines 
soient blen ^tendiics, les deux plus forles sur une ligne pa- 
ralieie au mur ; on rabat la terre, l^g^re et bien teras^, sans 
pressions r^t^r^es du pied , comme le font k tort des jardi- 
niers peu ^clair^. Les plantations peuveot avoir lieu de< 
puis la fin d*octobre }usqu*au mois de mars. La distance 
entre cliaque sujet varie selon I'esp^ : cinq ou six metres 
suffisent au d^veloppement de chaque branche m^re lat<^- 
rale du p^cher et de la piupart des autres arbres; quel- 
ques-uns 8*6tendent moins. 

L^arbre plants , on le rabat sur quatre ou six yeux de sa 
grefte; c'est 1^ tout pour la premiere annde, saul les Ta- 
lons. A la ta file sutvaute, dont P^poque varie selon les 
esp^ces, on choisit, pour la forme en V, les deux pousses le$ 
plus belles, une de cliaque c6i6 de la tige, et, autant que 
possible, en parall^llsme avec le mur; pour la taille en ^ven- 
tail, Irois ou quatre dans la m6me direction. Ce choix fail, 
on supprime tons les autres bourgeons, et ceux qui doivenl 
servir de brandies m^res sont rabattus sur six, sur quatre 
ou sur deux yeux, selon leur degr^ de vigueur ou celui du 
sujet Les brandies m^res cooservdes sont tenues en place 
par des liens, et cehi de mani^re k favoriser la d^vdoppe- 
ment lateral du suJet Les tallies suhrantes onl pour objet 
Paccrolssement le pins r^gulier et le pins (Iteond de I'espa- 
lier; dies consistent dans la suppression enti^ des bonr- 
geoDS qui ne convicnnent pas, avec la aoin conatant d*^ 



13 



ESPAUEE — ESPARTEEO 



tablir r«gaW«» r^qaOibra, dant la fonnatioD. Anssi le colti- 
yntear ne doit-O jamaU oobHar qoll y a riiiraltaii6U^ d*ac- 
tion el eorrespondaiice antra laa radnaa el las feulllaa. 
V4b0urg$onnemeni at re/^aiciUa^asepratiqoeDt 
Fun al Tautre aai ^poqnat 06 le moiiTanM&t de la i^Te se 
ral^iit, el eomme H a 4t^ indlqn^ k chacan de eaa mots. 
Le pallitMoge le Cdt an moyen de Hena qui donnentaox 
oraneiiei una direcUon pins on moiiu oaTeite, aeUm la forme 
gfo^rale cboisie pour Tarbro. Gas liena ne dohrent point 
embraMer la feuiUe ni lea yeux; ila ne doivent point 6tre 
piae^ de manure h en gteerr^rolution. S*iU nieltaient lea 
brandies dans des positions forcdcs , ails ne consenraient 
9aa k diacune, gamie de sea rameaox, nne forme analogue 
a cdle de Tarbre entierp d, dans la crainte de le laiaser d4- 
gamir, le palissage rapprodiait les brandies , lea croisait an 
pdnt d'emptelier la Ubre drculation de Tair, I'accte de la 
Inmlire et da soleii, eette optetion serut d^fectueuse et 
noidUe an sujet. 

L*^froii/oiinemen< est la supresdon des boutons qui, mal 
plao6s on trap rapprodi^ des autres,donneraient lieu li I^^ 
bourgeonnement ; onenl^velea boutonspendantllilTer, i^l'on 
ed dnd dispcois^de reparation prte^dente. II ed d*dlleurs 
fadle de oomprendre que rdxmtonnement a le grand aYan- 
tage de ne point fatiguerTarbre comma TdiourgBonnemeut. 
Tous les mat^riaux que Ton peut (dre entrer dans la 
oondruction des murs d'espaliera ne sent pas ^ement 
conTenables : les plerres dures, blandies et lisses, font des 
murs d'un aspect agrteble » mais par leur nature Us r^fl^ 
ebissent beaucoup de rayons soldres sans se pdn^trer de 
ehaleur; de cet eflTet physique il r^ulte dea ^tata de tern- 
ptature qui varient condd^rablement pendant le Jour et 
pendant la nuit, et nuisent k raccroissement des fruits. 
Les murs en terre, les palissades en bois mdme, on dema- 
tihe autre, nSisd'ane coulenr teme, d'une structure moius 
dense, se pen6trent de ehaleur et la rendent, au profit des 
plantes, aux heures oil la temperature s^abaisse; ils sent 
done pr^fi^rables. Una d^vatlon de trois » quatre , ou cinq 
metres y est suffisante aux murs d'espaliers ; mds die doit 
Itre la m6me des deux c6t^, car d , par suite de lln^alit^ 
du sol, Tun des cOtte se trouTO au-dessous du niTeao, les 
arbres en espalier plac^ sur cette parol ne pourront r^ossir ; 
lis seront arr^t^ par Thumiditd habituelie du sol qui les 
nonrrit et par cdle du mur auquel ils sont adoss^. 

Le cultiTateur n*ed pas toujours libra de donner k ses 
espaliers Texpodtion qu*il desire; die est ddterminte par 
cdle de son champ. Pnur les Truits dont il ?eut liAler la ma* 
turite , pour les arbres qui cralgnent les derniires gel^, 
il choisira le midi, le Levant et les positions qui s*en rappro- 
ehent le plus : une oblique du leTant au midi est, je crots, la 
mdlleure de toutes pour le p6cber : cdle en pidn midi a 
lo grand ioconvenient de donner aux arbres une dialeur 
trop brusque et trop yive. Malgr^ lecbolx d'une bonne ex- 
position, dans les pays od les frolds seprolongentau prin- 
temps, k Paris et dans les euTirons, les jardiniere seraient 
expose k perdre souvent leur rdcolteenli^re par Teffet d*nne 
simple gelte blanche, s*ils n^avaient le soin d'abriter leurs 
espaliers : aussi Tusage des paillassons l^era est-il gte^ra- 
lement r^andu dans ces pays. La mani^re la plua simple et 
la plus profitable pour les disposer est de les attacher k des 
perches par leur extr^mit^ sup^rleure : ils sont de la sorte 
toujours pr^ts et Idss^ en peu de temps; on les rdient par 
des lourclieUes qui embottent Textrtoiit^ des perches trans- 
versales, et reposent le long du mur k arc-boutant. Ce pro- 
c^e sert encore k lea pr6smer des eflets d^sastreux de la 
greie ou d^une chaleor trop sdsissante; une telle d'embd- 
iage remplit le memo objeL En outre, des obserrations r^- 
\)H6cs ayant port^ des cultlTateurs ^lair^ k croire que Ta- 
vortemeiit de fieurs des arbres fruiliers doit souvent ara 
aUribu6 k rinterruption du cours de la sdvedans la tige par 
U aclt^ du printemps, pour ohvier k cet accident, ilaont 
enve!opp<§ de pailie ou de foln la lige des espaliers, depuis 
ic collet de la raciue jusqii'a h division sur les brauciies 



mteaa. Le rteltal de lean expMeiioes noos panit de la^ 
loralicovrdnerederexedleooede eeUe prallqae, el nooi 
la reooramandona tree eonfiance. P. Gaoanf . 

ESPALION. Kofss Atitmm. 

E8PARTERO (Don Bald AMito), ex-r<get d^Enpagas, 
eomtede Lttctoui, due dels Ficlorto,et grand d'Espagneda 
premMradaase, ed d6 en i7M, dana la Manche, k Grana- 
tula, ouaonptoBtAntonioEspartero, exer^dt le odtierda 
charnm. II ddt le pins jeoae de neof en&nts. Destine k 
r^tat eecMsiastiqoa par anitede la biblesaede sa eowtttD- 
tlon, tt abandonna en IMS, lors de liUTadon des Fran^ds, 
le s^mindre oti il fUaait sea Mndea poor s*engager dans on 
corps presque uniquemeDt compose d*^adiants el appd^ le 
baiaUlon $aeri. Pins tard passa an corpa dea eadets, d 
Tera la fin de 1811 il ftil nooim^ sooa-lientenant dans la 
corpa dea fnginleurs, k Gadix ; mala n*ayant pa aootenir 
d*nne manito suffisante lea examena exigte par les r^e- 
menta, a ftit en 1814 envoys aTec le mtoe grade dans on 
r^gUnent dinfimteile en garnlson k VdladoUd. Bleaa^ dans 
ses sasoeptibllit^ par Tordomianoe qd le aoumettait k cette 
mutation, il ^tdt d^dd^ k donner sa demiasion, lorsqu^un 
protedeur influent lui consdlla de se printer an g^n^ral 
don Pablo Morillo, qui yendt d'etre nomm^ eommandant 
en chef de Tarmte destinte k alter combattre les co- 
lonies insurgte de TAm^riqae m^ridionde. Morillo coa- 
sentit koe qn*il prtt part, atee le grade de capitabie, k 
rexp6dition, dont le depart eut lieu an mois de jander 18 f 5, 
et pendant la traverste il Tappela anx fonctions de chef 
d'dat-miyor. Mala Espartero ayant montr^ pea d'aptitude 
pour un tel poste, ne tarda pas k ^e nomm4 mijor dans 
an r^ment d'infanterie au P^u. U y fit prenTe, k dl« 
Tersea reprises, de r^solatimi et de oonrage, d passa Ueote- 
nant-colond en 1817, puis oolond en 1823. Qoand la capi* 
tnlationd'Ayacucho eut mis fin, en 1824, li la domination 
espagode dans I'Amerique du Sud , il rednt en Espagne 
avec Lasema, Valdte, Canterac, Rodii, Aldx, Lopes, Nar- 
Taex, Blaroto, etc., qu*on dMgna plus tard par le aomom 
gto^rique d^AyacuchoSf d ftit envoys en gamison k Lo- 
grono, avec le grade de brigadier. Une fortune eonsidtabie, 
qa*il avdt bite en Am<Srique paraon ran bonhenr au jeo, 
lai permit de vivre avec taste, d ses qodftte personndles 
lui firent obtenir les bonnes gr8eea de la fiUe dhm riche 
propri^tdre de Logrono, appelS Santa-Cruz. II I'^pouaa, en 
d^pit de Fopposition du pjre, d fot bientdt aprte envoys 
tenir gsmison, avec son regiment, k Tile de Mdorque. 

En 1831 il ae d^ara ouTertement en favour de la nou- 
Tdle loi de succesdon k la couronne, stabile par Ferdi- 
nand VII ; d quand , k la mort du roi, la guerre dvile ^clata^ 
il ofTrit spontan^ment de marcher aTec son regiment contre 
les prodnces insurg^ du nord. On le nomma dors com- 
mandant g^n^rd de la Btscaye , d bientdt apres martebd de 
camp, puis lieutenant g^n^rai ; et quand, en mai 1836, Co r- 
dova se rend it k Madrid, 11 fut charge par interim du com- 
mandement en chef du corps d*op<Sration. Au mds d'aoOt 
suivant, son apparition personndle saiiva la capitale qu'une 
bande Carlisle fut au moment dTenlever, et en recompense 
de ce service II fut nommd gdnenl en dief de Tamite du 
nord, vice-roi de Navarre, dcapitaine gditel des provincea 
liasques. D^ut^ aux cort69^constituantes, il prftta serment ii 
la constitution de 1837; mds, mteontent du minidto Ca- 
latrava, il prtelpita sa dmte en provoquant la protenla- 
tion des ofBders de la garde k Aravanca. Quand, le 12 aep> 
tembre 1837, Tarmde de don Carkis arriva*jusqoe sous lea 
murs de Madrid, il eut encore une foia la gloire de anuver 
cette ville. II reponssa le prdendant derriere VtJbre, et 
r^usdt, au muis de d^cembre, k lui enlever lea hauteurs 
de Luchana et k d^bloquer Bilbao, (dt d*armea qui lui Taliit 
ie litre de comte de Luchana. LMnadion dana laqoelle il 
persisla k [lartir de ce moment eut au moins ed avantage, 
qu*dle lui periuitde r^tablir la disdpllne dans l*amite. 

Tandts qifil gaguait de plus en plus la bveur de la leine 
rdgcjitc, les saugiantes executions qu^il ordonnait k Panipe- 



ESPARTERO — ESP&GE 



IttiM eontre L^on liiartey k Miranda et antret Ueai, ren- 
daioil ioa nom la terreur de ees protinces et de rennemi. 
Eb 1838, fl antentit le corps eipMitioniiaire carttste aux 
ordna du ^biML Negri. Gependanty !a in^aintelligence aliaH 
toidoiin en augmentant entre Ini et le miniate Ofalia, sur 
lequel 11 rcjetait toute la responsabilit^ de IMnaction k la- 
quelle 11 ^t condamn^ ; et la jaloade que lui inspiraient 
Narraea et Ck>rdoTale porta li enyoyer k la relne diTenea 
adreasea centre enx. La eampagne beurenae qa'il fit en 
1839 lui valiit, comma distinction personneUe, lea titres de 
grand d*£spagne de preroite clasae et dedoc de la Victoria. 
II sut|proflter arec beaacoup d'adresse des divisions du parli 
carliste pour ouvrir avec Maroto des n^odations qui se 
terminiient par la oonYention de Bergara, par suite de 
laqudle don Carlos ae vit forc^ de se retirer en France. 
Quandil coromen^a en ts40 la eampagne centre Cabrera, 
il deroanda le breret de gto^ral pour son secretaire et aide 
de camp Linage, qui tout r<^cemment avait grossiteement 
insults le miidstre de la guerre dans une letbre publique. 
II ^ait d^ trop puisMut pour qu*on pOt refuser de faire 
droit k ses exigences. Narvaei dut quitter le ministire, et 
Linage paaia gte^ral. Pendant ce temps-Ik, la session des 
cortte s*<Uit ouverte. Le cabinet, comptant sur une majo- 
rity dans cette assemble, essaya de porter un ooup mortel 
aox exaltadoipdoni Espartero ^it devenn I'homme, en pr^ 
aentant nn projet de loi restrictif des liberty municipa- 
les ( voye% Atdhtahiemto ); et, deson c6t4, la reine r^gente 
s'^tait rendue k Barcelona, o6, malgr6 les tives repre- 
sentations d*Espartero, rerenu Tietorieox de son expedition 
eontre Cabrera, et qui avait 6ik aocneilli dans cette vile 
avec les maniliBStaUons du plus Tif entbouslasme, elle donna 
sa sanction au projet de loi vote par les cort^. Mais ce fut 
aeokment lorsque le mouvement insurrectionnel proYuque 
par cette loi eut pris un caraetere bien dedde qu'Espartero 
se pronon^a en (aveur. 11 revint en toute bAte k Madrid, oil 
il fit nne entree triomphale, et de Ik, comme president du 
conseil des ministres, se rendit aTec ses coUkgues k Valence 
oil, le 10 octobre 1840, la reine r^gente dddara renoncer k 
sea fonctions et annon^a Tintention de se rendre en France. 
Derenu de fait Tarbitre des destioees de I'Espagne, Espartero 
fot eio, le 8 mai t84l, par les cortte, rdgcnt du royaume. 

U fit pieure an timon de r£t&t d*energie et de fermete, 
d*ententedea aCtaires et de finesse diplomatique. II sat re- 
primer lea usurpations de la conr de Rome, oomprimer le 
parti repuMicain, soolere sur divers points et notamment 
k Valence, etooffer IMnsurrection de Pampelune, oil O'Don- 
neO avait arbore le drapeau de la reine regente, et de- 
jouer les complots trames pour enlcver la jeune reine et 
seduire Taraiee par les generanx Diego-Leon et Condia, 
dont le premier fut fusilie le 15 octobre 1841. En outre, il 
repandit la terreur dans les provinces basques, toujours 
agitees, en lea faisant parcourir par des colonnes mobiles et 
eny levant des contributiens. Le 1& novembre il soumit 
Barcelone, ot le parti republicain s*etait souleve, et entra 
de noovau en triomplie a Madrid le 30 du meme roots. 
A partir de ce moment la diplomatie d'Espartero prit une 
autre direction. Use tonma compietement du cAte dePAn- 
gleterre, conduite qui ne fit qn'aigrir encore davantage la 
France contra lui et qu*exdter cette puissance k tremper, 
d*aceord avec la reine Marie-Cbristine, dans une foule 
de machinations dirigees centre son gouvemement. Mal- 
gi^ eda, U reossit, grice au respect dont faisait preuve 
pour la constitution de 1837, k maintenir le parti exalte ou 
prog^essistedans les strides limites de la legalite. 11 parvint 
eg»lement, en bombardant Barce!one,k comprimer lanou- 
vdle insurrection qui avait edate dans cettt^ maliieureuse 
dte vers la fin de 1840. Mais la coalition qui se forma alors 
entre les progressistes ou repoblicains et ies moderados (par- 
tisans de Christine ) finit par rendre sa chute inevitable. 

Le 9 mai 1843 il fut force de sandionner une amnistie 
generate presentee par le ministre Lopei, et dont les clau- 
ses livraient le pays en proie ktoutes les intrigues des mo^ 



18 

derados. Le minbtkre ayant ensnite' exige de kd le renvoi 
de son seereiafav Linage, partisan dedde de la poUtiqve an- 
glaise, et du general Zurbano, qui s*etait rendu odieox par 
la aeverite qoMI avait deployee k BarcdonOt il a^y reAisa, 
destitoa ses ministres le 20 md, et, par on decret do 36, 
pronon^a la dissolution des oortte. A la suite de cette me- 
sure. d le bruit s'etant repandn qu*un trdte de commerce 
desavantageux pour TEspagne Tendt d*4tresigne avecl'An- 
gleterra, one insurredion edata, et, fomenteeavec soin par 
lea nombreox ennemis d'Espartero, se propagearapidement 
en Catdogne, en Anddoude, en Aragon et en Gdice. Dte 
le 13 juin la junta revolotionndre eonstituee k Barcokme 
prodama la majorite de la reine Isabdie et la decheanoe 
d'Espartero ; aprte quoi, un gouvemement provisoire, com- 
pose de Lopez, Cabdlero et Serrano, le dedara trdtre k la 
patrie d dechu de tons ses titres et dignites. A Vdence, 
Narvaez, ennemi personnd d'Espartero, se mit k la t8te de 
rinsurrection ; il marcha dors sur Madrid, od la eormption 
Id eut bient6t livre les troupes restees li la disposition do 
pouvdr centrd. Ce brnsqne revtrement survenu dans la 
podtion politique sembla flrapper Espartero de paralyde et 
d'irresduUon. Dans la pointe qull tenta sur Barcdone, sea 
lenteurs lui firentperdre le moment favorable; d bientAt, 
quand Narvaez eut effectne, le 23 juillet 1843, son entree 
^Madrid, il ne lui resta plus d'autre ressource que de s'em- 
barquer, le 30 du mdme mois, k Cadix, d*oti il ae rendit, en 
passant par Lislmnne, en Angleterra, oti B debanina k Fd- 
mouth le 19 aoftt. Dans ce pays od il trouva alors nn asUe 
paidble, Espartero fut re^u avec tons les bonneurs qui lui 
etdent dus en sa qualite de regent, tandls qu*en Espagne 
nn decrd, rendu le 16 aoftt, ravdtdeclaie dedia de toosaes 
titres, di^tes d decorations. Toutefois ee decret fut an- 
nuie plus tard, d dans les premiers jours de 1848 Espartero 
revint en Espagne prendre aa place au senat Mais sa recon- 
dliation avec ses adversdres n'etdt qu'apparente; en dfet, 
des le mois de fevrier suivant, il se retirait k Logrono, o'l 
il continue de vivre dans un complet isolement jusqo'au 
moment oil une sanglante revolution provoquee par un prO' 
nttneiamento des generaux O' D o n n e 1 1 d Dnlce est venue 
le rappeler k la direction des affaires de son pays (juiUet 
1854 ). Voyei Isabellk et MARiECHRisnifB. 

ESPilGE) du latin species^ qui vient de spectare, re- 
garder, d qui, comme le grec dfioQ d'oti nous avons lire le 
nom id^ ; siipiifie ausd repr^seniation et image ou tffpe, 
Une espece est done la forme arretee d*un dre naturd qui 
se conserve, qui se reproduit oonstamment le meme, soil 
parmi les animaux d les vegetaux dont ]*organisation est 
eonstituee des parties reguUerement determinees, sottpanni 
le rigne mineral, si Ton vent accorder le nom d^espUe k 
des caracteres chimiques tranches plut6t qu'& des strudures 
geomdriques qui peuvent se rencontrer isomorphes, dans 
des mineraux trte differents. 

En effet, Vespice mindraUy consideree dans tout corps 
inorganiqiie, ne pent etra le produit de la gin^raiion ni 
constituer une racBf comme parmi les etres vivants d orga- 
nises : elle est le resultat d'one matiere particuliere, sui ge- 
neris^ presentant sa molecule spedde, comme celle do 
soofra, du fer, du carbone, de Tdumine, de la chaux ( ou 
plnt6t du radicd de ees oxydes metdliques ). Tous ces me- 
langes ou agregats diTers etalilissent p1ut6tdesyarietes que 
des especes. Ainsi, ■ cheque espece mineralogiqne est com- 
posee, comme ledit Berxeiius, des mtoes ingredients, dana 
les memos proportions ». Ceddonc lldentlte de U oompo- 
sttion diiroiqoe, d non I'idenlite des formes ou de la strao- 
tura, qni contitue i'eipece inorganique. Tout an contrdre, 
Vesphce organique est fondee sur I'identite des formes et 
des structures internes d extemes. 

Les minerdogistes, par la necesdte ob ils sent de dasser 
la foule des compodtions geologiques, donnent tantOt le 
tiere de genre, tantdt cdui He/amUU, au groupe des mi- 
neraux dans lesquds predomhie un prindpe, oomme la d- 
Uce, la magnesie, le cuivre, Tantimoine, etc.; ils resenreat 



14 



ESPECE 



-1^ Yf&e^ (}*^p^«f'i ^^ ass(>ciiittoiis Je ces ^^menU avec 
~d*ad(Hto iniiin^ pr^omfnatiU. Ainsij par exemple/lecuiTre 
ttAftirif tarbonit^, an[^ni£, etc., sont pour les mindrato- 
gUititt^dW ^p^b^'du gettre ou de la famille euivre, etc. 
Ifetf vera detoAmcf fles comtitnalsons chimfques artificfelles : 
'left' iMhrteftyiittrates'; phosphates, etc.^ ou left combinai- 
ftoni deft addes mio^raax , v^6(aux , animaux , arec di- 
Teraea bases saliflables, constituerontdes classes nombreuses 
'd« siib|tances ndftttes, dbnt les ttpecei seront fnnniment dl- 
VerSHi6e|S; ebmnae les prtncipea quf las coinposent. 

Criateor difns je rftgtie inorganique, le chimiste institue 
'diei'c^sptees; iHente la nature, et U (brce k parler dans ses 
exp(hrM!nces: Des compositions nouteltes crdent de nouveaux 
corps d^flnis podes esp^ces impr^Tues, comme les com- 
posSss dia brOme, de cyanogtoe, dMode et autres, qui ne se 
rentiontrent point alms la nature, ^ qui n*en Torment pas 
molns des esfttees'plusoo moins stables, avec des pro- 
pri^t^ blen caract^rlstlques. Les melanges sans combi- 
naisoQ d^ffnle et proportionnelle ne constituent pas des es- 
picaa. Ainsi, les agr^ts fbrtnits, tes difr<3rentes brdches 
et marbres, les ^ocbe3> et strates de T^corte terrestre, ^ta- 
bHsaent bien Aessortes, maisnon pas des es^/^es^ car dies 
no sont pas des corps comMniSs, nl qui tSmisseot cntre 
eux a?ec des proportions d^flnies par le pondus natur<r, 
par dea lois de composition liarmonique, par \e fcedus 
-vnftatis, 

Ces animaux et lea v^i^taux sont deux r^gnes fornirs 
par deft siftries d^tres plus on moins rollers et analogues 
'dans teurs structures , pour ainsi dire fVaterneHes , et dont 
tes ^p^ces se groupent en genres , en famille», en classes. 
Vespice wganiqite est nn compost d^un certain notnbre 
de parties constilu6<i8 fiour un ensemble et un but d*unit6, 
lequel Jooe de concert ; elte nalt de parents sembiables k 
'oll^fSbit d*on oeuf, soit d'un germe ou booture; elie se 
d^eloppe, 8*aocmlt , puis reproduit des 6tres d*one m6me 
ii)rmtft>tt structure qn*elle, et enfin meurt. L*espteeorga- 
iiiqiie n« -pent Mre compost de moins de trois k quatrc 
radicanx, tons combustibles :carbone, liydrog^ne, azote, 
aT4H; Toxygtoe, qui entretienl Element Texcitation vitate 
lar la respiration cliez les animaux, m6me les aquatiqnes, 
et par son concours ndeessaire aussi aux plantcs. Ces ^1^ 
inenta simpies , toujours mobiles dans leurs proportions, 
penv^nt k VMe de celles-ci, dirersement arrange, trans- 
fonner la nature des solides et des fluides de ctiaque indi- 
vidn. Ses formes, ses lissns, se modlfient suivant les con- 
ditions des Ages, des sexes , des complexions, comme selon 
les dimats ou temperatures et les drconstances ext^rleures 
des ooqis ambiants, lesnourrltures, etc. 

L^re organiqiie conaiste done daus un concours barmo- 
niqaede prindpes easentleilement raiiabtes, et mtaiegaz^i- 
iaMes, en rapport a?ec I'alr et I'ean. Toos les individus 
qui se ressemlilent identiquement, et qui pen vent repro- 
duireentre enx la m^me forme, constituent Vespice pure: 
g^ih ne dIfRbrent que d<fpeu, cesontou des races passa- 
gftres caus^esy entretenues par le dimat, la nonrriture et la 
oonttnuite dea antres iniluenoes , ou des esphces voisines, 
Idles que la clieval et Tftne, le boeuf et le buCQe, etc. ; il 
en est de roft'me parml les v^taux. Par cette 4troite ana- 
logie des formes, il s^^tablit entre dies une sorte de con- 
aangolttite possible, puisque les races ou espices voisines 
eonlracteift. parfois des alliances , d*o(i naissent des indi- 
gos metis, des hybrid ea plus ou moins capables de 
se.^ropigar eox-m^mes, soit aTecPuneet I'autre esp^ce 
-qui leor donna naissance, soit m£me entra eux. Par le 
premier cas les hybrides rentrent dans une de leurs tiges 
primofdiales. 8*ils sont capables de se multiplier entre eux, 
ils constituent une race tntermediaire ddsormais, comme 
edto des mutttres, et probaUement comme taut de races 
de chienSy iaaoea do divers mdanges possibles entre le 
dMcal, le loup, le renar(f,etc., et le chien primilif. Mais, 
k part lea variety de type de diaque esp^ce, resultant de 
li chatoiir qui eolofe dtTanta^ h^ indiTidas, d^vdoppe 



les odeors, lea sureurs, renergie organiqiie , la rapidite de 
la croissance. les fonettons reproductitiea, tandia que la 
iTroidure produit un effet contraire; k part llnfloence de 
Hmmidlte, qui gonfle et d^ploie les tissus, grosdt les indi- 
Tidus, tandls que la aecberesse op^re la retractions le res- 
serrement dea orRanes, met plus en saillie les formes angu- 
lenses, etc., voyona si les espfeces sont redlement Gnies el 
constantea* 

Parml plus de soixante mille espkes de plantes, decrites 
ou connues des botanistes, et k pen prte aotant d^espkes 
dinsectes ou d*autres animaux (et le nombre de toutes les 
esp6ces du globe s^iieve sans donte an ddfc du double), 
peut-on afOrmer qnll ne s'en forme aucnne nouveile? peut- 
on dire que la forme de celles existantes reste stable en 
elle-meme, invariable dans leur essence, et qu^elle tende A 
rentrer necessairement' dans son type primordial, dont 
quelque cause de deviation les a detoumeesf Examlnons 
ces questions fondamentales. 

D'abord, plusleurs races que les naturalistes qualifient du 
titre d'espices peuvent fort bien n^etre que des varietes in- 
dividuelles d^ft^, de sexe, de dimat, etc. On ne doit pas 
toujours certifier que telle sorte de champignons ( par 
cxemple les agarics ), prise k certain degri de y^etation et 
dans tel lieu obscur ou edalre, n*est point d*espice iJentique 
avec telle autre. Les botanistes les plus habliea difTferent sou- 
vent d*avis k cet egard, comme pour une multitude de li- 
chens, de mousses et autres agames ou cryptogaroes. Disons 
plus, il est une foule de plantes phanerogames teilement mo- 
di(i<5es par le climal, par la station, soit sur nne roontagne, 
soit an fond d^une valine, qu*eI1es semblent constituer des 
espies diverses. De m^roe , chez les animaux, partlculie- 
rement les l^pldopteres et antres insectes, combien de mftles 
et de femdies de mdme espdce ont ete pris, en entomologfe, 
pour denx espfeces distinctest Les mues de plumage des 
oiseaux deviennent des causes fr^uentes d^erreur des orni- 
thologlstes; on est m^me en doute anJounThui si le singe 
c h i m p a n ze , le plus volsin de l*espece humalne, ne devient 
pas, k retat adulte, ce grand vtlain pongo a longues m&- 
choires de mandrill. Les formes apedflques ne sont done 
blen exactement constatdes qn€ pour certalnes grandes es- 
p^ces determinees. 

Mais en admetlant ces types constants poor lliomme, le 
cheval, le noyer, etc., k travers les stales; en reconnalssant 
que ceux-ci n'ont pas change dcpuis plusleurs mllUers d*an- 
nees, comme le prouvent les roomies, les restes dMbis sacri^, 
de crocodile, de magot cynoc<^ptiale et autres divinites 
egyptiennes exhumees de leurs antiques catacombes, avec 
les fruit<(, tes semences qui les accoropagnent, il faut bien 
convenir de la specialite des formes organiques. Non-seu- 
lement il y a telle co-existence de structure necessaire qui 
fait que le mammlffere carnivore doit avoir des dents en 
rapport avec la conlormation des intestins, la disposition des 
griffes, I'activiie de certahis sens, I'energie des instincts, etc., 
roais de meme par les organes de mastication d*un herbi- 
vore on pent juger, en anatonde compare, sans voir le 
reste d'un animal fossile, qu'll etalt un romfaiant ou un ron- 
geur, et deviner ainsi son ossatufe, ses habitudes et ses 
formes certaines, inevitables. En effk, changes k force de 
soins les caracteres du chou, plante oieracee, on autre, dans 
nos jardins, par Thorticulture; deformez k la longoe, pour 
voire utilite, le chien, le monton, la poute ou le pigeon, ces 
modificatlona ne passeront dans la suite des generations 
qu*antant que persistera Taction qui p6se sur en!t ; raais 
abandonnez nne race mtttliee k la simple nature, die re- 
prend ses droits : I'arbre redevient sauvageon^ le chien bf te 
ferocc. Done il y a des formes origineHes, des types spon- 
tanea, nn equilibre d*organisme natnrel qui se retablft. 

Disons plus : cet equilibre individud, qui constitue I'es- 
pece pure dans sa simiHIdte native , la plenitude de sa vie 
et de sa sante, ne se deplole librement que dians son milieu 
approprie et son dimat Si vous tenez an aec I'oisean aqna 
tiipie, ou dans llmmidite tol animal, telle plante, formes 



ESPECE^ 



15 



pour des linii lees; si tous Jeiex torn no eiel brOlant le 
renne <ni fonrs polafre ; sf rous prfiteada Mre More sons 
les glaces sib^ennes los fleurs et tes tirniidits palnrfen dos 
lAnes troplcalesy ^rideininent Tons Mtes p<rtr ces esptees 
crMes poor des contr^es sf opposto. CerUdnesesptees cos* 
mopoUtes sont seales capables de se plier snx conditions 
les plus diYerses : let est rbomme, et le chien qui le defend, 
on quelques Y^^taax aquatlques; encore oes 6ti^ ne s'ac- 
climatent point partoot sans quelques circonstanoes protec* 
trices y comme le fen on une chaleur de vMenents feetice 
pour notre esp^. Done Vesptee n*est qn*mi ^uilfbra orga- 
nfque persistant pour tel climat particuUer, puisquH sue- 
combe sons d'autres. II n*en est point ains] des esp^oes ml- 
n^rales, qui^ manquanf de Tie^ subsistent ftidlfKremtnent 
sous toiites les regions du globe. AinM, Ton a rencontr^ en 
Siberia des mines de plattne, d*or, des diamants m6me, 
qn'on croyait 6tre seulement le don brilfiint do soldi sous 
les t^nes enilamm^ de ta torride, k Golconde, an Pdroo et 
an Brteil. 

Mais si les espices organlques ne riyent bien que ]k ot 
elles sont plac^ par la nature, on du moins si dies p6ris- 
fient sous d^autres parall^les terrestres ou sous des tempe- 
ratures trop dirr^rentes, U y a done pour elles une gtogra- 
pbie et des races antoclitones, ou n^ sur telle r^'on do 
globe exclusiTement. C*est ce que d^ontrent les crtftations 
$ip<iciales de Madagascar et de l*Anstralie ( Nouyelle-Hol- 
lande ), qui pr^sentent des genres d'anhnanx singuliers et 
des Y^tauz qn^on n*a rencontr^ nulle autre part sur toute 
la terre. D^ lors, on comprend que si des mammouths, 
des d^ptiants et des rhtnocdros ont v^ dans les contr^es 
polalreSy oti Ton d^couyre leurs innombrables ossements, 
h Tembouchure des fleuyes de la mer Glaciate, et jusqu'il 
leurs chairs, encore consenrte par la glace, II ftiltait que 
ces r^ions fussent penpKes d'abondants pfttiirages, pour la 
nourriture d'ausst ^aormes lierbiYores. 11 MA done n^ces- 
saire que la temp^ture y fOl habitnellenient plus eliaude, 
puisqne les horribles liiyers qui encroOtent pendant six roois 
la Sib<$rie aetuelle yemptelient la y^g^tion, et forcent la 
pi apart des anlmaux et des horames & s'enfoulr sous 
terre. 

On insistera cependant, et Vtm dlra que dorant ces Ages 
antiques et primordlaux de notre plan^e se d^yeloppaient 
des animanx gigantesques , des mastodon tes, des pa- 
t^oth^riuros, des m^galosanrus, non mofns mons- 
tmeuz, sans donte, que les y^^ux , foog^res , palmiers, 
nMosses, de dimeDdonsexlraordinaires, dont nous admirons 
tes d^pooilles. Nos continents sont joncfate de debris de 
coquiltages innombrables , d^ammonltes ^normes : les Mres 
produits alors par une nature ]eune et fi^oonde d^ioyalent 
leurs Tonnes colossales blen antres que celles d*a^jourd*huf. 
Nous serious k peine leurs ayortons d^^Ms si toute la 
creation modeme ne paraissait pas oonstroite d^aprte nn 
plan different et sur d*autres moddes. Done, d la nature a 
cliang^ ses types et ses creations , on si , par le oours im* 
mense des si^es , die a progressiyement transform^ ses 
rriatures, dans des generations successiyes, modifiees, 
amoindries, direrstfiees, en celles d*anjoord*hui , qui peut 
lui imposer des limttes, dans le cours imnH>rtel des Ages k 
ftnbr? Rous n^apereeyons presqne aocun changement pen- 
dant les qodques milliers d'ann^es quHl nous a M dono^ 
d'obseryer, et nous regardons comme immutables les es- 
p^ces dont les kmgues metamorphoses ^cliappent k notre 
courte ovlttonce. 

D^afllenrs, si Ton obserye one progression n^cessaire dans 
le systtaoe general des organisations y^getales et animales , 
si tootes tirent leur origbie de structures 6bauciiees, infimes 
primitiyement, comme des animalcules infusoires, remon- 
tant, dans le i^gtte animal, jusqu*a l*liomme, etdes conrerye4, 
bys^ on autres yegdations d'abord imparfaitement eiabo- 
nSes, poor toute la S6rle ascendante des plantes, Jusqo'aux 
irbres magnlfiques , 11 y a done developpement et perfecU- 
M1it< dans les forces or^nisatrices de notre monde. On ne 



pent, en outre, meconndtre que les esp^ees Iroparfaites ne 
suooombeitt sous d'antres plus Indnsfrlensdi ou mtoii ooft- 
formte : afaid a dispani le dronte^ oisean de Nittre, 
epals et stupide; aind s*etefndroiit Is lent ettUitfiB parns- 
seux, l^mau et 1'a\; : afnsi sont immoUSs ehiqne joer; les 
gros phoqoes, les'tramenses balelnes, soot 'lea* eoops 
do hardi nayigateor. !D*autres races bnt pit, jpai' mi'dTorl 
contrdre, surgir sur le globe. If pMrqooili' nature 
serdt-die doyenne toot k conp sterile? im fbfce :ed-dlo 
toeryde? 

Sans dOttte, tant que le systtoie aetud de M^e- monde 
plan^tdre se mdntiendra dans son ^qnillbit^ bos dMsnts, 
toqjonrs dans les mtoies rapports, entrefiendi^Mt'CCNSoiilsert 
harmonlqoe. H n*y a pas de motirs, iii ta^M de |i6sdbilitd 
de changement spontane j^armi les types de nos es|)Mss ae- 
todles. Mais pulsque ey idenunent ces types eident aulrte^deiia 
les epoques antedlluyiennes , d qu*lts nSsultaldit' sans'dootd 
d*un conconrs dfiVSrentde nos dements ttiAiaiatft, II ne peol 
rien rester d*etemdlenient fmmuable dans les desfinedshili- 
nies de Payenlr. Les rftyolotions dn grand inoiide sont M^ 
cessdrement des cydes ou des orbites k tastes perioddl> le 
temps nl I'espaee ne cofttent rien ii la DitlMie d A la MHik, 
son mhilstre. 11 ne peut done r6dlemdit ^ ateir au(lnn^'es^ 
pece intransmutable, an milieu des diang«itteiltsdemdi> mais 
des etats plus ou moins lentement tradsitoires dont nods ne 
connalssons aucune borne, pas plus qn'li PinfMite qui nous 
enydoppe tie tontes parta. Si la permanence des fspe^n at- 
tudles tient k la stabllUe presente de notre systeme'pla- 
ndaire qui la garantit, par Ui i^etablissettl les eqdflllMts or- 
ganiqaes en rapport ayec les elnnats, lea saiions,- led ml* 
lieiix amManta de l*air, de la terre et des eaox. Mais c*ed 
id qu'il fliot liien adrofrerla menreflleuse prifthftMte qui a 
rait approprier chaque esptee d^iaifal et dd t^^f,' pour 
rempiiridle oo tdle fonction dans les diyeta ddparieinents 
de ce globe. 

L'anatomie compar6e demontre en effd, par la ooncald^ 
nation des esptees animdes, dans la grande iierfe dis yiftte* 
br^s surtout, une tdle analogle des formes* dukqndttie, des 
nerfe et musdes des membres, et de tootes les priiH^les dis- 
tributions des Ofganes, des yalsseanx intdrieurs et eitteHeurs, 
qu*dles sont toutes oonstmites d'aprte nn plan firiknoMial, 
d qn*ils semblent dnaner d'une pensde gifoeraie! 'qui les 
modiflle et les deydoppe pour approprier les quIdMpddes k 
la terre, les oiseaux k Tdr, le^ poissons k I'ten, lesfqitiles 
on amphibies k un g^re d'exidenee intennMiklrel- l>e 
memo, les batraciens, d*abord pofssona k Fdlat delarVes ou 
tdards, deyiennent terrestres, grenoullles ,'brapaiMh, etc.; 
preuye que la nature approprie ses espfces k Idini d«ti- 
nations sur ce globe, et k des conditions pre^biies, comme 
die laisse les tritons et protees, oo sirenes, sous I'ltat per- 
manent de laryes. 

Mais, independamment des rSpports des Mpftces' toistnes 
entre dies, la nature a disposd les sexes pour se •cherdier 
d s^unir, ayec une tdle precaution que chez leS Insectes, 
par exempie, les pieces sery^t ^ l> copulation ne; per- 
indtekit point k une espece yoisine de fhrmer des Itanons 
adulteresen qudque torte. Aufrement, cesesp^fces ie con- 
fondraient, dans leurs fignees, par des melanges infini^. 
Dans le sdn meme des ond^, oh les especes d^ twissoni 
ne s'acoouplent point , mais fecondent les crafs pondus des 
femdles par TalTusion de leur laite, qud ineomprdiekisibie 
ctiaos de torn ces onifs d de tootes ces semencea mdees*, 
confondoes, ne yiderait pas tontes les races, d la AaCbre n> 
ayait mis obstacle P Mais cette sage prevoyanoe qbi'^r^ide 
a toute creation a fait que la semence du brocbef ne fdcbrnKs 
jamais i*Geuf de la carpe, d que chaCun des' iSIAbente n^ejct 
re^u , absorbe , que par son ttpecb appropme. 'C'ed' ditoi 
que se demeie de la Toule cl^acuner de* fnnoihbrables fti- 
niHIes qiX peuplent les entrtilles de I^b66an rcmUo^ mol- 
lusqoes, yers , d les titalassiophytes on forotdei, *d autres 
plantes marine:^, avec les coraux ou lithophytes, de; Chaque 
genre sc protiage pur k travers n^nie tempetes qui'brassent 



16 

tocessamoMiit tai flofs el lean haWtantt Jnsque dans tea 
abtmei. J.-J. Yiret, 

ESPECES(PhUasophUp TfUologU). L'andenne phU 
losophie BGolastiqne appeUdt ainai tea imagea oa repr6- 
aeDtatioaa dea objeta frappant la yne. D'^rte ropinioa des 
atomiatea Dtoocriie, tpicore^ et d'autrea plus modernea, il 
ae d^tacliait dea coq^ inceasammeot lenra images saperfi- 
cielles qui Toltigeaieat dana les aira pour pdn^trer dans noa 
yeux et de \k dans notre esprit Mais alors ces espiees oi- 
suelleSf nne fois instaU6es dans rintelligence, pCNiTaient 
dtre r^roduitea par ilmagination ou dana les songea, lora- 
qu'on crolt revoir lea mdnes dea personnea mortes. TeUea 
^talent, aelon cette phikwophie, les espies inteniionnelUt. 
Cea mftnea (masientfa), on ^manationa, conune celles qui 
s^exhalent te corpa odorants, ^taienl r^ut^es avoir de la 
tMfl6f et Ton a'^tayait poor aoutenir cette opinion, des 
lefletaqne lea aubstaneea colortea, rongea par exemple, 
jettent aur lea corpa environnanta. II n^eat pas besoin de dire 
que tootes les dteonvertes modemes snr la lumi^ et ses 
rayona ont nkA eelle Tieille pbiloaophie. 

Dana lea Utoiyea nndennes et modernea dn colte catlio- 
lique, et mtoie chea lea aectes des nestorieos, des Jacobites, 
des Syriens, dea Copbtea et Ethlopiena, on dana lea ^(lises 
du rite looiarabiqoe, on reooonatt aoos les espiees du 
pain et du vin de TEuc ha ri a t i e la pr6ience r^elle de Jd- 
sns-Cfarist etla tranasnbstantiation.G'eat la doctrine 
conatante de cea Eglisea, que aoos lea apparenoes, toojoura 
aobsistantes, du pain etdn Tin laconateration opteU trana- 
Tormation de cea espices en celie de Mus-Cbrist An neo- 
▼itaiesitele, I'figUse grecque fit scliisme avec PtigUse ro- 
maine an ssjiet de cette doctrine, n^ vonlant Toir qu^nn 
cbangement ( (itroSob) ). Ensuite , Lutber, qni admit la pre- 
sence rfelle dana Vespice du pain eonsacrif aoit par con- 
comitance, aoit par infusion ou impanation ( in, cum e^sub ), 
nia la transsubslantiation. Calvin et les protertanta ne vou- 
lurent reconnaltre ni celle-ci ni ia presence rdelle dans 
les espteea dn pain et do vin aprte leur conateation , 
mala aenlement un symbole, un antilype. Le ooncile de 
Trente a 0x6 k ce sqjet la doctrine que suit toute I'^gUse 
catboliqne romaUie. J.-J. Ymsr. 

On dteigne encore mdilKremmenty sous le nom d*eipdces, 
sortei on gualiUSf lea vari^t6i de fruits, pommes, poires, 
raisms, etc., comme aupsi des productions industneUes, 
drapa, etc, qui ne sont qne des modificationsoo qnaiificationa 
iea okjeta d'aprte lenra formea ou ieurs propri^t^. 

On dity en termes de m^ria, une espiee d'homme, de 
femme, pour exprimer dea quality ^uivoques. 

Une espiee^ en termes de jurisprudence, disigne un mode 
d*action relatif k tel ddit ou autre aujet de proc^ure, et 
Ton dit que Us drconstances ehangent Fespike. 

En termea de monnaie, espices e-^t synonyme de piices 
nUtttlliques : payer en eaptos sonnantes, c'est en argent 
coroptant. II y a des esptees d'or, d*argent, de cuivre, etc 
(voya Mohnaies). Cest aussf le nom d^une monnaie d'argent 
ayant coora li Hambourg et dans le nord ( Voyez Spbcibs}. 

En piiarmacie, on donne le nom d'esp^es k dea coUec- 
tiona de aubstaneea mMidnales, bachdea on concassdes en 
trte-menua mo|ceaox, donton ae sert pour fijre des infu- 
sions on des ddcoctions. 

ESPERANCEy instinct bnmain qui porte la pens^ de 
rbomme vera aa pMition dans Tavenir, soit pour lui faire 
supporter le mal qn*il aonfTre, soit pour le faire jooir sana 
crainte dn bien qu'il possMc Pendant la douleur, Tespd- 
rance eat mdlde de ddaira qui en irritent la vivadtd, et lui 
donnent aouventnn caracl^re dMmpatience qni en altdre 
lea diarmea; dana le caa contraire , die lyoute la sdrdnitd an 
bonbenr. Par la volontd de son Crdateur, lliomme dut espd- 
rer ; et la malediction qu*il encourut se termlna par nne pro- 
niesse de misdricorde, doignde, maiscertaine. Cette idvdla- 
tion de noa iivrea saints se retrouve dans les fausses rdigiona 
de Tantiquitd : Vesp^ance dait eniermde dana It Mte de 
Pandora avec tone lea maux qui devaient ddsoler la terre. 



ESPtCE ~ ESPINEL 



D*aprte le dogmechrdtien, refp^anreest,non seulemeDtuni 
obligation imposde k llioinme par la volontd de Hien, mab 
encore un don somatord, ayant poor olijet rderaitd bien 
beureuae : c^aat par die qne le ooupable doit espdrer, d 
espftre justement une beatitude qui semble n'appaftanir 
qu'i llnnocent : Vesp^anee est alors nne dea trois neriUM 
thiologalBi; die suit la fei^ qui la aootient, en lui 
montrant to Tonte-Puisaance ; die prdcMe la charUi , qd 
rafidrmit, en lui montrant nn rddempteur. Cette vertn bi- 
fuse, fondde aur la bontd de Dien d anr aa fidditd k rempUr 
ses promesses, nons felt attendre avec ooofience aa grioe 
dana cette vie et le bonbeur dtemd dans rantre. L'eipd- 
ranee divine Cdt plua que d^adoocir les boneara des cacbots 
etde la torture, die cabne lea nmorda, die iUt pdndrer 
dans les myst^res d'one quidtude aana faMipidltd, dim amour 
aans terme, une Ame que des passions turbulentes tl bd* 
neuses avdent ddvorde Jnsqne Uu 

Appliqude A la vie lerrestre de llionime, fl eat pen de aes 
actions que Vesp&anee n'inspire et n'acQompagne : aana 
die , rexiatence serait bnpossiblc Vesp&anee est la eom* 
pagne de 1* amour; il lui ddt Pandaoe de s*aasu]ettir par des 
lois irrdvocables; mdme les Joies matemdlea s'aocroisaent 
par Veip6ranee, Qud que soit son objet, la glob« ne pent 
se paaser d'efp^ance. Quand, an moment de oonqudrir 
TAde , Alexandre partagea ses (iMsors k Parmde qu'il com- 
mandait : ■ Que vous rdservei-voos done? lui demanda Per 
diccas. VespAraneef rdpondit le Jeune numarquc » Plndare 
Tappdle fo nmarriiure de la vieilleue; Ariatote, le rive 
d'un homme iveilU* ■ U arrive tant de diangmenta anx 
cboses bumabiea, dit Montaigne, qu*il estmdalsd de Juger 
il qud pdnt nona sommes an bout de notre espdrance. » Le 
Crdatenr, sdon Voltaire, 

A plac^ parni doos ileai dlres bienfaiMntf, 
SoutieM daot let CraTani, (retort dant rindigeiice, 
L'an ctt le doos toBOBdl et I'autra Tetp^nce. 

Vesp^anee fdt le savant pers^v^ranty le voyagenr Intr^ 
pide, le commer^^t actif, le paovre laborienx, Pesdave 
aoumia, le malade patient, le chr^en r6iignd. L'bomme 
qn'abaikionne Vesp&anee n*aspire pins qa*k sa propre dea* 
traction : nne rdigion ^minemment sodale est done oeOe 
qui lui ordonne d'esp^rer. Lhios a dit : Nous devane esp^- 
rer ce qui esi bon; et tons les poetes ont od^br^ I'effj^- 
ronce; maia, comme Horace, 1m plua pliilosopbes d'entre 
eux ont recommend^ anx bommea de ne a'y livrer qu^avee 
moderation, car Vespiranee n'est plus que prteomptlon et 
folic, d die manque de baaea ralaonnables; et aux yenx des 
moraliatea die perd son nom de vertn dte qu'dle a poor 
objet la satlsfnction des passions : c*est d'dle alora que naia- 
sent les deceptions cradles, lea angolsaes, etenfin le de* 
aespoir. 

Les andens avaient fait une divinite de ce sentiment con- 
aolateur, et deux temples lui etdent oonsacrea k Rome. On 
la representdt sous les trdts d^une jeune fille, couronn^ de 
fleurp, tenant des epis et des pavots, appuyee snr une co- 
lonne, et les yeux Axes sur une ruche. Une eharmante alM- 
gorie est cdle qui nous la montre allaitant Tamour. Sor le 
revets des meddlles qui portent refflgie dHm empereur, on 
la voit qudquefois sous les traits d*une jeune fiUe mardumt, 
tenant nne fleur. On gravait autour de qudquea figures : 
For tuna augusta^ Salus augusta^ Spes augusta. Lea em- 
bl^mes de Yesp^ance sont une ancre, une proue de vals- 
seao , nn nid d*oiseau , un rameau de feuilles ou de fleora k 
pdne devdoppees. Le vert, qui r^ouit HHNnme an prin- 
temps, est la couleur syrabolique de refp^anee. Rapbael 
Pa representee dans Pattitude de laprite, le regard toani6 
vers le del. C^ na Bium. 

ESPERNON. Voves tj^aoKM. 

ESPINASSE (M"^ de V). Voyei Lesmnassc. 

ESPINAY-SAINT-LUC Foyes Epinay-Saint-Loc 

ESPUVEL (VicBirra), poeteet romanderespagnd, na- 
quit ilia Ronda«dans le royaume de Grenade, en l&&t« 



BSPINEL — £SPIONS B^ARMeS 



11 



QiM^iie desedlldant d^one nunille noble, il fut pauvre dte 
le b^ceau;flt mtoiey eo faisaat son coursde Uieologie • 
Salamanque, il v^cut des aumdnei qu*il recevait aox portes 
des cooTents. Puis il entra au senrice, et parcoorut, 
comme simple loldat T^pagne, la France, rilalie, an miUea 
d*^traagea aventures, qu^U derait raconter plus tard dans 
MS BekUiones de la vida y meniuras del Escudero 
Marcos de Oregon (Madrid, 1018 , derni^reMtUon 1B04 ). 
II s*dtait d^A Uai une reputation corome podte ei rousiden 
& roceasion du serrice fondbre c^l^br^ en 1&80 k Milan en 
Pbonneur de la reine, <^pouse de PliiUppe If. Rentr6 dans sa 
patrie, cliargd difj^ d*anntes et l^er d^argeat, quelqiies 
cantiques qu'il oomposa plurent k Ti^^ue de Malaga, dont 
les secours I'aidteent k einbrasaer T^t ecd^fasUque ; il oIh 
tlot un bto4lice, puis la place de cbapelain de Pb6pital de 
sa Yille oatale ; inais aprte la mort de son bienfaiteur.B^ayaut 
pu obtenir de la cour ravanceroent quMl y ^ait venu cber- 
clier, il se oonsacra eidnsivement k la po^sie, od il lit de 
Jour en jour de nouveaux progrte. On avalt trouY^ en bant 
lieu ses talents, mondains et varite, peu compatibles avec les 
gra?es fonctions du sacerdoce. £n eflet, il avaltla passion 
de la musique ; il pin^t de la gnitare, et il toivit sur le jeu 
de cet instnioient, auquel Q ijouta une cioquiime oonle. II 
a tradoit en vers espagnols VArt po^lique et les Odes d'Ho- 
raoe;et sa version , quoiqoe proline et languissanle, a ^t^ 
longtenlpa dassique eo Espagne, jnsqu*^ oe que Tomas 
Yriarte en eut donn6 one autre, dans le sitele dernier. Espi- 
nel a compost anssi nn podine. La Casa de la Memoria, oti 
il a mis en sctee les plus illustres poetesde son temps. On 
le regarde comme Tinventeur des decimas (stances de dix 
vers de buitsyllabes), qui de son nom fnrent ^pdtes espi- 
nelas, et adoptte d^Niis par les pontes firing. Ses po^ 
sies farent imprimtes k Madrid en l&Ol , et Ton en trouve 
aussi dans diTcrses collections espagnoles. Son Marcos de 
Offregon serait presque Inconnu en France, si notre Lesage 
n'y aTait pas trouv^ qudques traits dont il a su henreuse- 
nient tirer pari! pour son Gil-Bias de SantUlanef son 
£sUvanille Gofualez et son Bachelier du Salamangue. 
Blais Lesage avail trop de godt pour traduire ou poor Imiter 
les inconvenances, les grossiteet^, les cboses d^oatantes 
qni fourmillent dans Toovrage espagnol. 

La c^l6brite dont avail joui Espind par ses toils et par 
eon Audition dans les langoes anciennes et modemes, loin 
de Itti valoir des faveurs el des protections, ne lui atUra que 
desenvieux oo des ennemis, sans rendre son existence plus 
heureuse. Ses denUtoes annte s'to>ul^renl dans la soliiutle 
du monasttee de Santa Catalina de los Donados k Ma* 
drid, ou II mounil, en 1634 , accal>i6 demis^re. 

H. AoDimET. 

ESPINGOLE. Ce mot est trte-noaveau, puisqu'il ne se 
trouve nitoie pas dans Richelel. Qnelques auteurs onl sup- 
pose qu^il d^ve de I'italien spina f ^ine, fl^e, et de 
golat boucbe, emboocbure, comme on dirail : gueule k 
^nes. Le terme a signlfiti petite pitee d^artillerie; mainte- 
diant il exprime un gros fusil. En 1780 environ, les sapeurs 
porte-liadie des r^ments de rinfSuterie fVan^aise reoom- 
menc^renl k Mre armds d*espiagoles, lorte de fusils courts, 
k emboucbore large , quails portaient babiliieUement sur le 
dos, an moyen d'une breteile qui soutenait rarme dans une 
direction oblique, la crosse en bas. Le mousqueton a rem- 
plae6 cetle espiagole. Les mamdonks dlaienl arro^ d^es- 
pingoles. On appdle maintenant trombUm I'espingole. 
L'ei^ngde el le troroblon sont peu estim^; lis ne gardent 
pas leaf ebarge pour peu qn*0D les incline la boacbe en 
baa; leur tir manqnedejostesae, leur port^ est bible. Le 
trombloD peol tout an plus aervir sur lea bAtfanents de mer : 
e*«st II qu*il pentremplaoer plus ntilemenl, en cas d^abor- 
dage, les fiisils de la gamison de bord. G** Basmr. 

ESPION9 edni qui fUt mMier d*observer les actions et 
d*toMiter les diseours d'autnri pour en laire un rapport 
Panni les domesliques di« grands, il v en a bien to«gours 
tp m moina qui est un traltre, un espion » cliaigi6 da aor- 

mfB* M LA QOMVSBS. — T. IX. 



veiller les actions du maltre. « ^e ne veox pofait avoir sani 
oesM nn espUm de mes affilires, dont les yeax maudits assi^ 
gent tontes mes actions, dit un personnagede Moli^re. » E9^ 
pkon^ suivant Mtoag^, vienl dWpol»e, foil de spia^ qui 
derive lui-m^rae de I'aliemand spie. ■ L^etptonito^e, dit 
Montesquieu, n^est Jaouda tolerable. S*il pouvait i'6tre, c*est 
qn*it serait exerc^ par dtionndtes gens ; mais llnAimie ntees- 
saire de la personne foil joger de Hnfunie de la clione. » On 
reprocbait li M. d^Argenson de n*employer pour espions de 
pdioe que des fidpooset des coquins : « Trouvcx-moi, r^pon- 
dit-il, d*bonndtes gens qui veuillent faire ce metier. • Strada, 
liistorien du dix-septi^me sitele, les appelait les ordllbs et 
les yeux de ceux qui gonvement Cost au p^re Joseph, ce 
capudn d faroeiix sous le r^e du cardindde Ricbelieu, 
qu on doit i*6tabliS9ement des premiers espions sondoyte 
par la p^ica. Cette fondatlon remonte k Fannte 16^9. 

ESPIONNAGE. Vopez Espion et Espio.^s d*arh&. 

ESPIOIKS D^ARMEE. Il faut les consid^rer comme 
amis oa comme ennemis : qudquefois Us sont Tun etfautre : 
en ce cas on les appdle espions doubles, L'abb^ Lenglet- 
u f resnoi (tail k Bruxelles et en France espion aux gages 
de Villeroi et do prince Eugene. L*art de conduire les es- 
pions i*une armte , les precautions d^licates et nombreoses 
que demandent les explorations qu'on attend d'eux, la d^ 
fiance non apparente dans laqudle il foul vtvre vis-l>vis de 
ces etres cupides et abjects ont ^t^ Tobjet des r^ilexions de 
qnantited*terivains; FrM^ricIl n*a pas d^daign^de tracer 
lui-mtoie les r^es qui les concement. Au moyen Age , le 
conn^Ue disposait des espions. Dans les siteles plus mo- 
demes, le martebd dercamp ^it charge de cette partle , 
comme le dit le martebal de Biron; lis ont d^pendu ensuite 
du pr^vdt des martebanx, du mar^chd g^lSral des loglf 
de ?arm^, et, plus rAoemment, des chefs d^^tat^major. 
Au temps ob les embuscades^taient un art ^tudi^ et une 
frAquente operation , les chefb qui en ^talent charge se fai- 
sdent accompagner d^espions qui les tenaient au couranl de 
Papproclie de Pennemi et de sa force. Les rensdgnements 
donn<$s par les espions soppl^alent les cartes topograpblques, 
longtemps inconnues ou fort rares : ainsi, tonte compagnie 
franche, babilenumt dirigto, ^it telairAe par ses espions. 

Depuis la guerre de la rAvolution , on a appel^ bureau 
de la partie secrHe cdui des bureaux du chef d*^t-major 
gAn^ral od ^taient recudllis et r^um<$s les rapports des 
espions : un ofHcler sup^ricur 00 un gi^Aral pr^idalt A ce 
travail, etdonnaitle moovement aux explorateurs. Daoslts 
siAges d<Sfensifs , c^esl par le cbemin convert que le goiiver- 
neur foil sortir et laisse reotrer ses espions, en prenanl pr6a- 
lablement toutes les precautions n^cessaires k cet egard ; 
mais ce trajet devlent plus diffidle d la place n*e8t pas k 
fosses sees. Les espions doivent Atre du pays et en bien pos- 
seder la langue, car s^ls la savenl mal , leors rapports peu- 
vent etre plus prejudiciables qo*utiles. Qfidquefois c'est 
pour lancer chez Tennemi des espions qu*on le harcdle. Re- 
courir A leur service est nne necessity imperieuse, car faute 
dlespiott, on est redoiU de fatigantes et frequentes recon- 
naissance8;le temps se perd, les operations s*ehruitent, 
le resultat est manque. On foil esptonner les espions en les 
crdsant k leur insu, pour savolr sMIs ne Jouent pas un r6le 
double. On ne les charge que kt mofais possfi)le de Idtres 
el d*ecrits : le commerce d'espionnage ddt se homer k h 
conversation. Quantite d'auteurs eonsdllent de prendre les 
espions parmi les gens d^eglise, paroe que suivant eux les 
eccltidadiqnes sont propres et aouvent portes k s^acquitter 
mienx que personne de ces fonctions. La collection des or- 
donnances mllitaires dn dep6t de la guerre contient un 
brevet d*espion donneet signepar le roi lul-mAme, en 1652, 
k Siint-Qermdn ; II antorise le pAre Francois Bertboud , tout 
eodedastkiue quit soil , A se travestir soog tel costume que 
boo lui semblera , k Paris , Bordeaux , Blaye et autres lieux. 
Eugene en agissait de roAme, comme le prouva la surprise 
de Crenwne , en 1702 ; il se servdt mAme , comme sicdres, 
des mointis, cnlMatHrantau camp sous pretexle da coiifea» 



IS 

iionft, cooumH leStien 1761, 1 Mantooa. On emploie aiuBi k& 
femmes irespioimage, pane qn'aiiMi que tesecclMastiqaes, 
dies ^Tdllent peo de loopfonfl et oooreot moins de dangers. 

Le m^er d'espkm est aiuai utile que difficile : let rap- 
ports quIU font peuTtnt 6tre d'one baote importance. Xes 
perils auxqueU Us s'exposent sont grands ; tt latit done qolls 
soient gens d'esprit et de rtelution : c^est dire asset qu'on 
g^^l ne saurait trop se les attaclier, les former avec soin, 
les r^compenser avec g^n^rosite. Dans la guerre de 1756, 
les Fran^b ne se serraient point encore babilemeat d^es-. 
pions; mats lis en sentirent le besoin, et U Ciit crM dans 
Tannte un emploi de chef d*espions. Tons les espions ne 
sont pas des personnages vils ; il en est que le patriotisme 
anime , et qu*un d^voOment dMnt^ress^ et des sentiments 
nobles pcussent k affronter le danger de oette proTe-ssion. 
Un officier dn gtoie qui se d^iseou qui va,en rampant, 
jusque sous ia baionnette d^une sentlneUe , poor mesurer un 
rempart on reeonnattre une palissade, qu'est-il, sinon un 
explorateur du rang le ptua bonorable? La grande diffe- 
rence entre Tespion acbelA et rexploFateur devout, c'est que 
Ton ignore le secret du g^o^ral, et que Tautre y est initio, 
ou du moins s*en flatte. On si^iale aux grand'gardes les es- 
pions donton suppose possible le passage , et que Ton sail 
etre mis en campagne par I'ennemi. Les espions, oonsid^r^ 
comme ennemis, ont de tout temps M ipis h mort, et en 
vertu des lois actuelles la mtoie peine leur est r^serrte. 
Dans ios guerres andennes, et jusqu'A la fin du sitele der- 
nier, on n'inYoquait que des traditions qnand il s'agissait de 
les mettre en jugement ou de les tuer ; il n'y avait pas de 
l^slation precise k leur 4gard. Les gto^raux liTraient 
aux pr^Tdts, ou envoyaient pr6v6talement k la mort les in- 
dlTidus suspects d*espionDage. lis ^talent ordinairement 
branch^ sans procte : c*6tait la justice du temps. Le eo^e 
ptoal de 1793 est intenrenu, et ledtoel de la mAme ann^ 
a dispose que les espions seraieat mis en jugement par-de?ant 
des commissions mtlitaires. Le code pteal defan v assimilait 
Tespionnage k Tembaucbage, et voolait que les indiYidos 
prdvenus de ces crimes fussent liTr^ aux conseils perroa- 
nents. Un dteret de Tan xii rendait les espions josticiables 
de commissions militaires spMales. lis sont relomb^ sous 
la JurUiction des conseils permanents. Surreiller, d^cou- 
▼rlr, saisir les espions de Tennemi, a de tout temps, iU une 
des fbnctions de la caralerie l^^re. 6'^ BARniii . 

ESPLANADE, mot d6ni6 dellUlien spianata. ter- 
rain nni, d6x>UTert, libra. An temps oti terivait Pliilippe 
de Cl^YCS, le mot ne s'appliquaitpas nniquement k des on- 
yrages de fortification : tout lieu aplani ^tait, en g^n^ral , 
une esplanade. Les fronts de bandi^ra s'^tablissaient snr 
une esplanade. C*est en ce sens qu*on nomme encore es- 
planade U place qui rigne dcYant rhOlel des Invalides, k 
Paris. On a appel^ esplanade ^ comme le fait Fnreliire, 
une plate-forme de bstteiie. On a donn6 ee m6me nom , 
comme le fait le lexicologne italien Grassi, k unespace 
sans arbres, sans fosste , sans maisons , et qui r^e en de- 
hors d'une place de guerre, k partir du pied du glacis jusqn'^ 
une distance d^terminte : c*est maintenant ce qu'on nomme, 
en tennes dn gtoia, le raffon de la place. Mais dans les 
usages modemes le terme d'espUnade a nniquement signifi^ 
le terrain nlYcId on l^rement inclind qui s'6tend dans I'in- 
t^rieur d'une place de guerre k partir dn pied dn glacis de la 
citadelle, jusqu'aux constructions des babitants de la Yille. 
Cette esplanade sert, an besoin, de cliamp de mano^uYres , 
comme le Yonlait una cfarculaire de 1808. C fiAamif. 

ESPOIR* L*espoii est, comme Tespdra nee, Tattente 
d^itt bien qu*on d^ire et que Ton croit devoir arriver. Mais 
il y a entre ces deux mots une nuance I sabir : c'est qu'es- 
p^anee ne se pr^ jamais en mantaise part Bspitkr n'a 
|)olnt de pluriel. II n*a trait qo*aux diofses k venir. (Test 
tlone STec raisbn que D*01ivet reproclie k Radne de Tap- 
pllquer ides cboses prtentes, quand il dit : 

Me «;berclue«-iroiis, nadaae? 

Us «4PMrsi ehsrasBt ■• straitHl psrais f 



ESMOND D*AIiMl^E — ESPRit 



ESPONTON 00 SPONTON. mots d«riY^ de ntallcD 
spuntonef proYenn lui-mteM du Terbe spuntare , fairs 
pointe on poindre, comme Plierbe qui pousse. Probable- 
ment spuntene dtait Taugmenlatif du mot, maintenant bon 
d'osage, spunia^ petite pointe. Peot-ttre le nom de cette 
arme aYait-il de fanalogie aYcc le Yienx Yerbe flvn^ii 
esponter^ fsire peur, porter IMpouYante. On a compart les 
espontons aux genettes des Espagnols ; mais la genette rap- • 
pelait dayantage I'anclen pilnm. Vers T^poque de la crea- 
tion des foments dlnfanterie fran^lse, Tesponton suc- 
oMe k la demi -pique, et derlent Tarme des ofTiders dln- 
fanterie et de dragons : c'dtait k pen prte, avec lebaussecol, 
le seul efTet d^uniforme que portassent ces offiders. Le co- 
lond, r^at-major combattant et les capitaines ranges en 
ordre de Iwtaille k la t^te des troupes, portaient lliablt 
fhan^ais ou Phabit de cour, aYce responton k la main Les 
offlders des gardes fk^n^ses ne se donnaient pas la peine 
de porter eox-mftmes leur esponton, hormis dans la marche 
en bataille; ils en chargeaienl un sergent pendant lesautres 
marcbea ; ils ne prenaient cette arme que poor saluer, pour 
parader, pour di^filer aprte une reYue. Les lieutenants et 
les sous'lieutenants de ce corps continu^ent k Mre armds de 
la pique; mais en 1710 le ftiail fut donn^ aux officlers 
du mdme grade dans Tarmi^ de Hgne. Pendant le cours du 
dix-septihne sitele Tesponton fbt la marque distlnctlYe des 
commissaires des guerres ; lisle portaient comme K^moignage 
du droit d'exercer la police et comme assimlMs aux ofli- 
ders d*infenterie. 

L'ordonnance de 1690 donnait anx espontons de colonel 
et d*offider d*infanterie 2",45 on 3*,60 de long, y com- 
pris la lame qui ^!t longue de 0*,31, quelqnefois effil^ , 
qndquefois en bee de corbln. On Yoyait k Jeandlieur, cbei 
le marshal due de Reggio, des espontons dont la bampe n*a 
que 1",95 de long, et dont le fer est accompagn6 d*une es- 
p^ce de dent ou de croc, Tun en montant, I'autre en des- 
cendant; une brocbe horizon tale traYcrse la douille de ia 
lame pour serYirde point d*attadie& on <kul. L'ordonnance de 
1710 retire I'esponton anx ofliders subaltemes, et leur fit 
prendre en ^hany;e le fusil. Depnis, Tesponton n*a plus serYi 
qu'aux offiders snp6rieurs dMniknterie, k des officlers de 
compagnies bourgeoises , et aux gamisons de bord, qnand 
dies montent k Pabordage. Dans les diarges dlnfanterie , 
les ofiiders dcYdent pointer en SYant Peiponton , k quinze 
pas de Pennemi : c*^it k ce signal que les soldats fiiisaient 
kanU lei armes, L*esponton, ainsl qne la hallebarde, ne 
fut enti^rement aboil qu*an commencement de la guerre de 
1756. Dans Parm6e de FrM^rlc II, les offiders particuliers 
d*infanterie aYaient Pesponton, saiif ceux de grenadiers, 
qui n'aYaient queP^p^e. Puys^gur fiiit connatire Pimpor- 
tanoe qu'on attacbait dans le sitele dernier anx mhouties 
militiire», et dterit les dmagrtes eompliqn^es qui oomposaien t 
le saint de Pesponton, saint qui se faisaiten diant le cliapeau. 
Les grsYures de Gifhrd noos donnent one idte de Poffldcr 
qui salue. Des aoteurs, tels que Rognlat et Carrion, ne sont 
pas dioignte de eroire qu*on rendra on jour une arme de 
demi-longueor aux offiders d*infanterie, et ils le eonsdllent 
presque en regrettant Pabolition de cet usage- On a yu re- 
YiYre, dans nos ordonnaneea modemes le mot etjponfoit . 
c*6tait I'armedonn^ an second et an trolsiteM porte-aigte. 

G** BARnm. 

ESPRlNG^LEoa ESPRINGALLE. Ce fbt d*abord, an 
moyen Age, une esptee de fh>nde , ian^ant des pierres de 
forte dim«Dslon; pnis une arbaUte, compost d'un an 
d*ader, montd snr on fdt en bols, et qui senrait k ttnr des 
balles et de gras traits. Plus tard, ce nom passa k nn petit 
canon , lan^ant des balles ou des clieYrotines, asset sem- 
blable k Vipingard mi^ngare, mais de |>lus forte dimen- 
sion, cdui*d ne oomporlant pas an del4 d'une liYre de 
balle. 

ESPRIT. La dtificulU est grande lorsqull s*agit de 
ddtadu»r on mot d*un systtaie g<^n6ral d'idc^, surtiMJt 
loivquece mot a par lui«mtaie on sens d ind^tenitini^, 4«ia| 



>.• 



ESPfilt 



19 



tes iecepUoiis t aiient prMque k nnfioi, et qui n*impliqiie 
iljyicuile ndtion podflire. S^U 8*agit da sens le plus ^n€nl, 
<f^i-il-diri) 6n tern pir laquel le mot esprit doit produire 
ISd^ Oppds^ A e^lle qui cist mtUcbte au mot matUre^ il 
but eommencel^ par d^fitiir ce dernier otoi. Or^ tiela se trou- 
vMii eii Kili Ii«u; toatdTois^ il est bon de femarquer eeci, 
AVantttiut; fc'fot que poor arriTer k Hd^ absttaite de la 
Mioil^re, Vdas ser^ u^tiisssairemeint oblige de la d^ponil- 
Ur ittiicessivemeilt de totitcis ite /iblrro«ia^ d^ toutes les qua- 
lit^ par lesquelles voos la cdiinaiBsez Ii1lt6riaihsm«(kit. Du 
ph^nom^ne ?ous toulez passer au noiumtiui, et le ooum^e 
vousi^appe. Alors, vous floisscz par rencoatrer I'immat^riel. 
£st-ce la Vesprit que vous cherchiei ? Gertaiiiement noh. 
Cet immat^riel» qui est au food de la mati^, est ce qui 
prodoit les fbrces» les attractionsi les affinity, les essences 
des choses : Hen au-del&. Ainst done , U j aorait nn im- 
tomM qui nA setait pas VeiprUi 

be qii^ ndus entiiriddiis par VUpriti oppose k la maiihrey 
ebdipredd ijM Ce qtii est dd domalrie de fintdligence, de 
rimagination^ de la nioraie. Votls le toyei» M mot ^prii , 
b'est toute Ups^^boidgie. Encore n*est-ce qtiela ps^clio- 
idlgie il|ipruiu^e k Tbomme. Mais toot ce qui eiiste dans l*u- 
iliVi^ li'y (ixiste qtt'i U condition de loie produltes par Tes- 
ptHy etkuUes pa^ Vespnti La puissai^oe cr^atrice est la 
puissance de Tesprt/. La palssailc6 cotise^vatricd et trans- 
formatrice est la puissance de Vesprit. NoUS told $rt\\is k 
Dieu. Mais laissons Dieudans son sanctuaire impenetrable, 
et ne nous occupons que de l*bomroe : c'est bien assez. 

L*homme est compose d*nn corps et d'une Ame. Le 
Corps a des organes par lesquds l*bomme est en communi- 
ration Avec le monde extArieur et a?ec ses semblables, et 
par lesquels se mani teste Iui*m6me. D'autres merTetlles 
Voiit ddus eblouir, d'autnto idyeteres tout confondre notre 
inlelUgence. L'homme est esprit €t matidre* Mala la matiere 
dont est compose son corps est oi^puiiseey c*est-li-dlre donee 
de certaines facnltes, et se mod&ant bicessamment, etsu- 
bissant de perpetuelles transformations, et Tesprit gouTeme 
ze corps organise^ mais il ne le gouTeme que pour porter 
sa domination sur le temps et Tespace, et au-deUdn temps 
et de Pespace, stur le monde pbenomenal, et au-delA du 
monde pbenomenaL Mous aurions done k raconter ici les 
fonetions de Tbomme dans le domaine od nous le Toyons 
(^ubll I nous aurions k noos enqoerir de sa destination. Et 
alorsi llioromenousapparaltraitse mesurantavec Tunivers, 
en presence de DIeu. £t alors, nous essayerions de suiTre 
cette briUante asymptote, composee de deux lignes toojours 
prte de se toucher, et separees dans Tinfini, k savoir la ma- 
tiere inerte pour nos yeux, pour nossens, pour notre pensee, 
8*eievant A des Atcoltes chiroiques, k la vegetabilite, A la 
▼italite; et Tesprit, commen^ant par rimmateriel, sVlevant 
il Pinstinct, k rintelUgence qui comprend la creation, k Pin- 
telligence qui la produit. Etes-?ous bien sar de ne pas 6tre 
pris par le Tertige qui saisissait PascalP £t toutefois, il faut 
bien que Pespnt tente une vote si periUeuse, car cest sa 
nature, c*est son attribution, c*est son devoir. 

Mais je veux tous presenter on point de Tue qui vous 

rassurera, qui vousapaisera, qui animera votre courage. Le 

unonde que nous hal^tons est plein de grandes merveilies. 

.l/lionmke paroourt son immense domaine. Il francbit les 

innntagnes, il traverse les mers. II luttecontre les elements. 

11 jeuit de la lumiere. II emploie k son usage les animaux, 

les fruits de la terre. Le present, le passe , Pavenir, iui ap- 

liartiennent au m6me titre. Tons les climats Iui sont bons. 

II se jooe des elements. 11 se sert de la vie eomme d*un 

instrument. Mais voyei done : ces grandes mers quMl est si 

tier de traverser sont une goutte d*ean. Ces montagnes qui 

se perdent dans les nuages, et qu^il se plait k fooler sous 

les pieds, sont un grabi de sable. £t tous ces temps fabu- 

leox, on hbtoriques, sur lesquels r^gn^ sa pensee, ne sont 

qu^un instant. Lt ces globes celestes dont il mesure lamarche, 

liontil calcule le poids et la distance, se perdent enx-memes 

dMS Pimmensit^. £t c^^ Wrre, tbe^tre de son activite, 



pent s^eteindre eomme nn meieore sans vafenr leeHe, at 
cieux,avecleur8i0oiides iofinis, etre routes comoBO pa 
teau viellli. Oni, toot cela pent arriver, arriverp sana doutp ; 
mais qu'importef L'esprit snbsiste toqjottrs* II n'y a pour 
Iui de limites ni dans le temps, nl dans Pespace, nJ dans lea 
mondes qui iMillent et s'eteignent 

fiALLAMCna, de PAcadeaie Frao^iM. 

Esprit f eomme substance incorporelle, aedit de Dieu. ; 
Dieu est un esprit, Pesprit bicree. Le Saint Esprit, PEspril 
Gonsolateur, PKaprit viviAant, teU sont les noms qaw donncal 
lea catboliqoes k la troisi^me personne de ia Tf iaiie^ 
On appeUe encore esprits les anges, les demona, le» 
re ten ants y lea Intins plusou moins familiers, etc 

Esprit sigoili^ aoasi vertu , puissance surnatorelK qni 
remue P&me, qui opere dans P&me : Ce n^est pas Pesprit de 
Dieu qui agit en Iui, c*est Pesprit da demon; Pesprit du 
Seigneur inspirait les prophetes, et deseendil sar let ap6tre8. 
II se dit egalement des grAces et des dons de Dieo. L'esprit 
d*adoptlon des enfimts de Dieu ; Pesprit de coMdl, de forcev 
de science, de piete ; l'esprit de propbetie; Pespril d^£lie ser 
reposasttrElisee. 

II se dit anssi de P4me : L'esprit est plus noble ^ ler 
corps* Bendre Vesprit c*est raoorir ; en esprit, c^est pikP 
la pensee , en imagtnation : Dieu eat en esprit au miliek^ 
des FidMes ; saint Paul fut ravi en esprit. 

Pris absolument, il slgnifie dans le langage de P£criture 
Saittte ^oppose de la chair : L^eaprit est prompt et la cbair 
estfaiUe ; les fruits delachair sont Padultere, Piflspttrete,ete.; 
ceux de I^eaprit, la cbarite, la temperance, la Joie, la 
paix, etc 

Esprit sedit anssi defensemble des qualitea intellectoel- 
les . Esprit ferme, mAle, solide, eclaire, net, sobtil, faible, 
confus, embrouilie, grossier; dlsalpe, distrait, ome, etendu, 
vaste, superficiel, credule, superstitieox, droit, Josle, da 
travers, methodique, systematlque, etc. i grand esprit, petit 
esprit; exercer, occuper, cultiver son esprit ; force d'esprit, 
nettete d'esprit, Justesse d*esprit, presence d^esprit, eleva- 
tion d^esprit, les dons de Pesprit II font former de bonne 
heure Pesprit et le ocBOr d*un Jenne liomme ; il faut le ga- 
rantir des mauvaises compagnies et dee manvais llvras, qui 
Iui gAteraient l*esprit. £tre bien dans Pesprit de quelqu'un, 
c*est avoir son eatune, sa bienveiUancc S*emparer de son 
esprit, ,c'est Iui inspirer nneconliance extreme, qui permet de 
le diriger k son gre. 

Esprit se dit quelquefois simplement de Pattention, de la 
presence d'esprit : Ou avait-il done Pesprit qnand il m*a fisit 
cette question ? Avoir l^esprit aux talons, c*est par etoorderie, 
par preoccupation, ne point penser k ce qu'on dit 

Esprit signifie soovent la facilite de la conception, la 
vivadte de Pimagination : Avoir beaucoop d'esprit, et pohit 
de Jng^ent; avoir Pesprit vif, pesant, iourd, paresseux ; 
c*est un liomma d'esprit, de beaucoup d'esprit; elle a de 
Pesprit eomme on ange. 

Esprit se prend quelquefois pour P i m agi n a t ion seule : 
Esprit brillant, inventif, fecond, aterile,.sec; avoir nn Umr 
d'esprit agreable. Quelquetois, au oontraire, poor la con- 
ception seule : Esprit ouvert, esprit btNicbe. Quelquefois en- 
fin pour le jugement seul : 11 a mille bonnes qualites, mala il 
n^a pas l'esprit de se oooduirc 

Esprit se dit encore des pensees fines, ingenieuses, pi- 
quantes : Depenaar beauooup d'esprit ponr rien, faire de 
Pesprit, oourir aprte Pesprit Vesprit eowrt les nues^ disait 
un liomme d'aasei pea d'esprit k Sophie Aniould. « C'e^t on 
bruit que les sots font oourir, • Iui fut-il repondu. Pousse 
k Pexcesy Pesprit deviant du pedauUsme : 

L'etprit qu'oo Tciit avoir gits mM qa'M a. 

II se prend aussi pour bumeur, caracite : Esprit bisbiuant, 
doux, souple, facile, modere, ttcheux, pouitilleox, mutin, 
voiage, remnant, factieux, dangereux, biquiet, brouillon, 
avec qui Pon ne pent vivre. 
II se dit egalemept 49 In disposition, da Paptltude i^o'un 



\ 



to 



ESPRIT 



1 1 qnelqiit diose, cm da pifncipe, do motir, de rintention, 
dm TUM par lesqaels on est dirig6 dans sa conduite : Avoir 
reaprit du Jea, de la chicane, de» afTairesyda commerce; 
eiqprit de eonduitey d'analyse, de syattaie, de paix, de cliarite, 
de yengeance, de Giction, de parti , de Tert^e; Cesprit du 
monde est une bamear ^gale, des manidreR aflablesy de« 
liabitodes de aoaplesse et de mtoagement ; Cesprit ncUkmal 
est I'ensemble dea opinions qui dominent dans un people ; 
on dit dans on aena analogoe: CesprU du iHele. 

V esprit public 9fA l^opinionqui se forme dana one 
nation aur les ofajots qui int^essent aagtoire et saprospdrit^ , 
V esprit du temps est oelui qui aer^yMe dans lea acles, dans 
lea terite, dana la physionomie sp6ciale de chaque ^poqoe; 
V esprit de corps eat Tattaclieinent des membres d'une 
corporation aux opinions, aux droits, anx int^rMa de la 
compagnle ; Vesprii de retour est ie d^v qo*une personne 
^loi^i^e de aon paya conserye d*y retounier an jonr. Avoir 
Pesprit de son ^tat^ de son dge, etc., c^est oonnaltre oe qui 
coDYient k la situation, k i*Age oti i'on est, et s'y oonformer. 

Esprit signilie en oatre Ie sens d*an auteur, d^un texte : 
On a peine k saisir Tesprit de certains auteurs ; ia lettre 
tue el f esprit vivijle. (Test aussi Ie caract^re d^un ^crivain : 
11 a youlu irolter cet auteur , mais il n*en a pas saisi l^esprit 
Efipnt se dit quelquefois de ce qui tend k donner une id^ 
foinmaire de IMntcntion dana laqueile une lettre a ^t^ ^fte, 
unliyre compost, etc. : Si ce n'est pas Ik ie texte de sa lettre , 
c*en est du moins resprtt. 

Esprit s'entend aussi d*une personne oonsid^rte par r^ 
port au caract^ de son esprit : Un pauvre esprit 

On qualifie parfois encore iPesprits une reunion de 
personnes consid^r^ par rapport aux dispositions, aux 
passions m^mes qui leur soot communes : 11 r^nait une 
grande fermentation dans les esprits ; ^aulTer, remuer, 
aglter, ^rer, calmer, telairer lea esprits; la peur a glac6 
lea espritk Esprit ^ reprendre ses esprits^ c^est revenir 
d*un ^yanouissement; c*est anssi se remettre du trciuble, 
de Ptoiotion , de Pembarras, etc., que Ton ^prouve. 

Esprit est aussi un tennede grammaire greoque : l^esprit 
rude ^ un signe qui marque l^aspiration ; I'esprit doux 
(') un signe qui en r^y^le I'absenoe. Les esprits se placent 
ainsi que les accents snr lea voyelles. Quand 11 y a deux d 
de suite, Ie premier re^t I'esprit doux, Ie second I'esprit 
rude, corome dans lictp^xi» influence. La lettre h tient or- 
dinairement la place de Tesprit rude dans les mots fran^ais 
Teniis da grec £ag. G. ns Mokglate. 

ESPRIT ( CAintie ). Ayant Tdtablissement d*nne nomen- 
clature raisonnte, lea < himistea donnaient Ie nom d'esprits 
k une foute de substances plus ou moins yolallles, dont il 
serait difficile de donner une definition g^n^rique exacte. 
L* a 1 c 1 6tait Vesprlt ardent ; Tadde n i t r i q u e, Vesprit 
de nitre; Tadde chlorbydrique, Vesprit de sel; iV 
cide ac^tique, Vesprit de Vinus; etc Acides, alcalts, 
essences, liquides inflammablea, quoique douds de pro- 
priit^ diffi^rentes, ^talent consid^rte comme des esprits ^ 
sans doote paroe que Ton Toyait en eox les prindpes actifs 
des corps dont on lea retirait; Ie r^aidu prenait Ie nom ex- 
pressif (^ caput mortuum, Quelquesunes de ces deno- 
minations, souyenirs de i*ancienne aldiimle, sont encore 
u8it<^ dans ie langage yulgalre. 

ESPRIT {Utt^rature), Cetteexpression, dans son accep- 
tion la plus gendrale, a pour objlet de Taire connattre I'esprit 
cl Ie but d*un liyre. Alnsi un aristarque spiritoel , exerce , 
pent, dans one analyse plus on moins deTdoppde, arriYer a 
ce but; mah ce n'est point sous ce point de vue pbiloso- 
phlquequenoua eonslderons icl ce mot. Vesprit des livres 
eiait deyeouy surtout dans Ie sitele dernier, une brandie de 
littdratnre trte-mnttipliee ct trda-productiYe; die avaitsnccede 
aux ona, car toiyours lea libraires et certains auteurs out 
spAcoie sur la paressede cette clasae trte nombrense de lec- 
leurs qui yeulent ayoir Pair de tout connattre sans se donnvr 
la pdne de tout lire. C*esl avec une sorte de uidprln que 
^'«iiiiiii« 9nci;iii.pnQ • c g«>nr«^<io jilit^mtiirv* Puns «wk artiQle 



Esprit^ da Dictionnaire pkihsopM^uet aprte ayoir jptM di 
Vesprit de Dieu selon Ie langage bibl^qoe, il lyoute : « II y 
a loin, de ik k nos brochures du quai des Augustins et da 
Font-Neuf, intituldes Esprit de Marivaux, Esprit de Des* 
Fontaines, etc « Toute la po^tique du genre se trouye dans 
cette courte prdTace de V Esprit de La Biothe-le-Yayer^ 
publide en 1763 par Montlinot, chandne de Saint-Pierre de 
Ulle. ■ Qmandon apeud'espritp on donneceM des au- 
tres, adit un critique roodeme. Cette plaisanterie, bonne 
oa mauyaise, n*emptehe paa qu^on ottn aujourd'hai au pu* 
bile Pabrdge de La Motiie-le-Vayer sous Ie titre C^ Esprit » 
titre common k plusieurs oiiyrages de cette nature. La Molbe- 
le-Vayer est pldn d'excellentes choses, mafs dies sont mni- 
y'ent mftldea k tant de longueurs, de repetitions et d^inotilites 
qoe Ie lecteur Ie plus patient s^en trouye rebute. Pour rendra 
plus commode la lecture de cet auteur, on s^eat permb de 
retrancher qndqaefois des phrases enti^res, quand dies 
n^offraient que des pensees communes; on a conig^ dea ex- 
pressions surannees, on a rapproche des idces eparses, dan# 
difrerents traites, lorsqu*elles tendalent k prouyer la meme 
Terite... On a cependant, autant qu*on a pu, conserre les ex- 
pressions de Tauteur : on ne les a jamaia aflaiblies ni alte* 
tereea, sous pretexte de les corriger. EnUn , on eroit qu*on 
trouvera dans cet ouvrage La Mothe-le-Vayer tout entier, 
si on en exoepte son eloquence Terbense, ses redites et aes 
inutiUtes. » Aprte ayoir donne cea r^es, Montlinot n'a pas 
trop mal reossi dans Tapplication : sa compilation ae lit ayec 
plaisir, et non aansutilite. Malheureusement, la plupartdes 
compilatears d'esprit n*ont eie que des manceuyres sana 
conscience et sans talent, etc*est avec rarson que Ie critique 
Grimm en a dit :« Ces mesaieurs qui s*oocupent k nous 
donner Vesprit des grands liommes ne font pas I'doge do 
leur : an homme qui entreprend de donner I'analyae ou Ves- 
prit de Bayle, de Montaigne, de Bacon, etc., doit ayoir 
presque autant de tete que ces grands hommes, et doit let 
ayoir <Hudies toute sa yie. » 

Parmi les ouvragcs publies sous Ie nom 6^ Esprit , plu- 
sieurs meritent d'etre distinguea : nous dterons, entre vingt 
autres : VEsprit de i/"* ffeeker^ par Ie conyentionnat 
Barrere de Vieusac; </e Sivarol, par Fayolle etChenedolie ; 
de, Desfontaines par Laporte; de Saint-Evremond, par de 
Leyre; de Saint- Real, par de Neuvllle; VEsprit des <*co- 
nomlstes, par Ie prince Gallitzin. VEsprit de VEsprit des 
LoiSf par Maleteste, est une rnpide et «ayante analyse; on 
peut en dire autant de VEsprit des Naximes politiques , 
pour seryir de suite k VEsprit des Lois , par Pecquet , 
premier commis au bureau des affaires etrang6res. Les com- 
pilateurs qui nons ont donne VEsprit de CEncychp^ie 
(par Bourlet de Vancelles), VEsprit des Jottrnaux /ran* 
^ais et strangers (1794-1811, 495 vol ln-12, et 8 vol. de 
t2d>les), ont fait des entreprises yraiment utiles k la littera- 
ture. Personne n'ignore dans quel but anti-reli^eux ie baroo 
dllolbach et ses ecri? ains ont compose VESprit des livres 
d^/endus, VEsprit du Judaisme, V Esprit da Clerg6. L*abb^ 
Sat)atiiier de Ca<;tres publia, en 1771, contre Ie philosoplie 
de Femcy nn liTre intitule : Histoire philosophique de 
respril de Af. de Voltaire : c'etaft totit simplement Tliis* 
toire de ses querelles ayec Dcsfontaincs, J.-B. ct J.«J Rous- 
seau, La Beaumdle, Manperluis, Saint-Hyadnthe, dc; 
noais Ie titre esprit poussait k la yente, ct Sabatiiier i'adopta. 
Un tres-bon article du Cours de Littth-ature de La Harpe 
a poursujet d pour titre VEsprit des livres saints. On ne 
saurait enumerer fous les livres ascetiques pubPes sous Ie 
nom d'Esprit : nous avons VEsprit de sainte ThMse 
(par fimery), de saint Francois de Sales (par Collot), 
de J6sus' Christ (par de la Broue), de Gerson (par Ig- 
noble) , etc. Nombre d^auteurs onl fait sur Vesprit de la 
salute messe des livres que les fiddles llsent avec respect. 
, Nous citerons, entre autres, VEsprit de C£glise pour suivre 
Ie pritre d la messe (par Jaunrui); dans la cHibration des 
taints mtfsttres (par RoOiuti;; (/ans la r^ilalion des 
CoihftU^s (par Punnti). Ilous 09 eayons f^ auUnr « 



ESPBrr 



if 



domi^ VBsprit de la Frane^Mofonnerie divoiU^ rtlat\f 
au danger qu'elle rej^ferme. Aprte cela, pour en flnir, pou- 
voDsnoiis mieax fiiire que de citer V Esprit des Sots, par 
Cadet-Gassicourt, aoteur qui n*a gu^re donn^ que des bluet- 
tes satiriqaes, dans lesquelles il se moqcait du public , des 
auteurs et de lui-m^me ; c*^taii au rooins de Vesprit, 

Cbaries Do Rozont. 

ESPRIT (Bel). Voyes Bel Esprit. 

ESPRIT (Bureau d') Voyez Bubeau d'Esprit. 

ESPRIT ( Saint) ou £SPRlT-SAll«T,troi8i^me personne 
de la Sainte Trin it6. Les mac^i/oniens, an quatri^me sitele, 
ni^rent la divinil6 dn Saint' Esprit ;\es ariens sontinrent 
qnll n'est pas ^1 au P^re ; Insociniens pr^lendirent 
que e'est une m^taphore pour d<isigoer Popdration de Dieu^ 
Mais r^vangile parle du Saint ^Esprit comme d^une per- 
sonne distincte du P^e et du Fils ; l^ange dit k Marie que 
le Saint-Esprit sunriendra en elle; cons^quemmenty que le 
fils qui naitra d'elle sera le fils de Dieu ( Luc, i, 55). J^us- 
Clirist dit aui ap6tres qu'il leur enverra le Saint- Eprit, 
V Esprit consolateur, qui procMe du Pere ; que eel Esprit 
ieur enseignera touto v^rit^, demeurera eneux, etc. (Jean, 
XIV, 16 et 26; XT, 26). II leur ordonne de baptiser toutes 
les nations au nom du P^re , et dn Fils, et dn Saint-Esprit 
{Matth,, XXTI11J19). h^ Saint' Esprit tsX doncnnei)ersonnes<> 
on ^tre, comme le P^ et le Fils. Les sociniens ailirment 
Tainement que le Saint-Esprit n'est pas appeli Dieu dans 
TEcriture Salate; ear nous lisons dans la 1" ^pitre atix 
CorintMens, xn, I4 : « Les dons du Saint-Esprit sont 
a|ipel^ des dons de Dieu. « Saint Pierre Iui-m6mc reproche 
il Ananie d^avoirmentiau Saint- Esprit, c*e$t-^-dire k Dieu 
(Act,, V, 3 ). Les P^res se sont series de ces passages ponr 
pronver la divinity du Saint-Esprit aux ariens et aux ma- 
cMoniens ; its ont fait condamner ces demiers au concile g^- 
m^ral de Constantinople, en 361. En vain les sociniens et les 
d^ffttes ont-lls pr^tendu que la divinity du Saint-Esprit 
n*6talt pas connne dans Tf gitse avant ce concile: nous tiou- 
▼ons dto 326 celui de N ic^e ^crivant dans son symbole ces 
mots remarqnables : « Moos croyons en un seul Dieu, le 
Pire toot-puissant..., eten J^ns-Christ, son fils unique...; 
nous croyons aussi au Saint-Esprit. » Cet article de foi est 
m^me aussi anden que le christianisme. An denxi^me .Mtele, 
rfigiise de Smyme (EpiU. 14) ^crivait k celle de Pbila- 
dctphie qne saint Polycarpe, prM k soufTrir le martyre, 
avait rendu gloire a Dies le Pere, k J^s-Clirist son fils, et 
au Saint'Esprit, Cette anoyance e^t do reste celle de saint 
Justin, de Tauteur do dialogue intitule Pkilopatris, de saint 
Ir^nde, d*Atli^nagore et de saint Tbtophile d'Antiocbe au 
deuxi^e si^e, de Clement d^Alexandrie, de Tertullien et 
d^Origine an troisi^me, et de saint Basile au quatriimc. Elle 
e^ confirm^ par diverses pratiques do colte religieux, par 
Igs trois immefsions, et par la forme do baptfime, par le 
Kyrie ripM trois fois pour chacune des personnes, par le 
trisagion, ou Trois fob saint, chants dans la liturgie, etc 

Le concile de Constantinople, dans son symbole, 
qui est ie mime qoe celui du concile de Nicde, avec qnel- 
ques additions, dit seolement que le Saint-Esprit proctde 
du Phre ; il n'ajoote point et du Pits, parce que cela n'd- 
tait pas mis en question k cette ^|)oque. Mais d6s Tan 447 
les l^lglises d*Espagne , ensuite oelles des Gaules , et peu k 
pen tons les £glises latinos, igootirent ao symbole ces deux 
mots, paree qne c*est la doctrine formeliede P^criture. Cepen- 
dant, ce tot de I'additloo de ces mots qne Pliotius, en 866 , 
et Micliel CeroUurins, es 1043, tous deux palriarches de 
ConstantlDople, prirent occasion de si^parer P£glise grecque 
de P^igliae latine. Toutes les fois qu*ii a ^question de les r^u- 
uir, les Grecs out protests, d^arant que les Latins nV 
\aient pas po MgitUnement fiure mie addition ao symbole 
dress^ par un concile g^niral, sans y 6tre notorial par la 
dtelsion d*un autre ooneilo g^n^l. De savants r^tomMte 
ont aussi pr^tendo que les Latins avaient corrompu le sym- 
bole de Constantinople par une interpolation manis/esfe, 
MIo dispgte <toitd!E||4 ancloine; en hit (|uestloq au cop- 



cile de Gentilly en 767, et k oekii d*Aix-la-Cbapello eo 
809. Elle a M renouTcl^ toutes les fois quil s'est ag) de la 
reunion des <^ses grecque et romaine , au qoatritoie con- 
cile de Latran, en 1215; audeaxitoiedeLyon,en 1274;enftny 
k celui Je Florence, en 1394. Dans ce dernier, les' Grecs 
convinrent qu'ils avaient eu tort; ils signirent la mtaio 
profossion de foi que les Latins; mais ce rapprocbement ne 
r^ponditpas k Pes|)oir de l*£giise : une nouTelle scission eut 
lieu bient6t, et elle dure encore. Les Nestoriens partagent 
Perrcqr des Grecs sor la procession do Saint-Esprit, 

D*apr6s P^gltse, le Fils vient do Pire par gin^ration, et 
le Saint-Esprit vient de Pan et de Pautre par procession. 
II salt de \k que Tune et Pautre de ces personnes divines 
sont ^temelles, puisquele Fils et le Saint-Esprit sontco- 
^temels an P^, et qu'elles sont n^cessaires, et non con* 
tingentes , puisqoe la n^cessiid d*£tre est Papanage de U 
DiviulU^. Ellcs ne produisent enfin rien bors du Pbtt, pois- 
que le Fils et \e Saint-Esprit lui demeurentins^ralriement 
unis, quoiqne rtelleroent distincts. Elle n'ont par cons^uent 
ritn de commun avec la mani^re dont les philosopbes con* 
cevaient les ^ man a Horn des esprits; elles sont non-sen* 
lemeot distinctes, mais rtellement s^par^ du P^e et 8al>> 
sistaut bors de lui {ifogez Trinite). L*£glise o^bre la des* 
ceiite du Saint-Esprit sur les apcHres, le jour de isi PeU' 
tec6le, L*£criture dit souvent : Le Saint-Esprit noos a 
tft6 donn^, il liabite en nous , nos corps sont le temple du 
Saint-Esprit. 

Les llieologiens entendent par dons du Saint-Esprit les 
quality surnalurelles que Dieo donne par infosioo k PAme 
do chrotlen dans la con /t rm a/ ion : oes dons sont ao 
nombre de sept : la sagesse, Pentendeiuent oo Pintelligenoe, 
la science, le conseil oo la pnidence, la force en le courage^ 
la pidt^ et la crainle de Dieu. Saint Paul, dans ses lettres , 
parle souvent de ces dons. L'Ecriture enteud encore par dons 
du Saint-Esprit les pouvoirs miraculeux que Dieo acoordait 
aux premiers fid^es, comme de parler di verses langoes , 
de proph^tii»er, de gu^rir les maladies, de d6cou\Tirles plos 
secretes pens^es du OGeur, etc. Les ap6tres re^urent la 
pl<^itude de ces dons , ain&i que les pr^cMeuts. Dieo les 
dispciLsait mtoie aux simples fid^es, quand ils ^talent 
ndcessaires au socc^ de la pnklicalion. Saint Paul re- 
garde la cliaril^, ou I'amour de Dieu et du procliain, 
comme le premier de tous. 11 pent selon lui tenir lieu 
des autres. 

ESPRIT (Ordre do SAINT- ). Cet ordre de cbevalerie, 
le plus illustre de oeux qui ont exists en France, fut ins- 
titu^ par H en ri III en d^mbre 1578. On a pr^endo, sans 
fondeinent,quece prince en avait troovi Pid(^ dans cebii 
do Saint-Esprit-au-Droit-D6str, fond^ en 1352, par Louia 
d'A^jou-Tarente, roi de Jerusalem et des Deux-Siciies, ordre 
Meint et oubli^ d^ son berceau. Mais Henri 111 avait eo 
des motifs personnels pour order le sien. Celui de Saint-Mi* 
die 1, appele vulgairement POr<ire du Roi, 6tait tombe dans 
Pavilissement sous Cbaries IX. Henri 111, cliercliant les 
moyens de raffermir la fidelity cliaficelante de ses d^fenseiirs 
et de se cr6er des adbdrents, n'en poovait imaginer un 
plus conforme 4 ses vues etmieux en rapport avec les cin> 
Constances que Pinstitution d'un premier ordre de cbevalerie 
bas^ sur Pobservance de la religion catboliqoe, a|)ostoliqae, 
et romaine, et consacrantd^une mani^e durable deux coin- 
cidences desa vie, son Election au tr6ne de Pologne en 1 573, et 
son avdnement k la couronne de France en 1574, qui avaient 
eu lieu le jour de la Pentec6te. L*analogie des statuts de oe 
nouvel ordre avec ceux de Pordre de Saint-Michel semble- 
rait annoncer d*abord que Pintentfon de Henri Ul aurait ^t^ 
delesubstituer iPancien Ordre du Boi ; mala, loin d'avoireo 
cette pens^ il voulut que P^clatde Pun njaiUlt sur rantre 
et lui pretAt un nouveau lustre, et poor parvenir ploa sOro- 
ment k ce bot, il rdunit ^troitemeot les deux^ en preaoi- 
vant que tous les ciievaliers du Saint-Esprit seraient prdala- 
blemcnl re^us la vellle ciievaliers de Samt-Mldiel, d'oii leur 
vini la d^opiio»tio|i d^ cfifpali^s de$ (Hrdr^ 4u 4oi« 



M 



h» pMU Qe raeefaient que le seal oitlre da Salnt-Es- 
prH, et depots I'^tabUssement de oe dernier ordns oelul de 
Safait^Mlebel ne ftit plas aecord^ seul qa*attx premieres no- 
UbiHIte dsns les sdeoces, les ads, les lettnes» tocomineroe 
«t rindustrie, Le nombre dee chevatlers da Saint-Esprit fiit 
llx^ kcent, savoir : qaatre-Tingt-sepl ehe?alierS|neuf car- 
dinaax oa prtf ats, y compris le grand-aum^nkr de iFrancei 
et quatregrandt-ofRciers, le tbanoelier dtidlt eitlre> le pr^ 
vAt^nMtftre des tMmonies^ le graAd-tr^rlfir et le secre- 
taire. Les cardinaux et les pt^ts ne prenaient que le litre 
de eooiniaBdeur de Tordre dn Saint-Esprit, et ne portaient 
wr la croix q«e la igiire du SalBt-Espri^ tandis ^ne les die- 
vallers et les qoatre grands-oifllciers prenale&t le titif« de 
commandenr das oidres da Roi, et portalettl fii croix d*un 
cdt^ 4 Tefligle da Saint-Esprit, de l^otire k celle de saint 
Michel. Les seals cberaliers talqties entouraient Ttea de 
leors annoiriesdescollierB des deux ordres. Le litre de com- 
mandenr, que perlaient les ecclteiastiqaes, et oelui de 
ctieyalier-comoMUMlear , port^ par les laiques^ leur T6- 
oaient de oommanderies que Henri III Toolait fonder en 
tear wwn tnr des blens eecMastiques : le pape ayant re^ 
los^ sa sanction k ce projet, d*aprto roppositfon da derg^, 
le bte^fiee de diaqne oommanderie Tut compens^ par un 
iwsna ^gal et annuel de mille toa sttr le noarc d\>r. Le roi 
«a touchait deux mille oomme HouTerain grand-mattrev et le 
{rand-aanndnier de Ftmnoe pareH revena, moiti^ tomme 
eommandeury nioiti6 ooaime aamOnier de rordrev 

De 1764 k 1770, Louis XV douMa le revenu des Tingt, 
pois des trenle plus andens chefailers^ Le dauphin, les fito 
et pettts-fils de France, I'^lilent de droit en naissant, mals 
lis ne tea reoeraient qa^ P^poqaede leurpremi^commu* 
nion. Les princes du sang dtaient ordinairement re^s k la 
ntoie ^poque, h moins que le roi n^ajoumMieur admission. 
Quant aux princes strangers ^tablis en France, ils ^talent 
admis kvingt-dnqans, et les dues et gentiUhommes k trente- 
dnq; 11 n*y avait point d'Age iixe pour les souveralns dtran- 
^tn susoeptfUes par leur religion de recevoir cet ordre. 
Les statuts n'exlgeaient des r^piendaires ( le grand-au- 
mOnier, le grand-tr^iorier et le secretaire except^s) que 
centans, ou trois gteerations de noblesse paiernelle. Les re- 
ceptions se falsaient avec un grand appareil; celle du roi, 
Gomme souverain grand-maltre, aTait lieu le lendemain du 
sacre. Le prtiat qui Tavait sacre lui lalsait jurer, en pre- 
sence de tout Tordre assemble dans reglise, Tobservancedes 
statnts, aprte quoi 11 loi remettait le grand manteau et le 
collier. La TeiUe des promotions les novices etaient re^us 
par le roi, dans son cabinet, avant la messe, chevaliers de 
Fordre de Saint-MiCbel ; le lendemain avait lieu k I'eglise, 
k risaue de la messe, leur reception dans Pordre du Saint- 
Efiprit. Vetns d*an pourpointet de trousses d'etolfes d'argent, 
eale^on, bas de sole et soutiers blancs, le fourreau de l*epee 
de meme et la garde d*argent, ayant an con un rabat de point 
d'Angteterre, et sur les epaulesun capot de yeloars raz noir, 
one toque de mtoie couleur sur la tete, sommee d'un bou- 
quet de plumes blanches et d*une masse de heron, ils se 
prostemaient devant le roi, assis sur sonlr^ne dans lesanc- 
tnaire, k odte de F^vangile, pronon^ient ti signalent le ser- 
roent qal engsgealt lear fol religiease et politique, et reoe- 
▼aient des inains da monarqoe, aprte qu^on leur ayait M 
le capot, le grand manteau, ainsi que Paccojade et le col- 
lier de Pordre, que le roi lul-meme leur passait aa cou. Les 
quatregrands-offlders portaient le grand manteau, mais non 
le collier ; les commandeurs ecdesiastiqnes n'ayaient ni Pun ni 
Pantre Ceox-d de?aient egalement liechir les genoux devant 
lerot poor prftterle serment, fussent-ils princes, comme les 
cardinaux de BoortNm et de Guise ; le seul cardinal de Ricbe- 
Ueu oaa ddrager k cette marque de soamisslon prescrite par 
les statnts, et II recutdebout, des mains du faible Louis XIII, 
les inslgnes du Sslnt-&prit. A leur reception, les cardinaux 
deraient parittre en cliape rouge, les preiats en soutane 
^-^olelte, avec leur rochet, leur camail et un manteaa vlo- 
\ifl, SOT le cdte gauche duquel ei|ll brodde la croix d« Por- 



ESFRIt 

dvei comiMe sUlr to iaaaikieaa des ciierattets s ceox-d diaiHil 
les seuU qui eossent des parrains k cette cMmanie) d 
auxqueU le roi donnftt PacooUlde bt lis tdllMr. 

Le ^«nd mabttsau^ reltrpasse du MM iladM» Hk^aiM da 
cdte dixiit, etait deVdoulrs nair» double de satin orange el 
geme de tammes dV ; one broderie d'or, de 37 centimMres 
de hauteur, lui servait de bordura. Par-desSus eUit plab^ 
un mantdet de moiiio yert-lUissant et ^fifiAU desondaiii 
asset bas sur U poitrine «t tos eptul^ U brctderle dtt 
manteaa et dti maikteMi^ dtt meme que lea cbalnoos du 
gratad odlier ( qol etait du poidsde deux eenU ecas d*or 
tshvlron ), representaient des fleurs de Us, des tropliees 
d*armes et la lettreH conronnee; de oes divers ornemenU, 
places k des disUnces egales, naissaient des flammcs. Li 
croix de I'ordre etait d*or, semblabh) 4 la Croli de MaUfli 
k huit pointes pommetees emaUieede blane sur les bofds^ 

- dd 




gent. Les chevaliers portaient cette croix saspeddoB eu 
grand collier dans les jours de c^remoilitt de iohU«; datts 
les auties solennites din euit attacbee k on Urgto riiMil 
blen-cdeste mniki6^ pisse sur Pepiuilede droiie k 0luch«. 
Les preiaU portaiettioe rubaa en mad^ de oollier, et les 
dOfiders qui n^etaient pas commandeurs, en sautoir. Toos 
les chevaliers portaient encofe one plaque brodee en ar- 
g^t sur le c6te gauche de leur habit ou mantea«; die 
representait exactement la crdx du cdtd de la co!ombe. La 
devise de l*ordre, Diice ei mtspleet exprfanait la protectiott 
du Saint-Esprit. li (httou|onn acoordeaux phis ancieones 
ramilles de Francci et parliculi^reinent k cdles qui rem«- 
piissaient les premieres charges de P£tat. Oft salt que hi 
Fabert ni Catinat ne voulurebt achtoter pir Uil tneii* 
songe gfinedogique Phonnedr de potter cetle decoration, 
qu'ik avaient acquSae par tint de gloire : lear reAis modeste 
prenetra Louis tlV d'une douleur egiie k son idmlntioa 
pour ces deux grands hommes. 

Cet ordre, qui rdietait on si vif edat sur le trdne de 
France, ftit enseveli sous ses mines par la premiere revo- 
lution. La Restanration le vit renaltre avee les andens noma 
dela monardiieetson andenne splendeor, et Loots XYIII, 
ainsi que Charles X, ne le refiiserent pdut aux grandee 
illustrations de P£uipire. La religion cathollqae ayant oessd 
d'etre rdigion de P£ut depuis la rdvolotion de 1630, Poidre 
dn Saint-Esprit fut aboU de lait par cet evenemeni. 

LaiHd. 

ESPRIT (L'adM Jacqcss ). Le prindpal titra qui re- 
oommande Esprit k notre attention, c'est d'avoir dte Pun 
des quarante premiers membres de PAcaddmie IHrinfaise. 
U naquit k B^ers, le 23 octobre 1611 ; aon frere, prdtre 
de POratoire, le fit venir k Paris, et le pla^ in seminaire 
de sa congregation, au mois do septembre de Pannde 1629. 
Apres y ivoir etudid pendant quatre ou dnqans lea bdies- 
lettres et la philosopliie, 11 eut occasion de freqoenter Phd- 
td de RambouUlet et plusieursautres cercles litieraiies, o6 
II se distingue par sa poUtesse et ses connaissances. II avait 
une heurease physionomie, de la ddUcatesse dana Pesprit, 
oneaunablevivadte,de Penjonement, beauconpde fadlite a 
Kuen parler et k bien ecrire. Le jeune al)be obtint qud- 
ques succes, et au lieu d'entrer dans les ordres, 11 se con- 
tenta de porter le peUt-eoUet, ce qui lui (kctlitait Pentree 
des maisons quMl aimait k frequenter. D'abord commensal 
duducde La Rochefoucauld, Panteur des Afiudmei, il 
entra bientdt dans la maiaondu cbaneeUer Seguier, qui 
lui donna une pension de quinxe cents liwes sur ses pro- 
pres revenus et lui en procora une autre de deux mille 
sur une abbaye. Par le credit de ce poissant protecteur, 
Esprit Alt nomroe membre de PAcaddmle Fran^ise le 14 
revrier 1639, et pen de temps aprfes il fut |)ourvu d*an bre* 
vet de conseiUerdu roi; mais en 1644 il encourut hi dia- 
grice du chancdier^ et se vit contrahi( de retoonier an 86* 
minairo de Saint-Magloke| od il resta(}odque temps, 



tooteroii prendre lliabit des pr^tres oratoriens. 11 ftit asset 
benreoii it la lotaie ^poqoe, pour fl^n la oonnaissanoe dn 
prince de Conti, qui se retirait souTent k Salnt«>Maglolre, 
k PeflMd'y fiiireses devotions, etqoi, charms de sa politesse 
et de son savoir, se Tattacha particuHteement, lot donna on 
logement dans son IkMel et one pension detrois miiie liTres. 
Mais one fois rentr6 dans le nionde. Esprit y retrooTa tontes 
les sMuetions aniqnelles U ne s*6tait d^Jii montrd que 
trop sensible : il devint ^ris d*one jeune personne que la 
gte^roalM de son proteeteur loi procure les moyens d^6- 
pouser. II Gillait^ au dire do jeune horonie, quarante mille 
liTres pour que cet hymen s'accomplit; le prince les lui 
donna; de plus, M*"* de Lon^erille y ajouta nn cadean de 
quitize mille litres. On assure que plus tard Esprit reporta 
an prince les quarante mille livres de sa dot en lui disant : 
« Cette somme est trop n^cossalre an soulagement des 
Teuves et des orplusUns poor que je ne la rende pas k yotre 
altesse. > 

Esprit termtnasa carri^ dans la province de Langoedoc, 
dont le gouTememcnt avait^t^oonfi^ kson proteeteur. Aprto 
la mort de oelui-ci, il fiu sa demeure a Hosiers, et se con- 
sacra k TMocation et r^tabliiisement de ses trois filles. 11 
nourut dans cette Tille^ le juUlet 1678. Jacques Etiprit 
n**a presque pas Iaiss6 d'oufrages. Pellisson, dans son HU' 
Mrt de VAcaMmie, ue lui en attribue qu'un seul : Para^ 
phroMes d$ gwlquet Psaumes. On a oependant cru qu'il 
etait aoteor d'un asset plat coromeotaire des Maximes de 
La Rocbefoocauld, intitule : Fausseti des Vertus kumai' 
nes, 2 Tolumes, et d'une traduction du pan^yriqoe de 
Tr4an, pobliteen 1677, in 12. Mais quelqnes critiques attri- 
buent eesdeux ouvrages k son frfere, qui 6tait y^tablement 
abbA et appartenait k la congregation de l*Oratoire. 

Lb Roox db Linct. 

ESPRIT ASTRAL. Koyet Asteal. 

ESPRIT DE CORPS. Le mot cor|» an figure si- 
gnitiant la societe , I'union de plusieurs personnes qui tivent 
sous Tempire des mAmes lois, des roemes coutumes, des 
mdmes r^les, des mtoes pr^jiigte, il en rfeulte qu'es>ri/ 
de cof^isdoU s*eotendredes principes, des habitudes, de la 
maniire d*agir de certains corps ou de eertaines compagnies. 
On dit d*une oompagnie , d'un corps d^lndiTidus exer^nt 
la mftme prolession, et agiasant cliacun dans les inU^rdts de 
tiMis. lis out de Vesprit de corps, Ua avocat , un mddecin, 
un militaire, un bomme de lettres, on artiste, se lalssent 
aouTcnt diriger par Veeprii de corps. Cliacun d*eu\ defetid 
les habitudes, Thonneur , m^me les privileges du corps au- 
qnei il appartient. L*aT0cat refusera de plaider devant nn 
Juge qui aura manqud d'egards en vers un autre avocat. Le 
vMerJn prendre fait et canse pour un confrere qu*on acco- 
sera dignorance. Le miUtaire se rendre garent de la bravoure, 
des seutimenti dev^ qui animent tons ses Mres d*armes. 
LUiomme de lettres lendre la main an debutant devant qui 
s*d^vent les obstacles et les dilBcnltte. L'artiste ouvrira sa 
bourse k Partiste malbeurettx. Aglr autrement, ce sereit man- 
quer ^esprit de corps, ceserut renoncer au bte^fice de i'as- 
sodatioB tadle qui exists entre tout cent qni paroourent 
la mtae carrito ; ce sereit se condamner k vivre, au milieu 
de la grande coromttnanii& humaine, isoM^ sans aide, sans ap* 
pui, sans protection. Vesprit de corps entralne queiquerois 
de Acbeuses consequences : il pent laire nattre entre certains 
corps des rivalitte souvent funestes; main ces rivalit^s, 
qu'engendre ordinairement ramonr-propre ou la vanity d'un 
petit nombre, n*ont qu'un temps ; le bon sens et la sagesse 
de la nu^orit^ y mettent bientdl on terme, et, somme toute, 
f esprit de corps tel que nous Fa fait Paboiition des oommo- 
nant^ , des congr^lions, des corps de m^ers, c'est-ihdire 
Vesprit de cor|ubienveillant, bonn^, anim^de sentiments 
pliilantbroplques , etempt de Tues personnelles , s'il est trop 
eommun^ment encore Poccasion de tristes Inconvteients, de 
d^bats ridicules , de querdles pwiriles, enfiuite ansd le plus 
ftmvent de grands et de nobles rteltats. 

£dodM iJUioiHB. 



tS^RTT — ESPRIT DE PABtt is 

ESPRIT DK NITRE. Foyet tm Mltr et NrraiQti 
Acide ). 

ESPRIT DE P ARTL L'esprit de parti est entre toutes 
les passions humaines, celle qui lalsseleplus de liberty k la 
baine, le plus desteoriti6 pour mal foire. Cesmtimenta quel- 
que cliose d'absolu oomme les lignes droites de eetle gtem^- 
trie politique sdon laquelle on mesore les clioses et Pon ap* 
pr^e les bomroes. Un parent , un ami , nn bienlaileor, vien* 
nent-ils en d^ranger les lignes infleilhles , il ikudre que eel 
ami, que ce parent, que ce bienfaitenr dispareiss e , car ponr 
Pborome de parti les amiti^ ne comptent pas, et cfaet lui la 
t6te parte si hautqu'elle iait promptement taire le cmur. Cet 
bomme n'agit et ne pense que sous Pinspiretion d'aotrui; U 
r^fltehit ioutes les passions qui fermenient autonr de loi ; son 
caract^ et son individuality s*elbcent sous la nature de 
convention quMl revM ou qu'on lui impose. L'liooune de parti 
ne s*appartient jamais k lui*niteie : tout bonn^ ou tout 
bitelligent qn*il pulsse 6tre, il ire, ne fbt^ee que par huineor, 
jnsqu'au crime , aussi bien quo Jusqu*^ Pabsurdit^ Tel est 
dans ses relations privte aifectueuK et bienveillant, qui 
parle de faire des exemples et d'abattre des tMes; tel autre 
n^a Jamais donn^ signs d'alitoation mentale, tout au contraire 
11 entend les affaires et oonnatt les immmes : le voiU cepen* 
dant qui oi lisant Le Constiiutionnel de 1626 s^^pouvante 
en songeant qoeles j^suites font Pexercice k feu dana les ca- 
ves de Montrouge. En void un autre qui ^ en lisant La Quo' 
tidienne de 1633, crie k la calomnie k propos du proc^s-ver- 
bal des couches de Blaye. Ne provoqoet pas cependant Pin- 
terdiction legale de ces deux bommee : Je vous dls, en v^rit^, 
que vous ne lobtiendriet pas, et qu'iU n^pondreient avec 
une rare intelligence aui questions qui leor seraient adress^es 
sur les mathtoiatlques, Panatomie, le droit, ou Pdoonomie 
domestique* Non, ils ne sent pas fuus, ils ne son! qu'hom- 
mes de parti. 

Le propre de cet esprit-U, c*est de d^gager chacon en 
particoiier de la responsabllil^ de ses sotUses et de ses mau* 
vaises penste pour en grossir le foods oonunnn. Sous ce np- 
port tons les bommes de parti se rassembfent, quels que 
soient leur ^cole et leur drapoau : mi^me crMulit^, noSHneoon- 
fiance, m^me abnegation de leur persoonalit6. L'bomme 
qui entre dans un parti fait des voeux de renoncement 
k soi-m6me aussi rigoureut que ceux qui sont fanposes 
aux novices des ordres monastiques. On a de partctd'autre 
les idte les plus opposta sur les droits et sur les devoirs , 
sur la bonte des uistitutions politiqnes , sur la destination de 
Phomm^ et son avenir; vous entendei saluer par les uns 
oonnne jours de globre ce qui n^est aox yeox des autres que 
jours d'opprobre : les hommages et les maledictions se croi* 
sent et s'entre-choqiient. Ajoutet qu'i ces dlssideoees de doc> 
trines la revolution fraufaise , comma toutes les revolutions 
qui veulent vivre. Joint des dissidences d^interMs en se fat- 
sant territoriale ; que la propriete a passe des uns aux autres; 
puis, que les nouveanx proprietaires sesont cms inquietes 
dans lenroonquAteJusqu'au moment od les spolies, k leur 
tour, ont redonte de perdre ce qu'nne tardive munificence 
leur avait rendu. Cost ainsi que la nation Ihanfaise s'est 
tn>uvee , k bien dire , divisee par couches de vainqueors et 
de vaincus, de destitues tUdAdestituieurs^ de spoUateun 
et de victimes. De U ce repoussement entre les personnes, 
plus profond encore que celui qui esiste cnbre les doctrines. 
C*est ainsi que les simples reppoiis de societe ont ete inter- 
rompus entre les citoyens, et qu'on a presque toi4onrs vecu 
k part les uns des autres , eouvant aes haines et attMidant 
d*autres jours. 

L'esprit de Satan est venu en aide k Pesprit de parti, poor 
eiever entre les diverses classes de la aodeie comma une 
barriere insurmontable. Ce fait provoqoa dans le carectere 
national une alteration profbnde, qui nelut jamais filusma- 
nifeste qn*aox premiers temps de la fiestauratiun, ou Pesprit 
da parti se developpa avec hiteosite. II y a sans doole plus 
que de Pexageratloii dans les reprodies si sonveot adresses 
k cette epoque de 1616, d*o(i sortirent les belles et pacUi* 



u 



ESPRIT DE PARTI — ESPRItS 



qoes aBoto de notre dducation consti tationnell<» : mn^% rVst 
Jtwtioe da reooDnaltre que de tootes lee ^poques hietoriqaefl, 
ce fut peot-^tre rone de celles dans lesqnelles resprit de parti 
pr^valut aveele phu d^^troitessedans iescombinaisoos, la 
pluiid'IntoMrance danaie* repousaeneatt. Si la Restanration 
ayait au aan La Bruy^ qoelt menreilleui portraitt na lai 
aaraient pas founiis el lea Yoltigeon de Cond6 , et les soldats 
labottreiirs, s'insultant les uns lea autres , eox si dignes de sa 
dminer la main at de coniondro laurs nobles anseignesP A 
iui dedira la crMuiit^ des dooairi^res, les rftvesdo vieux 
niarqaiSy tea paroles da sang etdemorttropsouvent pro- 
nonci^ par dai iMNiclies fralclies et innocentes ; a luidemon- 
trer ooinmentPesprit de parti r^trteit les plus riebes natures 
et dessecbe les ooeurs les plus expansife. 

La r^rolotion de Juillat, la r^publiqoe de 184s et te nouvel 
empire ont au san» doata poor premier at pour plus dd- 
plorable eflet de r^ter plus loin encore Tune da Tautre les 
classes dont la position eespecti?e a si soodainement ciiSng^. 
Ccpendanty comment ne pas reeonnattre que dana les circons- 
tances mdroe qui semblaient devoir la ranimer et Texalter au 
plus liaut degr6, l*esprit de parti baisse d'une manite sen- 
sible, Gomme une larope ^poiste? De part H d'aotrey Ton 
-panl sa foi et sa eonfianoe, et Ton doTient p4os juste k me- 
sure que Pon doote davantage de soi-ro^me. Puis, ▼iennent 
les int^rdts qui rattaclient au present , alors mtoie que les 
regrets ou les esp<^rances en s^rent Aussi est-on plus <lis- 
po^ sinon k la bian?eiUanee, do moins k oette indiniirence 
qui, en oontenant les nobles iians, amortit aussi les passions 
niauvaises. A cet ^rd Topinion a Cait la le^on k la presse , 
et odle-d a da se mettre au diapason de la premie. Ajou- 
tous que I'esprit de parti ¥it d^esptomce , et que toot parti 
qui n'espte plus, est mort, et qo'en ce temps d'incertttude 
et de sce|)ticisroe U n^y a d'espoir vraiment fond^ pour per- 
Sonne CTest ainsi que les doctrines s'en vont, et Tesprit de 
parti fiecompa^ie sYec elles. Louis de Cabii£. 

ESPRIT D£ SEL. Koyes CauiuiYDftiQUB (Aeide). 

ESPRIT DE VIN. Foyn Alcool et CIspbits. 

ESPRIT FOAT. On appelle ainsi ees esprito qui ne 
craignent pas de n^tstar les opinions revues. Cette qualifi- 
cation , que l*on applique surtout k toot bomme dddaigDeox 
des croyanoes religiauses, a toujours ^t^ empluyte oomme 
una censure ironique. C*est la derision oppo»^ k on pr^ 
somptueox m^ris do sentiment common. Quand on dit de 
qnelqu'nn : Cett un etprit fort , cela signifie : ^est un 
esprU qui se craii fori, el que la vaniU aoeugle. Telle 
est I'iatentioQ deLaBruyire, dans son ciiapitre sur les 
tsprUs /oris, dont le milieu et la tin priocipalement sunt 
mspirte par une baote ratson , et od oue pbilosophia ^io- 
qoente s^^ve jusqo*ao sobiinie. Un profood sentiment de 
justice at d'bumanit^ est empreint dans les pens6es qui sui* 
vent : « Une certaine in^lit^ dans las conditions , qui en- 
tretient I'ordre et la subordination , est TouTrage de Dieo , 
00 soppose one lol divine; una trap grande disproportion, et 
telle qu*elle se remarqna parmi las bommes, est leur on- 
vrage , oula loi des plus forts. Les extrtailtte sont videuses 
et patient de rbomoM : toute compensation est juste, et 
viant da Dlau. • Gela aait approuT^ soos Louis XIV. Qo'a 
dit da plos J.-J^ Roosseao, tant pers^cot^ dans le satele 
suivant? « Quand on ne serait pendant aa vie que i'ap6tre 
d*un seul bon«me, ce ne serait pas dtra en vain sur la terre, 
et Iui 6tra on foideau inutile. » Disons toolefois qu'ii y a 
one force d'esprit ntossaire poor telairer la conscience, et 
on milieo k tenir entre l*orgudl qui nie comme pn^ugrt 
▼uigaire toot ce qoi est admis, et la fiiibiesse d*esprit bien 
rMle,qoi re^ sans examen et sor la (bi d'aotnii, des prd- 
jttg^s dangerenx. Iia Tie de Tbomma de bian est consacrte 
k to ladiercba de ce milieo poor loi et poor les autres. 

AinU»T MB YiTRY. 

ESPRIT PUBLIC. Cet ensemble de sentiments, d*ap- 
prdiensions, de passionii, qu^on appelle VtsprH publtc, nous 
semble peo facile k d^finir, commv tout ce qui rcv^t loules 
C^formes. Ia mot n*est gu^ en uaa^ qM^ dans la lan- 



ssce politique, et encore na letrouve^t-on sootdtf tmiitoyvi 
qQ*i partir da notra premise revolution : en 1792, Mar4 
aaeosalt Roland d'cmpoisonMr resprit poblie, d*avoir on 
boreao d*esprit politic poor corrooipre Topinion. Depois 
lors, tons les partis sa soottoor k loar adrasa6s k Tcsprit 
pubUc, et ont cberclid k la mettiada laor o(M)6, k le fain 
passer k VMt d^opinion. Toos les goovameoMnta ont la pr^ 
tention de s^appoyar sor Tasprit pabNe, at las aflbrts qu'ils 
sont obligte da Aiita poor remoer ce aoiosae proovent tou- 
jours qu'ils se ddient beaoooop da ses sympathies oo de sa 
mobility. L'esprit pobllc est en effist cette masse flotlanle 
qui est a oelui qui salt i'entratner, aoit en la flattant, soit 
en Teffrayant : la r^volntion de 17M cbercbalt k agir sur le 
peuple par tea dobs et par la ptesse; et nteimoins Saint- 
Jost s'teriait doolooreosemeot k la tribone de la Conven- 
tion : Noos n^avona pas d'esprit poblie en France I L'em- 
pire cherebak legalvanlser par des victoires , la Restanration 
par des processions et dese^rtaionies religianses , Loois-Pki- 
lippe par Tappei k la satisfaction des intMts mat^riels. 

Marat, cooune noos I'avons dit plos liaot, reproduut k 
Roland d'avoir eM on bureau (TesprU fmblie au mlnis- 
t^ de llntMaor, c*ast-4Hiire d*y avoir grooppft des joor- 
nalistes qoi veaaient prendre da loi la mat d^ordra, qni r^- 
digeaient ieors joomaox d*aprte ses inspirations at eelle dea 
girondins, afln d*entralner I'esprit poMic aontra la lion- 
tagne. Sons Loois-Pbilippe 11 y eot, ao mtoe ministtee, on bu- 
reau dlasprit public : on y rMigeait une correspondance poli- 
tique toute looangeusa poor la goovemeraent, et oft tousles 
faits^laient represents comme^tant k son avantaga, comma 
toumant it la conftision da ses advenaiias; les pr^fets et 
les soos*prei)Bts reeevaient cetta dlaboration aotogimpkida 
qootidiennement, la eommoniqaaient k Ieors amis ; les jour- 
nau\ subventionnes par le ministtee en province reprodui. 
saient sor toote la llgDe les articles de fond, 1m attaqnos aootre 
I'opposition qo*eUe leor apportait gratoilement, et l*on se flat* 
tait de Iravaiiier ainsi Topinion d'amener, par ces moyans 
Tesprit politic li des manifestations dynastiqoes. Cette insti- 
totion fotaisci vivement attaqo^e poorqo*elle disparttt do 
grand jour; eUe se rtfogia dans les t^nAbres des foods se- 
crets. Aiais laspontan^il^ aveo laquella cerlabis mots d'ordre 
politique se leproduisaient d^on boot k Taotra da la Franca 
Uissait dairement entrevoir les instigateiirs da ces mouve- 
ments iactices d'esp^t public En novembre 185 1 , i*Asaembl^ 
nationala siipprima i*allocation qu!un ministre faisalt k one 
correspondance politique dont les extraits etsient chaqua 
jour adress^s aox pr^fets, aox soos-pr6fets, et aox joomaox 
do poovoir; les attaqoes qoa cette correspondance propa- 
geait oontre Tassemblte Itirent la motif de cetta soppressioo 
de credit : beaoooop de gens virent dans ca vote, qid k ca 
moment n'^it pas sans importance, one protestation contra 
ca qoa la majority de la l^slativa conskMrait comma un 
bureau (Cesprit public occnite. 

ESPRIT PYRO-AG^TIQUE. Koyes Ac^mb. 

ESPRITS. Le sens primitif do mot esprU^ et lo plus 
conforme k son origine latine, est cdoi de soofDe, priiH 
dpe apparent de ia via aniraala. Par analogie, V esprit 
est la prindpe de rintdligenoa. Inuigbiant qoe cet esprit , 
separ^ des organes pliysiqoes, poovait vivreet agirsana eux, 
on a donn6 ce nom k dei^ttres inoorpords, dont tootes lea 
religions ont admis et admettant Pexiatence. C'eat la plus po- 
pulairt des croyances, cdle qui s^aocorde lemieux avec l«s8 
penste de Tliomme, naturellement port^es vers les diosea 
myst^euses. Les tb^ogonles, les livres sacrte d^ natioofl, 
dillirentes parlent des esprits. Las traditions dMldtennes, 
parses, ^ptiennes, des Hdireax, de I'lnda, de la Gr^ce, ont 
k oet dgsrd one conformity presqoa onivandie. Soos le nom 
gtodriqoe d*espri/s,oo comprend les on^es et lesd^mo n «, 
dans le sens bellteique, et dans Tacceptiooquelui out don- 
nte les Chretiens. Mais les livres lidireux font qudqties dia* 
Unclionx qui n^onl pas encore 4t6 rdav^ : aiusii, les angea» 
Salan d Vespnl apparaissent diacun sous sa denouiiurfliou 
particuU^re. AbraltaBi. Jacab| Tobfo, tant vuii6S| accoiii* 



ESPBITS 



9S 



^agnfe del anget. Satan frappe Job , et, dans l*borreor d*une 
vision de nuit, un esprit passe derant sa face , et le poil de 
sa chair se Mrisse. U voit oelui dont U ne oonoaissait point 
le fisage; un spectre paralt derantses yeux, et 11 entend 
nne Toix comme on petit souffle, etc. » ( Cli. ly, ▼, 16 ). Cette 
difldrenoe se retrouTe dansplnsieurs autres passages. Quant 
auxpalens, selon le langage catbolique, Hesiode comple 
trente miile esprits qui surveillent les actions des hommes. 
Jamblique et Trism^iste disent que l*uni?eni en est rempli. 
Proclus el (*sellu8y qui ont traits sp^daiement celte niati^re, 
nous exposent clairement, avec leurs propres id^, oelles 
qui ^taieot ie plus gte^ralement r^pandues de leur temp». 
Terentins Varron divise le monde en deux parties , le del 
et la terre, puis il .subdivise le del en Mer et en air, et 
ia terre en ierre proprement diie ( humus) et en eau. Ces 
quatre parties , dit-il , sont pleines d'esprits. JLes uns , ceux 
qui habitent V^her^ peuYent 6tre coinpris et vos ; PAnie el 
non les yeux du corps peuvent voir les autres, qn^on appelle 
tares, lamies, larves, Umures, g4nies, 

Ces croyances sont restte, les noms seuls ont com^ d*etre 
les nitoies. Les philosopbes cabalistes do mojpn ^e ont 
donn^ le nom ^e$prU$ €Umentaire§ k oeox qu*on a cm pr^ 
aider aux quatre substances regard^ alors comme les uni- 
ques (y^inents de tootes choses. Les esprits ^l^mentaires 
du Teu etaient appel<b salamandres, ceux de Teau on- 
dineSf ceux de Vm sfflphes, etceux de la terre gnd- 
me$, lis ^talent en commerce avec les liommes, se plai- 
saient k les agaeer, mais gMraleroent ne leur faisaieut que 
du bien. Us ne def enaient nuiaibleB que lorstqu^on les irri- 
tait. II y avail oelte diffiirenoe aUre les esprils ^mentalres 
et les /an < dm ef ou levenants, qive les premiers Haient 
des apparitions corporelles, doiioeft d'une existence propre 
et ind^pendante, tandis que les seconds etaient les esprits 
d^dlres bumains passes de vie a tr^fias. 

Les esprUs foUeis on /amiliers sont k pen pr^ les 
memos qoe les lares des Remains. On croit encore dans 
quelques provinoesy aurtoot dans la Bretagne el la Vend6e, 
que ces esprits pansent les chevaux, les eulretiennenlel les 
noiirrissen). On n'oserait pas toucher k la crint^e d'un 
clieval dont les crins seralent mei<^ : c'est roflioe de Tex- 
prit follet ou du luiin, Pline le jeune seroble croire k Texis- 
tenoe de ces esprits ( voir la leltre 27* du livre XVi ). De 
grandes impurel^ secretes out dtt donner nalssanre aux 
fables sur les esprits ineubes eisuccubes, Quand le 
mai venail seulemenl de rimaginatlon exalte, le remede 
etait diftidle k trouver; mais celui de saint Bernard, qui 
donna son bAton k une Jeone tille poor le mettre dans son 
lit, n'est pas le moins original. 

Les esprits celestes sont les bienhenreux les bons anges , 
les esprUs de Unbbres sont les maqvaia anges, les demons. 
Par esprits on entend aussl les Ames des morls qui revien- 
nent sur terre , et les spectres, que. dit>on, autrefois les sor- 
ders falsaient sortir des tombeaux , croyances encore bien 
antiques. Dana la Bible, la pythomsse d*Endor evoque 
Tombte de Samuel. Homire fail apparaltre Patrocle, tu^ par 
Hector, k son ami Achille. Suetone nous apprend que 
Neron employe inulilement des sacrifices magiques pour 
voir sa m^ el lui |)arier. Qui de nons , vivanl seul , ne 
s^est pas sorpris k peiipler sa solitude d'£tres mysterieux ? 
Le« brises partum6es, les murmures loinlains, le souffle 
liarmonieux des vents, les plaintes des arbres aglt^s, les 
bruits granges des nulls , n*ont-ils pas cent fois ^veilie dans 
DOS Ames Pidife de quelques esprits vaguant autour de nous? 
Lorsquela sdencedoit parlerseule, qu*on soitde Tavis 
d*Uorace : 

ftomoia, terroret ma^rirot, miraeula, aagM. 
NocUiruoa lemurct, (Mirteotaque tbeaaala ridet. 

Mais il taut se rappeler cette penste de Proclus dans le 
Traiti de tAme et des demons : Au-dessus de la sdvnce 
est rintdligence, et ilntelligence Uent compCe des aenaalions 
di rime. Vidor BauMh 

iter, m i.a eonvnaA? iiim. -^ v. lau 



Malgr^ le progrte des idenees , fl y a eo dans ces demiert 
temps, sur presque tons Im points du globe, un retonr de 
(royance aux esprits, h propos des pr^tendues ddcouverles 
dues aux tables tonrnantes, frappantes et parlante);et 
un gros in 8^ de 500 pages a mfime paru, ^n 185.1, adre^s^ 
k PAcad^miedes Sdenre« morales, source litre : Des ES' 
prits et de lettrs mnnifrMntionn fluirfitfurs, imr .M. le 
marquis de Miriville. Cetail k se (leinnn<lHr !^ri«*iisf^m nt si 
Pon etait encore an dix-neuvi^me sl^cle, ou au inoyen Age, si 
Descartes el Vollaire avaient dcrit, s*il y avail en Fr.mce des 
aslronoinesou <les astrologues, i\es physiciens ou des alcbi- 
mistes , des philosopbes ou des sorders. 

£1 pourtant, Paiiieur He ce livre est un lioinme du monde, 
un esprit cultiv<^, qui connatl les 8cienf*es, mftine les sc:ieuce8 
occultes , la lilt^ralure prorane et la litti*raturc sarree. II a 
lu les P^res de PEglise , et se pique parfois de tlie<>lngi^. II a 
rev^ avec les mystiques , mi^dlt^ sur les thatiinaturges , et 
compost, avec une clulcur de style qui InK^resse cm\ ni^me 
quVlle ne persuaile |)as, le volume en question, dans teqiiel, 
contrairoroeiit k bdn noinbre dVv^iues, il <l<^ini»nlre que 
pour etre bon clir^tlen, il faul croire aux esprits. CVst la ce 
que M. le marquis de Miriville appelle « tenter la tusiundu 
christianisme el de la science. > 

Du reste, des jHsrsonnes s^rieuses et fortsens^ ont depots 
longlemps adopts son ci'edo, Des poptilallons c*nh>i'es se 
sont ounverties k la religion des tables tournnnfes et dea 
esprits, Les Am^rirains ne sunt pas des revenrs : ils out 
voolu absolumenl savoir pourquoi l<^ tallies tourniMil, el lis 
ont decouverl que ce sont d»*s esprits qui len font tonnier. 
Aujourd*liui ces esprits invisibles sont ^tudit^ en Ainerrtine, 
dass^s, organis^t eii castes, er.lielonn6i< en hi^rarchie, 
comme de simples niortels; et il e<t ne de ce p^eux travail 
une science non velle, on plutdt une nonvHIe reli^'on, ipie 
re {leuple de hant|uiers, dMndnslriels v\ de comiufrv nts a 
nomni^ fort sc^rieusenieut le sfHnfutt/istne. Celte religion 
a d<^ja une foule de devots : la demist *. statislrque en 
comptecinq cent mille. II y en a qiiarante uiille a New- 
York seulemenl. Le xi9iri/{ia//A'me a sept jimrnaux ; il a des 
duhs, sons le nom de cerates spirifuels ; il a ses oratenrs, 
qui prfichenl la v^rit^ nouvetle ; en (in , ce qui l^uioigne 
mieiix encore de la foi des croyants, il a une c^isse bien 
gamie (>our les fniis de la piopagande. On volt que lorsque 
les gens positifs se m^lent d^£lre visionnaires, ils ne font pas 
lea choses k demi. 

Tons les fails extraordinaires d*autrefois sVxpliquent aind 
nalurelleuienl aujourd'hui. Le mot de P^nigme, ce n'est ni 
Pextase du docteur Bertrand,ni Perotomanle de M. Hcc- 
quet, ni Physi^rodf^inonopaltde du dncteur Calineil , ni les 
n^vroses,ni1es borborygmes. C*eslun divinum quid, un 
agent sumaturel, en un mot, c'eat un esprit, Urbain G ran- 
dier 6tait Pintermt^ialrede Vesprit et dea religienses de 
Loudun. Le sot^fleAe& Camisards, la terre du londieau de 
Paris eiatent pr6cis^ment ce que sont les passes ou l(^ verre 
d*eau duinagni^tisenr, le v^hiculedeP<»pri/. C'esl VcsprifqvA 
permettail k la Sonnet d'etre incombustible sur les diarhons 
ardents; c^esl lV.fpri/qni ^moussait les piques et les hro- 
dies sur les corps desconvulsionnaires; c'ost Vesprit 
qui donnait k leur pean une telle r^sihlance qu'on y voyait k 
peine quelques eccliymoses, apr^ ime application de qi aire 
mille coups de bAton ; cV-st Vesprit qui communique les 
monomanias mysl<^rietises. C*<tail un esprit^ ce Gilles Gar- 
nier, qui mangeait les petites lilies et les petits gar^ons ; 
S6v^c un esprit, Papavoine un esprit, etc., etc. 

Les partisans des esprits ne sont pas d^accord cependant 
surlemagn^lismc. Les uns U^moignent le plus profond 
dedain pour celte science et pour P^leclridt^, et c*cst tout 
naturel. L'declridt^! un agent ind^flnissable , insaisissable, 
inde>«crtplible ! un fluide! on je ne saisquw! Pariez-uioi dun 
esprit, k la Iwnne lieure 1 Un esprit, c*est une iiersonne; un 
esprit pense, parle, agit. L*eiectridl6 ne pense ni ne parie; 
et si eUe agit, c'est comme un instrument passil, comme 
line force aveugloi oorome ime maduiie. Un esprit a un 



M. 



ESPBITS 



liiseerneDMnt, on libre arUtrt, on d^tMhi; et surtont si 
c*est un ma'uvais esprit, si c*est led^inon, quel iotMtt C'est 
radversatre de lUiomme, et la Intte commence : i^homme eat 
BOX prises avec I'ennemi du genre bumaini Voiik le grand 
progrb que nous STons fait sur le dix-huiti^me si^le. 
Le dix-liuiti^mQ sitele croyait au magndtisroe , c^est-4-dire 
k qne ctiose : il s^ehivrait d'Abstraction. Nous, an oontraire, 
npus animons les clioses, nous personnifions les corps inertes. 
Aussi quel mouvement dans Tunivers! tout s*6yeiUe, tout 
s'agite, tout un peuple d^esprits pense, parte, agit antour de 
nous.. (Test un bien autre monde que le monde connu jus- 
qiiMci , endormi dans llmmobilit^ et la i^thargie ! Le mens 
agitat molcm devient vrai , et le sjHritus flat ubi vuit 
prend nn sens nouveau. Entin , c^est un nouvel univers qui 
vient d'^lore sous le ciel. A merTeiile; maisen sommes- 
nous plus avapc^ et surtout plus Chretiens? II me semble 
que nous devenons on peu plus paiens et plus primitifs. 
L^liabitude des peu pies enrants, c^est de personnifier les 
choses. Les anciens, qui, comme dit trto bien-Pascal, 
dtaient les jeunes gens de ce monde, ont en pour religion, 
une vraie religion de jennesse , le polyth^isme, qui lui aussi 
personnifiait les choses et divinisait les forces de la nature. 
Du moment que nous recommencons a animer les corps 
inertes, nous, les modemes, qui sommes'yraiment, cororoe 
dit toujours Pascal, les vieiUards de Tesptee Uumaiue, nous 
redevenons anciens, c^est ii-dire, pour parler sou langage, 
que nous retoinbons en enfance. 

Mais il y a d*autres partisans des esprit«, qui, au lieu de^ 
d^laigner le magn^tisme, font cause commune avec lui et 
rallient les pli^nom^nes magn^tiques sous les drapeaux du 
spiritualisme. Seulement jusque ici le magn^tisme n*a pas 
4td compris. On y a clierch^ nn fluide, une Electricity; il 
fallait y cliercher un esprit, Mesmer, « quand il r^chauHait 
un bain avec sa canne, et faisait tomber h genoux les de- 
moiselles qui le poursuivaient », Etait Tagent d^un esprit, 
et un mediumt comme disent les Am^ricains. Tons les ma- 
gn6tiseurs sunt des mediums Si en 17S4, et depuis, PAca- 
d^mie des Sciences n*a rien compris au magn^Usme, c^est 
qirelle a couru aprte un fluide, et qu^il fallait Evoquer un 
esprit. Franklin, Darcet, Bailly, Jussieu ont battu la camr 
pagne : c^Etaient des savants. On n'avait besoin que de sor- 
ciers. Jamais un esprit qui se respecte ne comparaltra devant 
\jtke acad^mie. Jamais acad^miden ne fera un bon medium. 

Pour 6tre on bon medium , il faut cororaencer par dtre 
bienveillant, etue passe montrer, comme les gens du 
monde, fanfkron dMncr^ulitE. On peut Etre instruit, savant 
mfime : ce n^est pas un inconvenient; mais il ne faut pas 
que la science rende sceptique de parti pris. II y a aux Etats- 
Unis une foule de midiums tr^-distingu^. On compte 
parmi eux des magistrats , des ministres , des banquiers. II 
s'y glisse bien aussi quelques charlatans, qui font profession 
d^^tre mediums et dupent le public. Mais dans quel corps 
n*entre-t-il pas de membre indigne? Le corps des mediums 
compte quarante mille membres aux £tats-Unis; ils ne 
peu vent £tre raisonnablement quarante mille vertus. 11 y a 
les rapping mediums , qai sous Tinfluence des esprits 
tombent dans des crises de nerfs et r^pondent aux questions 
qo^on adresse aux 6tres invisibles par des mouvements spas- 
modiques. II y a les writing mediums qui, armds d*une 
plume oud'un crayon, 6crivent m^caniquementsous la dict^ 
des esprits, avec une vitesse et une precision incroyables, 
comme des t^l^graplies Electrique^. II y a les speaking 
mediums, qui prononcent, soit ^veiil^, soit endormis , des 
paroles inspir^, comme la pr6tresse de Delphes on la si- 
bylle de Cumes. ^fln, il y a presque autant d^esp^ces dei 
mediums que de sortes d*esprits. On remarque m£me une 
relation directe enfre la otture des uns et des autres. Les 
m^hanis esprit^ sont plus souTent en rapport avec les m^ 
chants mediums; les bons ne con^muniquent gu^re qu*avec 
dlionn^tes gens, de fa^n qu^on peut trte-bien appUquer 
onx esprits le mot Tulgaire : Dis-moi qui tu hantes, je te 

4frai qui tn es. 



Quant aux esprits, les Ani^ri^ns en ont dresa^ une dass(<* 
ficatton trte-m^bodique. II y a des esprits ttiMogieDs, qni 
prftcbent les iM/H du spiritualisme : ils argonMntent contre 
la Providenee et U divinity de Jteis-Christ. Ils lonl dtfstes, 
fataiistes et panth^istes tout k la Ibis. Ils prennent Tolon- 
tiers la figure d'Arius , de Luther et de^ Calvhi. Qoelques 
autres, mystiques de professloa, se d^isent sous les traits 
de Swedenborg et de Saint-Nartln. Api^ eux , riennent les 
esprits politiques , qni, par Torgane de mediums fort igno- 
rants, ont fait, en plein salon, des premiers-Paris trte-re 
marquables sur la question d*Orient. Puis , les esprits po- 
lyglottes , qui parlent les langnes earopEennes et roftme les 
langnes orientales oomme un professeur da Goll^ d« 
France; les esprits poetes, qni improrisent des rers; les 
esprits pbilosophes, qui iuTentent des syst^mes; et mtaie 
les esprits agioteurs , qui consdllent des op^tions k la 
Bourse. Toutes les classes d*espritsont an fonds de roalveil- 
lance contre Tesptee humaine, cela est tecile a Toir : les 
esprits pontes iroprovisent de mauvais vers; les esprits pbi- 
losophes inventent de fanx syst^es; les esprits agioteurs 
conseillent des operations niinenaes. H en est d*aotres qui 
d^abord ont un air de gentiUesse et d*es|ri^erie innocente, 
comme le Ttilbp de .Charles Nodler : ils grattent aux mars/ 
ils frappent aux portes ; ils atlachent des crdpes noirs an seoil 
des maisons , d^tachent les verrous, d^moBtenl les serrares, 
nenversent les raeiibles, ^rpillent le linge , jettent par une 
fen^tre des br^viaires qui rentrent par Tautre, et font 
denser les pelles ei les pincettes ; ou bien Ils fabriquent 
des esp^oes de mannequins-fantdmes , et qnand les mal- 
tres de la maison rentrent chei eax, ils trouvent sept ou 
huit grandes figures blafardes^ drap^es ayeeles tapis de 
Tappartement et agenouillte d^yotement derant ane Bible 
ouverte; mais bieat6t lesespiigles se Ochent : les >^ap- 
peurs frappent les gens Jusqu'it leor eaascr la Jambe, et les 
gratieurs les grattent Jusqu*aa sang. 

On a interrog6 cesMres singuliers; et quelqoes-ims, plus 
expansifs que les autres, ont commoniqaE k des adeptes 
cboisis une esp^ de rev4UUion, qui forme la base des 
dogroes ro6mesdu spirituaiisme, lis seprdtentent Chretiens, 
mais ils nient la divinity de JEsus-Cbrist , ils nient le p6ch6 
originel, ils nieot Texistence du dtoion (ce qni est asses 
liabile), ils nient r^temitE des peines. JusqoMci on pourrait 
les prendre pour des rationalistes; mais quand 11 s'agit de 
reroplacer les dogmes qu'ils d^tnrisent , lis sont bien em- 
barrasses, lis imaginent nous ne sayons quel melange de 
pythagor^isme , de mabometisme et de foarierisnie. lis af* 
firmentcpie les hommes ne menrent pas, mais qu'ils pas- 
sent successivement dans six spheres spirituelles, ob ils 
jouissent du parfait bonheur. Ce partait bonbeor est d'une 
grossi^rete quelque pen paienne. Ce ne sont, dans lea 
spheres spirituelles, qiie bals, concerts, promenades « 
festins et grandes toilettes, hespkritualisme oonvertitbean- 
ooup d' America ines. On s*y delasse du plaisir parte travail. 
II existe dansces mondes soperieurs one esptee d*uniyersit6 
d*esprits, dont les membres font des coiirs publics aux noa- 
yeaox venus de la terre pour les deiivrer des pr^ug^s sub- 
lunaires qu'ils apportent ayec eux et leur apprendre la langue 
du del. Tout le monde est heureux t les esprits, qui gouver- 
nent les hommes , les bommes , qui , bons ou mauvais sor la 
terre, sont toos appelEs et tons eius ; les animaux eux- 
memes, qni sont immortels, revivent au ciel, entre leors 
maltres et ieurs mattresses, dans une eommunaute de bon- 
heur. II n'y a gu^re que Dieu dont il ne soit pas question. 

Maintenant quelle est la nature de ces esprits, quel est leur 
sejourP L*antiquite les croyait gaz^ormes. Certains P^res 
de i'£glise les croyaient corporels jusqu*a un certain point; 
plttsienrs autres leur concedaient I'lmmaterialite absolue. 
Ai:dourd*hui Ieurs partisans accordent k la fois I'antiquite, 
saint Ambroise, saint Athanase, aaint Basile et saint CMmeni 
d'Alexandrie. Ua deflnlssent les esprits : des intelligences 
servies par des fluides. Cette.defimtion, imitee de celle de 
M. de.Bonald,n»definit pent-^tre lieOt mais elle «st cqi»- ^ 



feSPRItS — ESQtJILACHE 



dtiante. Quant aa a^oor des espriU , on lea rencontre k 
pen prte partout » soua toutea lea latitodes. 

Du reate, cea vieiUea \d6» se aont reproduitea k pluaieura 
^poqaea ; mats 11 faot bien ee garder d*en oonclure que ce 
aont dea y^rit^. Les foUea elles-m^es se r^p^tent Ce tout 
lea maladiea de I'eaprit homain , et, comma certainea ma- 
ladlea du corpa, quelquea>unea font le tour do monde et 
reviennent, k certaina interraUes, Tiaiter lea m^am peoples 
et lea rotoies contrto. Ce aerait une belle d^oyerte que 
Tart de pr^dire k coup ftOr le retourdes id6ea fausaea,Gonune 
raatronomie pr^it le retour dea comMea. On se tiendrait 
au r aea gardes » et Ton ae d^fierait des espriu. H. Rigadlt. 
ESPRITS i Commerce). On nommeainai lea eaux- 
de-yie dont te yolume eat r^uit de moitM par la distil- 
lation , qui en ^limine de I'eau. En coupant lea eaprits ayec 
de Peau , on reprodult Teau-dfr-yie. Le commerce trouve de 
grands avantagea k expi^ier Peau-de-yle sous forme d'eaprlt. 
Cette traosformation a pour rteultata une grande diminu- 
tion du nombre dea f&ts n^ocssairea et une^oonomie notable 
aor le prix da tranaport. Cependant on n*y soumet que des 
quality Jnf(Meure8, car elle a I'inconvtoient de foire perdre 
k reao-de-yie ce bouquet que Ton recherche dana les li- 
queurs de premier choix 

La richesse des esprits ou alcools est aujourd'hui cona* 
\dX6e k Taide de i'alcoolom^tre de Gay-Losaac On a aban- 
donn^ les anciennes d6noniinationa fractionnairea du midi , 
comma 3/6 , 5/6 , etc , qui servaieot autrefoia k d^gner la 
titre des produita distill^. Cea fractiona indiquaient qu'en 
ajootant k un nombre de {lartiea d*esprit eaprim^ par le 
num^ratenr, un nombre de parties d*eau exprim^ par Pexcte 
du dtoomlnateur aur le num^rateur, on afait un m^ange 
potable, portant la preuve de Hollander c'est^-dire 19° du 
ptee-Uquenr de Cartier. On n'a coosenrd que le nom du 3/6 
( pronoBcei IroU^ix ) , qui , d'aprte ce qui prMde^ est 
un eaprit tuquel U fant nidanger un poida <gal d'ean pour 
obtanir una eau-de-vie k 19°. 

Comma Talcool peot s'obtenir d'on grand nombre de 
mati^rea , on distingue lea esprits en esprits de 9in, esprits 
deftcule, esprits de pomme de terre , esprits de grains ^ 
esprits de m^lasse, esprits de cidre, et de poiri^ etc. 

ESPRONOEDA ( Jos^ de ), Tun des plus remarqoa- 
blea poetea de PEapagnemoderne , naquit en 1608, k Almen- 
dralejo, en Eatramadure, et aprte la guerre de Tind^pen- 
dance yint fiiire aea^tudei k Madrid, ob, sous la direction de: 
Usta, sea diaposltions po^tiques se d^velopp^rant de bonne 
heore, mala en m6me tempa ausai aa paasion pour les ayan- 
tures et les bouleyersements de la politique. Dte TAge de 
qoatone ana il oomposait des po^aiea politiqoes, et a'^tait 
fait affUier k Tnne des soci^tte secrMea de la ddmagogie, k 
celle dea Kumantinos. II en fut puni par uit exil dana un 
couyent de[ Guadalajara, dans la solitude duquel il ate- 
cupa de la composition d*un grand poftne ^iqoe, El Fe^ 
lajfo, dont Un'existe quedesfragmenta. Bien qu'il eOt eu pen 
detempaaprte lapermiaaionde revenir k Madrid, son esprit, 
esaentlelleroent mobile et pasaionn^ pour rimpn&yu et pour 
lea ayantnres, ne tarda paa li le lancer dana tooa lea hasarda 
de la yie. II se rendltli Lisbonne, oft, manquant bientM de 
tout , H dot 4 une intrigue aoooDreuse des moyeas de snbsia- 
tanee et lea resaooroes n d c casalr ea poor gaguer Londrea, k 
re(ret d'asaayer d'y yine de sea talenta po^tiquas. Plus tard, 
tt yint s'^tablir k Paria, oo , dana lea Joonta de iuillet 1630, 
il fut un dea plua intr^dea et des plus exaltte parmi eeox 
qu*ott n'appela plua dte lors que les Mros des barricades; 
drconatance de aa yie qui eat pour rteltat de lot faire 
prendre une part des plua actiyea k dlyerses entrepriaea rd- 
yolutionnairea tent4ea k pea de tempa de Ui snr d*aotrea 
points. La direction po^que qui lui ayait d^k foit cboisir 
la lecture de Byron deyint encore plua exceotriqne par suite 
des relations multiplea qu'il eut alora avec lea ooryplitea de 
VMie romantiqae fran^ise. 

En 183S Esproneada prafita de Tamniatie pour rentrer 
:|pns Ml patrie^ et il ob|iQiii|taia.U9 ginde dana lea gante. 



9T 

du corps. Un po6me politioo«satirique, impfOyis^ dana on 
banquet, et que sea camaradea r^pandirent k Tenyi, le lit 
ranvoyer do senrioe et exiler de nouyeaude la capitate. 
Confine dans la petite yiile de Cuellar, il y compos* un ro-< 
man en six yolumea , Don Sancho SaidoAa^ o el casteU 
lano de Cuellar ^ qui parut dana la Coleedonde novelas 
historxcas originates espaholas (Madrid, 1634), mais qui 
prouve qo*un genre exigeant de I'ordre , de la rtf exion , 
un plan, n*^ait point son fait. 

Aprte la publication de VEstatuio real^ Espronoeda re-* 
yint k Madrid , et tout ausaiiAt U devint Pun des principaux 
r^acteurs du journal El Siglof mais il s'acquitta de cetta 
tacbe avec si pen de prudence, qne InentAt il lui fallut en* 
core prendre la fuite. C^^tait ik pour lui un motif de plus 
pour essayer de jooer un r6le dana les ay^nemeota r^volu- 
tionnairesde 1635 et 1636, et il n*y manqua paa non plus, 
Cependant, a peu de temps de \k, ii ae yit enc6re contraint 
d'ailer se cacber aux eaux de Santa Engracla. Qimnd, en 
septembre 1640, Vayuntamiento de Madrid leva l^^teadard 
de la r^olte , Espronceda enU'a dans les rangs de la garde 
nationale en quality de lieutenant. Pour avoir d^fendu un 
article du Journal El Vracan^ toit daUs le sens n^pablicain, 
le gouvemement d'alors le n^compensa en le noramant aux 
functions de aecr^taire de lotion k La Haie, et en d6cemJ 
bre 1641 U se rendit k son poste. Mais le dlmatdu Nord el 
le phlegme hoUandais conveoaient mal k sa nature volca- 
nique ; il ne tarda pas k tomtier malade , et voulat atore r6> 
voir le aol de la palrie, oil |1 mourut, le 38 mai 1642. 

Ses ttuvraa po^tiquea refl^tent vivement le caracftftre al 
les prfoocupations de son ^poque. On y remarque une grande 
babllete techniqae et une imagination breiante, que malheo<^ 
reusement le po£te ne salt paa maltriser, et qui, par auite, lid 
lait perdre le sentiment da vral beau. Bvron et Hugo, tela 
aont lea moddes d'Espronceda, raaia avec toute la fougue 
mMlionale il exag^re encore laurs d^fiiuta et se oomplait 
dans ce qu'il y a da plua bizOre, ainsi qu*on pent le voir 
dana sea plus beurenses preductions, par example dans 8oa( 
El Piraia, son El Mendigo (potaie compl^tement 80-> 
cialista ), son El Verdugo (le pendant du Dernier Jour cTun 
Condamn6 ), son affreux El Estudiante di Salamanca,e/t 
aurtout dana son cd^re fragment El Diablo mundo (Ma- 
drid, 1641 ). Une ^tion compile de aea oeuvres a paru k- 
Madrid en 1640. La r^impresaion qid en a ^t^faite k Paria, 
en 1646, conUent de pluA El Diablo nwndQ, 

ESQUIF se dit en gtsnMi d*une petite barque, .t*un 
petit eanot, d*une nacelle, d*one gondote, d'utfe piro* 
gue, etc. C*est un de ces termes dent nos aneiens poetea,> 
nos modemes foisenra de romancea sortout, ont fait nn tel 
abua , qu*ila Pont rendu presqoe ridicule. . 

Plua s^rteusement, en termea de marine, Vesquif est le* 
nom technique de la plus petita da toutea lea embarcatlotaa. 
affectte au service d*un navtra. II Adt le servtoe dans lea 
radea et porta, aoit k la voHe , aoiti Paviron. On rembarque- 
lorsque le vaiaseao met k la vQile, et on k place dana Pin- 
t^eur de la grande chaloupe.. 

ESQUILAGHE ( Don FnARcnco ne Boa^ yabagon, 
prince n* ), comte de Simari^ Magalde^ etc. , personnage 
non moina reman|nal)le par P^^vatlon de aon rang qua par- 
la diatlndion de aon eaprit et par ses talenta po^ques, na- 
quit vratsemblablfinent k Madrid, vers Pan 1661. 11 «tait file 
de don Joan de Boija, oomte de Mayalde y Ficalho, el de 
sa aaconde femme, donna Francisca de Aragon y Barreto; 
il obtint te litre de prince d'Esquilaehe par auite de aon 
mariaga aveo Ph4rilito de la prhidpaut^ de Squillaea ,dana 
le royaumede Naples, qu*il ^pousa an 1602. La ni6nie an- 
n6e, il Alt nomm^ par Philippe 111 cliamballan rt com- 
mandeurde Pordrede Saint-Jacquea. En iei4 ce prinoe 
Pappela k la vioe-Toyaut^ du P^rou, functions quil rempUt 
juaque vers la fin de i'ann^e 1621. C*eat [lendant abn edmi* 
nistration que don Diego Roca de la Viiga i:onqiril tea Maynaa 
aur le Maraiion , et y fonda une ville qu'ao Phcitr^-ur d^E 
.qiiilacl]c il nonuna San-UnuK'Ucu do fif^ ikptc^ la 

it 



ESOniLACriE — 



it 

d« Philippe 111, tftqailacbe rerlnt 4 la cour de Madrid , ob il 
ptssa le raftte de ses jours. Sa mort arriva le 6 oclobre 1658. 

Son goOt ct 868 raret dispositions pour la po^des'^taient 
manifests dte sa premiere jennesse, et il avail pris surtout 
Aiigensola le jeune pour module. Ausslses ponies sontelles 
remarquahles par rd^nce, la simplicil^ de bon godt» la 
elart^. et riiarmonie de la Tersificatlon ; ee qui lear manque, 
c*est la protondeur, roriginatit^ et T^lan. il fut i*un des der- 
niers repn^ntants du style classique de Tdcole espagnole dii 
se^xi^nie si6cle, et radveniaire d^iarf^ de celle de &onf;ora, 
qoi dte lors oommen^it k dominer dans la litt^rature de 
son iviyn. Ses ponies lyriques , parmi lesqiielles les Espa- 
gnolH font aujonrdMiul encore grand cas de ses pastorales, 
parurent pour la premiere tois en 1639 , h Madrid ; une Edi- 
tion conHi(i<^rableinent augnientAe en fat encore public 
en 166.1 k Anvers. Son poeme ^pfque : NapoUi reeupe' 
rada pnr el rey don Alonso ( Saragosse , 1651 , et An- 
▼ers. 1685), est nne cBuvre sans m^rile. 

ESQUIMAUX ou ESKIVIAUX, c*est-ii-dire, dans la 
langue des Algonquin)*, mangeurs de poUsons crtb , nona 
donni^ k ToHgine par les Abenakls k leurs voUlnssep* 
teotrionaux habitant Ics c6te8 du Labrador. Les Euro- 
ptens s*en sent senris k leur tour pour d^*gner dilTiirentes 
trihus analogues; et dans le syi^t^ine ellinograpliique mo- 
deme, on Papplit|ae k tons les habitants de rAro^riqtie arc- 
tique. On comprend d^slors aujourdMiul m>us la denomination 
g^ni^rique tySxquimaux les Gro&ilandais, \n habitants des 
oOtes de la bale de Baffin, des c6tes septentrionales et 
orientales du Labrailor, de la c6te occidentale de la baie 
d^Hudson, de la presquMIe MelTille, ainsi que de toute la 
c6te seplentrionale du continent am^ricain jusqu'au Cap de 
Glace , enliji toute la (Nipulation ilu nord et du nord-ouest 
de TAmi^riqne ru<8e, juM|a*A la presqu*lle d'A las cb ka . Les 
Esquimaux de la terre ferme, oti touten^is ils liahilent ra- 
rement dans Pinlrrieiir au d«U de 7 myriam^tres des cOtes, 
ae div'senten Esquimaux orientaux et occidentaux, que s^ 
pare le 140* degr^ de longitiule. Les Esquimaux liabitant 
TAmMque russe foniient filiisieurs trihus difli^ntes, qu*on 
partage en deux classes, k savoir oeux qui , comine les Es- 
quimaux orientaux et notainment lesGroinlandais, se servent 
poor navtguer sur la mer de canots en cair, et ceuiL qui , 
comme les Kou^^kokwinz JesTsrIioiigatM'li, les habitants de 
Kadjak et de la iiioiti^ orientale d'Alasclika, vivent dans des 
demaiires Axes plus au stid «t k une plus grande distance des 
c6te8, dans des contrtoi boistes, et anplo)ent pouriiaTiguer 
•nr les lleuveset rivieres destroncsd^brescreos^. Ce der- 
nier groiipe, qui se oonfond peut-etre avec les trihus indiennes, 
titaassi d<4jgne sous le nom d^Esqoiuuiux ni^ridioiuiox. 

QooiquM les Esquimaux soient ripandua daua tout le nord 
de rAin^rique, d^puis la c6te orientale du Grotaland jusque 
par de Ik le d^troit de B eh ring, leurs diniftrentea trihus 
(sans parler de la grande similitude qn^elles ollrent entre 
elles en ce qui est des moetirs, des vetements, des asten- 
dles, etc) sont caract^riste par runllnrmit^ de leur confor- 
mation physique, et la trte-petite dilftirenee eitstant entre 
leurs Ungues, lis appartiennent ^idemment k une seuleet 
m^me race, laquelle ofTre de nomhreuses et frappantes 
dissemblan<»( avec les autres peiiplades appartenantk la race 
rouge. Aussi, voilk h)ngtemt>sdej{i qu*on range les Esquimaux 
dans la race mongoie. Certains auteurs roiMlemes, Morton , 
parexeiiiph!, les apiwllent Mongols- Am^ricaina. Toiitefois, 
dV rte les recherclies fiiites par Gallatin et autres, \ Koplnioa 
desquelrtse range aui«si PriclianI, ils ne oonstltueraient qu'nne 
Ikmille partlculiAre de la race roug«>, que des influences cli- 
mat^riquea et aodales aoraient fait d^gtoi^rer. Les Esqui- 
maux de toutcs lea trilms ont la t6te arrondie et dtoiesor^^ 
ment grande, la face large, plate et cependant plelne, avec 
dee joues ^paiisea , des pommettes aailhintes, on net petit 
et profondtoent ^ras^, des clieveiix noirs, longs, roides et 
durs, ilea chairs mollea el Uches. Des jambes gr^les sup- 
portent un tor<6 asset ^is; les mains et les pieds sont 
4*000 reoaniuabta exiguite, fa» doiglaooorla. La peao, d^it- 



ESQUINANQE 

grteUement froide, toojoufs conveHe d^utte ^pafsae cfoAtf 
de crasse et dliuile de bialeine, offre one teinte cnlTrto d*nit 
jaone noirfttre. A Test, la taille des Esquimaux atteini rare- 
ment plus de dnq pieds; k rooest, dieestassea gen^ralement 
de dnq pieds et demi. L*espkoe de franchise et de bienveil- 
lance qu'exprime lew pliyaionomie, et qui ooostltne aussi le 
trait distindtif de leur carad^re , produit ao total one im- 
pression lavorable sor le yoyageor europ^en, en d^pil de 
leur salet^ et de leiire habitudes Ticienses. II exiate une vio- 
lente ininiiti^ entre les Esquimaux et les dilfdrentes tribus 
faidiennes qui les avoisinent. 

Depnis asses pen de temps les Esquimaux orientaux sont 
dans Tusage de venir cheque ann^ aux environs du 140* 
degre de longitude ocddentale Changer avec les Esquimaux 
ocddentaux des ustensiles en fer et autres ofajets imports 
par les Russea, contre dea peaux de phoqoe, de I'huUe de 
baleine et des foumires. Les phoqaes et les poisaona ferment 
k pen prte la base unique de leur Industrie et de leur ri- 
diesse. Placda au dernier dcgr^ de T^hdle de la civilisation, 
ils vivent k T^tat de complete ^it^ dvile, sans ob^r k la 
moindre forme de goovemement politique. II n*y a parmi 
eux de privileges que poor le plua fort et le plus auda> 
deux. 

La plua grande partie dea habitania du Grotaland et da 
Labrador sont depuis un si^cle environ ext^rieurement con- 
vertls au christianlsme. C'eat aussi par rinterm6<liaire dea 
missionnaires protestants, tda qu^Egide, que nous possd- 
dons aujourd^hui les rensdgnements les plua exacts sur lea 
DMBure , lea usages et la laogue dea tribos d'Esquiroaux qoi 
liabitent le plus k Test 

ESQUIMAUX ( Grands ). Voyez ALcoNQOina. 

ESQUIN/VrVCIE (par corruption pour Mgnanehie , en 

grec 9vy«TXT} » ^^vo ^ ^W* • a^fraTt auObqoer). Ce nom 
s*applique a la fois kVangine gutiuraieei a Vangine 
lomiUalre oo amygdalUe Son synonyme vulgaire est mai 
de gorge. Cette aflection, mal dttnicy est sonvent aigue et 
caraddriste par la g6ne et les dooleun des organes de U 
respiration et de la d^utitkin. Nooa ne parleroos id que 
de rainygdalite. 

A l*4'tat aigu , raniygdalite eat Mviinairement prMd^ de 
malaise gt^ndral , d^inappetenoe, queiqoefols mtaie de fria- 
sons et d*un6 fi^vre plus ou moina vive. fiient6t la ^he- 
resse de la gorge, la dialeor de oette partie, la gene dana 
lea moovements de la dentition , le beaoin fr^uent d'a* 
valer, malgrd la douleur qui s'exaspkre par dea efforta r6- 
pdtte, annoncent le d^vdoppement de ralTection. La pression 
sur les o6his da cou est pdnible; toute cette partie est 
endolorie ; la voix se voile kigdrement , puis il survient une 
toux raiique; aprks des efforts r^lte d^expuition, les 
mabdcs rejettent des mooositte daires et visqueuses. Sou* 
vent la douleur se propage vera Tune oo I'autre ordlle, et 
s*augmente par kn moovements de la mkchoire , ce qal 
annooce fextension de la maladie k la tromi)e d^Eustadie. 
Les amygdales sont rouges et tum^^. II est rare que 
la luetteet te voile dn palais ne partkipent pas k ce gonfle- 
ment et k cette rongeur. A la surfkoe dea amygdales , on 
otMcrve des mocosit^ ooncr^tto , opaques. 

La inarche de cette affection est ordinairement rapide. En 
quatra k cinq Joura, les accidents ont acquis leur maximum 
dintensitd ; Ua reatent un ou deux joura stationnalres, puia 
Us dteroissent. La maladie a one durfe moyenne d*une se- 
malne; 00 Ta cependant vue aller Jusqu*k vingt-et-un joura* 
Dans tons les cas , la r6iolutioa est la termhiaison la pltia 
fr^oente. La fikvre tombe, la douleur diminue, la d^lo- 
tition devlent plua fadle, et Pcdl pent suivre le d^rgament 
des amygdalea. II n'eat pas rare de voirsubvenir un abc^s, 
qui a*ouvred*onlhiaire spontan^ment. La rupture de cesabc^f^, 
qui a lieu k pen prka oonstamment dana llnt^rleur de la 
bouclie et k hi auite d^uneCTort de toux ou de vomisaement, 
donne lieu k rexpuitlon d*un pus trka-f(ftide. 

Aasei fMqoemment, la rtelutlon tent Incomplte, In 
uialadle wiae k Ttet chroni^oe; lea divtra aymptflmti 



KSOtTtRB - 

loeaak persbteat, eC ftnduratkm chnmiqae oo hypertrophie 
deft aroygdales peiit exiger leur excision. 

L'amygdalite aigue l^^re ne reclame qae rosagf dea 
botiaoiM d^yantes et mucilagineuses ; on la combat, loni- 
qii'eUe est plus intense, par les dinisaions aangnines, les ca- 
1apla«Dieii appliqu<^ autour du oou et les gargarismea. Les 
pratidena ne sont pas d*aceord sur I'litillt^ de ces deax 
derniers agents tli^rapeiitiques. Ceui qui pr6conlsent les gar- 
garismes vantent aurtout celui qui se compose de 4 grammes 
d*alun pour 200 grammes d'eau d*orge. On joint ii ce traite- 
iiieut les bains de pleds sinapisms, la di^te. Entin, 11 est sou vent 
utile de ravoriser TouTerture desabctek Taide du bistouri. 

ESQUIRE 9 mot anglais qui se prononce eskouaire, 
mais qui ne s*6criLordinairementqu*en abr^viation, Esq,, 
eat d^ri?^ du mot anglo-normand escuier, en Francis 
eeuyer, en latin scuH/er, Ce titre honorilique fut port^ k 
Torigine » en Angleterre, par ceox qui, sana £tre pairs, ba- 
ronets ou cbeyaliertt, comme les fits atn6s dea clieTalierH et 
leurs descendants, de m^me que les premfers-n^ des Ills 
cadets de pairs et leurs descendants, avaient droit d^annoi- 
vtes. II 8*y rattachait nne grande consideration, parce qu'il 
8*appliquait k une notable portion de la noblesse anglaise ; et 
plus tard on en Tint k le donner k tout noble stranger. Les 
iNMirgeois ne Tobtenaient qu*en vertu de lettres d^armoiries, 
depuis longtemps tombtes en dteuetude , et le transroet- 
taient ensuite k leurs descendants. AujonrdMiui , toutes les 
fonctionspublfques, depnls celles dejuge de paix, et les tilres 
de docteur dan» une faculty et d'avocat, donnent droit k U 
qualification honorilique d*esquire, Mais il est d^usage de 
Tajouter ^alaneut, par politesse, sur Tadresse des lettres, 
au nom des n^ociants, et en g^n^ral k celui de tout liomme 
qui a re^tt une certaine Mncation ou qni est parreno k se 
er6er une certaine position sociale. 

ESQUIROL (JBAif-^TiBNNB-DoMiniQOB), mMccIn ca- 
libre pour ses trayaox sur la foli>B, naqult le 4 f^vrier 1773, 
k Toulouse. II mourut k Paris, le 12 d^cembre 1840. D'une 
organisation Mle et delicate, Esquirol ^it bienveiilant H 
rftveur : on le destine au sacerdoce. Aprte des etudes au 
eolkfige de Tfisquille, il Taisait sa pliilosophie an s^inaire 
Oe Saint-Suipice, quanddepremiiressc^nesr^voluUonnaires 
Ten cliass6rent : il ayait dix-huit ans. II se r^fugia a Tou- 
louse, prtede son p^re, n^oclant estim^, qui avail obtenu, 
en 1787, les honneurs tr^recherchds du capitoolat. Deca- 
pitoul il ^tait devenu simple odicier municipal, mais en ou- 
tre adtninifttrateur du grand hOpital de la Grave. Le jeune 
liomme 6tudia la mMccine, d^abord k cet hOpital de Tou- 
louse, sous le docteur Gardeil et sous Larrey oncle; il 
aoivit les lemons de botaniqne de Picot de Lap^rouse , et 
eut pour condisciple et pour ami le c^l^e Larrey. Es- 
quirol, quelqoe temps aprte,quitta Toulouse pour Nar- 
bonne, o6 8*^it exil6 le c^l^bre Barthei, qui aurait vouin 
se Pattacher oomme secretaire. De novembre 1794 jus- 
qu*en 1798, ^poque de son depart pour Paris, it u^uma k 
Montpellier comme eiive do gonvemement, et ilyobtint 
quelques soecte. Fort d^nnd 4 son arrivte dans la capitate , 
II se ressonvint d*nn de ses eondisciples de Saint-Sulpice , 
M, de Puisieulx, qui dans ce moment senrait dMnstituteor 
ail comte Mol^, que sa mftre avai^ prte d*elle k Yauglrard. 
Aocneilli dans celte maison, le Jeune Esquirol y trouva, 
tTec de bona exemples, le vivre et le convert; il y resla 
deoi ans, Taisant tons les Jours plus de qualre lieues pour 
suivre les le^ns de Pin el, 1^ la Saip^tri^re. 

Disciple favori de ce m^ecin c61^bi«, alors chef d'^cole, 
Esquirol ne quitta Vaugirard que pour entrer dans te 
grand hospice dont la sp^ialit^ d^cida de sa vocation. 
Aprte avoir aide son mattre Plnel pour la publication de 
•a M4deeine eiiniqw, Esquirol se livra exclusivement k 
retnde des maladies mentales. Jamais existence ne fut 
plus remplie que la sienne. M^ine du vivant de Pinel , il 
fut consnlte de toutes parts. Vj\ Europe comme en France, 
II ne comptail que des disciples et aucun rival. Pas un cas 
Hi foUe M SO montralt dans lo mondo sans qu*Esquirol ne 



KSQCCROL 99 

fot appeie. Esquirol aTaitbeanconpToyafe. Aneone OMison 
de fotts n^etait fondle en Europe sansqn*on nereOt prtelabliN 
ment eonsnite. Je ne sais quel prince dltalie IMnvita k n^ 
alter une maison d^alienes oonstruite par ses ordres ; notre 
docteur en dtepprouva Pordonnanoe, et mssitOt le prince 
d^clJa qo*un autre asile serait 6d\M d*aprte les Yues du 
mMecin Tran^s, et que le premier edifice servirait de ca- 
serne pour des troupes. La maison de sante qo*Esquirol a 
fondle k Ivry est un muddle acheve, que les adminislra- 
teurs et les medecins visitent hicessamment. Les lumidres 
d*Esquirol etaient egalement mises k contribution, soit quMI 
fttt question de lois sur les alidnes ou de procte cei^res 
oil se trouvait invoqute quelque excuse ou presomption 
de Tolie, soit qu^il 8*agtt dInterdicUon , de IMnsanite alie- 
gn^e d*un testateur, ou de crimes. Ses jours et ses nuits suf* 
fisaient k peine pour les Innombrables consultations qui lui 
arrivaient de toutes les contr^es. 

Esquirol n*a laisse qu*un ouvrage, en deux yol., hitituie : 
Des Maladies mentales c(msid&4es sous le rapport m^* 
dical, hygiinique et midico-Ugal ( Paris, 1838 , avec un 
atlas de 27 planches gravies), traite qui commence ainsi : 
« Cette OBUvre que J^oflre au public est te resultat de 
quarante annte d^etudes et d^observations. » II avail en 
outre compose une tliese sur les passions et un memoire 
sur les illusions des fous, Esquirol divisait les maladies 
mentales en quatre ordres principanx : i* la Manie, 
2* la monomanie^ X* la lypimanie ou milancoHe^ et 4" la 
d^mence. Jusqo'a lui personne n'avait blen etudie let 
hallucinations de Tesprit et des sens, qui sont des erreurs 
sans corps nl motif; ni comment les hallucinations se dis- 
Unguent des illusions, qui sont des realites dont les sens on 
I'esprit font des mensonges habituels. Sur cent alienee, 11 en 
^t au moins quatre vlngtsqui sont hallucln^, ou poursulvis 
par des ennemis , on entendant des yoix mena^antes ci 
chimeriques, on voyant des fantOmes, et ce sont li les lous 
les plus malheureux, les plus dignes de pitie. C'est Esquirol 
qui nous a fait connattre que les fous furieux ont plus de 
clianoes de gu6rison que les fous tranquilles , plus au prin* 
temps qu'en ^te et en hiver, et qu*apres six mois il restait en 
general pen d*e$poir de guerison. C'est encore lui qui nous 
a appris que les fous en demence tranquille ne vivent en 
rooyenne que Irals k quatre ans, k cause de la paralysie qui 
les frappe. 

Esquirol etait spirltualiste et vivement croyant : anssi 
fiiisaiMl pen de cas des causes materielles que les secta- 
teurs d*£picure, de Gall ou de firoossais asaignent k la folie. 
II savait d'ailleurs que le ceryeau des fous non paralyti- 
ques olTre bien rarement des alterations sensibles, tandis 
qu'on rencontre souvent de profondes alterations cerebrates 
qui n*ont encore nullement derange ni la rectitude de Tes- 
prit, nl la nettete Jes Idees, ni les manifestations du you* 
loir. Les degradations de Teno^phale et des nerb ont des 
suites visibles pour la vie, pour les sens, pour la sensibilite 
et les mouyements arbitralres; mais dies n*en ont pas jus- 
qu^k de certaines Ihnites d*exactement appredables poor 
rmtelllgence. Voili la verite, et Esquirol y deferait pldne- 
nement. Cependant , il enoourageait , au moins par son in- 
dulgence, ceiix de ses disciples qui, n'admettant aurun trou- 
ble mental sans lesion anatomique , suivaient les erremcots 
des materialistes, sesadversaires. L'un d*eux, qui vivalt chcx 
lui et le secondait, a compofd sous ses yeux, dans sa bi- 
bliotheque et avec les falls recueillis dans sa maison, un ou- 
yrage entierement oppose k ses doctrines, et d*allleurs re- 
marqnable ; Esquirol ne Ten aimait pas mohis, et an besoin 
meme il I*e6t defendn. Heureux hooMne qu*Esquirol 1 il ne 
oonnnt jamais ni la jalousie, ni Tintoierance, ni cette ar- 
dente rivaliie et cette passion du proselytisme qui toiinnente 
la vie. Marie , mais sans enfants, et ne sachant que faire 
d*une forfime qui rsrcnhlait df* ^ik dt)n<%, il donnaft Mins 
compter el saus eiriru, cl a\ail chez lui, |)our les protcger 
de pins pr6s, trots dc ses meillenrs disciples, en uiCnie tempi 
qu'tl en fiiisail fojagw dix autrcs t? oc des alieuet ridiiii 



io I^QUIROl 

Comme Alibert poor 1m dermatoses, il avatt fond^ des prix | 
de trois cents fhincs sor des sojets d^terminte , ayant trait k 
raliteatioa mentale. Nomm^ mMedn de Ctiarenton aprte 
ia mort du doctear Royer-Collard, frire du phtlosophe 
il a bit doo k oet ^tabUssement national d*iin^ ann^ de son 
trailement > s'61erant h dix mille francs , sonime destine 
h la fondation d'ane btUiotli^ae k Tasage non-seolement 
des mMecins, mais des malades. 

Lorsque la Faculty de M^iedne fat reconstitu^, en 1823, 
one chaire y fot offerte h Esquirol , trop occupy pour Tac- 
cepter. En retour, il ltd fellut agr^er le poste d'inspecteur 
g^n^ral de runiTersit^ poiir les facultte de m^decine 
qu*avaient occupy avant lui Dupoytren et le docteur Royer- 
Coliard. Jamais m^edn, pas m^me Tillustre Willis, n^ins- 
pira plus de confianoe aox ali^nte confi^ k ses soins. 
II connaissait si parfaitement les yoies fauss^es de letir 
esprit et les propensions inalt^rablet des instincts, qu'il 
savaitdonner k sa contenance, k sa pbyslonomie, k son 
geste et k sa toiii, an air nair et comme pu^ril, un ton naturel 
et de bonne Tol qui lui gagnait aussitot les corars bless^ ; 
il captirait ces malbeureox au point de les gu^rir : on Tau* 
rait cm lui-m^me anim^ d^une idte fiie et recherchant les 
consolatioa<i dont lui seal avait le secret. Pour devenir an 
m^decin moral au degrd od j^ai yu Tillastre Esquirol , il 
fout 6tre an des grands esprits et des nobles oceurs de son 
tonpsl D^ Isidore Bourdon. 

ESQUISSE, ESQUISSER. Ces deux mots viennent de 
ntalien schizzare, qui signlfie sotirdre, naitre avec rapi- 
dU6, parce qu^en effet one esquisse exprime lldte de Tar- 
tiste 4 rinstant od elle Tient de naitre, et que, tou jours 
(Ute arec prestesse, elle semble voutoir rendre la pens^ aussi 
Tivement qu'elle apparatt. LVsquisse retrace done aux yeux 
de toos rid6e telle qu'elle est nto dans Tesprit de Tartistc, 
qui dans la crainte de Toir s'^vanouir sa pensde a tiicli^ 
de la fixer. Poor y parvenir, il ne s'occupe pas k surmonter 
les difficult^ que lui oppose la pratique de son art; sa main 
agit, poor ainsi dire, tlitoriquement; elle trace des lignes 
(|ui donnent k peu prte les formes n^cessaires pour y recon- 
nattre les objets. LMmagination ne soufTre qu*avec peine le 
pins l^ger retard. Cette rapidity d*ex6cution est ce que Hon 
remarque principalement dans les esquisses des artistes de 
g6nie; on y reconnatt le mourement de leur Ame ; on pourrait 
en quelqne sorte en calculer la force et la fteonditd. L*arli8te 
poor faire one esquisse se sort de tons les moyens les plus 
exp4ditlfe, et celui qui se pr^ente sous sa main n'obtient 
souvent la pr6f6rence que parce qu'un autre n^cessiterait 
quelque retard. Si c'est un peintre, il se sort done indlfTd- 
remment du crayon ou de Testompe, de la plume on du 
pinceau. Quelquefois 11 raftie Temploi de ces divers moyens 
lorsqull croit atteindre son but plus vite et d^une mani^re 
plus certaine. Le statuaire emploie ordhiairemenf la terre 
glaise pour ses esquisses. 

II est rare qu'un peintre se soit bom^ k une seule idte 
poor une composition ; c*est done une fort bonne ^ude que 
de comparer entre ellcs ces dilTi^rentes esquisses, puis, en 
(es rapprochant du tableau , de voir les perfections que le 
peintre de gteie a su y apporter. Si quelquefois la premiere 
esquisse a ravantage d'etre plus cliaude, plus brillante, elle 
est en mdme temps plusfougiteuse, plus ddsordonn^ Celle 
qui suivra ofTrira les efTets d*uae imagination d^j^ mod^r^. 
Les aotres marqueront la route que le jugement de Tartiste a 
suiYie et celle par cons^uent que I'dl^re est int^ress^ k d^- 
oooTrir. 

Tout ce que nous venons de dire se rapporte k I'expres- 
slon /aire icne esquisse ; mais le mot esquisser prtente une 
acoeption asset dilTferente, pulsqu'il s'emplole poor designer 
la premie operation d'un dessinateur qui trace l^^rement 
ses figures poor en indiqoer la place, avec des traits quel- 
quefois imperoeptibles,qoi doirent ensoite enti^rement dis- 
paraltre sous le fini do detsin. 

Quoique le mot esquisse soit posltivement do ressort des 

iax-artB,U est cependant aosai em^y6 dans la litt^ra- 



-^ ESSAIS 

tore : on dit Tesquisse dSm poeme, d^une pitee de th^tr 
poor dire le plan dans lequel Taoteor a seolement indiqi 
la marclie qu*il se propose de soivre, et d^igper les prii 
cipaux caract^res des personnages qa'il est dans rinteiiti< 
de placer dans son oeovre. Doghe8II.b aln^. 

ESSAI , action par laquelle on ^proove , on exami 
one chose, poor en connaltre les quality, les effets, I 
rteoltats. Lea m^ecins font sur les animaux I'essai de qu' 
qoe TemMe noovellement invents, ailn de Temployer pi 
sOrement sor Tesptee humaine. On fait aossi Tessai d*u 
pi6ce de canon , d*one machine k vapeor, d*on pont su 
pendo, d*one salle de spectacle. Dans le commerce, ess 
est qoelqoetois synonyme d*^hanCUlont lorsqo'il s*agit • 
▼ins, eaox-de«Tie, hoiles, etc. Essai se disait autrefois 
IVpreuve qoe les jeunes gens des deux sexes falsaient de 
▼ie rellgieuse, en habit s<^culier, avant de prendre la robe 
novice. On dit encore prendre ^ entrer d Vessai^ en pi 
lant de qnelqu'un qui entre dans une maison pour savoir 
on travail loi conviendra. Lesar6onaotes, pour s*as8urer 
le temps, si le vent sent favorables, avant d*entreprend 
one ascension , lancent ce quMls appellent on ballon dU 
sai. Les com^iens font I'essai de leurs talents sor des tbd 
tres de province, on de soci^ti, et lorsqoHls out d^ut^ s 
nn des grands th^tres de Paris, lis sont admis k Vessi 
Nona avons parl^ ailleors do cotip d'essai. 

On donne aussi le nom d*ei5a<5 aux oovrages dont Ta 
teur a traits l^g^rement et soperficiellement tel on tel sujc 
sans Papprofondir, sans lui donner tons les ddveloppemei 
dont il est susceptible. Nous avons V Essai $ur V Homme 
V Essai sur la Critique^ de Pope; V Essai sur VEntend 
ment humain^ de Locke; les Essais de Montaigne; I 
Essais de Morale ^ de Nicole; VEssai de TModicie, 
Leibnitz ; VEssai sur Vhisioire g^iraU , Vf sprit et I 
masurs des nations ^ par Voltaire, etc. H. Addiffrbt. 

ESS AIM (en latin examen, deex, de, et agmei 
troupe). Les abeilles, soit domestiques, soft sauvage 
occupent ordinairement des cavity peu spacieuses; 
comme elles mulUplient beauooup, il arrive un temps < 
une partie de la nation est oblig^ d'aller cherclier ailleu 
une autre liabltation. (Test k cette troupe d'^igrants q 
Ton donne le nom d'e^saim. 

Par extension, essaim se dtt d*une grande multitu 
d'autres insectes : des essaims de saolerelles ravagent 
contr^. 11 se dit aussi figur^nent d'une foule, d*nnc mul 
tude de personnes qui marchent, qui s'agitent. 

ESSAISy operations chimiques ao moyen desqoelles < 
porifie un m^tal pour reconnattre sa nature, celle des n; 
nerais dont on I'extrait. L'ensemble des essais constitue 
docimasie, OtL parvient k extraire d^ln m^tal les ro 
ti^res etrang^res qui sont combin<^ avec lui par dei 
moyens difT^rents, qui sont la voie siche et la voie humid 
c'est-k-dire par le feu, dont Taction oxyde, volatilise qu€ 
ques-ons des composants ( voyez Coupbllation ); ou p 
des acides, qui ont la propriety de dissoudre certaines su 
stances sans avoir d'action sur celles qui leur sont nni 
( voyez Analtsb ). 

Les essais les plus importants sont ceox des matite 
d^or et d^argent. Pour essayer les mati^res argentiftres p 
la vole stehe, on emploie soit la fusion avec on flux rMu 
tif oo avec des r^tifs oxydants , soot la scorification, po 
ensoite la coapellation. On saisit avec one brooelle 
bouton resultant de cette demito operation; on le bra 
par dessoas, et on le p^ k Taide d*une balance sensible 
nn derai-miiligramme. II va sans dire qu*on doit retranch 
du poids obtenu le poids du grain d'argent que le plomb 
la litharge syoutfo dans la coapellation et les op<^rations pr 
liminaires auraient produits seuls : il faut done oonnatt 
d'avance la ricbesse de ces mati^res. Quelquefois, surtoi 
lorsqo'il s'agit d^alliages argeutifdres, on passe dans une coi 
pelle, plac^ k cAl6 de celle dans laquelle on fait ressii 
une quantity de plomb pr^s^ment ^le it celle qa'on 
igootte k ralliagOy et Ton met dans le plateau de la h 



ESSAlS - 

lance, avec les poids, to petit grain d'argeot que Ton ob- 
tient : oo appelle ce petit grain le Umoin* 

Les imperfections du mode d'essai des alliages d^argent 
par laooupellation ont port^Gay-Lnssac h lui substituer i^es- 
sai par la Yoie liamide, m^tbode qui a ravantage dedonner 
des risuitats d'une exactitude presqne matii^matique, sans 
6tre moins rapide que la ooupellation. Elle determine le ti- 
tre des mati^res d'argent par la quantity d'une dissolution 
de sel marin titrte n^oessaire poor pr6cipiter exactement 
• Targent oonlenu dans on poids donn^ d*aillage. Dans oe pro- 
oM^, raliiagepr^ablement dissousdans Tacidenitrique, est 
m^ng^ aTec nne dissolution titrte de sel marin que Ton 
nomme dissoltttion normale, et qui pr^pite Targent h V^ 
tatdechlornre, compost tout k fait insoluble dans Teau 
et ro^me dans les acides. La quantity du chlorare d^ar- 
gent pr^piti est d^termin^e non par son poids, ce qui se- 
rait peu sOr et beaucoup trop long, mais par le poids oo 
par le Tolume de la diuolution normale n6cessaire pour 
pr^ipller exactement Targent dissous dans Tacide nitriqae. 
Oo reconnatt lacilement le terme de la prteipilation com- 
pile de Targent h la cessation de toute n^bulosit^ , lors- 
qu^on ferae gradoel lenient la dissolution normale dans la 
dissolution nttrique d*argent Un milligramme d'argent est 
rendu tr^s-sensible dans 100 grammes de liquide, et on 
en distingue encore trto-bien on demi et mftme un quart 
de milligramme, pourru qu'avant Paddition du sel marin 
la liqueur soil pariaitement limpide. En supposant qu^on 
op^re sur un gramme d*argent pur, la dissolution normale 
doit ^tre telle quMI en billie 100 grammes pour pr6cipiler 
exactement tout I'argent. Celte quantity ^nt regaid^e 
comme divis^en 1,000 parties ^ales appel^ millihnes, 
il s'ensuit que le tilre d'un alliage est donn^ par le nom- 
bre de milUtoes de la dissolution normale qu^il faut em- 
ployer poor prteipiter Targent oontenu dans 1 gramme de 
cet alliage. Depuis 1829 la m^tbode de Gay-Lussac est 
adopts dans les laboratoires du bureau de garantie et de 
la Monnaie de Paris. 

L^essai des matidres d*or par yoie stelie se fait absolument 
de la mtoae maol^ra que odui des matiires d*argent Cepen- 
dant, lorsqoll s^agil d*un alliage de cniTre et dV, ou de 
coivre, d*or et de platine, on ne pent s^parer les demi^res 
traces de coivre, k moios dMnlroduire dans Talliage une 
quantity d*argeot telle qu'il y en ait k pen pr^>s trois par- 
ties poor une partied^orou d*oret de platine. On determine 
approximatfyement k cet effet les titres des alliages d'or et 
de cuiyra par T^prauve k la pierre de touche. Enfln, la 
e^paration de Tor et de Targent se fiiit par yoie humide, et 
porteto nom de depart. 

On pent, selon Gay-Lussac, faira aussi I'essai des allia* 
gesd*or, d*argcnt et de cuiyre, ayec une grande exactitude, 
au moyen de la dissolution titr6e du sel marin. 

ESSAYEUR. Dans le commerce des matiires d*or et 
d'aigent, on appelle ainsi des ofHciera de commerce pounrus 
d*un brayet de capacity, qui leur donne quality pour ^tablir 
le titre des lingots qui sent Tobjet de transactions. On ioscrit 
sur oes lingots ayec on poin^on le nom de Tessayeur on des 
essayeon, car Pacheteur et le yendeor emploient le plus 
souvent cbacun le leur. SI les essayeura ne sont pas d*accord 
entre eux, on peul ayoir recoure k un essayeor de la ga- 
rantie, qui est an ofSder de radministration ; et enfin, 
dans le cas od les parties ne s^en rapporteraient pas li ce 
dernier, radministratkm des monnaies estappelte k joger en 
dernier ressort, en faisant Tessa i dansses laboratoires : 
tootefoJs eUe nMnteryient que pour contrOler les operations 
des essayeon de la garantie » qui son! des agents soos sa 
d^pendance , et non eelles des essayeon da commerce, qui 
exeroent nne profession libra. 

Toot ce qui est mati^ra fabriqo6e , oomme la monnaie, 
les objets d^orfifiyrarie oa de bijouterie, dofttonjoun Mre 
soomis ayant la mise en circulation k one garantie Mgale, 
et ne pent par eons^uent Hre omtirM que par les es- 
«^«ira de tai ganntiey aeuls agevls de radministration* 



ESSEN .81- 

ESSl^NS. VoyezZtti»nm. 

ESSEK, ESSEG, ESZEK on OSEK, yille royale libre. da ; 
Hongrie, sor la riye droite de la Draye, est le cbef-lieu 
du comitat de VercBcze et Tune des yilles del'Esclayonie 
les plus importantes par ieur commerce et lent Industrie. 
II s^y fait notamment un commerce de transit trte-consid^- 
rable, en c^rdales, bois de constroction , pores, ten et 
planches de Styrie, yins de Syrmie et de Baranya, et lins 
de Bacs, depuis que la Draye peut^tre remontte en ba- 
teaux k yapeur jttsqu*ft Essek. La place forte du mdme nom, 
appelte du temps des Remains Mursia, est protegee per on 
fort construit sur la riye droite de la Draye. 

Dans la derni^ revolution, Essek fut d'abord d^fenda 
au nom du gouyemement national hongrois par le comte 
Casimir Battliyanyi ; mais apr^s un si^ge qui dura plusieora 
semaines, rarro^e imp^riale parylnt k s'en s'emparer 

La population d'Essek d^passe 13,000 habitants ; elte est 
presque compldtement d^origine raicie on Ulyrienne. Sor la 
totality on en compte 8,860 qui professent la religion ca- 
tbolique romaine, et 2,256 la religion catliolique grecque. Le 
reste se compose de protestants et dMsra^Utes. 

ESSEN, yille Industrieuse de la Prusse rhdnane, ar- 
rondissement de Dusseldorf , situ6e dans one fertile con- 
tr^e, compte enyiron 6,000 habitants, dont les deux tiera 
prolessent la religion catliolique. EllepossMe quatre ^glises, 
dont une, celle du cbapitre, m^rite d^6tre yue, an gym- 
nase et des fabriques asses importantes d'armes blanches , 
de yitriol, de ferronnerie, de toiles et de draps. 

La prosperity toujoun croissante de cette yille provient 
surtout de rinepuisable richesse des mines do houiile de 
premi^ quality qui sont situees dans ses enyirons. Les 
seizes fosses aojourdliui ouyertes occnpent enyiron 3,500 
mineure; leun prodoits sont surtoot consommes par le che- 
min de fer de Cologne 4 Minden, mais trooyent en outre 
d*avantageax debouches dans les grandes usines situees a 
pen de distance de Ik, et au nombre desquelles on remar- 
que une fonderie de zinc, les hauts foumeaux de Borbeck, 
une yerrerie, des ateliers de chaudronnerie, etc« 

ESSEN (Ham Hpjibii, comle d*), grand-marechal de 
la diete suedoise, ne en 1755, k Kaflaes, en Westrogotliie, 
descendait d*ane ancienne famille liyonienne. A Poccasion 
d^on toumoi ceiebre k Stockholm, il produisit, par sa belle 
prestance et son habiletedans tous les exerdoes du corps, 
une impression si fayorable sur Tesprit de Gastaye III, qu'a 
partir de ce moment il deyint le favor! de ce prince; mais 
jamais U ne se servit de son credit pour nuire k autrui. Too- . 
joure auK oOtes du roi, il assistait au bal masque donne k 
ropera oik Ankarstroem tira sur Gastave 111 un 
coup de pistolet qoi I'atteignit mortelleroent 

Sous les regnes soivants, le comte d^Essen jouit cons- 
tamment du mdme credit. Il accompagna le doc de Suder- 
manie et le jeune roi dans lenr voyage k Saint-Peterebourg, 
au retour duquel , en 1795, il fut nomme gouverneur de 
Stockholm; puis, en 1800, on lui conlia le commandement 
superieor de laPomeranie. General en cbef de Parmeerte- 
nie dans cette province, il defendit en 1807, pendant deux 
mois, Stralsund centre le corps francs aux ordres do ma- 
rechal Mortier. Lorsqoe Gustavo IV, mecontent de ses ge- 
neraox, eat pris en personne le commandement de son 
armee, le comte d^Essen se retira dans ses Verres, et ce ne 
fat qu*aprks rabdication de oe prince quMl fut rappeie au 
conseil d*£tat. Le nouveau roi I'envoya la memo annee k 
Paris comme ministre pienipotentiaire; et ce fut k ses 
efforts que la Suede dut de rentrei encore poor qneique 
temps en possessitm de la Pomeranie. En 1810. il alia rece« 
voir anx frontieres Bernadotte, eiu prince royal de Suede. 

. Kn 1813 11 fut charge du commandement du corps d*ar- 
mee destine k agir en If orvege sous les ordres de Berna- 
dotte. Aprks la reunion des deux royaumes , on lui confia le 
poste de gouverneur gteeral de la Norvege, avec le comman- 
dement superieor dei troupes; et lorsqu'on les lui enleva 
Tannee soiTente, oe fut pour le nommer |rand-inarecb«i 



M 



ESSENCE — ESS£NIENS 



de la di^ de SuMe, et en 1817 gouTerneor gdn^ral de 
Scanie. II moanil le 28 juillet 1824. 

ESSENCE (en laUn essentia, UmoA du yerbe esse), 
ce qui oonstilue, oe qol d^termfne U nature d*ttiie cbose, 
^ qui eat abaoluinent n^ceasaire pour la faire Mre ce qu^elle 
est En philosophiei on appelle essence oe que I'od eon^t 
de prime abord en une chose, ct on le distingue de son 
acta, qu^on appelle son existence, Selon Descartes, T^ten- 
due est Vessence de la matlto; selon Gaaaeodi, c*est la so- 
lidity. Si r^ndue seule constitue Tessence de la matiire, 
dit Dernier, rien ne distinguera les corps de Tespace, qui 
est aus.si one ^tendoe. Que TeMcnoe des clioses ddpende du 
IjlMre arbitre de Dieo , c*est une chiin^re cart^ienne dont 
les P^res son! fort ^loign^ L*fofinit^ est de Vessence de 
Dieu, la raison de Vessence de I'liomme. Les choses ne 
diffih'ent que par leurs essences, et non par leurs accidents. 

D^ que Dieu est in fin!, il est incomprehensible h un 
esprit bom^; U parattdonc d'abord que c'est une t6m<i- 
rit^, de la part des tliMogfens , de parler de Vessence de 
IHeu. « Moins je con^s retsence de Dieu, dit J.-J. Rous- 
seau, plus jeTadore. Je m'huroilie, et lui dis : Etre des 
£tres, je suis parce que tu es; c'est m'tiever k ma source 
que de mailer saos cesse. Le plus digne usage de ma rai- 
aon est de s'an^ntlr devant toi ; c^est mon ravissement 
d'esprit, c*est le charme de ma biblesse, de me sentir ac- 
cabler de ta grandeur. » Ife nous efftayons cependant pas 
ti-op d^un terme avant de savoir ce qn'il signifie. Parmi les 
divers attribots que nous aperoeTons en Dieu , s*il j en a 
un duqiiel on peut dMuire tons les autres fiar des oons^ 
quenoes ^ndentes, rien n*emp«che de faire consister Ves- 
sence de Dieu dans oet attribnt. Or, td est celui que les 
tbtelogiens nommcnt asHte, existence de soi-mAme, exis- 
tence ni^cessaire, on nfeessiti^ d*etre Eneffet, dH que Dieu 
est e\istant de soi-mtoie et ndcessairement, il exisle de 
toute ^Iemit6, il n^a point de cause distincte de lui; il n*a 
done pu 6tre bom^ par tucune cause : cons^iiemment il 
est infini dans tons les sens, immense, independent, tout 
puissant, immuable. Tontes ces consequent es sont d*une 
evidence palpable , et aussi certaines que des axioroes do 
malhematiques. 11 est deraontre d^ailleurs qu'il y a un 6tre 
existantdeaoi-ro£me, etqui n^a jamais commence, imrce 
que si toutce qui exi^te avail commence, il faudrait que 
tout f&t sorti do neant sans cause, ce qui e^t ah&urde. Ou il 
fant soutenir contre I'evidence que tout est necessaire, eier- 
nel, immuable ou il faut avouer quMl j a an moins un 
^e necessaire, qui a donne I'existence k tous les autres. 

Essence se dit figiiremeni des choses morales. Les pa- 
roles sacramentelle< sont Vessence des sacraments. 

ESSENCE C£PII ALIQUE. Voy. Eao db BoNVEana. 

ESSENCE lyORIENT. Voyez Ablettb. 

ESSENCES (de esses ^tre ), principe qui entrent dans la 
compCKsition d^one substance et qui en determinent particu«> 
liirement les proprietes. En chimie et en parfumerie, on 
appelle essences les huiles volatiles, odorantes, etc., qu*on 
ex trait par distillation, au moyen de Talcool, etc., de ceriaines 
mali^res vegetales, telles que la mentlie , le thym, la tereben- 
thine, le citron, etc. Les anciens chimistes croyaient ob- 
tenir les essences dans one plus grande purete en repetant 
les distillations : de li Texpression de quintessence, ou 
protluit de la cinquitoe operation. 

En termes des eaux et forets, eueiice signifie esphe; on 
dit : Ce bois est plante en essence de diene, poor faire en- 
tendre que les arbres qui le composent sont de cetle espice. 

ESSl^NIENS 00 £SS£ENS, auxquels Philon donne 
aussi le nom de ih&apeutes , quoiqu'ils n^appartinssent 
pas k proprement parier it cette secte, association ceiibre 
diet les Juifs, etdont I'existence hislorique est constatee 
dte le temps des Machabees, vers Tan 150 avant J.-€. Ce- 
lait une des trois sedes qui sYtaient plus ou moins ecar- 
tees de la purete des dogines de Moise : les deux autres 
ecalent les sadduciens, qui n^admdtaient pas la vie ni- 
iif«y et lit jiAarif ieni s qui croyaient ^ It fatalite, k la 



roeteropsydiose, et qai tentient d*afllain singnbkwwi 
Tobservance exterieure de la lot. 

Les essiniens, que sous beaucoop de rapports on p 
comparer aox pliythagoridens , et meme aux stoiciens,) 
mettaient le dogme d^une vie future : lis peosaieDt que 
Ames des justes allaient dans les ties fortonees, et eel 
des mechants dans une esptode Tartare. Ao temps de J.* 
et jnsqu*k la destrudion de Jerusalem, Us etaient cnvh 
ao nombra de qnatre mllie; lis babitalent quelques boi 
gades autour de Jerusalem et sur les bords de la nerMor 
il y en eut aussi qui s'etablirent en ^igypte anx envir 
d'Alexandrie. Mais aprte la prise de iienttalem par Ti 
on n*entendit plus parler en Palestine de cette sede, 
se maintint tootefoU en £gypte jusqu^au qoatrieme siei 

La mani^ de vivre des esseniens etait k la fois slni 
li^re d austere : commnnante de Mens, nonrriture frug^ 
table commune, uniformite de oostnrae, censistant ea i 
robe blandie, vacation assidue k la pri^, k la meditati 
ablutions frequentes pendant le jour : Ids etaient les stg 
et pratiques exterieurs qui les dLntingoaient des aut 
Juifs. « Leor mani^ de vie, observe Fleory, avail 
grand rapport k cdle des prophdes. » La plopait re» 
^ient an mariage : « lis cralgnaient, dit Bergjer, i'inA 
lite d les dissensions des femmes. » 

Les esseniens perpetuaient leur aede par des inltiatfoi 
les postulants passaieut par trois annees <repreoves. L*ini 
en entrant dans rassociation, lUsait vomi d'obdr aox an 
rieurs d de ne rien r6veier aux drangers de ce qo*il aw 
appris. L*estimedont jouissaient les esseniens etait si grai 
que la phipart des Juifs leur confiaient reducation de le 
enfants. Us meprisaient la logique et la qietapbysique com 
des sdences inutiles k la vertu : leur grande etude etafi 
morale ; its s^occupatent aussi de la lecture des livras ande 
et pratiquaient la medecine. lis attriboaient tout au dest 
rien au libra arbitre, meprisaient les tourments d la md 
et M voulaientobeir qu*k leurs anciens. Dans leurs voyai 
les esseniens ne faisaient aucune provision ; lis etaient s 
de trouver lliospitalite chez les autres raembres de 1 
aecte ; lis n*admettaient aucune distinction entre les homni 
et regardaient les esdaves memos comme leurs egaux. 

Ces traits, et bien d'autres encore que Pou peut troo 
dans Pillion de Biblos d dans Jos^ie, out valu aux ei 
niens Tadmiration des nns d les calumnies des autres. G 
vu dMSz eux non-seiilement les instltuteurs de la vie n 
nastique , mats le type des premiers dir(^tiens. On a ml 
ete jusqu*ji pretendre que jesus-Christ etait de la sede 
esseniens, qu*il avail eie eieve panni eux, et qu'il n*a 
dans r£vangile que rectifier quelques points de leor doclri 
Mais cdte supposition , admise par quelques incredulei 
ete comliattne par Voltaire Iui-m6me, qui fait observer 
Di dans les quatre ^vangiles re^a, ni dans les apocrypl 
ni dans les Actes des Apdlres, ni dans leurs lettres, on 
lit nolle part le nom dVis^nien. EusdMS de cesaree et qi 
qiies autres out pretendu que les esseniens d*£gypte, app 
tMrapeutes, daient des diretiens convertis par aaint Mi 
Scaliger, Valois d d^autres savants critiques se sont ao 
des avec les theologians pour refiiter cette opinion. 

Cette secte inolTensive, qui fuyail le tumulte des tram 
des affaires, pour ciiltiver en palx la vertu, a eie compi 
k la secte des quakers : tontdbis, il ne paralt pas qu*oi 
pu accuser les esseniens de cet amour des ricliesses q 
deshonore un trop grand nombre des disdples de Pi 
Des reproches de plus d*un genre ont <He faits aux easeni 
Persuades que pour Mirvir Dieu il sufTi^it de mener um 
austere et mortifif^, sans qu*il fOt neoessaire de lui rei 
un cttlte dans le temple de Jerusalem, ils se conlcntaient 
envoyer leurs offrandes, sans alter y sacrifier eux-m^i 
Cette doctrine, conforme k la philosophie humaine, a 
blAm<^ paries tlieologiens, comme oontralre i la loi de M 
D*aiitres ont pretendu que les vertus apparentes des c 
niens daicnl souillces par un orgiieil insupportable qu 
porUit k ne vouloir reconoatlre que Pico mA pour nwl 



ESSlfeNIENS — ESSEX 



et ?es rendait pr^ts h tout souflrir p1at6t que d*obdr aux 
hommes. EnGo la vie monasUqne des ess^iens ne devait 
pas trouver grftce devaot les protestanta. lis ont va en eux 
des fanatiques, mdlant a la croyance joiTe la doctrine ct les 
mosurs des pythagoridens : Us les ont accuses d'avoir em- 
pnuit^ des ^yptiens le goQt des mortifications » etc 

Charles Ou Rozoui. 

ESSENTIELLE (Maladie). On nomme maladies es- 
sentielles celles qui ne dependent d^aucune autre , ce qui 
les distingue des affections purement symptomatiques. On a 
longtemps discnt^ pour savoir k laquelle de ces divisions 
appartiennent les filvres. Les anciens m^edns les regar- 
daient comme essentielles. La doctrine contraire , soutenue 
d^abord par P i n el , mats snrtout d^velopp^ et propag^ par 
Bronssais, a fini par pr^valoir, au moins pour un certain 
ncmbre de cas. 

ESSEQUEBO ou ESSEQOIBO, district de TAm^rique 
du Sud entre Pembouchure de TOr^noque ou Orinoco et celle 
de l*£ssequ!I)Oy contr6e aussi fertile que riclie, forme avec 
Inmtrara un comt^ de la Guyane anglaise, dont elie 
constitue Textrtoiit^ nord-ooest. 

VEssequibo, le plus grand des nombreux cours d*eau qui 
arrosent la Guyane, preml sa source dans la Sierra Aracay , 
qui s^pare son bassin de celui du fleuve des Amazones. Ses 
eaui sont nolrfttres, et cependant tr^^transparentes; des fo- 
* r6ts ^paisses et imp^ndtrables gamisscnt ses rives et celles 
de ses allluents; et apiis un cours de 82 myriam^tres, il va 
se jeter dans VOo6an Atlantique, par une emboucliure large 
d'environ deux myriam^tres, mais s^par^ en quatre bras 
distincts par trois lies plates. Les plus importants de ses 
affluents sont leRoopounouni, leMazarouni etleCouyouni. 
Entre le Quatata, cours d*eau qui vient alimenter le pre- 
mier de ces affluents, et le lac Amuou, dans le bassin du 
Rio-Branco, par 3°, 45 de latitude septentrionale, se trouve 
un portage, qui k T^poque de la saison des pluies r^uit k 
un espace de 1,000 k 1,200 metres le trajet quUl faut faire 
par terre pour relier Derocrara au fleuve des Amazones par' 
un syst^me de navigation int^rieure. 11 suffirait ensuite de 
construirc dans le bassin des Amazones un canal de jonction 
entre le Madeira et le Paraguay , deux des affluents de ce 
fleuve immense, pour que Demerara se trouvkt reli^ k 
Buenos-Ayres par un systdme complet de navigation int^- 
rieure. 

ESSEX) Tun des cx)mt45s les plus riches de TAngleterre, 
dans Textr^mit^ orientale de laquelle il est compris, se 
trouve sdpar^ du comt6 de Kent au sud par la Tamise et 
son emliouchurc , dc:^ comt^s de Middlesex et de Hertford k 
Touest par la Lea , des comt(^s de Cambridge et de SulToIk au 
nord par le Stour, et k Test bornd par la mer du Nord. II est 
richement arros^ par le Roding et divers aulres affluents de 
la Tamise, de mfime que par le Crouch, le Cbelm et la 
Colue, qui ont lenr embouchure dans des bales de la mer du 
Nord profoud^ent ^hancrdes et oHrant de boos ports. Le 
sol est plat, taiitOt sablonneux sur les c6les, tantAt compost 
de marches ; et ce n^est qu^au centre qu'on y rencontre de 
continuelles ondulations. Il compreud une superfide d'en- 
viron 50 myriam^res carrds, dont environ 900,000 acres de 
pkturages etdeterres k bl^. La population, forte de 370,000 
dines, se livre k la culture du froment, du lioublon, du colza 
ct surioiit des prairies , k l*616ve du bdtail , k la prd[iaration 
du beurre et du fromage et k la fabrication de quelques 
dtoffes de laine et de coton, k la construction des navires, 
au cabotage, k la p£che , surtout k celle des hultres. ^ 

Le cheMieude oe comt^est Colchester; mais le si^e 
des assises est k Clielmford. L'une et Taulre de ces villes se 
trouvent d'ailleurs sur le clicmin de fer de Londras k Nor- 
wich. On trouve des bains de mer k Harwich et k Southead, 
et une source d^eau mindrale k Witliam. Le fort de Tilbury, 
sur la Tamise, est considdr^ comme la clef de Londres. 

L*ancicn royaumc anglo-saxon trtlssex ou Saxe-Orientale 
(EastseaXf Sstrasaxonia), fondc vcms I'an 527 , [Or Erkenwin, 
T/uniprenait aussi les cumlds de Hereford clde Middlesex, et 

DIGT. DE LA COUNTERS. «- T. IX. 



28 

avail pour capitate Ztti<c/enu;icft, c*est-k-dlre Londrea ILon- 
don), II fut reuui plus tard au royaume deKent, puis, comme 
cclui-ci , d^pendit du royaume de Mercie, et fat soumis , vers 
823, par Egbert, roi de Wessex. 

ESSEX, ancien titre de noblesse qui dn douzikroe to 
seizi^me sikde a snccessivement appartenu en Angleterre aox 
families ifaiufei?i/2e, FUspiers et BourcMer. Henri VIII en 
gratifia d'abord son fkvori Thomas Cromwell, puis, quand 
11 Tent fait d^capiter, en 1540, William Parr, le frkre de sa 
sixikme et demikre femme, qui fut cr^ comte d*Essez, et 
ensuite marquis de Northampton, mais qui raouruten 1666, 
sans laisser de post^rit^. 

Quelques ann^ plus tard ce titre fhttransfiir^ k la famiHe 
Devereux , laquelle pretend descendre de Robert, fils de 
Waiter ( GauUer ) , seigneur d*ivereuXf en Normandie , 
Tun des capitaines de Guillaurae le Conqu^rant. Cest de 
lui que descendait sir William Devereux, sherif du 
comt^ d'Hereford en 1371 et 1376, dont I'arrikre-petit-fils, 
Waller Devereux, lord Ferrers deChartley, I'un des parti- 
sans de Ricliard III, p^rit en 1485, k la bataille de Bosworth. 
Son fils John ^pousa lasoeur et h^ritikre de Henri Bourchier, 
comte d*Ewe {Eu en Normandie) et d'Essex. De ce ma 
riageprovint Walter , brave guerrier, qu^en 15S0 Henri VIII 
cr^a vicomte de Hereford, et qui mourut le 27 sepfem- 
bre 1558. Sun petit-fils Walter , Tun des cavaliers les plus 
accomplis de son temps, aprks avoir comprim^ la r^volte 
des cointes de Northumberland et de Westmoreland, fut 
cr^, en 1572 , comte d* Essex ^ en consideration de sa des* 
cendance des Bourchier. II alia ensuite commander en Ir • 
lande; mais, entrav^ dans ses plans par I'influence toute- 
puissante de Leicester, et rendn par lui suspect k la reine, H 
mourut de chagrin, et suiTant d*autres, empoisonn^, le 
22 septembre 1570, k Dublin. Son fils et h^ritier futRoben 
Devereux, second comte d'Essex, k qui nous consacrons un 
article sp^al , le malheureux favori de la reine ^isabeth. 
Robert, son fits unique, n6 en 1592, fut r^labli par Jacques 1*"^ 
en possession des titres et des biens de son p^re, et ^pousa 
la fameuse Frances Howard, fiUe du comte de Suffolk, qui 
plus tard divorce d'avec lui pour ^pouser Somerset, le favori 
du roi. Essex servit en 1620 dans Tarm^ de T^lecteur pala- 
tin; en 1625 il cominanda une exp61ition centre les Espa- 
gnols, et fut noinm^ lord grand-chambellan par Cliarles 1" ; 
cependanty en 1642 il se rattacha au parti parlementaire, qui 
lui con Ha le comraandement snp^rienr de son armte, qu'il 
conserva jusqu'en 1645, avec des alternatives de succks el de 
revers. II mourut le 14 septembre 1646. Son second mariage 
dtaot demeur^ st<irile egalement, le titre de comte d^Essex 
s*eteignit avec lui; auant k la pairie d'Hereford, elle passa 
aux descendants d'Edottard Devereux^ fils cadet du pre- 
mier vicomte. C^est de lui que descend Robert Devereux, 
ne le 3 mai 1809 , qui en 1843 succ^a k son pkre, Henri 
Fleming Devereux, comme quinzikme vicomte Devereux. 

Les corotes d'Essex actuels descendent de sir William 
Capel, alderman de Londres et lord-maire en 1503, qui par 
ses grandes richesses excita la cupidity de Henri VIII etdeses 
favoris, et qui en consequence fut incarc^r^ dans la Tour de 
Londres, oil il mourut, en 1515. Son fils, s\r Giles Capel, se 
coroporta bravement aux sidges de Terouenne et de Tournay, 
ainsi qu*a la joumde des £perons, et fut Tarrikre-grand-pkre 
d^Arthur Capel, cr6^ en 1641 lord Capel de Hadham, qui 
dans les guerres civiles se montra royaliste d^vou4, et p^rit 
sur r^chafaud, le 9 mars 1649, peu de temps aprks Char- 
les r*^. Son fils Arthur, cr66 comte d'Essex en 1661 , rein- 
pUt de 1672 a 1677 les functions de lord-lieutenant d*li lande, 
puts celles de premier lord de la tr^sorerie. Accuse de cons- 
piration en m£me temps que lord Russell, il fut renferm^ 
k la Tour, oil, le 13 juUlet 1683, on le trouva la gorge cou|>^. 
II fut le bisa'ieul d* Arthur Algernon Capkl, n^ tc 28 Jan- 
vier 1803, mari(^ depuis 1825 k lady Caroline Beauclerc, 
fille du due dc Saint-Alhans, lequel succ^a, le 23 aoAt 1839, 
k son onc-le Georges cumme sixikme comte d*Essex , ct qui 
dans la chambre haute appartient au parti protectionnUte 



81 

ESSKX ( Robert DEVEREUX, cointe d'), c^I^bre par sa 
liaisQatvec laraine^lisabetliy naquitlelOnoTembre 1567. 
8a nhre, la bcHa Lstilia KnollM, peo de tem^ aprte la roort 
de ton pramier roari , oooTola en aecondea noeas aree Ld- 
eester, son enneinl. Lord Burleigli, char^, par Tacto conto- 
pant lesidamiteoa rolontta doaon pte» da la direetSoB et de 
la MureHlance de rMocation du Jeonecomte, kitrodafait dte 
Vaante 1684 oe briHant oft^alier k la coor, o^ il se fit bean- 
«oop d'amia'et 06 11 pradniiit ainsi nne TiTe impreaakm sor 
le «Bar de U relne. Anitf son bean-p^, doTeua jaloax de 
Miaiioe^ le contraigntt4l, en 15S5, k raecompagner dans sa 
tampagne eontre lea HoHandais. Mais la bataiUe de ZotphAy 
oft il eot occasion de se distinguer d'ane mani^re particali^ 
B'aotorisa que davantage la relne h lot Mmolgner one faveor 
toote particuU^re : elle le cr6a gte^ral de caTalerie, et Ini 
eonftra en in^e teoips Tordre de la Jarrett^. Qoand Lei- 
eeetermourotYen 1&8», la relne sut bientfttae consoler d*nne 
telle perte avec le beaa-flls de celol-d , et k partir de oe mo- 
ment Essex de^int son fiiTori en titre. On Toyalt la rdne 
aecabler sans cease cejennehomine de grftees etde marques 
de tendresse de toate esptee, tandiii que celui-d semblait 
pr^f(drer k Tamour d^nne femme d^k sur le retonr les satis- 
factions donnte aux mAles sentiments de Tambltion. 
En 1W9 II s*«djoigntt, eontre sa Tolont^ expresse, k I'expd- 
dttkmentfeprise par Norris et Drake ponr r^blir don An- 
looio sur le tr6ne de Portugal; mais cette dteb^issance ne 
rliii Taint qoe de tendres reproohes. En 1591 11 fallnt encore 
que U rdne lui accordAt le commandement en cbef d'an 
-eerpa d'annte qo*elle envoyait en France, an seconrs de 
Henri IV. IMsireax d*entourer son nom d^one aartole de 
gloire militalre, Essex entreprit en 1696, et en partie k ses 
propras frais, aTee Pamiral Howard, on audacienx coup de 
main oontre Cadix , coop de main dont la rtossite valot k 
.TAngleterre d'imnienses ridtesses et surtout les Inappr^cia- 
Ues Taleors eontenaesdans I'arsenal de cette Tille. La nation 
appUndU bmyamment k cet exploit. La rdne, die aussi, 
nVpargna ni ses lonanges ni ses recompenses ; mais die Tit 
avec doulenr que son jenne et brillant favori prtfMt encore 
les applaudissements du publicaux siens. Elle se sentit cncorr* 
bien antrement bless^ an cceur quand die apprit son ma- 
riage secret avee la flUe de Walsingliam. 

Au retour d'une carapagne malheureuse eontre I'Espagne, 
Essex ayant M w^ Aroidement par la rdne et ayant en 
•outre trooT^ tons ses ennemis en poasesdon de la fayeur 
dibisabetb , tout Porgndl de son caraet^ hautain et gftt(& 
par la fortune se rdrdta. Ses Tiolences, ses propos, les 
I'ailleries qu'U lancait eontre les courtisans, dalent de nature 
k bleaaer tonte femme, d k bien plus forte rdson one rdne. 
Drears Borldgh, son protedenr et son ami, ^tait mort, d 
tons ses entleox et ses rivaux avaient le champ libra. N^an- 
moina £lisabdh ne se sentdt pas encore la force de comply- 
tenMUt douffer dans son cceur sa passion pour son fsTori; 
«Ue prenait soovent plalsir au contraire k lui pardonner et 
^ I'accabler de nouvdles fayeurs. A la suite d*une alterca- 
tion yiolenle qu*dle eut avec lui en plain consdl , die le 
nomma, malgr6 son refns, gonyemeur de llrlande, oft des 
troubles venaient d'telater. Essex quitta la oour forleux d 
en se r^pandant en Imprtetions. Pour dre plus t6t dd)arra8S^ 
d^one mission qnll eonddiraU comme nn exit , il se hftta, 
4 la snite de qudqnes entreprlses sans importance centre les 
r^foltA, dB condore one suspension d^armes qo*ii la cour 
on Jogea oonstltuer un ade de haute trahison. Pour tenir t^te 
k sea ennemis, Essex accoorut ft Londres contrairement aux 
ordraa formds qui le confinaient dans son goutemement, d 
eut randaee de p^ndrer sans permission Jusque dansle ca^ 
bind de la rdne. Dea contemporams pr^tendent qu'il eftt 
hmn^dlatement obtenu alors son pardon sH ayalt fdt preuye 
de pins de patience, d d surtout il n*ayait pas en le mal* 
Uenr de snrprcndre la rdne en toilette de nuit. La reine, 
dil-on, ne lui enleya ses dignit6s et n^ordonna centre lui une 
enqnftte jndiciaire que par resped pour les conycnances. 

MaiSytoujoursiudacicux ct yiolent, Essex mit ft profit les len* 



ESSEX — ESSLAIR 



teurs calcuides de la proc^ore qui s'instruisaH, pour n 
des rdations aycc la cour d*]^kx>sse et proyoqoer ft Lou 
une ^meiite, dirig^ ayant tout, il est yrai, centre aes enn 
et centre les roinistres. II fut alors jet^ en prison, et Pai 
de la oouronne, Bacon, ft qui en toute occasion II ayait d< 
les prenyes du plus grand int^rd, fut diarg6 dMnstrutre 
mdlement son procfts. £lisabdh h^ita ponrtant longte 
ayant de sandionner Tarrd de mort rendu «»ntre lot , < 
Pespoir quil lui demanderait grftce. Eufin, le 35 feyrier 1 
sa tde roula sur f^chafaud. Dans tout le oours de aon 
ch, il s*etalt d^fendu ayec le plus grand conrage et a 
fldt preuye du plus noble orgueil. Les trayaux hUtorii 
les plosrtents out d^ontr^ que Tanecdote suiyant laqi 
II aurdt tent6' de faire reyenlr la rdne sur sa d^iaion ei 
faisant passer une bague qu'elle lui aurait donnde autre 
en lui promettant que, quds que pussent 6tre ses torts 
yers die, die les lui pardonnerdt s'il la lui faisalt 1 
bague que la comtesse de Nottingham, son ennemie adiar 
aurait emptehi de panrenlr jusqu^ft Elisabeth , ne rej 
sur aucun fondement. D^ailleurs, sa lidsen inUme arc 
yindicatiye fille de HenH VlII est aujourdliui un fait pai 
tement acquis ft l*hi8toire. La Jeunesse, lesbrillantes qnali 
la rapide fortune d la chute, ausd soudaine que tragiq 
do comte d*£asex ont seryi de sujd ft un grand non 
d*fleuyres dramatlqiies. 

ESSIEU. En mtohique, fessieu d'une poulie, c 
tambour, d'un touf, c*est Taxe sur lequd toument ces 
yers objets. En charronnage, c*est unepiftoede boisengru 
seulement d^rossie, pour receyoir ultfrleurement cette, c 
tination. On appelle en gdn^ral essieu une plftce en bois 
en (er trayersant ft angle droit les roues d^one yoiture, 
y sont rdenues par un esse. Les essieux de rartillerie 
campagne sont tons en fer. Les essieux se composent, d 
leur longueur, d*une partie carrte, qu^on appdle le co 
iTessieu, d dedeox bouts arrondi8,autonr desquds toum 
les roues, et qui portent le nom de fusies de. tessi 
Chaque ftasde de Tesdeu est percde ft son extrdmitd d 
trou , dans leqdd passe Tesse qui ddt retenir la roue lorn 
Vessieu la trayerse. On appelle ipaulemeni le point dc 
naissance de la fusde de Fessieu. 

Les afP6ts qui t)ortent les boudies ft fen ft bord des 
timents de guerre sont months sur quatre roues bassef 
pjdnes, qui ont des essieux en bois arrondis dans les rou 
et carrds sous toote la largeur de Tairot Mesijh. 

Dans le systftme ordinaire des c hem Ins de fer, Pessi 
fixd aux roues, toume ayec dies, ce qui exige des yoic 
grandes eourbures; dans le systdne articuld d^Amoux 
roues toument sur Pessieu, ce qui perroet Temploi de co 
bores plus petites. La construction des essieux de looon 
Uyes exige un soin particulier. 

ESSLAIR ( FEBDnfAim ), Tun des plus cddires con 
diens qu*ait encore eus rAllemagne, dtait nd en 1772 
Essek, d appartenait ft une famflle de gentilslioinm 
celle des Kheyenhuller. Ses ddbuts eurent lieu ft Insprai 
d il joua successiyement ft Passau d ft Prague. Re recey 
que des Emoluments beaucoup trop faiblea pour qu*il | 
sobyenir ft son existence d ft cdle de sa fenune, qui u^dl 
point comedienne, il se rendit ft AugsbooiK, oft il eut eno 
ft Inlter centre la misftre la plus pdgnante. Le th^ 
d'Augsbourg dant Tenu ft fermer, il passa au thditre 
Hanau ; puis, sa preroiftre femme dant roorte, en 1S06 
se remaria dans cette yille ayec £lise Muller, avantageu 
menl connue comme adrice, d en compagnie de laquc 
il fit, en 1807, diyers yoyages artistiques ft Stuttgard, Mi 
liefm d Francfort. Apr^s avoir passd plusieurs anndM b( 
reuses ft Manhdm, 11 accepta un engagement ponr le VM 
de Carisruhe. En 1814 il yint, comme rdgissenr de 
scftne, ft Stutfgard , oft la protection dclairde do roi Yxk 
ric lui assure une existence exeropte de tons soads; en 
il fut engagd en 1818 au thdfttre de la coin*, ft Mnnicli, d( 
11 fit longterops la g1oh«, et oft il remplit en m^nielen 
les fonctions de ^sseur, Dans I'interyalle, il avait divoi 



ESSLAIR — ESTAFETTE 



35 



d*a?ec sa seconde ieiume, et avait couvoli en truisi&mes 
noced af ec M"* Ettmayer, peu distingu^ comme arti&te. 
Plus tardy pensionn^, mais toujoure an proie au beeoio, il par- 
Gourut suceenivenient comme com^en nomade pre&que 
toQtes les Tijies de VAllemagne, recoeillant partout dUoconte«- 
tables tdmoignai^efl d*admiration poor son beau talent. II 
mourot le 10 novembre 1840, dans Tune de ses tourmfes 
dramatlques, k Inspruck. 

On peut dire d*£88lair quHl fat en Allemagne le dernier 
des h^ros de th^tre. SataiUe noble et tiev6e, sooi organe 
sonore et soople, qui se prdtait k toutes lea nuances du 
sentiment; ton ceil vif, sa mimfque expressive, son ima- 
gination, sa Yive sensibility, sa declamation parfaite, la ma- 
ni^ tout k fait originale , tenant blen moins de Tdtude que 
^u g^nle .m6me de I'art, dont il cr^t ses rdles, le ren- 
daientdminemment propreaox grands rdles de la trag^'e; 
il en est cependant dans lesquels il ne r^pondait pas aux 
justes exigences de la Critique. Elle lui reprocbait aussi d'a- 
baisser queiqudbis les bdras, Wallenstein, par exemple, 
dans one sphere beaucoop trop bourgeoise. £n revanche, 
TIeck prodame que personne ne I'a ^gal^ ni ne r^galera 
dans le drame r^l, surtout dans les rdles du tb^re d'lf- 
fland, ou il atteignait les demiferes limites de Tart du co- 
m^en. 
ESSLING. Voyez Esuifc. 

ESSLINGENyancienne villelibre imp^riale de Souabe, 
dependant aujourd'liui du cerclc du Neckar (royaumede Wur- 
teinberg ), est situ^ sur les bords do Neckar, et compte 
environ 6,000 babitants, protestants pour la plupart, et dont 
la culture de la vigne est Tindustrie prindpale. Dans ces 
demiers temps, on est parvenn k y ehampagniser les vlns 
provenant des vignobles volsins. Parmi les Alices que pos- 
sMe Esslingen, il faut clter te vieux chAteau, i^^gUse de Saint- 
Denis et surtout I'^Use deMotre-Dame, remarquabie particu- 
li^rement par son docber, d'one construction aussi liardle 
que l^ire; enfin PhOtel de ville, avec sonborloge si cu- 
rieuse. 

Cest k Esslingen qu*en i448 U ligue de Souade prit nais- 
sance; les tournois qu'on y c^^bra k diverses ^poqoes du 
moyen Age TaTaient rendue c^I^bre; enfin , la peste qui en 
1567 et 1571 ravagea Tubingen y fit, k deux reprises, 
momentan^ment trausf^rer runiversit^ de cette ville. 

ESSOUFFLEMENT.On d^signe par ce mot des muu- 
vements respiratoires courts , fr^uenls et pelits : dans cet 
^tat, rinspiratlon est peu profonde et promptement suivie 
d^une expiration rapide ; la poitrine se dilate peu ; les pou- 
mons, gorges de sang, ne peu vent admettre qu^une faible 
quantity d'air; la parole est cntrecoup^, ct dans ces cas 
extrdrnes on ne peut artlculer aucun mot. En m6me temps 
les narines se distendent et se contractent k mesure avec la 
poitrine. L^essoufllement est un trouble fAcbeux quand il 
surylent sans cause connue : il est le symptAme de diverses 
maladies des poumons, duccBur, etc. Quand Tessouf- 
tlement est le rteultat d*une marche ou d'une course 
rapides surtout en montant, du jou trop prolong^ d*un 
instrument k vent, etc., 11 n'offre lien d^alarmant. Chez les 
femmes enceintes, i! est le r^ultat d'une action m^canique, 
et il u*a rien non plus qui doive inqui^ter ; chez les per^ 
sonnes qui ont un ventre gros par excto d*embonpoint, Tea- 
soufllement est commun : c'eat un acddent assez Ocheux, 
et qui dolt engager k en ^teindre oo k en dimmuer la cause. 
En pardlte occurrence, des purgatifs r^p^t^ sont indiqu^ : 
leur efTet amoindrit le volume da ventre; mais c'e&t k un 
mMedn k r^er ce traltement On peut aussi obtenir, et 
avec molns de danger, le m6me r^oltat par de fr^uentes 
applications dto sangsues sur P^pigastre ou au si^e, et par 
un regime alimentaire pen notiitif. 

Quoique ressoufOement acddentd et passager ne suit pas 
redoutable, 11 faut ^viter aotant qoe possible de r^p^ter les 
actions qui le produisent, parce qu^elles d6terminent one 
aurabondance de sang dans les poumons : par Ik on ba- 
bitue ou on predispose les organes k se oongestionner et k 



sVriter. Les crachements de sang n*ont souvent pas d!'autre 
cause. Ces conseils sont particuU^remeut applicables aux 
enfants et aux jeunes geus; mais 11 est difficile de lea leur 
faire suivre. W CnARBoifNiau 

EST ou ORIENT. Cest le premier des quatre points 
cardinaox, poisque le flambeau de notre globe se leva 
de ce c6te et s'y Ikve immuablement depuis. Pour celte 
rai&on, les H^breux, ceux qui toucbaient au berceau du 
monde, appelkrent ce point du dd kadim (devant), parce 
qu'ils se toumkrent toot d'abord vers le globe resplendiuant 
de Tastre du jour avant mdme qu'll M on nom. Ett vient 
de Tallemand ost, mot qui se perd dans le vIeU Idiome des 
Goths , et dont les plus savants philologoes de la Germanie 
n'ont pu donner retymologie. L'antiqidte de ce moty aanc- 
tionn^e par Charlemagne , est prouvte par la mytbologie du 
liord ; car die dlt, dans V£dda, qu^Odiu, le redoutabte dieu 
desScandlnaves, ay ant tu6 le ^^aot Ymer, II lui plutde ftire 
de son crkne la coupde du dd , et qu*U y pla^ en sen- 
tindles quatre nains : VEsi,VOuest^ le fford et le Sud ; 
tds etaient leors noms btzarres. Lea Grecs appelkrent le 
point du dd od le soldi se Idve i^taQ, anrore, et les Latins, 
oriens, ^oriri^ naltre, qnalification que noos leor avans 
empruntee. lewmie est Texpression dontse servant le ploa 
souvent les Italiens pour designer Vest'; lis I'onft appoitfe 
dans notre idiome sous celle de levant ^ qui est la plus po- 
pulaire parmi nous. Est, I'expresdon exdudve des mariiis, 
est indiireremment employee avec orietU dans la langue des 
giographes , lorsqu'il s'agit d'indiquer cette directkNi. 

Poor trouver la plage orlentale , il /aot se toumer vera la 
plus belle etoilo do ddnord, la polaire : dans cette po6ltloo« 
on a Torient k droite et roccident k ganche. On appelle cela 
s^orUnter, expression qoi est passde au figord, et qui si- 
gnifie dans les afEBures de la vie prendre ses fMsures, 
Tootes lea plan^tes sans exception, toomant d*ocddeat en 
orient, pr^entent n^cessairement d'abord, par I'effel de 
leur rotation diurne autour de leur axe , on de leors b6- 
misphkres au soldi: ce c6t^ telair^ s*appeile Vorieni, et 
Tautre btoisph^re, alora plough dana robacuriti, occideni; 
eufin, par une definition plusexacte, roiient est la partie du 
monde qui fait directcmeat (aceau soleii levant, lea Jours 
des ^uinoxes. 

Dans la rose des vents , plusieurs rhumbs portent des 
noms ok entre le mot est, DnmcK-BAaoR. 

ESTACADE. On donne ce nom k one banikre formte 
k Tentr^ d*un bras de rivikre, on sous one arcbe de peat, 
pour en ^carter tes glaces ou les antres corps ilottants cbar- 
ri^ par le courant, et preserver aind de lenr oboe les ba- 
teaux qoe Ton y a abrlt^ Vestaeade ae comp^ae d'one a^ie 
de pllotis, de trka-forte dimendon, eafonote dana le sable ou 
la vase au fond de Teau, moists et recooVerta d^on cbapeao. 
U exiate plodeors estacades dans la partie de la Seine qui 
traverse la capitale, notamment celle qui joint Tile Saint- 
Loois aox terrains de randenae tie Looviera, et aor laqoeUa 
on a pratique un pont; celle du Pont-Royal, derrikre laqoelle 
sont abritte pendant Tbiver lea tehUsaementa de bains 
Vigier ; celle de Grenelle, prks do village de ce nom. Ces di- 
verses estacades sont iinproprement appelte gores k Paris. 
Ces deux mots n'ont pas la mobidre analogie de significa- 
tion. 

Dans la marine, onconatniit des estaudesJtoUoMies, \wa 
defendre rentrted^un port, d'nnerivikre, d'one anae, ete., 
centre dea vaisseaux enneinla. OetiA barrikre a'etablit au 
moyen de mkts de bones, de drOmes, de mlta lortemeBl 
Uea entre eux par desckbles, dea ebalnesmdiiie, hientfiiiliiei 
en travera du passage qoePon veot dtfendre. Oftamftoaae, 
ao besoin, des vaisseaux en dedans de oes esiaeades, dont 
les exbremltte sont appnyte et aootemiea par de iMtea 
batterieade canons et de morikra : ono pedlun de eetle 
nature est co nsider^ e oomme inexpognable. Mnuii. 

ESTAFETTE. AotrefoU on entendalt par estqfeiU, 
mot que Ton faisait d^river soit de l^eapagnol stqfeHa^ 
soit «le ritalien staf/u, etrier, un conrrier courant avee 



36 



ESTAFETTE — ESTAING 



deux guides, oa des courriers portant un paquet d*un poste 
k I'autre senlement. Aujounriiui Veslafette court seule k 
travera les rontesy saDs ces deux guides qui lui donnaient 
une si baute importance. L'estafelte est plus et moins qu'un 
courrier : plus qu^un conrrier, parce que celui-ci est 
charge de diverses d^ptehes; moins qu^un courrier, parce 
que Pestafette n*a d^autre mission que de porter offidelle- 
ment une nouvelle, one seule nouTelle, mais une nouTeUe 
de haute importance. Combien ParriT^ d'une estafette dans 
une petite Tille ne fait-elle pas palpiter de coeurs et fr^mir 
1'ambitions! 

ESTAFIER on ESTAFFIER, mot qui d^riTe de Pitalien, 
itc^Of^tner, sta/^ero, homme d^^curie, et ne Tient pas, 
comme le pretend Roquefort, dn latin stipator, homme qui 
accompagne, garde dn corps. Un estafier du moyen Age ^tait 
un bravOf mot qui ne se prenait en bonne part ni en 
francs ni en italien. C'^tait un yalet k manteau, un la- 
qnais k pied, qui tenait T^trier k son mattre, portait son 
^pte, et ^tait arm^ lui-m6me; de ]k le noro de domestique 
(T^e. Les chefs d*ann^, les seigneurs, ies cb&telains,les 
gouvemeurs de forleresses, ayaient des estafiers dont iis se 
servaient pour remettre leurs noissiTes, porter leurs cartels 
ou assassiner leurs ennemis. C'^tait un emploi demi-mili- 
taire : un homme Tigoureux et t6so\vl s^attachait k un ma- 
rshal , k un capitaine, comme estafier, c'es^k-dire comme 
volontaire, comme ordonnance,dan8i'esp^rancederairemiIi- 
tairement son chemin. Qnand on donnait des carrousels, les es- 
tafiers 7 Taisaient fonctions dlmlssiers, de senlinelles, de ser- 
gents.Onlltdans Brant6me: « Le marquis deMarignanayait 
6t4 estafier dn chastelan ( clifttelain ) du chasteau de Muns 
(Musso)f et son maistre PeuToya vers le due de Milan, 
srorce, pour porter quelques lettres, etc. » BreT, Testafier 
MMicis ^orge, par ordre de son g^ral, un Yisconti; 11 se 
fait gouvemeur de Musso, dont il s'empare par surprise; 
il passe au service de Tempereur comme g^6ral ; il devient 
marquis de Marignan; il gagne centre Slrozzi la bataiile de 
Mardano, en 15S4. II est le (ttm du pape Pie IV. II s'amuse, 
au si^e de Sienne, k assommer avec sa bdquille de gout- 
teox les paysans qui portent des virres dans la place. 

A des <^oqnes de troubles et de dfeordres, dans des villes 
perches de rues longues, ^troites, obstni6es, tortueuses, en 
des pays ot la police ^tait nolle et oil Ton s*attaquait k 
toute heure, par esprit de brigandage ou de vengeance, il 
fallalt b'ren ^e faire escorter de valets arm^. Get usage, 
d'abord particulier k la noblesse, s*6tendit a la bourgeoisie; 
et en Angleterre, du temps du roi Jacques, ira marchand 
de la Ciift n^eOt os^ rien faire transporter de pr^eux sans 
^tre escorts par des estafiers arm^. On en trouvait a loyer, 
ou Ton en tenait k poste fixe, pr^ de sa personne. Les es- 
tafiers d^£eo68e portaient un petit bouclier comme t^moi- 
gnage de lenr profession. Dans le cir^onial de I'enterre- 
ment des papes figurent encore des estafiers. Lenr service 
participe de celui des corps privil^^. Les cardinaux out 
ans^ des estafiers ; oe sont dee laqnais en livr^, de haute 
stature, et en manteau. 

Dans le langage modeme, estafier se prend en mauvaise 
part, comme le t^moigne I'Acad^mie; il est devenu ana- 
iogoe, sinon synonyme, dumatamoredu th^tre espagnol 
et du fier-^-bras des tr^teanx fran^. G^ Bardin. 

ESTAFILADE,mot k regard duquel on peut consulter 
las etymologies de Manage, mals qui est r6ellement d^riv^ 
de Pitalien itaffilata^ coup d'^vi^re, coup de fouet, parce 
que itafflle signifiait UrMkre d laguelle pend un ^trier, 
Les estafiers 6taielit charge de faire ranger, au moyen 
expMitif des 6trivi^res, les passants qui obslruaient le 
chemin du cavalier leur mattre. Ce mot estafilade et le 
verbe esta/Hader, expressions soldatesques, emprunt^es 
de cette mani^ d*agir des estafiers , nous sont restdes 
ponr signifier Tentaille provenant d'nn coup de sabre on 
e coup donn^ par un estafier. Dans un langage plus releve, 
en disait autrefois taillade , dans le sens que prend de 
1109 jours estafiiade. G"*' B/uidin. 



ESTAING (CHARLBs.HECTOR,comte n'}, lieutenant ge- 
neral des arm^ na vales firan^aises, commandant de la garle 
nationale de Versailles , naquit au chAteau de Kavel en Au- 
Tergne, en 1729, d'une ancienneet noble famille,qui portait 
dans son teusson les armes de France ^ depuis qu'un de ses 
membres avait sauv^ la viek Philippe- Augpste iiU bataiile de 
Bouvines. Charles-Hector d'£staing commeo^ aa carrike 
militaire par le grade de colonel dans on regiment d'in- 
fimterie, et devint bientAt aprto brigadier des armtes du 
roi. 11 faisait, en cette qualH^, partle du brillant ^t-niajor 
qui s'embarqnay en 1757, sur Pescadre dn oomte d'Auh^ 
avec de Lally, nomm^ commandant gdn^ral des ^tablisse- 
ments fran^ dans les Indes Orientales. Kn mettant pied 
k ierre, Lally le chargea dinvestir Goudelour. Six Joiu-s 
aprte cette ville ^tait an pouvoir des Francis. 11 participa 
ensuite k la prise dn fort S^nt-Denls, le Berg-op-Zoom de 
rinde. Bient6t, tout le sud de la c6te de Coromandel dtait 
balay^ d'Anglais. Bless^, renvers^ de cheval, fait prisonnier 
par les Anglais au si^ de Madras, en re^t la liberty sur 
parole en ^ange de la brillante valeur qu*il avait d^ploy^e 
centre enx. Pris une seconde fois, il fut envoys en Angle- 
terre et emprisonn^ k Portsmouth. Rendu k sa patrie 
aprte quelques annto de captivity, U voua aux Anglais une 
baine Implacable. 

En 1763, quittant Tarm^ de terre, il fut fait lieutenant 
general des armto navales, et commanda, en 1778, la flotte 
ft'anQaise arm^ pour la cause des insurg^ de TAm^rique du 
Nord. U se dirigea sur Hie de la Grenade, dont 11 avait re^ 
ordre de s'emparer, el apparel lla le 30 ]uln du fort Royal 
de la Martinique; la flotte, compost de vingt-cinq vaisseaux 
de ligne et de frt^gates, n'avait k bord que quinze cents 
hommes de diibarquement. Arrives devant la Grenade le 
2 juillet, Il cinq heures du scir, ils ddbarqu^eut sur-le- 
chai/ip. Le lendemain, lord Macartliey se rendait k discr^ 
tion ; il 6tait conduit en France. Le colonel en second du re- 
giment de G&tinais fiit nomm^ gouTemeur g^n^ral de l*tte 
et de ses d^pendanccs. Mais k peine les Fran^ais y ^talent* 
ils ^blis quMIs eurent ^ d^fendre leur nouvellc conqu^te 
centre Tattaque d^une flotte anglaise. Le comte d'Estaing 
ne perdit pas un instant ; Tennemi approchait k toutes voiles ; 
les forces ^talent ^ales ; les Anglais avaient de plus Pa- 
vantage d^un ordre de combat mienx combing : iis n*en fu- 
rent pas moins battus. Les Franks eurent dans cette ac- 
tion 954 hommes mis hors de combat, dont 79 tn^ et 77o 
blesses. Les Anglais perdirent 1,800 hommes. 
j La conqudte et le combat de la Grenade flrent le plus 
' grand honneur an comte d'Estaing etauxtronpes quMl com- 
mandait : cette double vlctoire eut une grande influence 
surles ^v^nements de la guerre derind^pendance«m^ricair>e. 
Le g^n^ral fran^is, apr6s avoir r^par^ ses a varies, alU 
mouiller k la Guadeloupe , oil il ne resta que dix* buit heures. 
Dirigeant sa flotte vers la basse-terre de Saint-Christoplie , 
oil il trouva les vaisseanx anglais embosses, il feignil de be 
preparer au combat, etreprit sa marche sur Saint-Domingiie. 
II compieta ses vivres au Cap ; de Ui il se rendit aux Florides, 
et revint en France aprte avoir ^puis^ ses forces au sitSge 
de Savanah. L'ind^pendance am6ricaine futreconnue, et la 
paix conclueen 1783. 

La revolution de 1789 ramena le comte d*Estaing sur la 

scdne politique : il se pronon^a pour la cause populaire, et 

fut membre de Tassembl^des notables en 1787. Le 28 juillet 

1789 les citoyens de YersaiUes rdsolorent de former une 

' garde nationale : il en fut nomm^ commandant , pmvoqiia 

j Parriv^ du regiment de Flandre, sous pr^texte d'all^er le 

service trop ptoible des soldats citoyens , proposa , le oc- 

tobre de la m6me aim^e, k la municipality de Tersailles 

d*aller Iui-m6me prdvenir le roi , qui etait k la cliasse , prit 

spontan^ment Tengagement de le ramener , et Taccompagna 

il Paris, n <Sta!t mal en cour , surtout aipr^ de la reinc. Ap- 

pel6 en t^moignage devant Ic tribunal r^volutionnaire , dans 

le proems (le cette princesse , il declare qu*il la connati de- 

J puis sou arriv6e en France , qu^il a m6nf a se plaindrs 



ESTMNG — 

d*eUe» mais qu*il n*eD dira pas moins ia v^rit^, et qu*ii ne 
8ait rien de relatif k Tacte d^accusation. Interpeli^ de s^ex- 
pUqiier sur ce qui s'est pass^ dans la Journ^ du 6 octobre 
17S9 , il ose rappeler on trait qui honore to courage de la 
reine d^hne. « J'aientenda , dit-il, dec oonseiUera de cour 
dire k Taccus^e que to people de Paris allait arriTor poor la 
luassacrer, etqo*il fi^iait qu*eUe partit ; k quo! elle repondit 
ayec un grand caract^ : Si les Parisiens vieonent pour 
ut'essassiner, c-est aox pieds de mon mart quMls me trouve- 
ront; je ne partira! pas. » Quelques mois aprto, d'Csiaing 
Iai-m6iiie comparaissait, oomme accost, le St8 avril 1794 , 
devant le terrible tribunal , qui le condamnait k la peine 
capitale. On a dit de loi qn'il s^^tait fait patiiote par pru- 
dence, mais quMi dtait re8t6 courtisan par habitude. 

DOFET (de rVoone). 
ESTAMINET. L^usage de se rassembler dans un mtoie 
iieu puur boire de la bi^re et (timer en liberty est fort an- 
den cliei nos Toisins de Belgique et de Hoilande. II s'est 
aussi il y a longtemps introdoit en France; mais eomme 
leplaisir de la pipe ^tait sans doute plus rechercli^ ici que 
la boi&son du Nord, ces ^tablissements prireiit cbez nuns ie 
nora de tabagieSf mot significatif et qui a tovuours emporle 
avec lui une idte d^favorable. Lorsque le cabaret ^taii 
le rendei-Tous de la meiileure bourgeoisie , Toire mftme d« 
la noblesse la plus huppte, les classes inf^ieures , et sur lout 
les classes dangereuses, fr^oentaient la tabagie. Mainte- 
nant le cabaret est devenu un ca/4 pour les gens de hon 
too« et la tabagie, aprte avoir essayd de renier son origine 
et de se transformer en estaminet ( mot forro^ de l^anglais 
steam f vapeur, fomte, on pIutAtde I'allemand stum, qui si- 
gnifle chau/foir^ pitee chauffte)^ s'est appelie. divan^ peut 
etre bien parce que le mot estandnet 6tait devenu, en v^rii^, 
trop mal sonnant : car frequenter les estaminets, sToIr des 
babltodes, des moeurs d'estaminet, ce n*est pas pr^ds^ment 
one recommandation dans le monde. II est sans doule k 
Paris plusieurs etabllssemento dece genre qui rivalisent avec 
les caf^ les plus ^l^anls pour la qualil^ des obiets de con- 
sommalion et le luxe des salles, el qui sont rr^quent&i par de 
tmtai bateande bi^re et par oeux qui au parfnm du moka 
▼eulentassoder les Jouissances du cigarre oo de la pipe ; mais 
il 7 riigne toqjours beaucoup trop de sans-fofon pour 
que ce ne aoit pas lit nne detestable 6cole de ton et de ma- 
ni^res. 

La Togue de Vestaminet , cu plutdt du divcM^ n*a fidt au 
reste que s'accrottre sur tous les points de la France, princi- 
palement depuis que le goQt da fantasb'que, la litt^rature 
marillme, la po^sie au rlium, et les dubs de la Burchens* 
ehaft , ont donn^ Tidde k nos Jeunes gens de fumercomme 
des loups de mer ou des etudiants de Leipzig... Aussi k 
Paris, dans lequartier latin, ces eiablissements jouissent-ils 
d*nnc fdvcur qu'ils ne doivent, fl l^ut le dire, mk\^ telntore 
de chicor^e sauyage qu*on y d^bite pour du cafe, ni k leur 
eau-de-vie de Cognac, qui n*est , en r^alite, qu'une odieuae 
liqueur, dont le nom commerdal, trois^siXj indique assez 
la falsification. Ce qui en (kit le centre de r^nnion des 6ta- 
diants , c^est Pattrait du sans-gftne qui y rdgne et le plaisir 
de boire et de fumer ensemble. La pouU attire d'aitleura 
dans ces etablissements ces joueurs de profession, qui Tien- 
nent eommencer k dix heones du soir une Joumde dont lea 
benefices s*dl^vent k sept, huit ou dix francs et ferment 
tous leurs moyens d^existence. Pour quiconque n*a pas au 
con la cravate romantique, vingt-dnq ans tont au plus, des 
moustaches formidables ou coquettes , la science du bloc 
fitmant, et l*habitude de jurer fort et souvent, c*est folie 
que d*aborder tels et tels estaminets du qoarlier de l*£cole- 
de-M^decinc, estaminets moyen dge et primiHfs,ou Ton 
s'bonore <JgaIement du tilre de truand et decUoyen , et od 
le supreme bonhcur est de mystifier tout ce qui rentre dans 
la dasse des bourgeois. A ces demiers le cqfi, oil Ton 
ioue aussi ao billard, ob Ton peut lire aussi des joumaux, oii 
Ton jase aussi, mais oil tous ces d<^lassemcnts ont une allure 
dliuui^tete par trop aristocratique! 



ESTAMPE 37 \ 

ESTAMPAGE, ESTAMPEUR, ESTAMPER. Voyet 

ESTAHPS, £TAlll*ECn. 

ESTAMPE9 de ntalten stampa , impression. Le mot 
estampe est employ^ ordlnairement pour designer Tem- 
preinte, Texpression , que donne sor du papier, ou sur toute 
autre matidre, une planche de m^tal graT^e. dependant , on 
se sert aussi du mot estamper^ qui signifle empreindre 
qudque mati^re dure sur une matl^ pins flexible. Les 
serroriers, les borlogersyles orftTres, disent estamper ou 
stamper un ornement , un vase, une figure, pour faire en- 
tendre quMIs ont Cut prendre k leur pitee la forme conve- 
nable, en Tempreignant sur le moule, le mod^e, ou le 
poin^on deader auquel on donne le nom d'estampe ou 
d^itamper; mais il estk remarquerque dans cecas c'est 
Tobjet qui sert k estamper qui porte le nom d*estampe , 
tandis que dans Tacception ordinaire c*esi le produit de 
I'estampage, onderimpression, qui re^itcenom. On 
dit aussi estamper du cuir, lorsqu*on y imprime, k fh>id ou 
k chaud, des omements , soit en relief, suit en creux. Se- 
ralt-ce k cause de cela que Ton dit aussi estamper un n^re, 
ponr exprimer qu^ayec un fer chaud on empreint sur sa peau 
la marque de son maltre, comme, en arrivant de la re- 
monle, on empreint sur la peau d'un cheval le numero du 
regiment anqud il apparlient. Les cuirs estampds ont 616 
d^un usage assez frequent sous les r^e de Henri IV et de 
Louis XI 11 pour orner les parois d'une diambre; mais les 
tentures de sole d^abord, puis les papiers peints ensuite, 
oat fait perdre enticement l^emplol des cuirs pour tentures. 

Le m6t estampe a M autrefois synonyme dUmage, et 
ce dernier mot n'est plus employe mainlenanl que pour des 
esCampes de trte-peu de valeur. On dit d'une mauvalse es- 
tampe: Ce n*est qu^une imagcp c^est une image d deiuc sous. 
On dit : Une beUe estampe, une vieille estampe, nne es- 
tampeaneienne. Autrefois le vendeur d'estampes portait 
le nom d^magier : ce mot n'est plus en usage. 11 exista 
maintenant des marchands d*esiampes et des marchands 
d'images : ce sont deux commerces tout k fait dislincts. 

On emploie quelquefols, mais k tort, le mot gravure 
comme synonyme d^estampe, et on dit une belle gravure, 
une gravure (S teau-forte, une gravure au burin ; on de- 
Trait din une estampe, prise ou tiree d*une belle gra- 
Ture, d^one gravure II Teau-forte, d^one graTure au burin. 
On dit aussi une estampe avant la lettre : il est plus con- 
venable dans ce cas de dire une ipreuve avant la lettre, 
Qudquefois on a tire des estampes sor parcbemin, sor veiin, 
sur satin » ou bien meme sur une ecorce, tdto que celle de 
bouleao, qui, comme on sait, est fort blanche lorsque I'ar- 
bre est jeune. On tire aussi des estampes sur du pUtre. On 
sent bien qu'alors il ne peut y avoir aucune esp^ de pres- 
sion, on coule seulement du pUtrefin et liquide sur la planche 
gravee , aprte qu^elle a i^te cncrde et essuyee comme pour 
une epreuve sur du papier. 

C*est Tartde multiplier la gravure par Timpression 
qui donne aux estampes qudque avantage sur les tableaux : 
dies ont m^me cdui d^une plus longue duree, puisqu'on 
pent facilement les preserver des injures du temps. Les ta- 
bleaux places dans les egllses, dans les palais, dans les 
salons, y eprouventdes degradations frequentes, par Phu- 
midite et la sedieresse altematives , par la poussite et la 
fumee, tandis qu'une estampe placee dans un portefeuille , 
ou sous un verre, est bien moins expostfe k toutes les in- 
temperies. C*est ainsi que plusieurs peinturea de Raphael 
sont dej^ detruites ou prte de disparaltre, thndis qu*on voit 
des estampes de Mnrc-Antoine, son contemporain , encore 
dans toute leur fralcheur. C'est ainsi que les bdles et magi- 
ques compositions de Rubens et de Paul Veronese ne seraient 
connues que dans le lieu oil dies sont placees, tandis que 
les e:>tainpes de Vorstermann et de CumeiUe Cort donnent 
la possihilite u^adinlrer le genie de ces grands peintres dans 
toiites les contrees de TCunipe k la fois. Le secours des es- 
tampes est done de la plus grande necessite pour acqiierir 
uue parfaile connalssancedu style et de la manitoe de com* 



3« 



ESTAMPL — ESTE 



fwfler d'un pdntre. Lorsque Ton veat porter an Jugement 
aseurft sor le talent d'un artiste, il est n^cesMhe de com- 
fiarer plusieiirs de ses tableaux , et c*eftt h peine tourent ai 
line seule galerie en olfre quatre et tinq du mtaie mallre; 
il est plus rare encore de trouTer r^nniee plusieorB stetaes 
du mdme artiste; quant aux monoments d*arctiiteetare, oe 
n'est que dans quelqnes vUles capitales qo*on pent se former 
un jugement sain sur cet art. Une coUectton d^estampos l^ye 
tous les obstacles ; c*est en compulsant souTent les oeuTres 
des grands inattres que les jennes artistes agrandbsent leurs 
idto, ei qu'ils parviennentiamiliorer leurs premf^reepens^. 

D^^uis longterops des amateuTB d'estampes en ont rfoni 
un grand norobre. Quelques-uns m^e se soul acquis de la 
reputation par le goOt et le soin ayec lesqueli ils ont form4 
^ur cabinet. La Bibiioth^qU'e impdriale» le Mus^e 
du LouTre et beancoup d'autres ^tabUssements publics 
potsMent des collections pr^deuses d'estampes. 

DucansiiB aln^. 

ESTAMPILLA. C'^teit le nom d*un emploi assez sub- 
alteme en Espagne : celui qui le rempHssait et Tinstm- 
ment dont il se serrait portaient lem^e nom d^eftampilla, 
CT^tait un sceau deader sur iequd ^tait grafte la s^snature 
du roi, tellement semblable qu'on ne pouTait la distinguer 
de la dgnatnre m^me. On I'imprimait ayec une espteed*en- 
ere dMmprimerie. Cdtalt Vestampilta lui-mdme qai y met- 
taitrencre et qui imprimaH, operation qui se faisait en un 
instant. Cet instmment fut imaging pour soulager les rois 
d'Espagne, oblige de signer une inOnite de cUoses, et qui 
sans cet exp^ent 7 anraient employ^ des demljonmte. Les 
Emoluments attach^ h cet emploi Etalentpeu considerables. 
VestampUla ne pouTait jamais s^absenter du lieu at se 
tfouTait le roi, et les minlstres le menageaient. Vestampilla 
de Philippe Y etait, au rapport de Saint-Simon, fort bien 
avee ce piince; il etait gbneralemeut aim^, estime et con- 
sid^re, et Tojait chez lui les plus grtmds seigneurs. On 
con^it facilement que par la nature de sa fouction il dut 
jonir d'un grand credit, et etre la source de beaucoop de 
grftces et de fayeurs. Th. Dblbarb. 

ESTAMPILLE. On appelle ainsi fai marque qui sert 
8oit4 designer la provenance d'un objet , soit k attester son 
authentidte; le poin^on on le cachet avec lequel s'im- 
prime cetto marque porte Egalement le nom d*estamjHlle, 
Autrefois nneempietote tenait souvent lieu de signature pour 
un brevet. Un grand nombrede maisonsde commerce Impri- 
ment leur estampiile sur la suscripUon des letties qn'elle 
adressent k leurs corespondans: les oCfiders mfaiistdnels 
marquent depnis quelques annte de leur estampiile les actes 
qu'ils deUvrent * Les Tabricants ont des estampQles, qui con- 
sistent en plaques de metal contenant Thidication de la &bri- 
que, et qu'ils placent sur leurs prodnits, sur leors oolis, pour 
constater I'authentidte de leur provenance. La contrefa$on 
de ces estampilles et celle des marques de fabrlque 
t:onstituent des ddlits punissables de la prison et de repara- 
tion pecuniaire. A Paris, les sacs de charbon sont estempiUes 
aUn qull n'y ait point de fraude sur leur contenn ; les nu- 
meros des voitures publiques , les charrettes, fouigons etc , 
sont soumis k Testampllte de la police. I^aprte le dernier 
decret sw le col porta g e, tout ouvrage dont le^lportage 
sera autorise devra porter restampllle des pref^ , et celle 
du minlsteie de Thiterleur k Paris ; le colporteur dont les 
ouvrages ont dej4 ete estampOies dans un departement, est 
tenu de les faire estampiller encore dans les autres. L*expe- 
rience a fait reconnaltre les embarras de ce mode; et bien 
que le decret que nous rappelons existe encore aiijourd'hui, 
I'on n*exige plus, comme garantie de rautorisation de col- 
portage accordee k ces livres, que Testampille du minlstere 
de rinterleor. 

£STE f Tune des plus andennes et des plus iUustres 
maisons prinderes dltalie, mais dans laqudle II est gene- 
ralement d'usage de distinguer une andenne maison d'Este 
et une autre plus recente. Celle-d eut pour souche Oberto II, 
Ills d*Oherto I*', dontle petit-fils, Azo ou Azzo U, obtiut da 



Tempereur Henri III Rovigo, Casal-Magglore, PootreiaoU 
et autres petits pays d'ltahe, k titre de fiefs. 

Par les fits de cet Azso II, Gueife IV et Fuico i*', ou 
Foulque, la maison d*Este se divisa alors en deux lignet 
principales, la ligne,anemande ou Gue\fe-B$H^ et la Ugne 
italienne ou Fulco-Bste. La premiere fut fondee par 
Guelfe IV, lequel, en Tan 1071 , apres la deposition d'Otbon 
deNordheim, ducde Baviere, re^ut de Temperear Henri lY 
investiture de la Baviere et devint, par Henri le Superbe, 
due de Baviere et de Saxe, et son Bb, Henri le Lion, le 
tronc des maisons prinderes de BmnsvHck et de Hanovre. 
La seoonde, c'est-ii-dite la Ugne italienne, et par suite les 
dues de Modene et de Ferrare, reconnaissent pour souche 
Fulco I**, mort en 1135. 

Pendant les douzi^me, treizieme et quaioraieme siedes, 
Phistoire des marquis d'Este, en tant que diefs des Guelfes, 
se confond avec la destinee des autres fhmlUes souvemines 
et des petites republiqnes de la haute Italic. Ils acquireot 
d*abord Ferrare et la marche d'AncAne, puis, plus tanl, 
Modene et Reggio. La maison d'Este se fit en meme tempft 
remarquer par la protection toute partlculiere que ses mem- 
bres accorderent loujours aux savante et aux artistes k re- 
poque la plus briUante de la litteratore italienne. 

Nicolas II d*EsTB, mort en 1838, avait deji fait de sa re- 
sidence te sanctoaire des arts et des sciences ; mais k cet 
egard Nicolas III d'EsiE, mort en 1441 , occupe encore 
une place plus distinguee dans I'histdre. Cdui-d reoi^anisa 
runlverslte fondee par son pire, en fbnda un^ seconde k 
Parmie, attira k sa cour les bommes les pins eeiebres en 
tous genres, et transmit* Tamonr des lettres et des scieoces 
en heritage k ses fils, Lionel et Borso. 

Lionel d'EsTS, rabrt en 1450, prince remarqoabte par Ta- 
mabillte de son caractere, par la grice de son esprit, par 
reiegance de ses moeurs, favorisa dans ses £tats le commerce 
et rindustrie, proteges les arts et les sdences, et surtoot Te- 
tude de la Utterature andenne, qui venalt alors de se re- 
veiller dans les esprits. H entretenait un commerce episto- 
laire avec tous les hommes eeiebres de I'ltalie, et passait 
pour un modeie d'eioquencc, tant dans la langue italienne 
que dans U langue latlne. 

Borso d'EsTB, son fr^re et successeur, mort en 1471, ne 
merits pas moins que lui de Pindustrie, de I'agriculture, des 
arts et des sdences. L'empercur Frederic III, lors de son 
passage k Ferrare, fut tellement cbarme de Faccueil que 
lui fit ce prince, qu'en 1452 il lui odroya le titre de due de 
Modene et de Reggio. Borso obtint ensuite du pape Pie II la 
dignite de due pour Ferrare, qu'il tenait du saint-siege k 
titre de fief. 

UerculB I*' d*EsTe, mort en 1505, suivit de tous points 
Texemple de ses predecesseurs. En deplt des troubles et des 
calamity de son epoque, II reussit, seconde par son oeiebr«- 
minlstro Bojardo, comte de Scandiano, k maintenir ses £tats 
en prosperite et k faire de sa cour le rendez-vous de tous 
les de ce iemps-l^. 

Alfimse i*' d'EsTE, son fils et son successeur, mort 
en 1535, miUtaire et homme d'£tat distingue, a ete oeiebr6 
par tous les Doetes de son temps, notemment par PArioste* 
Sa seconde femme fut la fameuse iMcrhce Borgia, et sod. 
f^ere ce cardinal Hippolyte d'EsTB qui par jalousie fit 
crever les yeux k son frere natord Jules, Une conspiration 
tramee par Jules et par un autre frere, appde Ferdinand , k 
Teffet de tirer vengeance d'Hippolyte, fut decouverte, et les 
deux freres perirent dans les cachets. 

En 1509, Alfonse acceda k la ligue de Cambrai^et lutta. 
avec succes centre les venitient; la meme annee ii aneantit 
sur le P6 leur flotte, jusqu'alors si redoutee, et remporta sur 
terre one victoire qui eut un immense retenUssement. En. 
revanche, les demeies qu'il eut avec les papes Jules IT^ 
Leon X et Clement VII, lesquels, «n raisdn de sa fidelity > 
la ligue de Cambrai, te frapperent d'interdtt et dedardrent 
vacant le fief qu'il tenait du sain^sieg^, eurent pour lui leu 
»uitos les plus ficheuses. Ce ne fut qu'apres te sac de Rome 



ESTE — ESTERHAZY DE GALANTHA 



19 



«a 1&27» sons Cbarles-Quint, que ce prince fit restituer k 
.Alfoiise cTEste toiites m« andenneg poewsskms et oonfinna 
de Dooveao la droit de MOYeramtfU doit JouisuH st mtiton, 

Hereule li d*£ftTBt son raocessear, roort en f K9, <p<nix 
de Rente» fiUe do roi de France Louis Xn el d'Anne de 
Bretftgne, fit preoTe dn plti» entler d^ooement mx int6ret8 
de Charles-Qointy perce que la puisaaooe de oe prince ^(lit 
sans llmites en Italic. Lni et sortoat son frfere, te cardinal 
ffippolyU te Jewie^ lionor^ent de toot leor pouToir les 
arts et lee sciences, et ee dernier fit oonstrdre k TifoU la 
masnifiqne yiUa tVS»U. 

AVbme a ne leur anrait ^t^ inMrieor en rien, si un 
gofit immodM poor le luxe, dans leqnel il Toolait Mipser 
le grand-doc de Florence , si one ambition sans iimiteff, qoi 
notamment, Texcita li dimeo repriies h faire ^ rnineases 
tentatiTes poor olitenir la cooronne de Polegne, enfln 
&i llnbomanit^ dont il fit preote en dtftenant poidant sept 
ans prisonnier danaim eadiot le po£te Torqnato Tasso, 
qoi afait'Tito k aa eonr, n*^talent pas aotaM d^efRK>l>lM 
laches restte k. sa ripotalion comine prince et oomme 
bomme. Qndqiie jbuM k trois reprises, il n*eut point 
d'eniants, et dMiisit poor soccesseor son cobsin C4$ar, 
mort en lOdSyOt d*oB fils naturel d*Alfonse I*'. L'empereor 
4MMX>rda bien k €eloi-d llnTestitore des fiefii de Modtae et 
de Reggio, qoi lelenientde rEmpire; nals le pape 016- 
roent VIII dMara le cboix fait par Alfonse II nol et non- 
aTcnoet en consAqoenee oonfisqoa Ferrare et diverses aotres 
parties de terrltoiiv relerant da saint-ai^, oomme fleft 
tombds en dtebtenee. 

Alfaiue Til dnBBn^ ills de C^sar, par rextrOme tio- 
ience^ son naturel fit d'abord redooter k sea si^on 
r^e ariiitraire et tjranniqoe. Mais la mort de son ^poose, 
Issbelle de Saroie, qu*a aimalt passfonnteent, modifla toot 
k fait son oaractftre, et faiiinspira le goM d'aie Tie calme, 
pieose et eonlemplatlye. Aprte on r^gne de coorte dorte, il 
se retira, sooa le nqm de Frke Jean-BttpiitU de Modtne, 
dans on coorent ao fond do Tyrol, o<k il termina ses joors. 
Aprte loi Tient one longue aoite de princes sans impor- 
tance el demrarte faMonnos X Fran^oii /* d'Esrs, fib d'Al* 
fonse III, mort en 1058 ; Alfarue IV d'Effts , mort en 1663 ; 
Fran^ IT d*BsrB, mort en 1694; tlinaldo (Renaod) 
(rfiBTR, mort en 1737, dont le manage a^ec Chariotte F^* 
cit6 de BruMwick, fille do doc de HanoTre, r^unlt les deox 
brandies dela dmIrob d'Este, s^rte depots 1071 ; et enfin 
ftan^(Ht III dlSfiB, k la coor doqoel Tteorent Moratori 
etTiraboBChi. 

ffercule ITT d^Esn, fils de Francois III, aoqoit il est 
vrai par martege les prindpaotte de Massa et de Carrara; 
mais k rapprocbe deParmte francaise, en 1796, il fiit oblige 
M so f^taifter k Taiiae; et le traits de paii de Campo- 
Formio (1797) MenloTa ses ^tatsdoModtoe et doReggio. 
Avec ce prince s*6teigpiit, en 1797, la descendance mAle de 
la maison d^Bsle. Sa fille nniqoe, Uarta^Bmhix Rieardo, 
<^ponsa Fefdinwd, troisitae fils de I'empereor Francois 
d'Aolricbe, qnl obUnt le doch^ de Brisgao k tttra dMn- 
demniUt poor Modtee, et momot en 1806. Leor file 
alo6, Franprii TV dUfo, lors de la dissolatlon do rojanme 
d'lUlie, fut remii par lea traits de 18U et de 1815 ea 
possession do dmM de Mod^oe, et, aprfes la mort de sa 
mto, arri f da tm 1819 , loi soccMa en outre k Maasa et k 
Cairara. /yoMfOto Fd^Esrc r6gne depots le If jaoTior 1846. 
ESTE. On pent nrir 4 Partide qui prteMe comment 
ce nom d*Ealo apportknt ^galement k fai maison de Brant* 
wide. II est deroMi de noa Joors le nom de fomtllo dea e»* 
fants tflsoa do dne Atigoste VMMt de Sosaex, n< le 27 Jan- 
Tier 1778, et de lady Momy. 

Le maiiasB do doe de Sossei, le siiitoe des fils do roi 
d'Anglderra GeorfBs III, atree lady Aogosta Morray ( fiUe 
«ln<e do eomto da. Donnore, aelgneor ^cossais, nfit le 

27 janfier 176i ) IM 9£i€br€ k Rome, le 4 avril 1798, sans 
f antorisatioB piMaMe des parents des cov^o^i^^*- ^'^ prftlre 
aaglican , qoll fiit piv ttrd Impossible de retroiirer, avail 



c^^br^ la c^r^monie noptiale, mais D*en arait dreft;^ > 
, acte aotbentiqoe. Lady Aogosta, poor aToir la preuve l^alo 
d*an manage rtellement contracts, bieo que dvHement imI, 
fit prooMer k Londres k one nonrelle calibration de son 
union. Le 5 dteembre 1798, aprto les trois publicationa 
d'osage, ftit eOtSM sans pompe, dana la paroisse de Saint- 
Georgs, le maiiage d'on M. Aoguste-Fr^lMcaTec Aogoita 
Morray ; lea deox ooqjoints paraissaient appartenlr k la ' 
classe la plos obacore de la sod^tA; la c4r^monie ooptlale 
out lieo Sana aocone pompe , et les formality ordinaires 
constati^reot le fait de la cfl^ation. Le 13 Janvier 1794*, 
lady Aogosta nut an monde on fils , qoi re^ les noma 
d'Avgutte-FrMMe, alors qoe le doc de Sussex se trooTolt 
k Usbonne. Une enqu^te Adte par ordre do gouTernomettt 
^renta le myst&re, et le maiiage du dnc de Sussex ftit d4- 
dartf nol de pidn droit en verto de la loi introdoite en 1771 
poor r^Ier P^tat dnl des membres de la fiuniUe royalop 
Le doc de Sosaex n'en perststa pas moins k se eonsid^rer 
oomme Talablement mari^, et en 1801 lady Aogosta donna 
enooro, le joor k one fille, qoi re^t lea noms A'Auguiia 
Smma, Ce ne ftit. qoe plus tard qu^on arrangement de fa- 
mine out poor r^soltat d^accorder aox deox en&nts issos de 
oette onion Tsnttque nom d'BUe, appartenant k la maison 
de Bronswtck-HanoTre, et k leor mire le litre de camiesse 
(FAmelandf avec one pension annuelle de 4,000 liYres 
sterling ( 100,000 fir. ). Le fils entra de bonne lienre dans 
Tarm^. A la bataille liyrte sous les murs de la Noovdle- 
OrMans, il rempllssait les fonctions d'aide de camp aoprte 
do g4ninl Lambert, et panrint plos tardao grade deoolonel^ 
avec leqod 11 prit sa retraitcPeo de temps aprto son aT^o- 
ment ao tr6ne ( 1880 }, GoiUaome IV lui conf^^ Tordre des 
Goeires de HanoTre. Qoand le d^cte des difl(6rents princes 
fils de Georges in, toos morts sans laisser d*enfant8, sembia 
rapprodier le due de Sussex de la cooronne, et do viTanl 
mtoe de ce prince, le oolond d*Este s*efror9a de faire r»> 
connaitre la Ugitimit^ do mariage de sa mire, qoi eOt en* 
traM sa reconnaissance comme prince de la maiaon f^ 
gnante d*Ang|eterre et dlrlande, ou tout ao moins de faire 
Taloir ses titrea k 4tre reconno oonwie prince de la maison 
de HanoTre. De nombreox fiKtnms parorent sur cette ques- 
tion, qoe la mori do due de Sussex fit de nooTcao agiter 
en 1848; mai^ lea pretentions do colond.fbrent encore one 
fois de plos lopoosste par une decision fond^ sur la.lpi 
r^gulatrice de IMtat d^il des meiobres de la familJe royale 
d'Angleterre. 11 est mort depaiS| le 28 d^cenlbre 1848, sans 
aroir jamais 4U marie. Sa sfleur a Spouse, en 1845, sir 
Thomas Wilde, crM plus tard lord Truro. 

ESTERf mot derire dn Utin stare, et emprunte k la 
langoe romane; il n*est plos d'osage aujourd^boi que comma 
terme de droit, et signifiait dans son sens primltif ^re, 
exisier. Ester en Jugementf c'eslMreen cause doTant on 
tribunal, adt oomme demandeor, suit comme defendeor. 
Toot le monde indistinctement n*e«t pas capable dVj^^r 
enjugement: lesmineors,lesinferdit8,nelepeureot 
fdre sans 8tre assistes de leors toteors ou corateiirs; la 
femme en poissance de marl, ffit-dle marchande pobliqoe, 
00 encore separte de Mens, ne pool sans raotorisation 
prdalable de son marl oo de U Justice ester en Jugementp 
mime rdallTement k sea biens parapbem'aux. Ester d droit, 
c'est comparattre et se presenter derant le juge oi'i Ton est 
die. Dans notre andenne Mgjblation^ un accuse condamni 
par eontnmace qoi laissait passer cinq ans sans compa- 
rattre ne poovaK plos ester d droit , c*est-Mire etre eooote, 
sans obtenir do roi one autorisationspedale, qu'on appelajt 
tettres pour ester d droit. 

ESTERHAZY DE GALANTHA, ancienne famflle 
de magnats liongrois, dont plus tard le rameao prindpd 
obtint la dignite de prince de rEmpire, et qui poaaMe ao- 
Joord^hul des domalnea d condderables que son dief est 
regarde comme le pins ricbe proprietaire de la monardiio 
autridiienne. Des genealoglstes complaisants oot pretendu 
la faire remonter jiiaqu*ii un certain Pant Estoras, baptisd 



40 ESTERHAZY DE GALANTHA — ESTHfiXIQUE 



en l*an 969, et qu'on noas dit iToir ^ l*an des descendants 
d^Attila; mais les documents autbentiqnes qui la concernent 
ne remontent pas an deUi de 1238 , 6poqae od Pierre et 
^lie, fits de Salomon d^Bitoras se partagferent riidritage 
paterael. Le premier eot poor son lot Zerhaz, et le second 
ill^eshaza, lis doTinrent lasouche de denx lignes principales, 
dbnt la demi^re s^est ^tdnte dans sa descendance m&le en 
1S38» en la personne du comte £tienne lUeshazy. Les des- 
cendants de Pierre prirent, en raison de leur propri^t^, 
le nom de Zerhazy quMIs gard^rent josqu^a ce que Tun 
d*eux, Francis Zerhazy {nA en 1563, mort en 1595), vice- 
palatin do comitat de Presboorg, ayant ^ crM baron de 
Galantha, eat cbang#^ cette occasion , en 15S4, sonnom 
en celai d^Esterhazy. Les descendants de ce Francis 
eonstitii^rent les trois branches qni snbsislent encore de 
nos Jours, celles de Csessneckf d*Altsohlou de Zolyom^ei de 
Frahno ou Forchfenstein. Cette demiere fat ^lev^e au rang 
des comtes de l^Empire dte Pannte 1626, tandis que les 
deux premieres ne le furent qu^en 1633. La principale bran- 
clie, c*est-^-dire celle de Forcbtenstein ou de Frakno, s*est 
subdiTis<^ k son tour en plusieors rameaux diffiSrents d(^i- 
gnte sous les noms de lignes conUale et prinMre. EUe fut 
fond^ par Paul IV d'EsniiiiAZT, troisi^me fils du palatin 
Nicolas d*Esterbazy,'n^ en 1635, promu a la dignity de 
comte de FEmpire en 1687, mort en 1713, laissant vingt- 
dnqenfants. 

Parmi les membres les plus remarquables dc cette ligne, 
noos devons citer ici le prince Nicolas d'£sTEiuiAZY, n^ 
le 12 d^cembre 1765. Dans sa jeunesse, il parcourut la plus 
grande partie de I'Europe, et fit surtout de longs s<^jours en 
Angleterre, en France et en Italic. Aprte iToir embrass^ 
d*aiK>rd la carri^ mtlitaire, il fut plus tard charge de mis- 
sions diplomaliqnes et d^ambassades. II encouragea g^n^ 
reosement lea arts et les sciences. On lui est redevable de 
la creation de la magnifique galerie de tableaux qui orne le 
Gartenpalast, dans le faubourg de Mariahilf, k Vienne, et 
pr6c4klement habits par le prince de Kaunitz. II y avail aussi 
r^uni un clioix prdcienxde gravoresetde dessins originaux. 
II ayait transform^ en T^ritable temple de la musique et de 
la botanique sa residence d*6t6 d*Eiseiistadt, oil il lit placer 
dans un snperbe tombeau la d^uille mortelle de H a y d n. 
Quand, en 1809, Napolton ent on instant la peos^ d'affai- 
blir rAotiiche en proclamant I'lnd^pendaoce de la Hon- 
grie, il fit offHr la courcmne de ce pays au prhice Nicolas 
d*£8terhazy ; mais le eonqu^rant s^^tait tout aussi compl^- 
tement mdpris sur les dispositions du prince que sur celies 
de la nation bongroise. Le prince Nicolas avail le bon sens de 
se soucier m6diocrement de T^^iat d^une royaut^, et ref usa. 
En 1828, il acheta du grand-due de Bade la d^cieuse lie de 
Mainau, situte an mifieu du lac de Constance. II est mort 
le 25 novembre 1833 h C6me, en Italie, ou il s'^lait retire. 

Son fils, le prfaice Paul-Antoine d^£sTEiuiAZT, n^ le 11 
mars 1786, se consacra k la carri^re diplomatique, et fut 
iiomm^en 18l0ministrepl^nipotentiaire d'Autricbe ^ Dresde, 
ambassadeur kLondres en 1830, ou il resta jusqu'en 1838, et 
cii il 86 fit remarquer non moins par le faste viaiment royal 
de sa maison que par son babilet^ diplomatique. Revenu 
dans sa paWie en 1842, il sTy rattacha au mouvement na- 
tional, et fut nomm^ palatin du comitat d'Oidenburg en 
m^me temps que pr^ldent de la sod^t^ d'histoire naturelle 
(1847), etfitpreoTC entoute occasion du plus louable dtf* 
Touement h la cause du progr^ en litt^rature et en poli- 
tique. Cette attitude quMl avail prise depuis longtemps fut 
<iause qu^en mars 1848 on Tappela k faire partie du minist^e 
Batthyanyi, dans lequel 11 (ht charge, comme ministre des 
affaires ^trang^res, de ddfendre les hit^rfits de la Hongrie k 
la cour de Vience. Mais lorsqu*une lutte parut d^rmais 
inevitable, et avant la dissolution du minlsi^ Batthyanyi 
CQ aoOt, fl donna sa d^mision ; et depuis lors il s'est com- 
pl6tementabstenude prendre part ao\ afTaires poiitiques. 
Le prince Paul-Antoine d'Esterhazy est aujourri*liui pos- 
Msaeur de .rimmense majorat appartenaat a la ligne prin- 



ciire d'Esterbazy-Forchtenstein, lequel comprend 29 Ml* 
gneuries, avec 21 cbAteaox,60 boorgslimardie, 414 villages 
et 207 prxdieSf dont radmlnbtration oentrale est & Ei- 
sen8tadt;8aDa compter la adgneorie de Pottenstein et de 
Scbwartibacb, dansia basse Autricbe, lecomt^ d'£delstetten, 
en Bavi^, el la seigneorie de Gailingen, dans le grand-da- 
cli^ de Bade. 

Son fils ahi^, le prince yieoUu^Paul-Charles d^EUtr- 
hazy, xi€ le 25 join 1817, est OMri^ depuis ie8 fdvrier 1842 
k lady Sarab-Frederica-Caroiine, fille de George CbUd- 
Villiers, oomte de Jersey. 

EST) EST9EST9 ( vin d' ). Foyes MonsnASCoNB. 

ESTEUF. VoyBZ tnm. 

ESTHER 9 lierolne juive, dont lliistoire est rapports 
dans le livre de TAncien Testament qui porte son nom. 
Elle s^appelait d^abord Badassa. Son p^, Abihail, ^tani 
venu II mourir, die avail M adopts par son oncle Mardo* 
c\\6d et habitait avec lui la Tille de Sme, residence do roi de 
Perse Abasverus (Asso^rns). Gdni-d, qa*on presume D'e- 
tre autre que Artaxerxte Loogoe-lfainy fat si frapp^ de sa 
beauts, qoll T^ieva ao rang d'^ponae soos le nom d'* Esther, 
qui veut dire ^MU, et plos tard il loi sacrifia mime son fa- 
vori Haman ( Aman ). Init^ par les pretentions hautaines de 
Mardocli6e, Haman avail r^ossi k rendre tous les Jutfs sus- 
pects an roi, et avail obtenu de lui plain poovoir de les faire 
tous forger. Mais avant que Pordre fatal eOt pu 6tre mi:i 
k exdcution, Esther parvint k faire changer le roi de de- 
termination. Non-seuiemenl Haman fat envoys au supplice, 
mais loos les ennemis des Juifs furent enveloppte dans la 
mdme catastrophe. 

En commemoration do p^ril auqoel its echapp^rent en 
cette drconstance, lis cdiebrent encore aujoord'hui, le 14 et le 
15 do moia deodar, one grande f6tet appelte Fdte de Purim, 
ou des sorts, parce que c*etait par voiede dteioations op^- 
rtes d'aprte les d^signationa du sort qu'Haman avail de- 
dde d^dgoiger les Joifs. 

Le livre d^Esther, dans leqiid bon nombre de thdulogiens 
ne venlent voir qu'une all^gorie reprtentanl r£gllse mili- 
tante, et qui vraisemblablemenl ne f^t compost qu'aprte la 
mine de rcmpire des Perses, n'eat poinl 6crii dans Tespril 
Ibtecratiqoe; car rien n*y est immediatement ramen^ a Dieo, 
dont le nom ne a*y Irouve m6me pas une seule fois men- 
Honnd. Un dtorel du ooocile de Latran ( an 366 ) Ta range 
parmi les livraa sacrds des Chretiens. Saint Jer6me en a re- 
jete comme douteox les six demiers chapitres, que les pro- 
testants regardenl comme apocryphes; mais le condle de 
Trente a admis le livre tool enlier. A ne les considerer qoe 
sous le rapport critique, il est impossible de ne pas voir 
que ces demiers chapitres sont d'one autre maui qoe les 
neuf premiers. Cependant, ils n*en sont pas mofais piiSdeax 
poor'lea details de moeors. 

Qud est Taoteor du livre d' Esther? Lea ons rattribueal k 
Esdras, d*aotres au grand-preire Joachim. Mais le plus 
grand nombre rattriboenl k Mardocbee lui-meme. On a pense 
qu*£8ther y eut qudque part. Nooa n*aTons pas de petne 
k admetlre cette soppositioo ; car toote son histoire atteate 
qo^elle etail one sooverahie de droit el de fail, richeinont 
poorvue d'espril et de beaute, assex pea lessemblaDte au 
portrait doocereoxqo'en fail Radne. L*Estber de SaintpGyr, 
M"^ de Maintenon, dul sans doute £tre flattee du parall^le ; 
maia d Loois XIV lisait la Bible, il n*a pas dt etre aussi 
satisfiiilt de sa comiiaralson avec Assueros. Deox tragedies 
du nom d^ Esther avaient precede celle de Radne : Tune 
d'Antoine Le Devio, 1570; Tautre de Pierre DuRyer, 1646. 

ESTHJ^TIQIIE) science do beao, nolamment dans 
les arts en tant qo^etant Texprcssion la plos complete du 
beau. C'esl sortoot en AUemagne qoe cette partie ratioo- 
nelle de la critiqoe a troove de fiervenfa et oonsdencieu^c 
interpreies. C*esl meroe sor le sol germanique qu*elle a en 
quelque sorte pris naiasance , car le nom d^esthHique , de- 
rive (lu grec ato6i)(rK, sentiment, lui tVildomie poor la pre» 
mi^re fois par Baumgarten. Lessiug k produit dans ce 



ESTHfiTIQUE — ESTIENNE 



((enre de critique des morceaux pr^cieax. II anaiysa 1e thi^ilitre 
firan^a, alors gto^ralement h la mode dana son pays, er, 
s*attachatit sartoat k la T<rii6 des caract^res et des senli- 
mento, il prit poar amai dire h partie lea penomiages de cea 
fictiona eomme dea 6trea r^ela. On regarde at critique plut6t 
cornme nn traits aor le ooeur hnmain que oomme une po^tl- 
qne. Lea terits de Lesaing donnteent une impulaion nouvelle 
aux esprita m^tatift de TAllemagne. Ploaienra dcolea d*ef- 
iMtiquete forni^rent. La plna c^^breeat eelle que Pilluatre 
Kant a fond^ par aon ooTrage intitule la Cri/iyutf du Ju- 
(ftment. Dana ce liTre, ou 11 recherche la nature du beau 
et du sublime, le philosophe de Kcenigsbeiig aoutient quit 
y a dans la po^ie et dans lea arte, dignes comme elle de 
peindie les sentiments par dea images, deux genres de 
beauts, Tun qui i^eut se rapporter an tempa et k cette yie, 
Tautre k r^terael et k rinflni. « 11 eat, a dit un toivain, 
une partie de la Critique du jugement qa\, malgr6 la 
nouTeaubl dea aper^t, a obtenu les sufTirages dea adver* 
saires le plus d^d^ des doctrines kantiennes ; c'est celle 
qui renferme la thtorie du gotit et Tanalyse du sentiment 
que les arts se proposent de rdTelller. » Malheureusement, 
dana les objets les plus clairs par enx-mtaoes, Kant (et 
c'est aussi le d^faut de son ^cole ) prend pour guide une 
m^taphyaique fort obscure. Aussi ses onvrages, hi^riss^ de 
difficult^, sont-ils pea ccnnus en France; mais chei sea 
compatrioles il avatt affaire k des lecteurs patients ot per- 
s^T^ranta, qui ont su T^tudier et le comprendre. 11 eut de 
nombreux et dingteieux disciples : le plus remarquable 
d'entre eux, en thiorie comme en pratique, fut le c^l^bre 
Schiller, qui, outre ses chefo-d'oeuyre dramatiques et his- 
toriques, a 1ais<^ un essai sur la grftce et fai dignity, et dea 
lettres sor Vesth4ti<fue, CHAHPACiiac. 

ESTHIOMENE (de Io6t6it8voc, qui ronge, qui cor* 
rode, fait de Mita, rongar). Voyez Dasiub. 

ESTHONIE, appelte par les Esthes IFiroma ( pay s- 
fW>nti^e ), gouvemement de Russie plac^, afec la Li Ton ie 
et la Courlande, sous radministration du gouvemeur g^- 
n6ral qui rteide k Riga, est la moins importante des trois pro- 
▼inces de la Baltique sous le rapport de la auperficie comme 
sons celui de la population absolue et relative. 

La province d'Esthonie ( en allemand Esthkmd ) occupe 
one superflcie de 206 myriam^tres carr^, dont la dtxi^me 
partie environ repr^ntde par le lac de Peipus, Tile de 
Dagoe, et les Hots de Worms, Nououk, etc. La population 
absolue est de 320^000 habitanta , ce qui donne k pen prda 
1,550 habitants par myriam^tre carr^. Appartenant depuia 
1721 ^ la Russi<>y sous le titre de duch^, die forme an sud 
du golfe de Finlande , entre la Narvra, fleuve servant de de- 
limitation k llngrie, k Pest, ia Livonie an sud et la Baltique 
k Touest, on pays de oOtes, preaqoe enli^rement plat, par* 
sem^ d'ane foole de marais, de landea et de blocs de granit, 
arroA^ par plus de deux cents lacaetde nombreux misseaux. 
Toutefois on y tronve aussi une grande quantity de terrains 
fertiles produisant beaucoop de grains, notamment du seigle 
et deTorge, employ^ soit pour la consommation locale, soit 
pour la fabrication d*eanx-de-vie, pour leaqudles dea d6- 
boucb^ avantageux existent dans TlntMeur de la Russie. 
Le sol produit auasi beaucoup de chanvre et de Un, et Tex- 
ploitation des ^paisaes forits de sapins et de iwuleaux qui 
le couvrent en une foule d'endroits n'offV-e pas moins d'avan- 
tages. 

En ce qui est de la population mdme de celte province, 
il faut bien dlstinguer les Esthes d'avec les Esthoniens, car 
ces derniers, qui composent la noblesse et la population des 
villes, melange d*Allemands, de S'K^ois et de Russet, regar- 
doraient comme une insnlte d^6tre places dans la mSme ca- 
K^rie qtie les premiers, qui forment presqiie exclusivement 
ta population de<) campagnes. Cenx-d , les Esthes , qui ap- 
partiennent k la rnce finnoise, sout les habitants aborigines 
du pays. lis parient une langue douce et harmonieuse, for- 
mant deux dialectea principanx, celui de Reval et ceini de 
Dorpat, eC riche en beaux chants populaires ( consultez 

OICT. DR LA coif VERS. — T IX. 



4t 

Neus, Chants populaires d^Esthonie, 2 vol. [en allemand ] ; 
Reval, 1850-1851 ). lis ont d'allleurs beaucoup de disposi- 
tions natoreUes pour la po^e, une grande puissance d'ima- 
gination, beaucoup de bon sens nature! et une admirable 
force de mtooire. 11a sent doux, bienveillanta et religieoxy 
trda-attacbte an eulte proteatant; par contre, fort endins k 
la colore, k ia vengeance et kla cootradlction; on pent aussi 
leor reprocher beauooop de pi^jugte religieox. Mais tons 
leura d^uts peuvent dtre attribu^ an pen de aoUlcitude 
que leura dominateurt ont de tout temps t^moign^ pour leur 
perfectionnement moral. Une grande partie de la Livonie 
est aussi habits par des EsUies, notamment toute la contrte 
de Dorpat, de Fellin et de Penuiu : aussi diatingoe-t*on 
en Livonie une Estbonie particuli^ en opposition k la Li- 
vonie proprement dite, ou pays dea Lettes, On lvalue k 
050,000 Ames le nombre total dea Esthes. 

Le gouvemement d^Esthonie est divis^ sous le rapport 
adminlstratif en qnatre cerdea : odul de Harrien ou de 
Reval, cdui de WIerland ou de Wesenberg, odni de Jerwen 
ou de Wdssenstdn, et en0n celui de Wieck ou Hapsal. 
Plus d'un dixltoie du total de la population babite lea villes. 

Les dnq villes de cette province sent Reval^ Weissens' 
tein , dont la population est de 3,600 hab. ; Wesenberg 
(2,000 ), Hapsal (1,000), et Baltisehport on Baltisch- 
hafen ( 500 ), k quoi il faut ijouter 45 paroissea plus ou 
moins considerables et deux gros bonrgs. Leal et Knnda ; 
le dernier, petit port de mer d*one oertaine importance. Les 
deux autrea ports de rEsthonie sont Reval et Hapsal, dont 
la navigation , comme celle de tous les autres ports de cette 
partie de la Baltique en g^n^al, a dnguli^rement d^chu 
depuis que Saint-P^tersbourg, giice k Taccroissement in- 
cessant de la rade de Cronstadt, devient de plus en plus le 
grand centre du commerce de cea contrto. Les importa- 
tions de TEsthonie consistent prindpalement en ^tolTes de 
sole, de lalne et de coton, en bois strangers, en fruits sees 
et en sel. Les exportations se composent de chanvre, de 
lin, d*orge, de seigle et d'eau-de-vie de grain. La religion 
du pays est le culte lutlK^rien; sous le rapport religieux, la 
province est diviste en huit pr^vOt^, placte sous Vautorit^ 
du conslstoire d'Esthonie, si^geant k Reval. Cependant, dana 
ces derniers temps r£glise catbollque grecque a fait parmi 
les populations dea progrte de plus en plus rapldea. 

L^Csthonie a successivement d^pendu des rois de Dane- 
mark, des souveraina allemands de la Livonie, dea rois de 
SuMe et enfm des czars de Ruasie. Le fils de Waldemar 1*', 
Knout (Canut) VI, roide Danemark (1182-1202), com- 
ment la conqu6te de cepaya, qu'acheva Waldemar II, sur- 
nomm^ le Vietorieux ( 1202-1241 ), lequd prit le titre de 
roi de tous les Slaves, Waldemar III, en 1347, vendit 
TEsthonie aux chevaliers Porte-Glaive de Livonie, ordre de 
dievalerie aflilie k I'ordre Teutonique, dont cette province 
partagea dte lors tontes les destinte. En 1561, £ric Xi V 
soumit TEstbonie k la couronne de SuMe, qui en conserve la 
possession Jusqu'en 1710. Cette ann^-lk, Pierre le Grand 
a^etant empar^ de cette province, la poaaession Ini en fut d^- 
finitivement c^d^ par la paix de Nystadt 

ESTIENNE (Famille des). La famnie,on pourraitdire 
la dynastie de cea c^^rea imprimeurs , a r^^ pendant 
tout k) selzi^me si^e, par la sdence et par r.'ndustrie, avec 
plus d'Mat que bien des families royaiea. Elle a produit et 
public beaucoup plua que les Aldea et plusde 1,200 ou- 
vragea sont sortis de sea presses. 

ESTIENNE (Hsmu), premier du nom et clief de cette 
fomiile, naquit k Paria, vers 1470. Admirateur de Tart typo- 
graphique nouvellement invents, il ne craignit pas, pour 
I'exercer, lul issu d'une tr^s-andenne maison origtnaire de 
Provence, de d^rogerk la noblesse de sa race, et bravant 
m^me rexh^r^ation patemelle, il comment, eu 1502, 
son ^blissement d'imprimeur libraire , rue du Clos»Bru« 
neau , prte des ^coles de droit. II adopta la devise plus 
olei quam vini (plus d'huiie que de vin), et 128 ouvragea 
f ont reat^ catalogue comme sortis de ses [iresses. il mourut, 

6 



49 



ESTlENiNE 



€0 1621, i Paris » laitttnt ime feuve et trois 6i&, Frangois , 
Mobert et Charles. 

V&TlfSmE (FBAiffoif I*') contiDua U profensioii d« 
100 p^, ep 8oci6ti6 aTec Simoa de ColiaeSy qui aireit M 
TsMdci^ dfi Henri Eadeiiiie et qui ^poosa sa veuTe* II ne ae 
maria point, eft mowut en ibM. 

y ESTIENNE (ROBBRT I*'), aecond fik de Henri, naqnit 

[k Parii, an IMS, et ae Toaa avee ardenr I T^ftude de la Btt^ 

[nture. II posaMait one eonnaisaance approfondie dea langues 

iMne* greoqne et h^raiqae. Aprte la mort de aon p^, il 

J travaiUa queiques anndea en common ayec Simon de Co- 

•Unea^et donna d'abord tona aea aoins 4 one Mition dii 

1 Kooveao Testament, plus correcte et d'un format plus com- 

I tfiodo qufr toutea oeilas qui araient pani aoparavant. Son 

; MM rapide inqui^ta les doeteurs de Sorix>noe , qui auraient 

tolonticmtMiav^ nn pi^toxte poor B*oppoaer h layente d^un 

Hvre qui s'tenlait av«c rapidity, et on lea partisans das 

SouTeilea. doctrines religienses puisaient lenra principaox 

miSumentB. Robert lal-m6me ^tait attadi6 kla rtforme, et 

oootribua II aes progrte par di^erses publicationa. II ^usa 

PAroaille, fiUe de rimprimenr Jodocos Badiua Asoensius. 

Oetta fiBmme.sa>Tait si bien le latin, qu'elle reosetgna k ses 

OBfaots et 4 ses domestiqaes, en sorte qoe dans toute la 

flniaan . il n^y avail personoe qui ne parlAt oouramment 

Mite langne. Vers I'an f 526, Robert dtabllt rae Saint- Jean- 

de-BeaoTaia, k Penseigne de r Olivier ^ one imprimerie de 

liqaetle il aortit . nne suite d*ooTrages trte-estimables. Ses 

ddilioos des classiqnes greos et latins ftirent enrichiea de 

•oCes ntilea et de prtfaoes inl^reasantes. De plus, il Yeillait 

I ee qn'ellea ftisaent aosai eorrectes que possible, et dans oe 

Imlii afflchait ses ^preoves, et promettait des recompenses 

k teux qui lui signaleraient des fantes. II employa d'abord 

les m6mes t^pes que son p^ et Simon de Golines ; mais 

▼ers Pan 15S2 il lit fondre des caract^res plus ^^gants, 

iveo lesqnels il exdcota aa belle Bible latine. 

CMte publication lui rttire des perB^cutions , k Tabri des- 
quclles il ne put se mettre que par la protection de 
Fnm^oia I^, et par la promesse de ne plus rien imprimer 
Mns Tapprobation de la Soriwnne. A U m^me dpoque il 
donne lapremlted<ytion de son Thesaurus lingua lalinse, 
dicUonnaire d*un grand m^te, quMl perrectionna dans 
ehftqoe Mitiou posl^rieure, et qui a serri de base d*abord 
•u TWfor de Gessner, puis anx Lexiques de Pacciolati 
el de Force! lini. En 1539 11 rcQut le titre d'iroprimeur 
du roi poor le latin et l*h^reo. A sa requite, Francis I^' 
fit fondre, par Garamoad, lesbeaan caract^res que poasMe 
encore llmprimerie imp<Male. Do nooveNes attaques, pro- 
▼oqute an sujet de la Bible de 1545, ftarent une seconde fois 
tertte par le roi ; mais, coraiiie, apr^ la mortde ce prince, 
elles raconunenc^rent avee plus de vivacity , Robert se Tit 
Mfltt force de quitter la France. En 1552, it se nftire k Ge- 
fl^re, ob il imprima, avee son lieao-frere Conrad Badiua, 
le NooTean Testament en fran^is; ensuite, il eiablit dans 
^ Mile tille vne tyjiographie parti coUere , d'od sortirent en- 
\ ton plosieurs boos onvrages, qui portent pour enseigne un 
\ Ctivier, au-dessoos doquel on lit ces mots : OUva Hoberti 
! Biephani. II se servit ponr ces publications des beaux ca- 
; fteteres de Garamond, dont il avait emporte avec lui lea 
ttiatrices, et ces matrices hirent pins lard (en 16le) lede- 
■MUideea II la r6publique de Geneve par le gouTemement 
frau^is. Rot)ert fut re^u bourgeois de Geneye eu 1556, et 
fliounitdans ceite viHe, en 1559. On estime surtout, parroi 
ies diverses editions, les Bibles b^braitques, la-4'' et in-16; 
la Bible latine, tn-foL; le Nouveau Testament in-fol., que 
Pon regardait comme le plus beau livre imprime en grec; 
ks HistorisB ecelesiaUicas Scriplores^ Busebii Pr^epara- 
tlo et demofutraiio Bvangelica^ \eDenys d'HalieamaMse^ 
le Dion Cassius, public avec des additions importantes; le 
Cieiron, le Tirence, le Ptoute, etc. 

X8TIE1INE ( GBARLBa ), troisi6me fils de Henri 1«% ayant 
,dld re^n dodeur en mededne, voyagea en Allenia$;ne, 
Ml ItaHOf et se fit imprimeur, a son retoui' a Paris, eu 1551. 



Comnie typograpbe, il avalt one merveiUense babHsl^ : 
parmi les 92 onrragea de son catalogoe, on dte partieo- 
li^rement le IHciionariium historicttmaepoeiieum^ eumia 
geniium, hominum, iooortim, ete., veeabula eompledens, 
Paris, 155a, fai-4% encydopMie rtimprimite li Gcn^e m 
1666, puis k Oiford en 1671, et k Londies en 1696. CDome 
savant, il n*avait de rivaux parmi lea imprimeors que dans 
aa&miUe MaUieureD8eaient,Uaaitd\MoaracttosiJaloox, 
ai irascible, que, s'^tant ali^D6 toua aes confrtees et sei^ 
neveox, Urestaaawappui, sansseoonrt, quand sesdetleft 
le arent enfermer auGbitalet a Paris. Aprtedeux aon^ 
de detention, U y moomt, en 1564. 

ESTIENNE (Hsion U), lila de Robert I""^ naquit k Pari^, 
en 1528. II «tait doo^ dea plus heureoses dispositions, a 
s'adonna avee ardour li H^tude de la langoe greoque. 11 eoi 
pour maltrole savant Pierre Dante, ^l^e de Lascaris el de 
Budte, premier professenr de grec an Goli^ de Fnmce, 
qui ne consentit k donner dea lemons particuliAros qu'an fil> 
do roi et II Henri Estienne. Ce dernier afnstrulait aofisi 
auprte de Tnnan et do TomMie, et devint bienlM Ton des 
plus habiles bell^nistes de son temps. Ses progrte daas la 
Ungue latine, que sa mtee lui avait OMOi^ite dte son bas 
Age, ne furent pas moina rapides, comme le pronvent les re- 
marqoea qu*il publia snr Horace li TAgede vingt ana. 11 avail 
aussi 6tudl6 avec xde les maUiftnatiquea et appria asset d'as- 
trologie, science fort en vogne k cette Apoqoe» pour regretter 
le temps qu^ donna k oette Atode cbimteiqoe. A peine ligiii** 
dix-buit ana, il coUaUonna un nanoacrit de Denys d*Hali- 
camasse, dont aon pte publia la premiere Edition en 1546. 
L'annte soivante, il se rendit en Italic poor mettre k prolit 
les trteors des bibliotb^ues de Florence, de Rome, de 
Naplea, de Venise, et 11 en rapporta plnsieors copies pre- 
cieuses des autenrs classiqiiea. U visita ensuite rAngleterre 
et les Pays-Baa, et revint k Paria en 1552, an moment oii 
son p^ se diaposait k paitir ponr Geneve. II est probable 
quMl i'y suivit; mais en 1554 il Mail de retour k Paris, ou 
il sollicitait la permission d'^blir une imprimerie, et ap- 
puyait sa reqndle aor le priviMge accord^ k sen ptee par 
Francois I*'. La m6me annte il visita de nonveau iUtalie , 
pour comparer les manuacrits de Xtoopbon et de Diogtoe 
taerce, et an commencement de 1557, il entreprit k Paris , 
dans une imprimerie qui lui appartenait en propre, l« 
publication de ces ouvrages, pr^parte avee tant de soin ci 
par tant de travaux. II n'aurait pu supporter par lui-mtaie 
les fraisde cette entrepriae; maisUlricb Fugger,ricliepar- 
ticulier d'Augsbourg, vint k son aide, et lui foumit les fond6 
nAcessaires avec la plus grande gte^rositi^ : Henri, par re- 
connaissance, prit le litre d'imprimeur de Fugger. La mort 
de son p^ le plongea dans un profood ohagrin, dont il 
fut afTect^ longtempa* II suivit enfin le conseil de ses amia » 
se maria, et letronva aon ancienne actirit^. Cependnnt, 
comme il avait embrasaA publiquement la r^forme, il ne vtt 
que trop souvent son repos tronU6 et ses travaux inter- 
rompus. 

En 1566 il pnblia la traduction latine d'H^rodote , |>ar 
Valla, corrigte dans un grand nombre de passages , et d^- 
fendit dans sa pr^ce le ptee de I'bistoire centre le reproolie 
de cr^dulit^. Robert Estienne avait d^ reeoeiUi dea mat^ 
riaux poor un dicUonnaire grec; Henri oontinua oe grand 
travifil, et publia, en 1572, le Thesaurus linguss grsecse, 
qui est rteliement un trteor de science et de critique , et 
qui sufBnit seul pour assurer k son auteur une gloire du* 
rable. Ntenmoins, ie prix tiev^ auquel il fut oblige dc 
vendre cet ouvrage, qui lui avait tant coQIA de toutea ma*- 
nitees, et I'abn^ qu'en fit Scapula, en relardteent telle- 
meat led^l^ que le malbeureux auteur se vit bientdt dana 
de cruels embarras. II fit un voyage en Ailemagne pour ae 
distraire de sea diagrins, et y cliercher les resaonroea <|ui 
lui manquaient. Le roi Hqnri III lui aooorda, II est vral, 
pour sou livre de la Pr^cellence du langage frangois^ 
une graliiicalion de 3,000 livres, el de plus une p^iii&ioti 
dc 300 livres pour Taider a la rcciierclie dest uiauuscriSs; 



ESTIENNE — 



f(tiM!» il est probable que ces souimes ne ftireDt pas enti^re- 
inent ou r^suU^meat payta, car la position da cd^re 
typographe do s*am^ora pas. H se retira de la eoar poor 
4>occaper plus atilemeni, et Y^cot k Orleans , 4 Paris, k 
Fraacfortf k God^tb et ^ Lyon. Dans un Toyage qo'il flt h 
cette dw'niira Tille , il tomba Bialade, et moorol h Thdpital, 
en I&989 probablenent attW. De son manage avec la fllle 
du sayant Sarimger, noble ^oossais , il ayait eti deux flUes, 
dont Tune, Florence, ^pousa Ca^anbon, et on ills qoi 
honora anssi la profession d^imprimenr. 

Telle fut la tiiste fin de Tan des bommes les plus sayants 
et les plus actUa qni aient japiaiB exists, d'on bomme qui 
a renda dMmmenses servioes i la lUt^tore andeuie. Si 
ses ^tions son! moins belles que celles de son p^ elles 
ne lear cMent en rien sons le rapport du m^rite et de la 
correction, hd teste des auteurs elassiqnes qu'fl a pnbU^ a 
longtemps ser?i de base anx 61itions post6rieores, et c'est 
k tort qu^on lui a reproch^ d*y avoir introduit qnelquefoia 
des corrections arbitraires : oes corrections ^taient tirfes 
4es manuscrits; mais Henri Estienne a n^lig^ d'en fndiquer 
la source. II composait les vers latins avec une extreme fa» 
cilit^; ilavait de la viTacit^ dansresprit,aimaitii Cure usage 
<le la plaisanterie et m6nie de la railleria; mais il 4tait sus- 
c^ptible^ ne supportait pas la contradiction , et sa permottait 
des ^pigrammes mordantes centre ceux qui ne partageaient 
jias ses idte. Panni ses nombreuses ^tions, on distingue 
princlpalemcnt ses J'oeUB grceci fnineipes heraiei carmi' 
nitf ( 1666 , in-fol. ) ; Pindari et eaterorumoeto Iphcorum 
camina.(1560, 1566, 1586, ln-24); Mcufime de Tpr, 
Diodore^X^nophon, Thuqfdidef H^rodote,Sopkoele, Es- 
chjfle^ Diogdne Laerce^ pltUarque, ApolUmiuide Rhodes , 
CaUimaque, PUUon, H&rndien^ Appien, Horace, Vk-ffUe^ 
PUne lejeune^ AulurGelle, Maerobe^ le recneO des bii- 
toriens romains, etc» 11 a traduit en latin plusieurs aoteurs 
grecs, et compost en flran^ais qnelques ounages de peo d'^ 
tendoe, tels que V Introduction otf Traiiide la tonformiti 
des merveUles anciennes avce.les modemes, ou TraUi 
pr4paratif& Fapologie pour ff&odote i 1566) ; 1^ Trait4 
de la cor^formiti du longagefraneaU avec le pree, sans 
date. Mais son plus beau' litre h la reeonnaissanee de la pes- 
t^rit^ est sans contredil le Thesaurus Ungtus grseese, qui , 
a bien des ^vds n*a pas encore M snrpiftS^, et dont 
notre si^cle a 66]^ vu paraltre denx nonToUes ^tions. L'une 
•a 6t/6 pnblite k Londres , augmentte de renMrques el de snp- 
|)!eaients foomis par plusieurs savants philnlognes; mais le 
(irix en est ag-dessus de la port^e des g^ de lettres» et elle 
n'a pas ^ ex^ut^ avec toute la critique d^irable dans le 
clioix et la distribution dee mat^riaox. En outre, Tabseaoe 
de Pordre alpbab^tiqne a nni considfrablement k Tdcoule- 
ment do livi^ , k son nsualit^. Pour le rendre anssi utile que 
possible, MM. Didot ont Judidensement pens4 que eet 
ordre devait 6tre r^tabUdans TMition qu'ils en ont public, 
pour laquelle ils ont mis k contribution les seconrs des sa- 
vants de France, d^AUemagne, de Hollande, etc., et oil ils 
<>ntfait entrer les additi<»8 les plus prfcieuses de P^dition 
aaglaise. 

ESTIENNE (CaABLGs),fr^ de Robert I*', fut d'abord 
prdceptenr chez Uaubassadeur Baif» s'^tablit imprimeur en 
1 55t» et mourut^ cribl^ de dettes, en 1564. On lui doit des 
Diotionnaires latin et (free, nn Dietlonartum hUtorico- 
geographico-poeiicum (1566, postliume), el le Pradium 
tusiicum, de Vani^ (1554), tra4uit en francs, sons le 
titre de ifai^on rustique^ par Liibault, gendre de Tddi- 
tenr. Cbaries Estienne ^tait m^dedn. 

ESTIENlfE (RoavRTlI), second fils de Robert I*', nA 
k Paris, vers 1530, ne Toulut pas embrasser les opinions de 
la rtforme, et fut, en 1552, d^h^t^ par son p^, sur son 
refos deTaccompagner k Geneve. Pnw6 de Tappui patemel, 
il se crte , par sun intelligence et son travail, d'honoraliles 
resaonroes; et quatre ans ne sMtaient pas €coa)i6s, qu*il se 
trouvait k la t6te d'une imprimerie k lui, d'od sortaient 
148 oQVrages, avec ou sans la marque de VOlivier de& £s- 



ESTIME 4f 

tienne, et toojours dignes do ce symbole. En 1561 il eotit 
titre d'imprimeur do roi, et moumt en 1575. 

ESTIENNE (FRANQon II), troisitaie fils de Robert 1*% 
sutvit son pto k Gen^e, ayant, oomme lui, embrass^ U 
r^forme, et exer^ dana celte viHe llmprimerio, de 1563 I 
1583. 

ESTIENNE (RoBBBT m), fiH aln« de Robert II, dialt 
fort Jeone k la roort de son pdre, et n'ettt qn'en 1606 PimpH* 
meriede sa mto, veuve cm aeeondes n6oes de Mamert P%* 
tisaon, totiifonrs sKote rde Saint-Jean-de^Beauvais, k 1'^* 
aeigne de VOlMer, C^tait un bomme d'esprit; ayant un 
talent partieuUer pour les devises; alorv fort k la mode. 11 
moum t en 1 639. 

ESTIENNE (Hnmu III), son Mre, M tr^sorier deft 
Mitiments do ro! et imprimenr, d^639 k 1653. Deux d| 
ses fils se firent connaftre. Pun Ro^t IV, oonrnte avocal 
au pariemont; Tautre, Henri IV, sleur des Foss^, par set 
Aloges de Louis le Juste. 

ESTIENNE (Paol), fils de Henri II, naqnit en 1566. 
Aprfea de brUlantes et solides etudes, son p^, qui lui del- 
tinait son imprimerie, le fit voyager potar le mettre eo 
rapport avec les savants Grangers. 11 visita ainsi la Hollande, 
TAUeraagne, PAngleterro, et fonda, en 1599, k Geneve une 
lypographie , d*oti sOrtirent 36 MKions d'auteurs classiques^ 
tootes importantes par leur correction et leurs notes. 1| 
mourot, en 1637, dans cetle villo, laissant deux fils, An* 
toine et Joseph, dont le seeond mourut imprimeur do rol 
k La Rodielle , en 1639. 

ESTIENNE (AirromE), fils de Panl et petit-ills d6 
Henri Estienne, naqnit k Geneve, en 1594,et vint s'^bllrl 
Paris, ikdii-hnit ans. Rentr6 dans leselii^^ l^ise catholique^ 
fl obtint, ootre le litre d*imprimeur do roi et du clerg^, la 
protection et les largesses du cardinal Doperron, publia df 
belles et utiles Mitions , ^pronva de grands revers de for* 
tone, et, d^venn infirrae et avengle, fut rMuit i^ soUieitei' 
son admission k I'MMd-Dieu de Paris, oh il mourut en 1674^' 
k 1^ de qoatfe-vingts ans. 

^TOfATION* En termes de* pratique, on entend par 
ee mot I'^valuation, la pris^ d*nne cbose mobili^ oa 
d'un Unmeuble. Des experts nonnnte par lestribnnanx d<Her- 
minent cette valeur prialaUement k toutes les ventes judi* 
dalres sur Ndtadon, ou k tons lea partages. Les officieiv 
ministferiels, notairesyhuissiers, grefliers,suivantles distinc* 
tioBs de la loi, ont pr^ndu avoir le monopole des estima* 
tions de menbles ou ob}ets niobiliers dans les inventairetf 
aprte d^ete; cette pretention n'est pas fond^, ettout simple 
particulier ou expert pent proc^der k cette estimation, en 
pr^tant toutefbis entre les mains du Juge de paix le sefr 
ment preserit par Part 935 du Cbde de ProcMure. 

ESTIME ( Morale), II ne s^aglt pas Id de cette sorte de 
eonsidirationquo Ponexprime an basd*une lettre, 00 dans 1^ 
coors ordinaire de la vie , et dont on s'attache k fixer la me- 
suresuivant les droonslanoes et les personnes avec lesquelles 
on est en relation : cette monnide, dont Peibpreinte est ef- 
Uc6e, si Jamais die en eot , drcnle cependant , et cbacnn 
vent en recevoir la quantity k laquelle il crolt avoir des litres. 
On a ni6me pr^tendo en faire nn dts droits de Pliomme en 
socitto : la quality d*homme et de membre de la dt6 impose, 
dit-on , k tons ceux qui en senlent le prix Pobligation de 
Pexprimer par des ^gards mutuds; il y a des convenances 
sodales qui en dMvent, etc. On ne le ronteste point; mais 
le mot estUne a une autre aeception, beancoup plus grave : 
il dtelgne le sentiment inspire par de bonnes qualtt^s mo- 
rales, appr^to par la raison. Entre les liommes estimablcs, 
une estime r^proque est la source des plus deuces et des' 
plus durables jouissanoes de PamitifS ; Paitadiement , Paf* 
fection pour une personne qn*on n'e^timc point est toujours 
pteible. L*homme d^urvu de bonnes quality morales saura' 
les reoonnaltre et mtoie les apprdcier dans les autres, s! sa' 
raison est exercte; mais il ne peut en r^ulter aucune sym- 
patliie, aucun sentiment d'affection : il nW a que les homniea 
csttmaMes qui pufesent ^tre onis par une estime mutuelliyi 



44 



ESTIME — ESTOCADE 



Les Tertos ne sont pas touimire dignes d*eslime : si leurs 
actes ne sonf pas approuvte par la laison , on regrettera qae 
ces Booroes de bten cooleDt sufTant des directions et en des 
lieux ou leur influence ne pent ^rasalutaire; en on mot, 
on n*estime que oe qui est bon, et en raison du degr6 de 
bont6 que Pon y d^convre; les fiicnlt^ sentantes et IHntel- 
ligence prennent ^ementpart h cet actede TAme humaine; 
elle y est tout enti^. Fbbbt. 

ESTIME (MariM), m^thode d'approximation par 
la^/ielle le navigateur mesare la longueur du cbemin qu'ii 
a fait, determine la direction qu'U a suiTie, et par conse- 
quent le lieu oik il se trouTe. R6duit k Tusage de deux ins- 
truments, dont I'nn est peu correct, et Tautre n'indique pas 
tout ce qu'il faodrait eonnaltre, il faut que rexp6rienoe et 
quelques obsenrations Tiennent k son secours, et lui four- 
nissent lea moyens d Aeciiiier les erreurs qui rteulteraient 
in^Titablepnent des donn^es imparfaites que ses mesores lui 
foomissent. D*tieure en heure, ou mtoie plus souvent, il 
fait Jeter le lo c h k la mer, et on obtient ainsi la connaissance 
de la Vitesse du navire, poorTu que la mer n'ait aucun 
loMTement particnlier; mais il est rare que les eaux soient 
r^liement dans T^tat d'imroobilit^ que Ton suppose* I/ail- 
leurs , le loch n'apprend rien sur la dMve du yaisseau » et 
1.1 boussoleneHndique pas non plus; cependant, il est 
iniispensable de tenir oompte de ce mouvement qui modifie 
la direction suiTie : de h la n^cessit^ de recourir li des ob- 
servations ind^pendantes de la mer, et ce sont les aslres 
qui donnent au navigatenr instruit la connaissance exacte 
du point ou il se trouve, c'est-inlire la lo ngitud c et la 
latitude. Mais les marins experiment's out acquis unc 
telle habitude de rectifier les donndes de Vestime qu'ils 
n^admettent les rteultats des observations astrqnomiques 
qu*autant qu'elles sont k peu prte d*accord avec leurs moyens 
ordinaires d'evaluation. Le capitaine Co ok etait dans Tusage 
de prendre una moyenne entre son estime et les donn^es 
qui lui etaient (oumies par les astronomes qui I'accompa- 
gnaient dans ses voyages de d^couvertes : et I'on salt jusqu'^ 
quel pomt ce navi^tenr a pouss^ Texactitude , la precision 
des mesures dans tout ce quHl a fait pour acbever la recon- 
naissance de notre globe. Remarquons aussi que dans le 
cours d^une longue navigation des erreurs en sens con- 
traire peuvent se conpenser , et que des metbodes incor- 
rectes peuvent etre employees sans de graves inconvenients. 
Plusieurs voyages autour du monde out ete faits sans autre 
guide que I'estime, et ils ont reussi dans tout les sens de ce 
mot. Ferry. 

ESTISSAC (Famine cV). La terre d*Estissac en Pcri- 
gord (Dordogne), apr^s avoir appartenu, pendant plusieurs 
siecles, h une famille noble de ce nom, passa dans la mai- 
son de La Roc hefoucanld, par le manage de Francis, 
prince de Marsillac, serviteur devoue de Henri lY, avec 
Claude, soeur et heritiere de Charles d^£stis8ac, dernier rc- 
jeton m&le de sa race. Sous ses nouveaux proprietaires, la 
S4;igneurie d*£stis8ac obtint, comma celle de Liancourt, 
d^Anville et de Doudeauville, les honneurs de Perection 
diicalc. 

Louis-FrangoiS'Armand deLa Rochefodcauldde Roye, 
due D*EsTissAC, ne le 22 septembre 1695, fut connu d'a- 
bord sous le nom de comie de Roucy, comme chef de la 
branclie pulnee qui portait ce titre. 11 epousa en 1737 sa 
cousine germaine Marie de La Rockefoufauld, dite M>ic de 
La Rocheguyon , fille cadette d'Alexandre , due de La Ro- 
chefoufauld , qui mourut sans posterite mAle, et il re^ut, en 
fateur de ce manage, le litre de due d^Estissac, rendu he- 
reditaire par lettres patentes du tnois d'aoOt 1758. Honore 
da collier des ordres du roi en 1749, il fut pourvu en 1757 
de la charge de grand-mattre de la garde-robe du monarque, 
aur la demission du due de La Rochefoucauld , son beaa- 
piive, k qui Louis XVI en reserva la survivance. Le due 
d'Elstissac mourut le 28 mai 1783. 

Francois de La Roguefodcaclo D^i^Tiss\c, petit-fils du 
precedent et fib alnedu chef du nom ctdcs arir.es desa mai- 



son, futautorise, en 1814, par le roi Louis XVIII, k rqirendre 
le litre de due hereditaire d^Estlssac, que son aieul arait 
porte. 11 recueiUit le ducbe de La Rochefoucauld et lapdrie 
en 1827; mais alors au nom d*Estissac, dont le litre ducal 
devait passer I son fila aine, le roi Charles X substitua, 
par lettres patentes du mois d^avril 1828, le nom de Lian- 
court, eneonservant k ce nouveau brevet Tancieoneie, 
Tberedite et touCes les prerogatives dont il jouissait soos son 
ancienne denominatimi. 

Alexandre-Jules ns La RocosroDCAULD, comte d^Estis- 
SAC, chef de la seconde branche de eette illustre maison , 
ne II Mello, le 23 Janvier 1796« releva en 1839 la qualification 
de due d'Estissac Anden depute, U devhut nahr de France 
le 7 novembre 1839; il etait alors colonel d'etat major, et 
aide de camp du roi. 

ESTOG ou ESTOCQ, mot qui est probaMement one 
corruption du mot allemand stoss, qui a le m^me sens. Go- 
belin et Menage le font deriver de Tallemand stock, tronc, 
souche, b&ton ferre, epieu; Le Ducliat le tirede Talleuiand 
stechen, percer, stichy coup d^estoc. D'autres veulent qu'il 
vienne de ritalien stoceo, synonyme de coutille ou dV/M^ 
longue et etroite. Rarbazan ne fait dater que du quhoieme 
siecie I'expression estoc, Cependant, Testoc etait coonu au 
moins comma une espece d'arme de fantassln, shion 
comme un coup d'arme, au temps de Louis IX , et dans 
les exerdces od Ton courait le faquin. Sous le rigne de 
Henri II, nos compagnies d'ordonnance portaient I'estoc. 
Les Espagnols se servaient d*estocs dans les combats sin- 
guliers. Rrantdme nous dit qu*en Italic « le grand-ecuyer 
de Charles-Quint portoil Testocq du roi. » Le terme utoc 
n'est plus employe maintenant qu'adverbialement : frapper 
d*estoe, c'est pointer ou donner de la pointe d'une epee 
ou d'un espadon. Frapper d'estoc, estocader, ou est(H 
quer etait un ancien usage de la milice romaine, et ve- 
gece rappelle aux troupes cette maxime, qn'i/ ne faut pas 
frapper detaille ou porter des coups de taille, Tite- 
Live attribue les defaites des Gaulois k la nature de leurs 
epees, qui n^etaient pas propres k frapper de pointe. Lea 
coups de pohite oud*estoc se donnent dansou hors, sur ou 
sous les armes ; ils se portent aussi en flanconnade. 

G** Rardim. 

ESTOCADE ou STOCADE suiYMt VEncyclopSdie , 
mot dont retymologie est la meme que celle d'es^oc. Des 
ecrivains prennent ces deux mots Tun pour Tautre , mais 
dans les descriptions des pieces qui font partie des cabinets 
d'armes, on nomme positivement estocade, etnon estoc, 
une ep(^ en spatule dont on ne se servait qu^k cbeval et 
comme d'une lance. Quoique le fer en ii^t long, il n*y avait 
qu'une courte paKie de cetle lame qui pAt faire blessure : 
cette partie offensive, cette spatule, de 22 k 27 centimetres^ 
avait forme de braquemart : le reste de la lame n^etait 
qu'une barre carree. Pr^s de sa naissance et en son milieu, 
la spatule etait percee, de part en part, d'un troo, dans lequel 
s'introduisait k demeurc une brocbe de fer, de 5 k 8 centime 
tres de luug : cette broche, de la force d*un gros clou d^e- 
pingle, avait pour objet de retenir ou d*attacher le fourreao, 
parce que ce fourreau n'etait pas plus long que la spatule t 
le reste de hi lame demeurait nu et decouvert. Ce fourreau 
eiait en mati^re solide et de forme inofTensive, parce qu'il ser- 
vait de frette ou de mome k la lame, c'estrk-dire qu'il y restait 
quand on devait s'en escrimer dans un combat simuie, en 
employant Tarme frettee, mornee, innocente, courtoise. Les 
estocades n*avaient qu'une poignee k croisette, parce qu'une 
garde efit nui dans le combat k cheval , puisquMl f allait que 
de la meme main dont il tenait la poignee le combattant 
saislt le faocre ou branche saillante qui etait fixee k demeure 
sur le pectoral droit de la cuirasse. 

Le mot estocade a eu d'autres acceptions : il s'est pris 
pour brette k qoatre carres , de un m^tre environ, et k poi<-> 
gnee termuiee en pivot; il a signifie encore un genre de 
blessures, ou de bottes d*escrimc , ct un coup d*arme difT(6* 
rent de la coutillnde. u" 0\acix 



ESTOILE — ESTOMAC 



4& 



ESTOILE ( PiERHE TAISAN DE L'), naquii k Orleans, 
Ten 1480 » d'un p^re qui, premier magistral de oette Tiile, 
d^drait que son fils suivlt la mtoie carri^re. U se lifia avec 
tant d'ardeor k i*^tude de la jurispradence, qu'en 1512 il 
obtenait une cliaire de doctenr-r^ent k l^uxuTersit^ de sa 
▼ille natale. Son enseignement multiplia singuli^rement le 
nombre de ses auditeurs, parmi lesqueU figurait CalTin. 
L*Estolle fat beaacoup plus son ami que son partisan. Marie 
de I'EstoUe, oomme par ses liaisons avec Tb^ore deB^ze, 
qui , dans ses Juvenilia , l*a c^l^rte sous ie nom de Can- 
dide, 6tait ni^ da sayant professeor; elie moumt jeane. 
L'attachement de Theodore pour la ni^s*^tendit^ Toncle, 
qu'il cite oomme le plus subtil (aculissimus) juriscon- 
suite des docteurt de France. Pierre Taisan de i'Estoile, 
aprte avoir perdu sa femme, devint cbanoine d'Orlians et 
archldiacre de Sully. Sous ces deux litres il parol, en 1528, 
au concile provincial de Paris, od il s*deva avec tantd*^ 
nergie contra lea opinions nouvelles, que Francis 1*^ crut 
devoir se Tatlacber en le nommant conseiller au parlement 
et pr^ident aux enqu6tes. U mourut dans ces fonctions , le 
21 odobre 1537, laissant plusieurs ouvrages de droit. 

ESTOILE (PiEBRB DB L*), petit-Gis du pr^c^enl, fils 
d^un conseiller ao parlement, parent ou alli6 des fiimilles 
les plus distingu6esdanslamagistralure, grandwiudiencier 
de la chancellerie, naquii & Paris, vers 1540. Ces audtenciers, 
au nombre de quatre, exer^ent aiternativement leurs 
fonctions par quarUer on trinu»tre. Quek|ues biographes 
les ont signal^ comme de simples huissiers. C^est une 
grave erreor : lesgrands-audiendersde la chancellerie ^taient 
de v^ritables magistrals, cliargte du rapport des afTafres 
port^ k cette haute Juridictlon.^ Pierre de TEstoile, bon 
Francis, annaliste consciencieux, k port^, par sa position 
sociale, d'etre bien inform^ de tons les grands ^v<^nements 
de r^poque, avail 6crit, Jour par jour, ce qui se passait d*in- 
t^ressant k la cour el k la ville. 11 n'^tait point ligueur, ni 
ce qu^on appelalt alors politique on royalitte prouonc^. 
Son journal se fait remarquer par une grande Iranchise et 
vne rare ind^pendance d'opinion. C'est ub p61e«m61e de 
fails tr^varies. Les alTaires de l'£tat s'y m^lent k cellos 
de la famille de I'auteur, aux prix desdenr^es, aux maladies 
r^antes , aux dv^nements s^rieux ou gais de cliaque jour : 
c*e8t on compte-rendu de tout ce qui fait Tobjel des con- 
versations. II raconte ce qu'il apprend, sans engager sa res- 
ponsabilik^; et, quand il croit 8*6tre tromp6, il se r^tracte 
francbemenl. Il ne s'est point pos6 comme liistorien; il n*a- 
vait fait son journal que pour aider ses souvenirs. Ce n'est 
done pas one liistoire, mais un recueil de prteieux materiaux 
historiques. Son oeuvre se divise en deux parties : 1® le 
Journal de Henri III, 2® \e Journal de Henri IV. ht pre- 
mier, commence en 1574 , finil k 1589 : Godefroi Ta public 
en deux volumes in-8°, k Cologne, en 1719; le deuxi^me a 
(^td impnm^ en 1632, en deux volumes in-S**. Ces deux ou- 
vrages ont aussi pam sous le litre de Mimoires curieux 
ffour servir d Vhistoire de France, depuis 1575 jus- 
iu*en 1611, 6poque de la mort de Tauteur. Godefroi, 
Tabb^ Lenglet, Le Dochat et d*aulres commentateurs } ont 
ajout^ beaucoup de notes et de pieces : 1° la Description 
de Vile des Hermaphrodites , pampb!et Iddeux de cynisnie 
rontre Henri III et ses mignons ; 2** Le Divorce satirique 
et la Co7\fession de Sand : Henri lY est fort maltrait^ 
<]ans eel ouvrage; on lui reproche surtout son abjuration; 
3 le Discours merveilleux de la vie , actions et ddpor- 
tvmentsde Catherine de Midicis , libelle passionn^, acri- 
iiionieux , oii la haine de parti se montre dans toute sa vi- 
rulente exaltation. Ce recueil est d^ign^, dans le monde 
litt^raire et dans le commerce de la librairie, sous le litre 
unique de Journal de VEstoile. 11 oonvienl de distingiier 
des pamphlets ajoutte k son ceuvre d*autres pieces origi- 
nale^, qui se font remarquer par une discu^on sage et 
<^4ilaip^ et par des relations exactes, telles que la Y&ritable 
fatality de Saint-Cloud, la Relation du meurtre du due 
et du cardinal de Guise, par Miron, mc^decin dc Henri 111; 1 



et les Lettres de Henri IV aux duchesses de Bea^fort et 
de Vemeuil. Pierre de I'Estoile moumt en 16 il, dans ud 
Age tr^-avanc^. 

ESTOILE ( Claude de L'), seigDear du Sanssai , n^ k Pa- 
ris, en 1597,' fils du pr^cMent, 4tail an desdnq poetesque- 
le cardinal de Richelieu employail k la composition de ses- 
oeuvres dramatiques. Sen! il a toil quelques pieces m^- 
diocres, telles que La Belle Eselave, V Intrigue des Filous 
de Paris, Le Ballet des Faus, etc. Quelques odes, Yemeni 
oubli^, lui ouvrirent Im portes de I'Acadtoie Frangalse ea 
1632. II dut surtout Get honneur ao patronage da cardinal 
de Richelieu. 11 travaillait beaoeoop ses ouvrages, elaffoe- 
tail une causUque s6v6rit6 pour ceux d^autmi. Sea ooll6guea 
le cliargirenl de lour Cure on rapport sur la Tersification 
do Cid. La faiblesse de sa mmH el son goQl pour le plaisir 
lui interdisaient tout labour assidu. II ne travaillait qu^a la 
lumidre, m^me pendant lejour. Un mariage d'indinatioa 
acheva de d^ranger ses afbires, el il ful (onA de se relirer, 
avec sa famille, dans on petit domalne qui lui restait, et 
oil il mourut, en 1651 on 1652. II Usail ses ouvrages k sa 
servante. En cela seul il ressemblait k Comeille et k MoU^re 

ESTOILE (PiEREB POUSSE-MOTHE DE L' ), fils du pn^ 
cedent, cbanoine r^gulier, abb^ de Saint* Acheul d- Amiens, 
mort en 1718, a Iaiss6 plusieurs ceuvres arch^logiques el 
bagiologiqnes, oubli^ depuis longtemps. Son principal 
m^te eat d*avoir mis au jour les joumaux de son grand- 
p^re, dont II l^ua le manuscril, forroant 5 volumes in-fo- 
lio, i son abbaye. On ignore ce qu^il est devenu. 

ESTOIklAC* On d^gne par ce nom le principal organe 
de la digestion : c'est un sac membraneux, form4 par 
Pamplialion des In les tins. Chezrbomme, ce visc^a la 
forme d!une comemuse, mais chez les animaux ii diffl&re 
sous ce rapport de configuration , comme sous celui de beau- 
coup d^autres. Ainsi, chez quelques espices, telles que cer- 
taines tortuea marines, I'estomac est arm^ de sortesde dents. 
Les ruminants sont caract^ris^ par la presence de quatre 
estomacs portant cbacun an nom particulier, lupanse, le 
bonnet, le feuillei, la caUlette. 

LWomac de Thomme est intdrieurement rev6tu d*ane 
membrane analogue k celle qui tapisse la boucbe , laquelle 
est dou^e d'une vive sensibility. On y remaqoe deux ouver- 
tures, une appel^ car dia, qui communique avec un con- 
duit appel^ (c 5 op A ape, lequel s'^lend jusqu'l Tarri^re^ 
bouche; Tautrese nommepff I ore, communiquant avec le 
premier des inlestins, appel^ duodenum, Cet organe est 
recourb^ sur lui-mdme el forme un arc dirig^ de droile a 
gauche; ilest placd au-dessous de la fourcheftte que formenl 
les c^tes et enlre le nombrii, endroit que Ton appelle vulgai- 
rement le creux de Vestomac, ipigastre ou rigion^gas- 
triquc dans le langage des midecins. Les deux ouvertures 
que nous avons fail connaltre sont plus bautes que le fond, 
et par cette disposition les substances aiimentaires ne pas- 
sent point dans les faitestiiis par leur poids, mais seulement 
quand elles out M suffisammenl ^aborte, II ^tait n^ces- 
saire de determiner ici avec precision Pemplacement de I'es- 
tomac, porcequ^on commel joumellemenl une erreur k ce 
sujet en disant : « J*ai mal au coeur , » quand on ^prouve des 
naus6es on quand on vomit; on devrait dire : « J'ai mal a 
Testomac; » c*estdans la r^ion qui a ^16 indiqu^e qu'^on 
ressent une sensation pdnlble : la place occup^e par le ccBur 
se reconnalt facllement aux baltements de cet organe. 

Les fonctions dont Testomacest charge dans le jeo de Tor- 
ganisme en font un organe des plus importants , el qui a une 
influence tr^grande sur la vie : si^e dela faim et la soif, 
il est en rapport avec le cerveau , oil r^ide Tempire de la 
volenti, et auquel il commando en despote. Ainsi, dto que 
que la sensation de la faim est excite, Vestomac sollicite 
le cerveau de lui fournir des aliments, comme un maltre 
Sonne son valet pour metlre la table; et il est ob4i, coAte 
que coOle. 11 est bien rare que le cerveau paisse roister k 
Get appel : il faut un eCTort de volenti dont pea d^bommes 
sont cap(diles. Le moi peed presque toujours ses droits > 



46 

Vorganedont fl procWe Tenant ^ s*affecter au point que la 
Taiwn se perd. On a cependant des exemples de cc trioniphe 
du oerveau mar I'e^toinaG. 

On a pr^tendu quNine partieda oenrean prodoisattla f^i m , 
parce qu'on Ta troriYte trfta-d^velopp^ chei lea pereonnesaf- 
fani^ et gpurmandes mAroedans TenAuiee : les pbrteolo- 
gi8teseo4>nt fait Torgane de VaUmsnULnviU : Usle pUcent 
4M-det80as dee tempes. Quoi quni en aoit , le cerreau, k aon 
tour,eicerceune inauencetrte-grandeaar Pestomac, influence 
dont II Gonyient d'Uidiqiier id la port^ Lea oecnpations intel- 
lectueUes,8ienes80Dttropabstraite8,tropprolongto, prodoi- 
flent one irritation e^i^raleqoe I'estomac partage prompte- 
ment, elquiaetradoitparnnmalaiBe resaentidanal^^pigastre. 
Le ehagrin agit de mtoie, et pioa Yivement ;8*11 eat entreteno, 
it peot prodaire des effeta anaiogaea k ceox des poisons : 
beancoup de (putrites, d^olc^rations, de cancers de i'es- 
tomac, n*ont soQTent pas d'autres cansea. C'est ainsi qne 
i*toie range le corps. En ralson de oette sympathie qui unit 
«assi araitement le cenrean et I'estomac, les stimulations 
de ce dernier organe retentissent k km tour snr le pre- 
mier. L'iTresse foumit un exemple trap commnn de cette 

action. 

Ces informations snfBsent pour Indfqoer sommairement 
llmporiance de I'estomac dans i'enserable des organes de 
la yie, et poor montrer comment Plnsuffisance des aliments 
«t des boissans, on lenr maoTaiae quality,- doit produire, 
d'une part de grares dterdres, et d'une autre comment 
l*exc^ contraire doit atoir foment dea r^ultats funettes. 
€e n'est pas impnn^ment qu'on satisMt h la gourmandise, 
li-.la gloutonnerie, on k la passion des liqueurs alcooliques. 
Ainsi, par dee motifs oontraires, I'estomac est nn ennemi 
pour le licbe comme pour le pauTre. D* Gbahbonniee. 
ESTOMAG (Cramped'). Voyei Cramps. 
ESTOMAG (Creux de 1'). Voyez l^piGASras. 
fiSTOMPE* On donne ce nom k un moroean de peau 
fOttMe, fixte dans cette disposition, par son bord eiteroe 
aeolement, kl'aided'un pen de oolle, et taillte de telle fa^on 
que sa forme ci^lindriqne se termine par deui cdnes dont le 
sommet est en dehors. Get instrument sort k <^tendre le 
crayon sor le papier. On emptoie plosieurs sortes de peaux 
k sa confection. L'estompe de buffle fond ais^ment entre 
elles les liachnres de la pr^aration ; celle que I'on fabriqne 
ATOc le cuir de I'agneau enl^Te la coulenr ; la peau de castor 
la fixeassasolidement. On substitne avec ayantage k cette 
matitee le papier gris, ahandonnant plus facilement le noir 
sur la feoiUe que Ton vent charger d'ombres. On propor- 
ttonne la grosseur de ces objets d'ex^cution k la dimension 
du sujet et des fignrcs k dessiner. On doit Writer cependant 
la trap grande t6nnit^ de lenr pointe : oet exofes est nuisible 
^ Pensembie du travail, et prodoit de la s^heresse dans le 
faire, Aussi , tea estompes aplaties yers leurs bouts peuyent 
ifttre adruitement utilisdes k reprodnire des plans larges, et 
deyenir pr^f^rabies dans les fonds , que Ton rend plus yapo- 
reux. Le crayon le meiUeur pour 6tre estompi est le plus 
tendre; le darlaissedes siDons, qu*!! est souyent impossible 
de faire disparbltre J.-B. Dglestre. 

ESTOUVELLES (D*). Foyes DEsrooyELLBs. 
ESTRADIOTS9 soldats k cheyal, qu'on tirait autre- 
fois de la Grto et de I'AIbanie. Ce mot yient du grec orpa- 
Ti^fvK* qui signifie soldat. Les V^nitiens introduisirent fes 
premiers cette milioe dans lenrs arm^s. Lea Francis les 
yirent k ToRuyre lors de Texp^tion de Charles YllI en Ha- 
lie, et particoUtemenC k la bataille de Fomoue. C'dtait de 
bonne cayalerle l^g^ : anssi Louis XTI en prit-il 2,000 k 
son leryioe, lorsqu'il marclia centre GCnes. Leduc de 
Joyeu$:e en commandait on escadron k la bataille <le Cou- 
tras. D'aprte Philippe de Comines, lis 4taient y^us a la 
turque et ayaient la sal ad e poor coifTure : on les app4!lpit 
officiellement chevau-Ugers albanais, Lenrs armes (^talent 
one large ^p^e, la masse k I'ar^on, etaii poing une zagaie de 
3 mMres 25 ^ 4 metres, ferrto aux deux limits. Le P6re Da- 
niel a donn^ la figure de t'ei«tradio{ dt^ns son HisMre de 



ESTOMAG — ESTRAMADURE 

la Milice franfaise. Monter k cheyal «yec des ^yi&res 
oourtes , c'^tait monter d la mauresque; monter afec des 
Mriyiireslongues, c'^tait tnonter & testradiote, 

ESTRAGONy esptee dn genre armoisef de la familJe 
des coraposto. On la nomme encore serpentine , k cause 
de la ressemUanoe de sa radne ayec le corps d'un serpent 
ou d'un dragon repli^ plnsieurs fois sur luiAndme, resaem- 
blanceque rappeile ^^dement son nom sdentifique, arte- 
nUHa draeuneulvs. Cette plante yiyaee crolt spontan^ent 
en SibMe, d'ob elles'est r^pandue il y a longtemps partout. 
Ses fieoflles, petites et aUoi^^, ont nne odeor agi^Ue et 
l^^rement piquante. H eat peu de noa potagers ok Pestra- 
gon ne se trooye. II contnbue k la compoation det salades, 
dont fl rel^ye le gottt, en facilitant la digestion. L'estragon 
entre aussi dans plnsieurs inflisions , telles que le yinaigre 
d'eatragon, dont Temploi est trte-fr^ent On le mulb'ptie 
parle separation de ses pieds, 00 par les bootures de ses 
tiges; mais ce dernier proc6ie est trte-rarement mis en 
usage , parce que les tiges de If estragon sont faibks et ddli- 
cates. Cette plante est d*une constitution fiilble; elle craiiit 
t*bnmidite, et est sujette k pounir ou k fondre , sortout daus 
les terres Ibrtea, grasses et compactes : 11 faut done , autaiit 
que les ciroonstances le permettent, placer Testragon dans 
une terre douce et 1^^, et iui donner des arrosements 
mod^r^. C. Tollard alud. 

ESTRAMAQON ou ESTRAMASSON, mot d^ye de 
t'italien stranuizzone, et qui dans ce cas semblerail anaiu- 
gne au yerbe etramaxautte^ Jeter par terre, atterrer, comme 
si I'on frappidt ayec one nuaza 00 massue. Cependant, on 
pourrait croire , d'aprte Manage et iHerre Borbl, qu'il pro- 
yiendrait du latin barbare serammasaxtu, qu*on trcHiye dans 
Gr^oire de Tours. Carr^ , dans sa Panoplie, accuse une 
^ymologie difRfirente : ii pretend qu'on nonunait estra- 
mofon, ou extrema acies^ I'extrtoiiti du aabre, mesnrfe 
k o"*,32 de distance de la pohite. Le terme estramagon si- 
gnifiait lourde 4p6ej 6pU d large tranchant^ 00, suiyaut 
Pasquier, coup de taille. De I& le yerbe estranuifonner^ 
frapper de taille. Chflp^ric, en 584, est asaassm^ k coups 
d'estrama^on (scrammasaxus), Onse seryaitd'estrama^ons 
dans les combats k la mazxa, dans les duels k mort. 

G*^ fiAROUI. 

ESTRAMADURE (Sstremadura). H y a deux pro- 
yinces de ce nom, Tune en £spagne,raotre en Portugal. 

Ayantlanouyellediyisionadmlnistratiye et politique intro- 
duite en Espagne, PiTj^ramcu/iire d'Eapagneayait Badajoz 
pour capitale. Situte entre le Portngal et la Nouvelle-Casiille, 
die esttrayers^e dans sa partie septentrionale par le Tage, et 
dans sa partie m^ridlonale par la Guadiana; bornte au aord 
par le royaome do L^n et au snd par PAndalousie, elle forme 
depuls 1833 les deux proylnces de Badajoz et de Cac^rte. 
Sa superficie totale est d'cnviron 476 myriamitrea carres , 
et sa population de prte de 600,000 Ames. Bien qu^elle da 
soit que la continuation de la haute terrassedelaNouyelle- 
Castille, rEstramadurene sed^yeloppepoortant point comnte 
celle<i en uneplaine unifonne. EUeest, au contraire, limit^e, 
au nord, par la sierra de Credos et la sierra de pata : Tune 
et I'autre yiyement accidents , et demiers prolongenaeiita 
des montagnes qui la apparent de la Castille; au sud, par 
les esp^ces de plateaux ou de p&turages ddseits, im pen 
moina dey^s, qu'on dteigne sous le nom de sierra Cons- 
tantlana, continuation de la sierra Morena; aoul^ Ye- 
menis du sol qui enyoient en tous sens de nombreusea ra- 
mifications k I'lnt^rienr de rEslramadore. Aussi cette con- 
trte forme-t-elle moins une plalne qu'une cr6te oaonta- 
gneuse et onduleuse, bien arroste, g^n^ralement bien bois^ 
\k ob il extste des montagnes, et ofTrant dana sea Tallees 
les plus yerdoyants pAturages. Cependant, en d6pit de \i 
ricliesae de son sol et de sa fertility, riLstramadure est rest^ 
depuis Pexpolsion des Maurcs dans un 6\Bt de mis^re et d< 
desolation complet. Cest \k une des consequences des sacri 
flees que I'agriculhire espagnole fait k VH^ve des moutons 
dc la Mesta, ou droit de yaine pAture <$tal)li au profit dc 



ESTRAMADURE — ESTRAPADE 



troupcaui erranU, syst^e qui fait regarder le sol comme 
la propri^t^ commime des Aeveurs de troupeaux. Ind^pen- 
damraent des luoutons, on y ^ve aussi beaucoup de di^Trea . 
et beaucoup de pores nonnris k la glands , qui scnrent h . 
feire des jambous et des sanciflsons, k bon droit renonmi6s. 
y^l^ve des cheraux, des Anes et des mulets, des vers k soie 
et des abeilles De lalsse pas non plus que d^y doimer lieu 
k des profits d'me eertaine importanee. Sexploitation d<is 
mines, autrefois si productiTey est de nos Jours k pee prto 
DuUe. Lindustrle y est d'ailtenrssans importance, et le com- 
merce ext^rlenr se borne ao transit avec le Portogal. La 
population de I'Estramadure, panyre et clair-sem^, tenue 
en deliors do teste de TEspagne par Pabsence totale de 
routes TiableSy eat pea dvilis^, et n'est gutee int^ressante an 
point de vue moral. On recmte cependant d^excellents soldats 
dans son sein, et c*e8t de rEstramadure que sont renus les 
plus calibres eonquUtadores, et aotres chefii mllitaires. 

Aprtel'Alem-TeJo, VEstramadure du Portogal est la plus 
grande province de oe roy aome. £lle ofTre une snperficie de 29 i 
royriaini&trescarrte, et, y oompris la population de Lisbonne, 
compte environ 800,000 habitants. Elle est gte^ralement mon- 
tagneuse. Ao nord du Tagei jusque dans la province de Beira, 
se proionge la continuation de la baute sierra da Estrelha, 
avec ses sanvages rocbers calcaires k pic, envoyant de nom- 
breuses ramifications dans (oute la contrte. A I'oiottt de 
Temboucbnre da mtaie fleave, se troave la montagne gra- 
nitiqne appelte la ilerra de Cintra, hante deh k 600 m^ 
Ires au-dessttS du niveau de la mer, et do caract^ le plus 
romantiquement sauvage, aboutissant au Cabo de Roea, 
4equel forme i'extrtoit^ snd-ouest do continent europ6en. 
Au sud du Tage s'^tendent des landes urides, fnterrompues 
quelqiiefois par des marali; on y troove lUrroMcto, mon- 
tagne calcaire k base de grte, qoi atteint okie Ovation d*en- 
viron 340 metres, et abootit k la mer avec le Cabo de Espi- 
cheL Beaucoup de parties de c^te province sont extreme- 
inent fertiles , mala le reateest aride et inculte. Le Tage, qui 
ne devient navigable qa*k Abrantte, 6*est4-dire k environ 
15 myriam^tres de son emboncbnre, renferme un grand 
nombre d*lles. Les principales productions de rEstrama- 
dure sont le vin, Tbuile, les fruits du Midi, les grains, le 
li^e. Les parties sablonnetises elles-mtoies sont couvertes 
de cistes, de remarins, de myrtes et antres plantes odori- 
f^rantes. L'A^ve da b^tail n'y a pas pris d'Importance. En 
fait de min^ranx, on n'y rencontre qne du marbre, de la 
liouille et do set foesile (suitoul aux environs de Setubal) ; 
c*est \k aussi qn*est situi^ la seule source saline qui existe 
en Portogal, la source de Bio-Mayor^ prte de Santarem. 
C'estsurtout dans cette province que les tremblements de 
terre, assei fr^uents en Portugal, ont exerc^ leurs ravages. 
Elle est divis^-en trois districts : Leiria, Lisbonne et San- 
tarem; en 15 comorcos, on arrondissements judicialres; 
en 84 conselhoif ou communes, et en 474 paroisses. 

ESTRANOHELO. Onnommeainsi l*alphabet syriaqne 
lious la forme la plus andenne qu*on lui connaisse. Le Sy- 
rien maronite Assemani, mort pr6fet de la biblloth^ue 
du Vatican, en 1768, a cm troaver Torlglne de ce nom dans 
le mot grec atpofrvXoc , arrondi, £plth6te qui ne s'accorde 
aftsm^foient pea avec la nature, au contraire roide et an- 
gulense, do la plnpart des vingt-deux caractires qui com- 
posent cet alphabet. La forme la plus commune anjourd'hui 
des lettres syrlaqaes, oelle du caract^ peehiio^ adopts k 
une ^poqoe eomiparativement r6oente, pr^sente des traits 
bien autrement arrondls que ceux de I'autre, et qui lui m^ 
riteraient k bien phis Juste titre le nom d'estranghelo , si 
r^tymologie donnte par AssemanI avait qnelqne justesse. 
Les savants orientallstes Mlcbaeiis, Adler, Hoffmann, voient, 
au contraire^ dans ce nom une contraction de deux mots 
arabes qui se ptxMioncent Satkar-andiii » et signilient dcrt- 
tare de rMvangile, Le systtaie graphique connu sous le 
nom &esiranghelo hit primltivement employ^ cliez les Sy- 
riens poor la transcription des saintes kcritores et dc la li- 
tBinie. Cost aussi le caractire dans leqnd ont 61^ ecrits 



47 

presque tons les manuscrits ant^riciirs au huitieme dtele. 
Depuis cette ^poqoe , est exdosivement r^serv^ poor les 
titres des livres. On en trouve un beau sp^lmen dans la 
Bible polyglotte imprim^ k Londres, par Samuel Baxter, 
en 1831. Les formes deVestranghelo rappdlent celtes do 
caract^re cbaldalque ou b^breu carr^, auquel dies ont ^vi- 
demment^ empruntto. lAon Vaissb. 

ESTRAPADE. Ce mot, d^rlv^ de Tancien verbe 
fran^ia estraper, briser, a ou a eu deux signillcations. En 
termes de mau^e^ il se dit de l*action d'un cheval qui se 
dresse en I'atr, en d^tachant de furleuses rnades pour d6- 
monter son cavalier. C'^tait aussi an supplice de mer, con- 
ststant k guinder le coupable k la hauteur d'une vergue, 
d'od, le laissant tomber dans la mer„ on 1^ plongedt au- 
tant de fois que le portait la sentence : c^est ce qu'on appe- 
lait aussi la cafe. Vestrapade de terre 6tait un supplice 
plus crud, en usage dans le midi de l^urope, et dont la 
forme variait suivant les locaUt^s. Quelquefois on Halt les 
pieds et les mains du coupable derri^re le dos; on le his- 
sait , "an moyen d*une pouUe, et on le lalssait tomber jusqu^a 
80 centimetres k 1 m^tre de terre, de.manidre que ses bra» 
et ses Jambes iprouvassent de grandes doulenrs par le i)oi(Js 
de son corps. Mais quand on se contentail d^attacber les 
mains do patient derri^re le dos, ponrle faire tomber sur 
ses pieds, alors les sonffrances 6taient horribles : le poids 
du corps faisant revenir les bras en avant, les 6paules se 
trouvaient demises. Cost de cette demifere manid'e qu^oii 
infligeait l*estrapade dans les £tats soumis k la domination 
du pape. On a Tu longtemps k Avignon , sur la place Saint- 
Pierre, k c6U du tribunal de ce nom, une poulie & 10 ou 
15 mMresde terre, d^ob Ton faisait descendre rapidemeot 
les victimes. Le sapplice de Testrapade fot introdult en 
France sous le r^e de Ftan^is 1*', et on Finfligea spd- 
dalement anx huguenots, que, par un rafflnement de 
craaut^, on replongcait plusieurs fois dans les flammes, 
ao lieu de les faire tomber par terre. La ganche ^tait Jadis 
une sorte d'estrapade r^rv^ en Turquie aux assassins : 
on hissait les patients au moyen d'une poulie, et on les 
taissait tomber sur des crampons en fer, od lis restaient ac- 
crocli^ par Ic ventre, la poitrine, ou par toute autre partie 
du corps. On voyait qoelqnes-uns de ces mis^ables demeu- 
rer ainsi suspendus deux ou trois jours, en attendant la 
mort, demander k boire et k turner. 

Une petite place k Paris, pr^ de Sainte-Oeneviive, et 
une rue voisine , portent encore le nom de VEstrapade, et 
ont remplac^ le foss^ qui renfermait la ville de ce cOt^, non 
loin de la porta Saint-Jacques , qui n^existe plus. De ik est 
venu le nom d^Estrapade donn^ au foss^, k la me et k la 
place. Y voyait-on des cbevaux d^r^nner leurs cavaliers? 
Y donnait-on autrefois la torture ^ des malheureax, notam- 
ment sous Francis 1*' et sous Henri 11? Cette demi^re 
^tymologie est la plus vraisemblable. Mais ce qu'il y a de 
certabi, (feat que ce quartier dtait alors plus vivant qu*il ne 
Test aujourd'hui. Devant la porte Saint- Jacques, k Tentr^e 
du foss^ de TEstrapade, vers ia fin dp seizitoie Steele, un 
tb^tre portatlf fut ^tabli par trois acteurs, ou plutdt troijv 
farceurs, qui depuis entr^rent 4 cdui du Marais, d'oii ils 
pass^rent a Vh6ie\ de Bourgogne : Robert Gu^in , dit La 
Fleur ou Gros-Gnillaume ; Henri Legrand, dit BdleviUe ou 
Turlupin,et HuguesGu^rin, ditFl^hdle on Gautier-Gar' 
guilte. llsy (kisaient rire le pubUc, Tun , par son visage en- 
faring et son grqs ventre d'ivrogne, cercU de deux cdntnres 
de cuir comme unebarrique; le second, par salongue barbe 
pointue et ses chansons bouffonnes; le troisitoie, par ses 
pointes et ses quolibets , qu'on appela iurlupinades^ 
Deux si^desplus tard, lorsque la revolution de 1789, de- 
trulsant tons les privities, enfanta uiie multitude de thcA- 
tres, il s*en deva an sur la place de TEstrapade, sous le litre 
de th^dtre des Muses, L'Apollon de ce Pamasse itait un 
sieur Panier, toumeur de son metier, et ci-devant assod^ 
Il la direction des JHlassements comiques. II oflrit an pu- 
blic des aclrices qui ne ressemblaient k ricn moins qu'aux 



48 



ESTRAPADE ^ ESTREES 



Muses, ef des pitees qu*il payait qoaraote sous par acte. 
On 7 jonait des ouvrages p«triotique»» qui produisaient sur 
les bonnes gens dn qnartier nnegrande illusion, surtout 
aui flfttes fnn^res de Voltaire et de Mirabeau. Ce tli^tre 
Yenna an bout de quelques mois, et son entrepreneur se 
lemit k toumer des chaises. Vers la fin de 1791, la salle 
rouTrit, non sons le patronage des Muses, mais sous le 
simple Uttedeth4dtrB de VEstrapade , qui ne lui rtossit pas 
mienx , car eile fut fenn^ d^finitiyement dans les premiers 
mois de 1793 , et il n'en reste plus anjourd*hui de Testiges. 

H AlIMFFRET 

ESlli^ES (Families d*}. H a exists' des families dn 
nom d*Estr^es dans diffdrentes proTinces de France, en 
Touratne, an Maine, dans la Bresse, en Picardie et en 
Artois. Celle dont 6ta!t issue GaMelle d'Esrs^ES ( Voyez 
Tarticle suiyant) ayait ponr berceau une seigncurie des en- 
virons d*Avesnes-le-Comte, an diocese d'Arras. Sa filiation 
remontait k Pierre d*EsTB^ES, Tirant en 1437. Jean d*£s- 
TR^ES, arri^re-peUt-flls de Pierre, naquit en 1486. II fut 
d*abonl page de la relne Anne de Bretagne, combattit k 
Marignan et k PaYie,et deTint, en 1545, capitaine d'une 
compagnie de cent dnquante ardiers, fonn^e pour la garde 
de Henri II, alors daupbin. Ce prince, quelques anndes 
aprte son av^ement an trtae, nomma d'£str<^ grand- 
maltre de rartillerie de France, cbarge dans laquelle il se 
distingua au si^ge de Calus. On dit que d*Estr^es fut le pre- 
mier gentilbomroe de sa province qui embrassa la religion 
r^forro^. 11 s'attacha au roi de Navarre ct au piince de 
Cond^, dont il aTalt 6pous6 la parente, Catherine de Bour- 
bon , mais sans S*^carter cependant de son devoir et de sa 
fid^t^ envers son souverain. Uroouruten 1572, laissaht 
pour b^ritier Antoine d*Estr^fts, son fils, qui futaussi grand- 
maltre de rartillerie en 1597, charge qui, sur sa demission, 
Alt donnde k Sully, nuutiuis de Rosny. Frangois Annibal 
d'EsTR^ES, qui avait pour socnr GabrieUe d'Estr^, et 
pour p^e Antoine, qui pr^cMe, fht pourru de r^v6ch^ de 
Noyon en 1594, et prit le parti des armes aprte la mort de 
Francis-Louis d^Estr^es, marquis deCGBUvres, son frire 
atn^. n fut tu6 au si6ge de Laon , en 1594. Deux marins cd- 
lebres du r^e de Louis XIV appartenaient aussi k cette 
-fiunilie (Voyez plus loin), qui a fonrni encore diffi^rents 
mar^baux. generaffx et ^vfiques, et qui s*^teignit en 1771. 

ESTREES (Gabriellb n'), dame de Liancourt, du- 
«hesse de Beaufort, naquit en 1571, et mourut en 1599. 
Qui ne connalt les amours de Henri IV et de Gabrielle? 
Le basard ayant conduit ce prince, sur la fm de 1590, au 
cb&teau de Coeuvres, oh r^sidait Gabrielle et sa famille, il 
re^ut de la jeune cli&telaine un accueil si empress^, que le 
cGcur, d^ailleurs fort innaminable, du iiauvre roi fut con- 
quis sans retonr ; mais de cette fois il ne fut pas vainqaenr, 
soit que Gabrielle se sentit encore trop (Uprise du grand 
^uyer Bellegarde, son amant, soit que Henri IV ne fOt 
pas en ^tat de pousser k fin Taventure : en effet, les M^- 
moires de Bassompierre nous apprennent que Tabbesse 
de Vemon , Catherine de Verdun , lui aTait lalss^ un sou- 
venei-voui de wwi beauconp trop durable. Quoi qu^il en 
soit, Gabrielle ne tint pas longtemps contre les liberal! t^s 
d'un prince qui n^avait pas toiqours des chemises , mais qui 
ne comptait jamais aTecses mattresses. Henri IV, an reste, 
ayait plus qu'ancun autre rd besoin de se montrer gdn^ 
reux en amour, car le prestige de ses h^roiques qualit^s ne 
pourait dans certains moments effacer la r^voltante im- 
pression de sa malpropret^, toute soldatesque et toute gas- 
conne, jointe k la disgrftce d^one baleine k rcnverser morts 
ses ennemis. La demorselle d^Estr^ se donna done au roi, 
sans renoncer k son Intrigue avec Bellegarde. Le bon Henri , 
destine, dans ses amours comme en hymen, k la publicity 
de pli*s d'une malencontre, nMgnorait ni les privaut^ de sa 
matlresse avec Bellegarde, nl celles de son ^[)ouse. Margue- 
rite de Valois, avec Tunivers enticr. Qui ne connalt ce mot : 
« 11 faut que tout le monde Tive, » qu^il dit si plaisamment 
en jetant un gAteau an grand-^Miyer cach^ sous le lit de 



son infid61e.' Les M^moires de Sully nous apprennent Ti- 
tonnement que t^oigna ce prince lorsqoeAlibonrtySon m6- 
decin , lui apprit que Gabrielle ^tait enceinte : « Que vou- 
lez-vous dire, bonhomme? Comment seratt-eUe grosse? Je 
sais bien que je ne lui ai encore rien fait? » Pen de joars 
aprfes, le 24 juillet I59i, mourut ce m^ecbi^ possessear 
d'un secret si dangereux. Les ennemis de la favorite ne man- 
querent pas d'attribiier cette mort snbite an poison {Jour* 
nal de L'EsMU). 

Poor donner k Gabrielle une position dans le monde, 
Henri IV Pavait marite k un gentilhommepicard, lian- 
court-Damenral; mais, disent les M4mMrea de Sully ^ *» il 
sut bien empteher la consommation du mariage, » qui fut 
bient6t dissous pour cause d'impnissance dn mari , qooiqull 
eAt quatorzeenfants d*one premito femiue. Oe pr^liadnaire 
^tait essentlel poor conduire la demoiselle d'Estr^ sur le 
tr6ne que le roi lui destinait , lorsqoe lui-m^me aurait fait 
dissoudre son mariage avec Marguerite de Valois. Dans ce 
dessein, il ^rigea pour la reine de ses penste le oomt6 de 
Beaufort en duch^pairie. Gabrielle ne n^igea pas de se 
faire des creatures parmi les plus grands sei^ieurs du 
royaume. Ellecontribua beaucoup k raccommodement ho- 
norable qu'obtinrent du B^mais Mayenne et le doe de 
Mercoeur. Ellene s*oubIia pas elle-nitaie, et pour prix de 
ses bona offices ce dernier promit d*onir sa fiiie, qui teit 
la plus riche b^riti^re du royanme, k G^sar, Monsieur^ doc 
de VendOme, Taln^ des trois enfants qn'elle avait donn^ a 
Henri IV. Un scul liomme contre-balan^it le cr^t de la 
favorite : c*6tait Sully, trop d^vou^ k son maltre poor 
r^tre k ses mattresses. C*^taient, entre die et Paustfere mi- 
nistre, des scenes k n'en (las finir Le bon prince faisaitchaqne 
jour des efforts pour les rapatrier : one parole indlscrte de 
Gabrielle le mit k mtoie un jonr de se prononcer, et ce ne 
fiit pas & I'avantage de celle-ci : « Tairoe mienx, lui dit-elle, 
mourir que de vivre avec cette vergogne de voir soutenir 
un valet contre moi, qui porte le titre de vnaitresse, — Je 
chasserais pliitdt vingt mattresses comme vous qu*nn valet 
comme lui , >• fut la rdponse de Henri IV. 

Toutefois , sans avoir le titre de reine, la favorite en re- 
cueillait d^jk tons les bonneurs ; ellene devait pasmteie tarder 
Il le inissdder, car les n^ociations pour le divorce aliai^it 
bon train. Cest le moment qu'attendit la mort poor la 
frapper au milieu de tout T^at du bonbenr et dn luxe, au 
milieu du prestige des plus hautes esp^ances. Le roi , par 
une msignifiante concession aux reraontrances de son con- 
fesseur Ren^ Benott, avait ^loign^ de la cour Gabrielle pen- 
dant les fdtes de PAques. £11^ alia les passer chei Zamet , 
riche financier, qui 6tait le ministre des plaisirs du prince 
et le complaisant de ses mattresses. Ce fut \k que le samedi 
samt, 10 avril 1599, elle expire, dans d'aflireoses convul- 
sions, qni la prirent subitementaprte avoir mang6 une orange 
k la fin de son diner. Sa bouche s^^tait toumte presque ju8> 
qu^au derri^re de la t^te, et, dit un biographe, « oe visage, 
orn^ de tant d*attraits, n^ofTrait plus qu*un masque hideux, 
sur lequel il ^tait impossible de Jeter les yeux sans horreur. » 
Cette mort futrelle Teffet d'une apoplexie natarelle? pro- 
vint-elle du poison? C*est un probliine que Thistoire n*a pu 
r^udre. Henri IV donna d'amers regrets k sa mattresse ; 
il porta son deuil comme pour une priucesse du sang. 

11 paralt qu'an total Gabrielle, ambitieuse et int^ress^ 
comme toutes les femmes qui ont occup6 sa place , si Ton ea 
excepte la douce et tendre La Valli^re, fut une asses bonne 
cr^ture : « Sans hauteur, sans arrogance, sans Oert6, dit 
le m6me biographe, eile n'abusa jamais de sa foveur. Affable, 
poUe, douce et bienfaisante, elle avait acquis Testime ei la 
consideration des courtisans. >• Un contemporain assez peu 
flatteur de son naturel, d'Aubisn^, ne s*est pas «xpriiii/6 
avec moins d'esUmcs sur le caractte de cette tavorite. « On 
n'a gu^re vu de mattresses de nos rois, dit-il, qui n'aieot 
attir^ sur elles la liaine des grands, on ea leur faisant per- 
dre ce quails ddsiraient , on en faisant d^favoriser oeux qui 
ne les aidaient pas, on en ^pousant les IntMts de leoiv 



ESTREES — ESTURGEON 



parents , teiirs rdeompenses ou leurs vengeances. (Test une ) 
merreilie que oette fenune, dont TextrdDie beauts ne tenait 
lien de lasdf, ait pa vi? re dans cette coar avec si pea d en- 
neniis. » 

Sons un autre rapport, la chroniqne scandaleuse du temps 
n^a pas ^pargn^ Gabrielle. On rapporte qu'apris aToir ^i& , 
h I'Age de seiie ans, prostitute par sa mire k Henri III, qui 
la paya 6,000 6cas, etqui s'en lassa bient6t, elle fUt livrte 
k Zamety dont le coffre-fort tron? ait pea de cradles ; puis 
elle passa an cardinal de Goise, qui wicui arec elle pendant 
on an; puis, aa due de LongueviUe, puis ^ deux ou trois 
autres gentilsbommes , et enfln ao due dp Bellegarde , qui 
finit par la partager aTec Henri IV. Nous rapportons cette 
amonreuse litanie, sans pr^tendrela discuter id la garantir; 
die prouve do moins que la mMlsance n*est Jamais en reste 
k r^rd des femmes qui brayent les mceors avec autant de 
publicity. Cette faTorile se li? rait sans mesure aux d^penses 
du luxe le plus efrr^n^. Le Journal de VBstoile entre k ce 
sujet dans des details curieax : on y Yoit que pour un ballet, 
qui fbt donn^ k la coar aa mois de novembre 1594 , elle 
porta on monchoir dont « elle arait arrfiti le prix ( avee un 
brodeur de Paris ) d dix-nenf cents 4cus , qu^elle lui de- 
vait payer comptant • Gabrielle a ^t^ lesujet d'une h^roide 
de Poinsinet et d^e mauTaise trag^ie de Sauyigny. Dans 
les environs de Paris, on montre encore plusieurs maisons 
de plaisanoe qui lui ont appartena. Charles Du Rozom. 

ESTREES ( Jean , oomte, et Vicior-Mabib , due n* ). 
Ces deux hommes , le premier p6re do second , se transmi- 
rent Tun k Tautre, par droit de naissance, les grands titres 
et nUostration. Jean 6tait n^ en Picardie, en 1628; li 
servit d*abord dans Tarmte de terre, sous Gassion, Bautran 
et Turenne, et k trente et un ans le roi Tavait nomm^ lieu- 
tenant g^n^ral de ses armiSes. Mais, fait prisonnler en 1655, 
11 disparut du monde politique jusqu'en 1659, ou la pais lui 
rendit la liberty, n profita des anntes de calme pour voyager, 
et parcoonit les ports de France, d'Angleterre et de Hol- 
laide, « eonversant, de temps en temps, avec les pUotes, 
les officiers et lesmatelots, si bien , dit un biographe, qull 
apprit toot ce qui est nteessaire pour former on homme 
de mer. » Louis XIV llmprovisa vice-amiral en 1670, aprte 
Tavoir fait due et pair, et lui donna une flotte ponr aller 
demander raison anx Anglais des ravages qu'lls exer^ient 
dansnos possessions d*Am^rique etpour donner ensuite la 
cJiasse anx Barbaresques ; puis, en 1672, quand la France 
s'unit k TAngleterre centre la HoUande , Tescadre de d^Es- 
trdes se rangea sous les ordres du due d^York, et se battit k 
South-Bay centre Ruyter. L'ann^ suivanle encore, avec 
trente vaisseaux de Ugne et vingt frigates, il s'nnit aux qua- 
rante deux vaisseaux du prince Robert, et le 7 juin les armies 
combing engagferent nn combat centre Ruyter et T r o m p. 
Ce jour I son intelligence 8*^veiUa aax belles lemons d'^volu- 
tion navaie qu*il re^ut de Ruyter. Llionneor et I'amour de 
la gloire emplissaient T&me de la noblesse firan^aise de ces 
temps-Ik. D*£str4es rendit k son ennemi un gdn^eux t^- 
moignage ; H toivit k Seignelay : « Ruyter est nn grand 
mattie dans I'arl de la marine; il m^a donn6 de belles le^ns 
dans cette bataille : je payends volontiers de ma vie la gloire 
qu^il s'est acqoise. » Et sept joars apr^s 11 esp^ra mettre k 
proGt ces hants enseignements : fl se heurta centre Ruyter, 
mala il n*y eat qae deox afhires parQelles. 

Si les officiers de marine dealers n^avaient pas nne large 
entente de Tart des batailles , ils ^talent braves chevaliers, 
et Phonneur pariait bant k leur Ame. Prenons-en poor 
exerople la tentative que flt Jean d*E8trte sur Tabago en 
167 1. II n*avait que aix vaisseaux ; Pamiral hollandais Binck 
en avait dix, et de plus il ^teit emboss^ dans le cul-de-sac 
de Tabago , oil nos valaseaax ne pouvaient p^n^trer que la 
sonde k la main^ par on ^rolt chenal. D^Estr^ entra malgr6 
le feu des forts , el engpgea Pennemi bord k bord pendant 
liuit heures ; il fit saoter le vaisseau atniral, qa*ll avait accro- 
ch^, et ftil brfil^ lui-m6me. II se passa dliorribles scenes , 
aurtout k bord d'une malheuieuse llAte ob Voo viwi entass^ 

niCT. I>E I cONVE!tS. — T. OU 



49 

femmes, enfants, n^res et vietllards, et qui prit feu. 
Quanta lui, tl ne dut son salut qu*au d^vouement dVn 
garde-marine. Ce fut une chaude affaire : sar onze vaisseaux 
qui brfll^rent, nous y laissAmes quatre des ndtres. II revint 
vers lafin de Pann^e, et prit possession de Tile. Mais il ^talt 
destine k essuyer toates les chances de la navigation : en 
retoiirnant en France , son cscadre alia faire t6te sur les lies 
des Oiseaux ^6 d^rdre se mit dans son 6]Hipage : les ma- 
telots d^lonc^rent les barriques de vin et d'eau-de-vie , se 
soOl^rent, perdirent la t^te et se noydrent. A son arrive, 
il recut le bAton de marshal. Dans la suite de sa carri^re, 
il ranf onna les corsaires de Tripoli et de Tunis. Le rot lui 
donna le commandcment des c6tes de Bretagne, et il mourut 
en 1707. 

La vie de VMor'Marie, son fils atn^, n6 k Paris, en 1660 
ne fut que la contre-^preuve de la sitmne ; le grand rot 
commen^ait k baisser. Louis XIV le tira de f arm^ de 
terre, ou il servait sous le nom de marquis de Cceuvres , 
poor lui donner, sans raison, le commandement d'un des 
vaisseaux de Tamiral son p^re. II d^uta par une traverse 
p^nibfe : le journal de cette expedition , quMl adressa au 
ministre k son retour, indique qu'il avait une haute portde 
d^esprit : 11 m^rite d'etre consults ; de pareils monuments 
sent rares dans U marine. Tour k tour soldat et marin, il 
Alt toujours brave , mais il parat mieox entendre la guerre 
sur terre. Nous ne donnerons pas la nomenclature des com- 
bats aaxquels il assista : la posterity ne peut pas lenir compte 
aux hommes d*un simple acte de prince dans les grands 
^vtoements. Si Loois XIV le fit dievalier de ses ordres et 
mar^chal de France, ce fut en r^ompense des bons trai- 
tements que re^ut de lui le roi d'Espagne Philippe V, lors- 
qoTQ le transporta k Naples sur son escadre. D^toumons 
les yeox du combat de V^iez-Malaga : la marine fran^ise 
dtalt en dicadente, et en 1706 les arm^ na vales de 
Louis XIV nMtaient plus. Victor d^£str6es fut nomm^ mi- 
nistre par le r^ent, et PAcad^mie Frangai.se Padopta pour 
membre. II avait une intelligenee large et Tesprit cultiv^. 
Pierre le Grand lui donna des marques d*Bne consideration 
toote particiilidre. Cc fiit sous sa direction que le P^re Hoste 
pnblia un traits de tactique navaie et de construction, qui 
indique les progr^s rapides qu'avait fails Part de la marine. 
II mourut sans enfants, k P&ge de soixante-dix-sept ans. 

Th^og^e Page, capitaiae de Taisseau. 

ESTR:6mADURE. Voyez Estbaxadobe. 

ESTROPE. VoyezZtiSB (Marine), 

ESTURGEON, genre de poissons da premier ordrt. 
des chondropt^rygiens ; il renferme un assez grand nombre- 
d'esp^ces, dont la forme gdn^rale est la m6me que celle des 
squales, mais dont le corps est plus ou moins garni d*^- 
cussons osseux , implants sur la peau, en rang^es longitu- 
dinales. Les esturgeons, comme les squales, peuvent-6tre 
compt^s parmi les plus grands poissons « poisqu'on en ren- 
contre souvent qui ont plus de bnit ro^res de longueur ; 
mais ils sent mohis forts, moins f^roces; ils n*attaqoent 
que les poissons de petite dimension, se nourrissent surtout 
de vers, de coquillages, et Joignent^ leur app^tit pen vio- 
lent des habitudes donees et des mclinations paisibles. Voici 
tears caractftres g^n^ques, tels que les donne G. Cuvier, 
dans son Rigne animal : « La tete est tr^s-cuirasste a 
Pext^rleur; la bouche, plac^ sous le museau, est petite 
et d^nu^ de dents ; Pos palatin soud6 aux maxUlalres, en 
forme la mAchoire sup^rieure, et Ton trouve les intermaxil- 
laires en vestige dans P6paisseur des I^vres. Porhte sur on 
pMlcule k trois articulations, cette bouche est plus pro- 
tractile que celle des squales. Les yeux et les narines sent 
msji c6U& de la t^te. Sous le museau pendent des barbillons. 
Le labyrinthe est tout entier dans Pos du cr&ne ; mais il n*y a 
point de vestige d'oreille externe. Un trou plac^ derri^ la 
tempe I'est qu^un ^vent qui conduit aux ouie$«La dorsaleest 
en arri^ des ventrales et a Panale sous elle. La caudale> 
entoure Pextr^it^ ae rapine et a en dessous un lobe sail» 
lant , plus court cepcndant que sa pointe princlpale. » Left 

I 



60 



ESTUR6E0N — £TABLI 



<;»turg6ons sont exd^meroent fiteonds; on ten troave dans 
toutes lei mers, d'od ik remontent en abondance dans les 
grands fleuTes et 7 donnent lieu aux pdches les pins profl- 
tables. Les esp^ces sont encore mal d^temiin^ ; quel- 
ques-ones d'entre eOes attirent snrtout Pattention do nata- 
raliste, non-sealement par lenrs formes, lears dimensions et 
leur maniire de yiTre, mais encore par la nourriture saine, 
agr^bie et abondanta que lear cbafr foamit k I*homme, 
ainsi que par les mati^res utiles dont elles enrichissent les 
arts. 

Vesturgeon ordinaire (aceipeiiser sturio^ L. )habite 
dans I'Oc^an, dans la M^terrante, dans la mer Rouge et 
dans la mer Caspienne; an lieu de passer toute sa Tie aa 
milieu de Tean sal^, comme les rates et les squales, dte 
-que le printemps arrire, qn'une chaleur nouTelle se fait 
«entir, et que le besoin de pondre et de fender ses osufs 
presse I'esturgeon, il s^engage dans presqne tons les grands 
fleuveSy dans le Volga, le Danube, le P6, la Garonne, le 
Rhin, I'Elbe, etc. L^ sans doote il tr^ore plus ais^ent 
Paliment qu'il pr^ffere , et se plait k Taincre , par la force 
de ses na^ires et de sa queue, des courants rapides, des 
masses d'eau volnmineuses, Lorsqu'il est encore dans la 
mer, ou prte de fembouchure des grandes rivieres, il se 
nourrit de harengs, de maquereaux on de gades, et lors- 
•qnll est engage dans les fleuTes, il attaque les sauroons, qui 
les remontent dans le mdme temps ; comme il paratt , au 
milieu de cesl^ons nombreuses, semblable itun gteut, 
on Pa compart k un chef, et on I'a nomm^ le conducteur 
des saumons. Si le fond des mers ou des riTiftres qu'il tr6- 
qnente est tr^-limoneux, il pr^f^re souvent les vers qui 
habitent la rase d^pos^ tu fond des eaux, et quMl se pro-; 
cure avec d*autant plus de facility que le bout de son mu- 
seau est dur et pointu , et qu^il salt fort blen s*en seryir 
pour fouiller dans le limon. II agrandit et engrais^ dans 
ces riTi^res fortes et rapides. An rapport de Pline, le P6 
de son temps en renfermait qui pesaient plus de 500 kilo- 
grammes. Tout le monde a entendu parler de la bont6 de Ja 
chair des esturgeons : elle ressemble beaucoup pour le 
godt et I'apparence k celle du yean. Comme dans quelque 
pays la p^he de ce poisson est trto-ahondante, on le con- 
serre, soit en le s^chant, soit en le salant , ou m^e en 
la roarinant. La laite du m&le est la portion de cet animal 
que Ton pr^fto k toutes les autres. Les peuples modemes, 
quelqoe prix quMls attachent aux direcses parties de Tes- 
turgeon, ou mdme de sa laite, ne montreront jamais un 
goOt aussi Yif pour ce poisson que les anciens peuples 
d'Asie et d*Europe, et surtout que les Remains, qui en Arent 
porter en triompbe sur des tables fastuensement d^or^ , 
par des mlnistres couronn^ de fleurs et au son des ins- 
truments. 

Le petit estturgeon 00 sterlet ( accipenser ruthenus, L. ) 
ne paryient gu^re qu'k un m^tre de longueur. La partie Infig- 
rieure de son corps est blauche, tachet^ de rose ; son dos 
est noir&tre, et les boucliers qui y forment des rangte lon- 
gitndinales sont d^un beau jaune ; les nageoires dela poitrine, 
du dos et de la queue sont grises ; celles du ventre sont 
rouges. Ce poisson habite dans la mer Caspienne , ainsi 
que dans le Volga et la Baltique. Fr^d^ric I*% roide Su^e, 
Va introduit ayec succte dans le lac Maelarn et dans d*autres 
lacs de ce royaume. Le sterlet est facile k nourrir; il secon- 
tente detrte-petits individus et m^roe d*aeufs depoissons dont 
les esp^ces sont communes. C*est vers la fin du printemps 
qu*il remonte les rlTi^res, et comme le temps de la ponte 
et de la ftoondation de ses oeufs n'est pas trte-long^ on voit 
' cet accipenser descendre ces m^mes riYidres avant la fin 
deV6t6, Sa chair passe pour ddicieuse, et son caviar est 
r^erv^ pour la coor. 

Le seherg des Allemands , sevreja des Russes ( acipenser 
steltatuSf Bloch), remonte au commencement du printemps 
)e Danube et les autres flenves qui se jettent dans la mer 
piuire. Il parvlcnt 1^ 1"*, 30 de longueur; sa couleur estnoi- 
rMre; n esttachet^deblanc sur lesc6t^s, ct tout blanc sous 



le ventre. On compfe pins de 300,000 tmh dans une seale 
femelle. 

he grand esiurgeon, hausenoo huso (acipenser huso 
L.), fort rare dans nos rivieres, se rencontre en l^ons nom- 
breuses dans les flenves qui se jettent dans la mer ICoire et 
la mer Caspienne ; il est pour les habitants des rivages de 
ces deux mers Tobjet d*nn commerce d'aotant plus oonsid^ 
rable, que non-seulement sa chair est delicate et se conserve 
bien, mais qu'ils font un grand nsage de sa chair huileuae , 
au lieu de beurre et d'hufle, et que c*estle plus ordinalre- 
ment avec les oeufs de eet esturgeon que se compose le e a- 
viar. Une substance moins pr^deose, et qui nous est plus 
oonnue, se retire enoore det estargeons et surtout du hus9 ; 
c^est richthyocolle on bo 1 1 e de poisson. On d^coupe to peau 
des grands husos , de mani^re k ponvoir la substituer au 
cuir de plusieurs animanx; et eeUe des jennev • bien sMe 
et blen d^barrass^ de toutes lea mati^res qui pour- 
raient en angmenter I'^paissenr, tient lieu de vitre dans 
une partie de la Rus^e et de la Tartarie. Comme les 
husos vivent k des latitudes ^ignte de U Ugney et qn'ils 
habitent des pays expose k des froids rfgoureox. Us cher- 
' chent pendant Thiver k sesoustraireii nne temptoture trop 
basse, en se renfermant plusieurs ensemble, dans de grandes 
cavitis des rivages. lis sont tr^is-avides d'aflmeats, et, in- 
d^pendamroent des poissons dont ils se nourrissent, lU 
avalent quelquefois de jeunespboqnes etdes canards, qulls 
surprennent k ia snrfiM» des eaux, et qa'ils ont I'adresse de 
saisir par les pattes avec la gueuUi, et d^entralner aa fond 
des rivieres; aouvent aussi, pour remplir la vaste cavity de 
leur estomaa , Ils soot oblig^ d'engloutir dans leur gueule 
de la vase, des tiges de joncs oa des morceaux de bois 
flottant k la surface des rivieres. Le gnmd estuigeon , dont 
la taille est souvent de six k huit mHres, et le poids de six 
Il sept cents kUogramfties, ofire un boucVer plus 6moasB6 
que oelui de Testurgeon ordinaire. 11 a aussi le mnseau «t 
les barbUlotis plus courts. Bnfin, sapeau est plus lisse. 

, N. CuaaoNT. 

ESZEK. VbyesEssn. 

l^ABLE* Quoique Ton donne souvent le nom d'Mable 
k la bergerie et k la porcherie, ce nom s*applique 
plus spMalement k la partie de la ferme qui est paiticuli^- 
rement consacrte aux vaches. La largeor de I'enceinte doit 
^tre de quatre k chiq metres qnand on vent lea placer aur 
deux rangs, et sa longueur doit ^tre calculi, savoir : k 
raison de l'^,33 pour 1^ boeufs, et. i^fi% pour les vaches. 
Pour 24 vaches plac^es sur deux rangyi, il fant done que 
IMtable ait 20 metres de longueur. II fiiut des rftteUers et 
des mangeoirc»i comme pour les chevanx, et pour ^viter le 
transport des fourrages, il feut des oovertnresdans le grenier 
sup^eur, afin de les (aire descendre dans le rfttelier. Mais 
comme il est souvent n^cessaire de donner une nourriture 
liquide et f&uleuse apx vaches, les mangeoires doiveni 6tre 
faites en cb6ne, souvent lav^, afin qu'ancune partie du 
liquide ne s*tehappe, et il fant, oonme pour les chevaux, 
une infirmerie pour les vaches malades oa en vdlement, et 
un taureau qui entretieat la' tranquillity dans son harem. Les 
vadies 6tant sujettes k dtre prises de chaleoi,. les portee et 
lesouvertures prindpales devraient Mre placto att.void. Je 
pense qu'il fiiut imputer I'avortement des vaiiher.durant P^t6 
k la chaleur des ^bles, qui ne lear. laisse.pas la foree d» 
v6Ier; ou blen k des coups qu^elles ont re^us en se battant 
entre elles, ou en se blessant centre les poctes trop^troites 
de ratable , lorsqu^elles y rentreat aveo tiop de vivacity. Les 
vieilles vaches que Ton veut engraisser et les bceuls doiveDt 
6tre renferm^ dans on lieu tranquille et obscur, et dans 
des e^p^ces des talles dans lesqtielles ils n'ont qu^k allonger 
le mu.seau pour se nourrir k toute Iteur^, On doit leur servir 
quatre ou cInq repas par jour en nourriture vari^. 

Comte pRANgAis (de JNantes ). 

l^TABLI. La plnpart des ouvriers qni travailient dans 
d^ ateliers ont ce qu'on appelle ua dtabli, c'est-k-dire une 
tnble plus ou moins grandc, plus ou moins solkle, appro- 



ETABLI — ETABLISSBMENTS DANGEREUX 51 



pri^ k Vestyice de travail qu'ils ont k faire. L*^tabli des me- 
Duisiers, par exemple , cousiste €0 une grosse table eil boia 
dfi clitefi ou de h^tre , mont^ sur quatre pteda, en boia on 
en («r, dont la force doit 6ljre. propoftionnte h edie de la 
table : ces pieda, lorsqu'ila aonVen chtee, aont aasembl^ k 
doublea tenons dam la table mAiiie, et an baa, par le 
moyen de q^atre ibrtea traTeraea. La table eat ptorcte^. vera 
un de sea bouta, d'tm trou dana leqoel a^iatroduit une pUxm 
die for qv'on nomiM le ikUetf et qui iartk flier et retenir 
lea planchtM ou lea pUwea de liois , k meaure qaefowrier 
doit lea travaiUer; k un autre endroit aetrouve fix^ tne 
sorte de grifre qui peat artAtet* anaai lea planeliea ; prft d*uii 
pied de raabli on voit use aorte d*tett«n iMb. L^Hablf 
des tailleurs n^eat autre choae qo^one large table q«i lear 
sert k placer le drap on I'^lofie qn'ila veuient couper pour 
faire un babit oo tout autr6 v6teiAent| et loraque T^tofTe eat 
taill^ , ils ae plafsent aur oette table, a'y aaaeoient leajambea 
croia^, et j compi^tei^ tout ee qui tient k la oooture de 
ieur OQvrage. 11 eat dea m^dora , tela que celni de marbreur 
de papier, auiquela deux 4tAblia a6nt uteesaairea. Le nar<^ 
breur ajbeaojln d*nn pcemier ^labli pour marbrer le papier : 
il y pose son .liquet, lea pota k couleor et aea peigqea. Sor 
le second, qui lui aert k ttaaer le papier et k broyer lea 
couleura, il place lea marbrea ou lea pierrea qui lui aervent 
i.cea deux uaagea. Lea aerrariera, lea ploubiera, lea ciae* 
leurs, lea oorroyeura, oil auaai cbacun Ieur ^tabli , appro- 
pri^ k la nature de Ieur travail L'^tabli dea bljoutieraestune 
sorte de table avec entant d'^chancrurea qu'H y e d^oovriera 
qui travaillent dana Petelier. Ohaque ^obancnire ou place 
porte vers le milieu une cheville {date aur laqueOe fouvrier 
appiiie son ouvrage» et en deaaoua eat un aao de i^eao , dea* 
tin^ k recevoir lea rognurea et lea liMaillea dtl ai^tal qu^on 
travaille. Get ^tabli ae plaee» ac^t qu'te k pant, del ma- 
ni^re k oe qii^ k jour dclaire ^gateuMiil toua lea ourriera^ 
ainai que Ieur ouvragft. V. oi Moiioii.- 

JJ^TABUSSEMJENT (du \A\in stabilimentum).f)km 
H principe, on d^igpait ainai tout ce qui ^tait .inatitu^ par 
quelque ordofinanoe royale, par quelque rJ^gleineBt Le mot 
dtablissement a'appliqna anasi 41a oollectioii dea lote, dea 
r^lem^ts, etdevint 4 peu prte aynonyme da code. De 
puis, le aena primitif du mot a^eat ainguU^rement dtenfu. 
Ainsi, aujourd'hui Voa entead par ^a^Hstement Taction 
d^assurer, de fonderi dinalituer une eeavre qudconqoe, aoit 
dana un but d'ntilit^ pabUque, aoit pour rexploitation, pour 
rexerciced'one induatriepriv^ ; on apiflique cemot iiroBufre 
mfime qui a M inatitute, et, par one extension nourelle, on 
le donneau lieu, k la maison oil il«st aitod. Dana une autre 
acception, (UabUssement eat aynonyme d'dtat, de profeaaion; 
a'^ad/lf , c'eat ae procurer on ^tat ; on a fini par lUre du mot 
6tahli$ument na ayQOBy:iia de mariage» et c'eat dana ce 
sens qu'oo dit Talgairement qn'un pto a bieii itabli aa 
fiUe. 

Lea Uabli8$€msnU |wMicf aont de diveraeaclaaaea, qu'U 
importede ne paa confcndre. On lea quaUfie ^itabliae^ 
menu de bien/aisanee, heipUaUers^ reti^eux, mUiaires, 
d'instructionpubli^fuetdet^presstont Auivant Uwrbntetleur 
usage. Lea bdpitanx, lea hoapicea, lealycdea, tea col- 
leges communaux, lea biblioth^quea deaTlUea, lea mu- 
sses, leapriaoaa, lea oaaemea, lea a^inairea, lea manu- 
f^ctureaimperiaiea80Qtdea€tabliaaement8pnbtle8.Les com- 
munaut^ardigieiiaeade femmeaellea congrdgationa 
d'bommea rentrent dans la rateae caMgorie; Lea ^bllase- 
inentapuUlica dece g^i^ aont, poor rexerdce da droit d*ac- 
qu4rir ou d'aUteer, aaaimikaaox mineura ; ila demenreDtcon- 
tjnuellement sous la tnttte, aoda la aurvdUonce da pouvoir 
qui en a autoris^ llnstitutioa; ila ne peovent accepter de j 
donation entre vifo ou teatamentafarea qo*ea vertu d*un 
d^cret ; ila ne peuvent aligner, ou acquMr aana y «tre 
autoria^ par TautoritA adminiatrative. Dea adminlatra- 
teura noinm^ par le pouvoir exteutil pour lea ^blisae- 
jnenta publics civilset, dana lea ^tabliaaementa publicareli- 
l^ieux, lea sup^rieurs r^uli^remenl iHua oud^aign^, aont prd« 



f os^a k la garde de lenra intMta ; lenra poOToira aont des 
pouvoira de simple administration, ila ne peuvent faire de 
baux dont la dor^ excMerait neuf anuees, k moins d*y Hre 
auloriatepar teaprftfetaou par lechef der^tatlui-kneime, sui. 
vant lea caa; ila ne peuvent tranaiger qu*avec eette dernidre 
antortsatioB. 

Certalna ^tabllaaemeiita peuveot Mre oonaid^r^ aimulfa- 
ntoient como&e ^tabUaaenienta publica et comme ^tablisse- 
Dsenta privto : noua dterooa entreantrea la Banqncde France, 
lea chemina de fer, qui ont one existence comma ^tablisse- 
menta publics 40 vortu du nonopole, du priYlKge que letir 
a conoid^ l!£tat, etqui aootpourtant, au point de vne de leurs 
attioqnairesyde ceuxqui en firent b^lSflce, de T^ritables ^ia- 
bliaaementa privi^B. 

11 eat encore une autre nature d'^tablissementa publics 
que noua devons maitionner id, ceox qui aont inatitn<(8 par 
dea particuliera pour lea plaiabra du public, moyennant une 
redevanoe quelconque, comme lea th^tresy les jardins d*a- 
grteMBt, lea lieiix od tout le monde a le droit dialler se li vrer, 
moyennant payement, k une consommiation quelconqne, tela 
que bdtela, reataarania, aubergea, caf^a, cabarets. 
Tous cea 6tabU^&nnenta, ou Ueox pubtica aont aoumia k une 
l^slation exceptiennelle; la police y a an droit de aurveil- 
lance qo'elle pent exeroer nuit et jour. L*autorit^ pent, et 
un dteret de t8Sl a ^tendu lea caa pour lea caffa , aubergea 
et debits de boisaon, lea faire fermer k aoa gr6, comme elle 
peot refuser Tauloriaation n^cetoaire poor lea onvrir. 

Quant aux uainea, flEMques, manufactnrea, anxquels leor 
importance fiut donner Pappellation d'itablissements, ce ne 
aont que dea inatitationa privies qui reaient dana le droit 
common , k l*exception de ceux que la lol qualifiei de dan- 
gerenx ou incommodea ( wsres rarticle anivant). 

En termea de marine, on appeHe itcblUsement d*un port 
I'heure k laqnelle y arrive la pleine mcr k l^^poque de la 
pkine lune. L'Annaaire du Bureau dea Longftodea public r6 
goli^rement VitablisBerMnt dea marto. 

£TABLIS6E1IENTSDANG£REUX, INSALU' 
BRE6 OU INGOIIMODES. Lea aaUiasements nom- 
breux qui dtoatureat lea debris que Ua populations aggto* 
mMiA accumulent autour d'ellea, et qui pr^arent en 
grand lea produita n^ceaattrea aux arta et ft la consomma- 
tion, entralnent avec eax dea inconv^ents plus ou* moins 
grarea, pour la propreii ou pour la aalubrit^ publiquea. 
TantdC ila aont dangereux^ parce qu^b a6nt expose k des 
explosions, comme lea maddnea k vapeur, les fabriques 06 
I'on pr6pare lea poudrea de diaaae et de guerre, oa parce 
qoMls exposent lea propri^tte Toialnes it dea incendiea, comme 
les etabliaaementa oil lea natlirea combnsfiblea aont abon- 
dantea etle feu employ^ en grand; tant6t ila aont insa^ 
Mbres, par lea teanationa m^alliquea on gaxeuaea qn'ila 
ripandent, comme lea fabriques dans lesqueHea dea mati^rea 
organiquea ou dea mflanx dangereux par cux-mtoes, ou 
par lenra oxydea, aubiaaent dea d^compo^tfona plus ou moina 
actives; tanttyt, eofln, ila aontincommodtfa, en eupposant 
qn'ila [ne aoient pas inaalubrea : tela aont parttculi^rement 
ceux o<i dea matlirea.animalea ae mettent en putrefaction. 
II a done €i6 de tout tempa neceaaaire d'aaaujettir k des r^- 
glementa parfieuHera lea etabliaaementa de ce genre; mats 
jusqu^ft Tempire ce ne fn^ Ui que I'objet de meaures localea 
de police, dont I'application etait trte variable. L*lnatitut, 
consults, adreaaa, le 20 frinudre an xni, on premier, puis 
un second rapport an ministre de llnt^rieur, et ce aont lea 
condusiona de ce aecond rapport qni aervirent de base au 
dtoet imperial do 15 odbohre 1810, et depuia k I'ordon- 
nance royale du 14 Janvier 1815, qui aont lea baaea de la 
legislation actudle anr lea etabliaaemento dangereux, inaa 
liiirea ou Incommodea. 

On diviae lea etabliaaementa dangeraux, inaalubrea ou in- 
cooomodea en troia daaaea. La premite claaae comprend 
lea et^liaaementa qui ne peuvent Atre fonnea dans le voisi- 
nage de» maisons particolitoea, et pour leaquds il est nd- 
ceaaalre deaepourvoir d'une aotoriaation imp^riale, accordee 



fiTABLISSEMENTS DANGEREUX — ifiXAGE 



4t 

en conseil d'etat. La deuxiime classe comprend ceux dont 
il importe de nepermettre la formation (lenr ^loiguement 
des habitations n'dtant pas rigoureusement n^cessaire) quV 
pr6s avoir acquis la certitude quo les operations y seront 
ex^ut^ de mani^re k ne pas nuire aui voisins. La troi- 
si^me classe, enfin, comprend les ateliers qui penvent rester 
sans inconT^nient aupr^des habitations, etqui doivent^e 
soumis k la simple surveillance de la police locale, apr^s 
avoir obtenu son autorisation. Pour les ^tabtissements de 
la premiere classe, la demande en autorisation doit dtre 
adress^e au pr^fet du d^partement et affichte pendant un 
mois ; puis il est dressd par rautoril6 locale un procte- 
verbal d*enqu6te de eommodo et incommodo , et , qu'il y ait 
ou non des oppositions, il ne peut 6tre status d^nitlvemcnt 
sur la demande que par un dteret En cas de graves 
inconv^nients , ces fabriques peuvent ^tre supprimd^ par 
un d^cret rendu en conseil d*£tat ; les pr^fets peuvent sus- 
pendre I'exercice des ^tablissements susceptibles de faire 
partie de la premiere classe, etnon compris dans les nomen* 
clatures ant^rieures. Pour les ^tablissements de la deuxi^me 
classe, les mtoies formality sent n^cessaires pour la de- 
mande 6t pour Tenqufite de eommodo et incommodo; le pr^fet 
statue par un arrfit^, sauf le recoors au conseil d^lttat du 
fabricant et de ses ayant-cause, sMIs ont^ se plaindre de la 
decision du pr^fet; les oppositions des voisins centre Pau- 
torisalion donn^ par le pr^fet sont portto an conseil de 
prefecture, sauf le recours au conseil d*£tat. Pour les eta- 
blissements de la troisi^e classe , la demando en autorisa- 
tion doit etre adress^e , k Paris, au p'^efct de police, et anx 
sous-prefets dans les autres villes. L^enqu^te de eommodo 
et incommodo n*est qu^officleuse. S. Sandras. 

^TABLISSEMENTS DE SAINT LOUIS. On dd- 
signe souscetitre lerecueil des ordonnances et r^glements 
publics par saint Louis en 1269, suivantla plupart des chro- 
niqueurs, et que d'autres repr^sentent comme un travail 
fait aprte sa mort par les l^gistes pour f aire concorder le droit 
francs en decadence avec le droit remain renaissant. Ce 
recueil se divise en deuxlivres, dont le premier se compose 
de 16S chapitres, et le second de 424; on y tronve p61e- 
meie des sanctions sur les lois civiies et sur la procedure 
civile, sor les lois penales et sur la procedure criminelle. 
Ce quMl y a de plus remarquable dans la partie des Mtablis- 
sements qui fixe ou modifieles lois dviles, c*est la difference 
de la legislation, selon qn'elle se rapporte aux*nobles ou anx 
roturiers. Laminoritedu gentilbomme finitli vingt-etun ans , 
et elle se prolonge jusqu^^ vingt-cinq pour le roturier ; la tutelle 
du second appartient k son seigneur , la garde du premier est 
dc^feree k son plus proche parent ; le douaire qu'un noble 
assigne k sa veuve ne peut sMtendre qu^au tiers de se^ biens, 
le roturier peut lui assurer la moitie des siens ; les donations 
sont soumises aux memes limites ; enfin , les proprietes d'nn 
noble passant k sa mort k Talne de sa famille, pour quMl 
puisse continuer le service de son fief; celles du roturier 
sont divisees par egales portions entre ses enlants. On ne 
peut meconnattre la cause de cette opposition constante : la 
noblesse etait attachee k sa legislation feodale ; elle la deien- 
dait centre les attaques des legistes, et elleavaitle pouvoir 
de la defendre; mais ceux-ci, qui n*estimaient que la loi 
romaine , s^efTor^ent du moins de la faire adopter par tout 
le reste de la nation. 

Les itablissenients de saint Louis contiennent quelques 
modifications apportees an systime alors en usage dans les 
tribunaux, la plupart necessitees par la suppression da 
combat judiciaire : telles sont les r^les d'aprte les- 
qnelles les procnreurs devaient etre re^us en justice pour 
representor les parties; celles sur les defauts et les appels, 
inconnns k la justice feodale. D*autres avaient pour but de 
fixer la competence des tribunaux , que compliquaient , soit 
les pretentions des justices seigneuriaies, soit celles des cours 
ecciesiastiques. En general, la procedure etait celle que les 
DicritaUs avaient donnee aux tribunaux de TEglise ; mais 
elleencourageait au perjure, elle donnait Tavantage aux ar- 



guties et k la ruse , elle faisail des procte un dedale ou les 
seuls inities pouvaient se reconnaltie. 

On trouve dans les 6tabl%ssements les premieres bases 
d'un code penal; il est remarquable par son excessive seve- 
rite. L*assassinat, le meurtre, Tincendie, lerapt, la trahison, 
le vol sur les grands chemins on dans les bois, le vol domes- 
tiqne, le vol d^nn cheval on d'nne joment, la complicity 
dans tons ces crimes, la troisiemereddive poor petit larcin, 
le bris de prison , Paocnsatlon k faux d'un crime capital , 
et enfin la possessioB d*un animal qui a tue quelqu'un par 
suite d*un viceconnu de son mattre , sont punis par la po- 
tence. Les heresies, IMnfantidde, rassociation d*une femme 
avec des meurtriers ou des voleurs , encourent la pane du 
feu. Un petit larcin exposatt pour la premiere fois k la perte 
d*uneoreille, poor la seconde k la perte d'un pied, pour la 
troisieme k la mort Pour le vol dams une eglise et la fabri- 
cation de la fausse monnaie on avait les yeux creves. Le 
deiit d 'avoir frappe son seigneur avant d'avoir ete frapp6 
par lui emportait I'amputation de la main ; la confiscation 
des meubles et les amendes etaient reservees k de moindres 
deiits. La liberte sous caution ne s'accordait que dans les 
causes qui n*entra!naient pas peine de sang. Lorsque le 
crime, au contraire, etait capital, Paccnsateur et Taccuse 
devaient eire conduits en egale prison , si que Vun ne soit 
pas plus mal h I'aise que Vautre. L'accuse etait interroge 
a Paide de la torture, s'il y avait deux temoins contre lui ; 
un seul temoignage n^entratnait pas la q u est i o n. La proce- 
dure entiere etait ecrite, mais on en communiquait tons les 
actes a Taccuse. Au moment dn Jugement, le juge devait 
se lever, et demander hommes st^fflsants on hommes 
jugeurSf c*est-&-diredes conseillersou assesseurs charges de 
reconnattrele fait, et qui repondaient k pea prte aux jnres. 
Telles sont les princlpales dispositions dn code informe 
connu sous le non d*Atablissements de saint Louis. Elles 
peuvent servir k faire connattre I'epoqne qui les a'pro- 
duites. Aug. Satagner. 

I^TAGE. On entend par ce mot, en architecture, toutes 
les pieces d'un on de plusieurs appartements qui sont situes 
de plain-pied , et au-dessus du rez-de-cbaussee, ou, si Ton 
aime mieux, Tespaoe compris dans une maison entre deux 
planchers. Dans le langage de la jurisprudence, on designe 
par ^tage souterrt^n les pieces voQtees et placees en 
contre-bas du sol, les caves, en un mot ; par ^tage de rez' 
de^haiusSe, celui qui est presque au niveau d*une rue, 
d'lAe coar, d'un jardin; par Hage en mansarde, celui qui 
est pratique dans les combles. Dans une distribution bien 
entendae , on donnera an rez-de-chaussee, qui est cense 
former un soubassement , une hauteur mediocre , d^oA re- 
sultera pour I'ensemble un caractere mftle et solide. Le pre- 
mier etage, considere partout comme formant I'appartement 
d'honneur, devra avoir d'^yM d'eievaUon ; le second, 33 cen- 
timetres de moins; S'^yCfi suffiront pour le troisieme. A 
Paris, Posage general est d'ajouter entre le res-de-chauss^ 
et le premier on etage intoinediaire, apiieie entre»sol; 
mais ces etages sont generalement malsains , et devraient 
etre rejetes de touts bonne constrnction. Les r^ements de 
la voirie interdisent d^aOleurs avec raison la superposition 
d*un trop grand nombre d'etages; et un entrepreneur qui 
s'aviserait aujourd'hni d'eiever une maison de dix etages, 
comme celle qni est connne de chacun sous le nom de pas- 
sage Radziwill, pres le Palais-Royal, se verrait iiomedia- 
tement condamne k raser une partie de son edification. On 
comprend, sans que nous ayons besoin de les indiquer, les 
justes motife de securite publiqne et dMnteret general qui 
viennent dans ce cas apporter une limite k I'exercice du 
droit de propriete. 

Dans Pancten droit feodal , on appelait lige-Stage YohVi* 
gatlon des vassaux de resider dans la terre de leur seigneur 
pour gardcr son ch&teau en temps de guerre. Cet ^tage 
etait personnel , et le vassal devait le faire hnit jours apr^s 
sommatlon. Pendant sa dur^e, il ne pouvait retourner dans 
foyers. 



ETAGE - fiTALON 



5a 



En g^Iogie, on entend par stages les couches successives 
de terrains furmant la croOte da globe terrestre. 

J^TAGNE, nom de la femelle du bouqnetin. 

l^TAl. C*e8t le nom que Ton donne ordinaireroent aux 
pieces de bois dont on se sert pour soutenir des planchers, 
des iDurs on toute autre partie d'un ddiftoe prte de a'toouler, 
ou qu'on a besoin de malntenir pendant tout le temps qu*on 
roconstruit leur point d*appui. Pour cette op6ration» qu*on 
appelle Stayementt on emploie des pieces de bois de 
ch6ne ou de tout autre bois dur, qu'on dquarrit en forme 
de poteaux montants, et qui forment supports. lis sont 
presque toujours places entre deux ooncbes ou plates-formes ; 
I'une, infi^eure, se tronve situ^ sur le sol mtoie, engage 
entre le paT^ et le pied des ^tais^ pour les empteher de 
glisser ; Tautre, supMeure, forme chapeau, et est intercalte 
entre le raur et la t^to du poteau. De cette mani^re, Teffort 
de r^tai ne peut pas occasionner un trou dans la muraille. 

II y a une autre esp^ce d*^tai appeU contre-fiche, destine 
k s*opposer aux efforts lat^raux » tela que la pouss^ d^une 
Tofile, d*un mur, etc. : dans ce cas, T^tai est, dans sa partie 
sup^rieure, arr6t^ dans une coucbe k pen pr6s verticale, 
fandis que la coucbe infMeure, qui re^it le piedde la 
contre-ficlie, doit 6tre incline de fa^on k lui dtre k peu 
pr^ perpendiculaire. S*il s'agit de i^sister k un effort lateral, 
le systeme d*4tayement prend le nom d*^r^illonnement. 
C'est ainsi qu'on emp6cbe les tableaux des fenfires de se 
rapprochcr : on y place des ^tr^sillons qui s'opposent k 
tootmouvement. On peut les remplacer par une ma^nnerie, 
qu'on d^olit ensuite. V. db MoiioN. 

ETMES(Blason). Voy€% Chetroii. 

ETAIN (en latin 5<anniiin). L'^tain est un des m^taux 
les plus anciennement connus , car U donna son nom ( en 
grec xaaoitepo« ) aux lies Cassitdrides, dont parlent les gte- 
graphes de I'antiquit^, et nous le voyons iigurer parmi les 
objets les plus importants du commerce des Ph^niciens sur 
tes cdtes d'Espagne. Ce m^tal , d'un grand usage dans les 
arts, est solide, d*une couleur blancbe ou plut6t tenant le 
milieu entre celle de I'argent et telle du plomb. Qoand on 
le plie, il fait entendre un petit craquement, que Von ap- 
pelle cri de Vitain^ et qui est dA au derangement de la 
structure cristalline. 11 acquiert par le frottement une odeur 
particuli^re. II est tr^mall^ble, tr^s-ducUle et assei te- 
nace ; il faut un poids de 24 kilogranunes pour rompre un 
ai d'etain de deux millimetres de diamfetre. 11 fond k 228« 
centigrades , est pen TOlatil , et cristalUse en prlsmes 
rhombo'idaux. Lorsqu'on le fait fondre et tomber dans 
Teau , on Pobtient dans un ^tat de division particulier : c'est 
ce que Ton appelle de la grenaille d?itain, Le poids sp^* 
(ique de I'^tain est 7,2914. Sa formula est Sn =» 73S,294. 

L'^tainne se rencontre pas pur dans la nature, quoique 
quelques parcelles en aient ^t^ trour^ sous cette forme 
pr^ de Montpellier et dans le comt^ de Comouailles; il est 
toujours combing soil avec Toxygtoe ( €tain oxydi ou 
eais\t6r\te }, soil avee le soufre ( itain pyritettx ou 
stannini)» Tons les autres compost de retain sont des 
produits de nos iaboratoires. Les prindpaux compost bi- 
naires sont des oxydes, des sulflires, des chlorures, des 
bromures et des iodures; les oxydes serrent de bases k des 
sels dont les principaux sont des azotates et des sulfates. 
Ces oxydes sont au nombre de trots, dont le plus oxyg^n^, 
le peroxyde d'itain, Tulgairementpo fied'Stain^ rougitle 
papier de toumesol, se combine areeles bases, et n'a nulle 
affinity pour les addes, ce qui lui a fait donner k juste 
titre le nom d'adde st a unique, Dans les compost sul« 
fur^, les degrte de sulftiration suivent la m6me progres- 
sion que les degr^s d'oxydatlon des oxydes, c'est-i-dire 
qu*il y a un protosuifitre , un sesqtUsuifiire et un persuU 
fure\ ce dernier est plus connu dans le commerce sous les 
noms d* or fit tii4 i/, r (fe Judie. Les cb lor u res d'^- 
tain sont surtout d*une grande utility dans les arts; Tun 
d'eux, le protochiomre^ est appel^ Tutgairement sel <f ^ 
tain. 



V^tain pyriteux, qu'on n^exploite nulle part, existe, 
quoique peu abondamment, en Angleterre et au Mexique^ 
On le nomme encore pyrite d'6tain et or muss\f nat\f. 
II contient toujours du sulAire de cuivre, est trte-friable, 
se pulverise ais^ment et offre une cassure concboide, 4 
petites dvasures, plus souTent grenue et parfois imparfaite- 
ment lamelleose, avec ^at m^tallique. Sa poussi^re est 
noire, etn'a pas encore ^trouTte cristallis^. II fondau feu 
du cbalumeau, en r^pandant une odeur de soufre, et la&sse 
une scorie noir&tre irrMuctible. H colore en un jaune yer- 
d&tre le Terre de borax. L*6tain oxyd6 est ce qui constitue 
proprement la mine de cemt^tal. II es.t dur et assez pesant, 
d*nn Tif telat au dehors, gras et luisant au dedans ; il ^tin- 
celle sous le briquet, et donne par la trituration une pons- 
si^re d*un gris cendr^. Sa cassure, presque toigours k gros 
grains, est rarement lamelleuse et iisse. Sa couleur est 
d*un brun noirAtre, quoiqu'on en alt tu de blanc. Ce n*est 
que trte-difQdlement qu*on panrient ^determiner les formes 
variees de ses cristaux. L^etain oxyd6 se trouTe en Es- 
pagne, en Boh^roe, en Saxe, an Mexique, k la Chine, mais 
surtout dans les provinces meridionales de Pempire Birman 
( Martaban, Y^, Taval et T^nasserim ), dans les monta- 
gnes de la presqulle de Malakka et dans celles des lies de 
la Malaisie : celle de Banca, entre Soumftdra et Borneo, 
se distingue surtout sous ce rapport II appartient aux ter- 
rains primitik et k ceux d'alluVion, qui proviennent deleur 
decomposition. On ne letrouve pas pur dans le commerce, 
mais alUe k divers metaux. Cdui d'Angleterre contient da 
cuivre et un peu d'arsenic; d'autres renfermentdu plorob 
ou du bismuth. 

On grille le mineral d'etain pour en expulser le soufra 
et Tarsenic qu'il pourrait contenir, et I'on r6duit Toxyded'e- 
tain avec du charbon. L'etain common, mtoie retain an* 
glais, qui passe pour le plus pur, contient presque toujonci 
des traces de cuivre, de plomb et qudquefois d'arsenic* 
Pour avoir retain chimiquement pur il faut trailer retain 
du commerce par I'acide nitrique, laver Toxyde qui en re- 
sulte, el le reduire avec du charbon. L'etain parfaitement 
pur a un cri bien plus prononce que retain du commerce. 

L^etain entre dans la composition de plusieurs alliages , 
tels que le br on ze des canons et des statues, et le metal des 
cloches. Deux parties de plomb et une d^etain fondnes 
ensemble donnent la soudure des plombiers. Les cym- 
bales, les timbres d'horloge, les miroirs de telescope, se 
font avec des alliages de cuivre et d^etain. Darcet a le 
premier remarque que ces alliages deviennent malieables par 
la trempe. Enfin retain est la base de la fabrication du fer- 
b I a n c et de Toperation nommee it am age. 

De ces nombrenx usages resulte une grande consomma- 
tion de retain. La production totale de ce metal est annueile- 
ment d'environ 75,630 quintaux metriques, ainsi repartis : 
Angleterre, 40,000; Inde, 33,762; Saxe, 1,245; Bobeme,623. 

Les alchimistes representaient retain par le symbole de 
la planete Jupiter. 

ETALINGUER, ENTALINGUER ou TALINGUER, 
expression de marine designant une manoeuvre qui con* 
siste k amarrer k une ancre un cAble ou un cordage de 
niohidre dimension. Le noeud, de forme particuliere, 
que le cAble fait dans Tanneau de Fancre, et le volume qu'il 
occupe, se nomme italingure^ entalingure ou talingure, 
Tant qu'un navire est retenu en mer par la longueur de la 
traversee, les cAbles, devenus inutiles, sont, pour leur 
conservation, ramasses et rouies en lieu sftr. Ce n'est qu'aux 
approches du port qu'on les 4talingue, entalingue ou 

talingue, 

£TAL0N (dentalien sto/tonc), cheval entier ser- 
vants couvrir lesjuments. Le gouvemement entreticnt k 
grands frais dans les haras des etalons qu'il met Ala dis- 
position des eieveurs, moyennant une faible retribution , ^fm 
de propager les belles races. Les Anglais , ces grands ama- 
teurs de chevaux , font lescendre tons les etalons qui jouis- 
sent cliez eux de quelque reputation des trois branches ou 



fiTALON — EXAMINE 



€4 

families mHtmIm i 1* CeUe d'i7erod» alnu nommte d*un 
ctieval c^Uibre, King-Herod, b6 oi 1758, et comptant panni 
iMftoofttiM das arabas et des barbes, entre autreace Byerteff- 
Turq qui, amea^ en AngletemiOQa Jaoqaea II par le diicde 
Berwick , fat emploj^ comme ^takm aprte aroir fait lea 
guerrea (Tlrlande ( 1089) avec ie capftaine Byeriey. Nerod 
t€gatt snr Thippodrooie de 176^ k 1767; pda donna le 
jour k 397 cberaux qui giifi$ihmA k ieon propri^tairea plot 
de 5 mfUioBB dua lea coarua. 2* La bcan<^ 4*Bcl^p$e , qd 
doit son BOtt k on cberal ilioatra, n6le 5 avrfl 1704 pendant 
(die e41^re ^cNpae de aoleil. Ce cheTal deacendait en tlgne 
directe de Darley*Arabian par son p^ et de MM^n 
par sa vabn, H dispote k Flffing-ChUders , qui Tteot bien 
arant lui , llionneur d'4tre eoniidM oomme le pranier 
cheval de eoorse du aitele dernier. Eclipse, aelon lea bona 
usagea da temps, ne pamt aar lliippodrome qa'k FAge de 
einqans. U d4bata le S mal 1769, k Epsom , on fl fit 6,440 
metres en aii minntea , qaoiqae retena par Whiting, aon Joe* 
key , qoi 8*4(alt aper^ dOa le d^pni que pas on de sea 
concurrents ne noarait lol dispoter s^rieuaement le priv. La 
8up6riorit4 d'i7cZijMa4tait tette, <pie jamaia on ne troora k 
lui opposer d6 diof al qd pAt eoarir do front avec Ini pen- 
dant luoa de 60 mMrea. U falaait le d4seapoir des propria 
taires de cbevavx deeoune, qni tt^^pai^iireBt aucan moyen, 
pas mOme les menacea de mort, pour se d^banaaaer d^oa 
si terrible adTeraaire. Foreo ftit an capitaine O'Kdly, son 
propri^talre , do renoncer aox luttea de ITiippodrome, aprte 
dit-sept moia de trfompbes inoina, qni lal Talnrent plus de 
600,000 fr.A partirde ce moment, iSdifise aertit comme 
^talon : le prix de la monte 4tait de 1,500 fr. II donna le 
}our k 834 cheTaux, 4|ai gagn^rent k lenra propri^ires plus 
de quatre millions , aana 04««pter les piteea d aigenterie. Lei 
capitaine o'KeQy reftisa de le Tendre k lord Groarenor pour 
300,000 fr. Dana sa jeunesae aartont 11 4taH videoi : on ftit 
mtoie oh*ig6 de recourir, pour le dresser, au bmeox Sd- 
llTan. Eclipse offrait dans sa oonformation , da reste belle , 
une particularity assei curieuse : 11 ^talt remarquablement 
has du devant Dans son gdop, trte-allong^, il ^cartalt telle* 
meat les Jambes de derri^re, qu*0 y avait plaee entre ellea 
pour faire rouler oommod^ment une brouette. n avait une 
grande pdssance moscdaire duis les aTant-braa et dans les 
cuisses ; ses spades prdsentalent une ^tendue et nne obllquitd 
Traiment extraordinairea.Loraqu*il mourot, k TAge de Tingl- 
cinq ana, k Epsom, on.troora que son OGBor peaait 6 kilo- 
grammes , et que ses os aTaient la force et la density de 
I'ader. 3* La branche de MaUhem, qui porte le nom d*aQ 
pctit-iilsde Godolphin-Barb. Matchem ^tdt n6 en 1758 ; 
il mourat en 1781, apr^ aToir donn4 lejour k 354 chevanx, 
et rapport4 k son proprl^tdre, comme dtdon seolement, 
plus de 400,000 fr. On remarquera que, comme pluslenrs 
des chevaux cfl^bres dontnous venous de parler, Matchem 
atteignit un4geavanc6 (trente-trois ana). 

1£T ALONy^TALONKER, ItTALONNEUR (M^rologie). 
Les poida et mesurea, dont la precision importe tant k la 
couaenration de la propria^, out ^^ uH dea premiers olqeU 
doot se sont occupy 1^ bommea r^uds en aocfi$t4. Paucton, 
dans son tntroductUm d la nUtrologie, remarque que lea 
6talons adent gMrdement regard4a oonuna sMrte ohei 
les anciena, et quila adent en cons^enee d^poa^ dana 
Ite lieux saints, le aanctuaire dea Juifs, lea temples des , 
lalens et lea ^Uses des premfera chr^tiena. II 6tablit en | 
outre que, poor une plua conataate r^laritd, )m ancMaa 
4tdona s^ainstaient aur les dimensions de qudque Edifice 
durable. La base de la plua grande pyramide d'tgypte, 
qd formalt la 500^ partle d'un dagr6 do meridian ^ aerralt 
k oet objet. U ajonte que pluaienra contr6ea Toisinea de 
TEurope et de TAsie avdent emprunt6 leurs meaurea dea 
l^ptiens, et que dea ^Idons udformes forent ^tabUa dana 
tout Fempire romain, dTaprte Tarch^type conserve au Capl- 
tole. Dana lea tempa modemea, c'est gto^ralement an pre- 
mier magfatrat de ehaqae gouvemement que aont oonfi^ 
lea 4laIons. Gelui-d en envoie des copies k certaina officiars, I 



on ital<mneurs, qu'il autorise k lea distribuer, en las aju)»tanl 
sur les poids ou mesurea moddes, oe qu'oo nomme ^la- 
hnner, et k veiller k oe qn'ils se conserrent dans une par- 
fiute uniformity. En France, lea princfpaux 4talons, le 
mitre, le kilogramme, le litre, fconi d^pos^s, avee lea 
autrea ^tdons ditislonnairea, k TbOtd dea Arebites, It Paris, 
et dana plunenra autrea endroita. 

Jiialtm , dans le langage oommcrdd , afgnifie done un 
poida ou unemesbre fiie, qd sort k en ajnsterd'antrea. Ha 
sedivisent en adons arbiiraires et en Aaiona invatUsbUs, 
e*e8t-k-dlre prla dana la nature. Lea premierB aont les plus 
r6pandn8;lrpetoe en trotfve^-^ deux dana lea syatimea 
aiMiena qui pdaaent 6fre eomparfia. Llmperfeetion du tra- 
tail, Valt^tton naturelle dea aubatancea dont fla aont con- 
fectlonn6a, tout oontribue eaeore k angmentei^ la eunfusioo . 
Cea iuoonvlnienta out fait oomprendre la n6ceaalt6 de d6- 
tendner lea ^dona anr tme base Immuabla , on aur quekpjo 
propriety conatante de la nature. Pamri lea moyena propose 
k eel elfet, nous eflerona la Id on force de gravitation ter* 
restre, les moovementa dea corpa celestes, ou la mesure 
de qudque arc on portion du m^rfdien {iwyH M^nuQVB 
[ Syst^me ] ). E. RicnEm. 

ETALON (SyMaUiure). Fi)yiaBDia,TomeIII, p. 363. 

ETAMAGE9 optelfon qd oonaiate k eonvrfr d'une 
conche d'^tain dea vaaea ou des plaqoea de for ou de coivre 
pour les prterver de la rbdlle ou de Poiydation. Qiiand 
on veut damer une pi4ce de euivre, par dxemple, on com- 
mence par la d6caper, poia on la met aur le feu, et on Ja 
cliauffe Ju8qu% ce que la temp^ture aoit ^e, d m4mft 
sup^rieure k cello do Tddoi fondu. On Jette de la nteioe dans 
fint^rieur du vaae, dans le but de mdtro la surface qui 
tloit Otre 4tamte k I'abri du eontaet de Tair; aprte qud on 
^tale I'dain Ibodn avee un tampon de filasae, comme ua 
peintre en bfttimenta 6tend lea oouleura aveo la brosse. 
Qodquefols on remplaee la poix-r4slne par du ad ammo- 
niac. Qnand la pitee eat bien chattdo, on la frotle avec oe 
sel, qd a la propri6t4 de d^craaser parfdtaroent le eiiivre, 
et tout de aolte aprte on verse r^ain fondu, et on l*^nd 
en frottaotavee de I^Aoupe et du sd ammoniac. 

Vitamagepolyehronettsi afaial nonun4 parce quil dure 
sept k buit fois plus longtemps que P^tamage onUnatre. II 
est compost de six k sept parties d'4tain aur une de fer. 
On fait fondre dea rognurea de fer blane dana un creuset, 
puis on doate Tddn ; on brasse le bdn, et Ton code le tout 
dans lea lingotiirea. Cd alliage, cass4 k ffok), pr6sente on 
grain aembteble k ednl de Tader. Poor appliquer I'damage 
polycbrone, on est oblig4 de chanffer la pitee presque aa 
rouge; on la aaupoudre avec du ad ammoniac, d en m4me 
teoapa on la frotte avec te boot d*un ling«yt ; cdoi*d food , 
11 ne reste plua qu'k IMtendre udfonn^ment avec une poi- 
gn^ d'4tonpes. LMtamage polycbrone prend bien surle 
edvre, le laiton, d mima le fer \ mala pour qull ail autant 
dMclat que Tdamage ordinaire, onle reoonvre d*une coudie 
d'^in fin. 

La fabrication do fer-blanc n'est qu*une appUcatiuii 
particali^ #1^ procM^a de Tdamage. TEYssitDaE. 

I^TAIUNE ( Botanique), de ttmnen, tl. CTest I'or- 
gane mde dea plantes, f^ avee le piatil forme l*appa* 
reil le plua important dea vi6gdaox phan4rogamas, puis- 
qu*il no peat y avoir de fructifleatioB aana le eonoours de 
cea deox partiea. Les dambias composent un 00 pludeunft 
vertidlles plaote sur le toma, d ellea dtenMot avee lea p6- 
talaa oa avec les lobea de la eordlo lonqall n'y a qu'ua 
aeul verttdUe. Si dlea lenr aont oppoate , oomme dans la. 
famine dea primuiaete , das myrsinto , on aoppoae qu'on> 
premier verticUle ed avort^, d daaa oe oaa il n'eat paa 
rare d*en tronver dea fragpnanta aooa Ibnna de flleta ou d*^ 
oaillas dtarnea avec lea pdalea. Lea damines aont aoovent 
en m4me nombre que lea pdalea, d qvand fl y a plndeura 
vertidlles, cliaeun d'eax est compost du mime nombre de 
;>arties, en aorte que le told eat un mdtipla de edui dea 
l»6tdes. Par example , lea flanrs k cinq pdalea auront Ir6- 



fiTAMINE — tTAMPES 



quetnmetit cinq et dix Amines , celles h trois p^tales en 
auront trois, six, neuf . 

Une ^tamine se compose de deux parties principales, le 
filet et Vanthire, qui renferme le pollen, agent es- 
sentiel de ia f^eondation;. 

Dans les Henrs doubles, les staminas se mdtamoriihoseot 
fort ais^ment en p^tales, parce qu^elles ont avec ceux-ci 
ia plus grande analogie de position et de substance. Sou- 
vent on Toit dea fleurs k dnq p^tales et einq diamines 
perdre ces demi^ns et les rempiacer par ua Ttftidlle de 
p^tales altemea avec les premiers i les primulaote of- 
frent asses commun^ment dea exemptes semblables. Ces 
nouTeaux p^tales sont fonn^ par les filets seulement, et 
dans ce caa TantbM^ avorte. Mais quelquefoisanssi les an- 
tb^res se m^tamorpbosent, et alors elles prennent la forme 
d'un comet de la eonsistance etdo la coulenr dea p6Ules, 
<x>mme dans i'ancoUe Tulgaire. 

O^est duis les ^aminea que Ton trouTe les prenves les 
plus fr^quentes de rirritabilit^ T^6tale , irritabiUt^ que 
quelques botapistea nient aujonrd*huiy pour lui substituer 
non pas une cbose* mais un mot, celni d*excitabitit4. Si 
I*on pique avec une aiguille la basa Interne d'une ^mine 
d'^pine-vinette, elle se jette vivemeat contre le pistii. On 
observe im mouvement anolagne dans quelques chardops, 
centaorfes, opuntias, lorsqu'on irrite leurs antbftres. 

La. nature a pris des soins admirables.pour garantir les 
^famines des iatemp^ries de ratmospb^re. Elle les a ea- 
ch^, tant6t dans le fond d'une ear^e abritte par delarges 
ailes et un ^ndard qui pr^sente le dos 4 Torage, taut^t 
<;ous nae clocbe, un casque, etc. Mais c'est surtout pour 
les plantes aquatiques qa'elle a pris dea precautions extrft- 
•mementsinguli^res : iavallisn^riaenoffirenndesexein- 
pl^ les plus remarquables. BorEAiiD. 

ETAMINE ( Technoloifie ), petite ^toffe fort mince, 
(ravaillte carrtousnt comme la toUe. On dit diamine de 
laine, de soie; StanUne de Reims,. du Mans; rcb^ ^^4ta' 
mine, voile dVtomiM€. Le cardinal Jacqueade Vitry, dans 
la Vie de sainte Marie d'Oignies, c. xnr, n° 37, semble in- 
diquer que de son temps, et an commencement du qua- 
torzitoe sitele, 4t€amine sigiyfiait une ^(Te grossi^re et 
rude. U dit que la sainte, au Ueu d*une chemise de tolle, 
portait on sac de cilice lude, vulgairement appel^ ^ta- 
m%ne» Peut-^tre ne qualifie-t-fl ainsi Vitamins que par 
opposition au linge« 

diamine w dit ^ement d*un tissn pen serr6, fait de 
crin, de sole on de fil, qui sert k passer le plus d^U^ de 
la farine, quelques poudrea et quelques liqueurs. Fignrtoent 
et dans le style familier, passer par VUamine si^^ifie exa- 
miner s^iremcot la conduite, lea mcBura, la docbrine d^one 
penonne, lui fisdre subir une ^preuve ligoureose. II se dit 
aussi dea cboses examine en detail et scrupuleusement. 
C'est ainsi qu'on lit dans Boilean : 

Tout ce qoi t'offre k moi |»aste par Yitamine. 

ETAIIIPE9 outil doni se serveniles mnrtehaux, les ser- 
niriers , les chaudronniers, les doutiers , les eff&vres, etc., 
et qui din^ de forme et farie dans aes rteltats, sui- 
vant les metiers ob on I'emiiloie, Tant6t c'est un moule, 
tant6t c'est un poin^on. Dans le premier cas^ on force la 
matiire que Ton veui ^tomper & se modeler sur I'dtampe; 
dans le aecend, on force T^tampe h. entrer dans la mati^ 
qui lui est aounrise. Cast ^ i'aide d*une ^tampe que le clou- 
tier foTtne la tftte du clou d'^pingle, on que le serrurier rive 
des bduloBs. Le eoutelier s*en sert pour graver ^ cbaud sur 
aes lames sa marque et son nom; Thorloger^ le mar^chal, 
pour percer carr^ment une pitee 00 un ler* 

L*^tampe des ehaudronniera et de Torl^Tre est une forte 
I»l8que d'acier tremp^ 011 de bronze, ^ sent gravdes di- 
"verses figures, et sur laquelle on place une. mince feuille de 
m^tal pour lui en faire prendre l*empreinte au moyen du 
poin^n, repouss^ h Taide da niarteau 011 du balancicr. 
C*est aussi par ce procMd qu*on 6tarope ies boutons, les 



55 

plaques d'omement, une foule d'objets de quincalllerie, le 
carton, etc. 

ETAMPES, vUle de France, cbef-Ueu d'arrondisseroent 
dans le d^rtement de S e i n e- e t - i s e, station du chemin 
de fer d'Orl^ns, h 40 kilomMres sud de Versailles et 55 
sud-est de Paris, aur I'^tampes, li son embouchure avec la 
Juine. Cettie ville possMe 8,083 habitants, un college commu* 
nalyun tribunal civil, une typographie, denombreuxmoulins k 
farine, des tanneries Importantes, des lavoirs de laine ^ des 
exploitations de grte consid^bles dans les environs, de 
forts march^ pour les c^r^ales, les f^nes et les denrto. 
^tampes remoale k une antiquity asses reculte ; Gr^ire de 
Tours parle du poQUS Stampentis^ du bourg d'£:tamp<;8. 
Ittampes avait le droit de battre monnaie; on possede plu- 
sieurs pitees frappte dans cette ville sous la race Cailovin- 
gienpe. Philippe-Auguste d^truisit la commune d'Etampes, 
et dte ce moment la ville cessa de battre monnaie. Le roi 
Robert y avait fait oonstnpire un chAtean fort, que Jean Sans- 
Peur et le due de Guienne foro^nt en 1411 ; 11 n'en reste 
plus qu'une tour en ruine, qui k cette ^poque soutint un long 
si^e, malgr^la prise du chAtean : c'est Henri IV qui fit 
d^truire ce chAteau. Robert I*', Philippe I*% Louis vi', 
Louis VlI,PhOippe-Anguste, saint Louis, s^ourn^rent tour 
k tour k Etampes, qui leur dut alors plusieurs monuments, 
aqiourdliuien pailie ruin^ £tampea fut, en llSO,'.le si^e 
du concile 06 saint Bernard fit reconnattre le pape Inno- 
cent II, et, en 1147, celui de la grande assembl(^ des 
pr6lats et des barons qui vit Louis VII partir pour la croisa- 
de, et investit Suger de la puissance gonvemementale. La 
aeigneurie d'^tampes fiit donnte par saint Louis k sa m^re, 
la rdlne Blanche, en 1240; elle ftit drigfe en comt6 en 1327. 
En 1&26, Francois I^ T^rigea en dnch^, et Tattribua k Jean 
de Brosse, le mari de sa maltresse, Anne de Pisseleu (voyet 
rartide anivant). En 15S3, Henri II reprit le ducb^ d't- 
tampea,et le donna k Diane de Poitiers, sa mattresse; 
apr^ la mort de cdle-ci, Charles IX le rendit k Jean do 
Brosse. En 1576 , Jean Caslmir, ^lecteur palatin du Rhin, 
Alt investi da dudi^ d'^tampes. Henri III le donna en 1679 
k la duchesse de Montpensier, moyennant 100,000 livres, 
et en 1583 A sa sobot, Margnerite de Valois, femme do roi 
de Navarre. Henri rv le donna, en 1598, A la duchesse d'Es- 
trte. En 1712 fl passa par extinction k la famille d'Or- 
l^ans, qui le conserve jusqn'i la revolution. 

Etampes donna, en 603, son nom k une sanglante bataille, 
ob les soldats de Clotaire II forent taill^ en pieces par ceux 
de Thierry, et od M6rov4e,fil8 du roi, Agi6 de cinq ans, 
fut pris. Outre le si^ qtfen firent les Anglais en 1411, les 
Bourguigmons et lea Annagnacs se disput^rent longtemps.Ia 
possession de cette ville, dans les slides qui suivireat. 
Etampes, qui tenait pomr la Ugue an 1589, fut prise et pill^ 
par Henri HI; en 1682, die fbt livrte aux princes k Tinsti 
gation desqudsavdt^at^ lagnerre de la frond e. Turenne 
Vint y mettre led^ qu'il iVit oblige de lever k Tapproche 
de rentbrta considerables envoys aux as8i4g^..Lesguerres 
de religion contribuM-eat beaucoup k miner les monuments 
et les Mifiees d'Etampes. 

^AlfPES (AmiR DB PISSELEU, duchesse n'), dite 
d'abord Bptu d^HeUly^ fille d'Antoine, seigneur de 
Meudon, naquit vera is68. Demoiselle d'honneur de la du- 
cliesse d'Angouldme, mtoe de Francois r% k laqudle ce 
prince avait confii la r^gence pendant sa captivity , die 
alia avec die au-devaat du monarque rentrant en France 
aprte la oondudon dn traits de Madrid. Le roi la vit pour 
la piemlte fois A Bayonae; die evait dix-huit ana. II fut si 
. frapiMSde I'^at de aeseharmes, qnll endevint ^rdument 
amourmx, et lui sacrifia la oomtesse de ChAteaubriant. 
La nouvdie favorite n*avdt pas, du reste, que sa beauts en 
partage : son esprit, solide et briHant^rendit son empire dn* 
rable. Protoctrice des letbrea et das arts, die fut blent6t , 
disent ses contempordns, la plus belle des savantes et In 
plus savanle des belles. Francis I*' la donna ca roariage 
k Jean de Brosse, dont le pAre avait suivi le parti du due 



53 

de Bourbon, et k qui il fit rendre seft biens confisqu^. II ie 
cr^, de plus, chevalier de TOrdre^ te nomma gouTemeur 
de Bretagne, et lui fit present du duch^ d'^tompes. Anne 
se seiiit, en outre, de 8on cr^itpour enricbir sa famiUe : 
ses trois fr^es obtinrent des ^vAch^s ; deox de sea soeora, 
de riches abbayes; et les autres s'aUiirent aox plot grandes 
maisona du royanme. 

Tant de bonheur fut trouble par la Jalousie que eon^t la 
duchessecontreDianede Poitiers, maltressedu dauphin, 
quinela haissait pas moins cordialeinent.Leurriva]it^par- 
tagea bientOt la cour et m6ine la famille royale. Anne forma 
on parti en fareur du due d*0rl4aift, Jeone prince dont la 
Taleor brillante continuait d^ji celle de Francis !*<'. Diane, 
qu'on appelait la grande sin^haU, se mit ^ la t^ de ce- 
lui du dauphin. Anne, cratgnant que le premier ne Tempor- 
Ut sur le second, 8*opposa, en d^pit des int^rdts de TEtat, 
^ ses progfte contre les armte de Charles^^oint. Lorsqn*en 
1540 Tempereur, se confiant It la loyaut^ de Francis r% 
traversa la France pour passer dans les Pays-Bas, elle con- 
seilla au roi de s'emparer de sa personne. Celui-d dit k 
Fempereur, en lui pr^sentant la duchesse : « Men fi:)^, 
Toici une belle dame qui me oonseille d^an^antir h Paris 
FoeuTre de Madrid; » k quoi Charles-Quint r^pondit froide- 
ment : « Si le consdl est bon, il le faut suivre. » 

Gependant, Tempereur, cherchant k gagner la favorite, 
7 serait parrenu, soiyant quelques aoteurs, en lui faisant 
accepter un tr6s-beau diamant, quMl aurait laiss^ tomber, 
et qii'elle se serait empress^ de ramasser pour le lui 
rendre. Ce tali n^est gu^ probable. II est pourtant certain 
qu'^ partir de oe Jour la favorite eut avec Charles-Quint des 
relations fiinesles aux int^r^ts de la France. Ob^ssant ton- 
jours k sa baine pour Diane et au d^irde rabaisser le dau- 
phin, elle for^ par ses intrigues ce jeune prince k lever le 
sidge de Perpignan ; et lesennemis, avertlspar die, jet^rent 
dans la place dix mille hommes qui la rendirent imprenable. 
Lorsqu'en 1544 Charles-Quint et Henri VIII attaqu^nt 
de concert Francois I^, la duchesse fut encore accuse dV 
voir livr^ i^rempereurle secretdcs operations de lacampagne, 
d'avoir araen6 la prise d'£pemay, celle de Chftteau-Thierry, 
et les succte des Imp^riaux, dont Tapprocbe^pouvanta Paris. 
Abusant de I'ascendant qu'elle avait sur Fesprit du roi , 
elle le d^rmina k signer le traits de Cr espy, si honteux 
pour la Fruice, et contre lequel le dauphin protesta haute- 
ment. 

Enfin, ce que la favorite redoutait depuis longtemps ar- 
riva : Francis I*** mourut, le31 mars 1547, et le dauphin 
lui succdda, sous lenom de Henri II. On pent dire que 
Diane monta avec lui sur le trOne. Bient6t les cr^tures de 
la duchesse furent disgraci^es ou exilto ; pour sa part, elle 
re^t simplement Tordre de se retirer dans ses terres, et 
Diane la laissa jouir de tons ses biens. Anne, qui avait tou- 
jours prot^6 le protestantisme, en haine de Diane, qui le 
perstotait, Tembrassa dtelon ouvertement, et employa les 
revenus de ses grands domaines k lui faire des prosdytes 
et k secourir ses pauvres. Cette favorite, qui avait si indi- 
gnement trabi la confianoe de Francois r% qui Tavait aimte 
pendant plus de vfaigt ans, rendit son Ame k Dieu si obscu- 
r^ment, qu'on salt It peine I'^Kique de sa mort : on croit 
qn'elle arriva vers Tan 1576. Eug. 6. db Monglave. 

J^AMPEUR. Dans le monde, on dirait avec raison 
estampeur, de mftme que Ton dit estampilU; mais le Ian- 
gage technologique, qui empninte moins ses noms k TAca- 
d6mie qu*aux habitudes des ouvriers, a fait les mots dtam^ 
ptir, itampeur, itampe. L'^lampeursalt donner & unefeuUle 
m^lallique une masse de reliefs et de creux du desain le 
pins pur. Pour cela, il fait graver d*abord une matrice d'a- 
cier en creux, et un coin ou itampe en relief ^aiement 
deader, pouvant Itbrement entrer dans les creux du desdn 
de la matrice; puis il place celle-ci sur le sommier d*un 
moutonou d*un batancier, qu*ilarme ensuite du coin appar- 
tenant.h cette matrice; alors il fait jMSser des feuilles diauf- 
itaau loug^detAle, decuivre^de laiton, de plaque, d*ar- 



itTXMPES — tlk^Q 



gent ou de maillecborf, sons ce mouton ou ce balander» 
et par un ou plnsleurs coups il obtioit sor ces feuilles le 
dessin qu'il d^re. Telle est aujourdliul la perfection de V^ 
tampage en France, que le fini et Fd^gance de nos ome- 
ments dtamp^ forcent les Anglais, les Busses et tous les 
drangers k venir nous en acheter des masses considdiibles 
pour ddcorer k notre exemple lenrs maisons et leurs palafs. 

J. OnoLAirr-DESicds. 

£TANG. Nousavons ddini, en parlantdes eaux, ceqne 
c*e8t qu'undang. II nous reste k parier de sa construction 
et du produit qu'on en peut tirer. Un 6lang rapporte qud- 
qnefois plus que les terres arables, des hois, des prairies. 
On doit retablir surun terrain capable de retenir les eaux, 
aprte s*dre assure que la pente des terrains environnants eo 
permettra r6ooulenient dans la salson des ernes. II est indis- 
pensable de gamir le fond de F^tang d'un banc dVgile et 
de lui donner la pente suffisante pour permdtre de vider en- 
tiirement la masse d*eau que Ton doit y retenir, par une 
chauss^ que Ton fait ai ceinture quand on veut drconscrire 
les eaux dans un espace donn^ , ou par une simple chausste 
k Fextr6mit6 du point le plus profond de F^tang. Cette 
chauss^, dont ia base doit avoir au moins le triple de sa 
hauteur, pour pouvoir roister k la pouss^ des eaux , est 
formdede deux murs verticanx panlldes, b&tis k cliaox 
hydranlique , entre lesqnds on bat de Targile , et que Ton 
soutient des deux c6tte par des talus en pente trte-donce, 
jouant le rdle d*^rons. Souvent, par 6conomie, on fait 
cdte digue en battant dans le sol des piquets dont on gamit 
ensuite llntervalle d*argileou de tourbe, que I'on rdiausse 
en dehors avec des plaques de gazon. On mdiage, k Pendroit 
le plus profond de cette chausste , une Mose ou bonde , et 
derriire cette Muse un foss6 ou Hef, le tout pour permettre 
de retenir ou laisser sortir les eaux en raison des besoins. On 
mfoage anssi dans un point de la diansste nn dichargeoir^ 
ou tehancrure pav6e et cimentte , par oil les eaux surabon- 
dantes puissent joumdlement s*6couler : ce ddchargeoir, 
ainsi que r^nse, doit Mre garni d^une grille en hois ou en 
fer pour empteher le poisson de s'^chapper. II est bon de 
creuser nn foss6 autour de IMtang , ooname supplement da 
d<k:liargeoir, et d'en planter le eM6 ext^eur de peupliers 
d^aulnes, ou de saules, pour preserver la chausste des 
degradations de la s^cheresde, et, en mtaie temps, pour ofTrir 
au poisson un ombrage salutalre. 

L'dang termini, en ferme la bonde , et onle laisse s'emplir 
des eaux de Fautomne et de l*hiver; puis au printemps 
on Tempoissonne , suivant qu*il doit produire du poisson 
d'un. an, appde/eul/te ou /re/in, ou mdme alevin, nom 
doune plus particuli^rement au poisson de seconde ann^, 
ou qull doit produire du nourrain ou empoissonnage , ou 
bien du poisson de vente, Le poisson de vente ne se com- 
pose gentelement qnede ca rpes, de tanc hes et de b ro- 
chets , quoique Ton y voie encore qudquefois des b r ^ m e s » 
des perches, des anguilles et du garden; mais la brtoie 
a pen de valeur, les perches ddmisent trop dn/euilUf les 
anguilles percent les chanasees, et le gardon, ainsi que tous 
les petits poissons blancs appd^s menuisaUle, blanchaille 
ou roussaillef n'est gu^ bon qu*^ nourrir les perdies et 
les brochets, d k preserver ainsi la feuilU de carpes. Son- 
vent dans le mftme dang on fait la/eui/Ze, Tempoissonnage 
et le poisson de vente ; Fempoissonnage varie suivant iea 
pays. Cependant, pour avoir seulement de la /eut/to oq 
calcule qu*il faut mdtre dans retang sp^dalement destine k 
la pose, un tiers- de carpes femdles d deux tiers de roAles , 
du sixiiroeau quart du nombre n^cessaire k empoissonner 
l^etang en ptelie r^^e ; I'on ajoute des tandies dans la pro- 
portion du quart du nombre des carpes , d comme ces der- 
niers pondcnt annudleroent, en raison de la quality du sol 
de l*etang, depuis 24 iusqu'li 300,000 ocufs, dont une bonne 
partie n'arrive pasi^ bled, I'liabitiideseule indique le nombre 
exact du poisson de pose dont il faut meubler un 6tang dea- 
ling k foumir la feuille. Ensuite, on md ^rossir dans im 
nutre dang de 500 4 unmillier de ctiie feuille par liectarf 



fiTANG — fiTAPE 



ou par cent du poisson qu'on doit placer dans T^tang des- 
tine k donner dupoisson de vente; on ajoute k ceUefeuille 
de carpes, 7 ^ 10 kilogrammes deyeui//edc tanches, etquel- 
quefois mdme de 8 ^ 10 brochetons de la grosseor da doigt 
par cent de feuille. Alors , au bout de i'annte on obtieut 
des brochcts de 10 et 15 hectogrammes, et da nourrain de 
0'*,10 k 0'",16 ponces entre t£te et qneue, ou du poids de 
244, 867 grammes. On met ensuite environ un milller de ce 
nourrain par hectare dans T^ftang k prodnire le poisson de 
vente, pour obtenir ii la fin deTann^ des carpes de 500 k 
1000 grammes. 

Dans les Clangs servant tout k la foia k faire \aifeuille, 
I'empoissonnage et le poisson de vente, on met par hectare, 
avec unmillier de tfttes de/6ui(/e, six k huit carpes d*une 
livre, toujonrs dans la proportion d^un tiers de femelles et 
deux tiers de mUes, et, au bout d*un an, on obtient une 
grande quantity de feuille, et de Tempoissonnage de 183 k 
!^44 grammes par t6te » qui douze moU aprto arrive de 15 
k 25 hectogrammes la paire. 

On calcule que les frais d*^tablissement d*un ^tang d*un 
hectare sont de 2 ^ 4,000 fr., et que Ton retire d*an pareil 
^tang de 28 k 50 fr. de b^n^fice net, on de 40 ^ 100 fr. de 
produit bruit, sur tequel il faut pr^lever les frais d'empois- 
sonnage, de garde et de ptehe. Tons les ana ou an plus 
tous les deux ans il faut mettre I'^tang h sec : on le la- 
boure, et on lui fait produire une lev^e d'avoine : en efTet, 
les ^tangs permanents foumissent k peine en produit brut 
50 kilogrammes de poisson de 25 k ZO fr. par hectare, 
dont le produit net par ann^ ne s'd^ve pas souvent k 
plus de 5 Ji 15 fr. De pareils ^tangs ne doivent done, en 
i*6alit^, 6tre conserve que dans les valines rocailleuses od 
Ton ne pourrait pas faire venir autre chose. 

J. Odolant-Dbsnos. 

Le vol ou la tentative de vol de poisson dans les 6tangs 
est puni de nn k dnq ans d'emprisonnement, et de 17 k 
500 fr. d'amende. La loi range les poissons des ^tangs dans 
la cat^gorie des immeubl&i par destination. 

l^TAPE, ESTAPE, on FEURRE, ouFOARE, suivant 
Gobelin. Le mot ^tape sigm'fiait originairement march4 pu- 
blic. La place de Gi^ve 6tait V6tape de Paris. Ce terme ne 
vient pas du latin stipendium, comme le pretend Pierre 
Borel, mais du latin barbare stapluSy qa*on retrouve dans 
les lois ripuaires; il ^iait emprunt^ de I'allemand staptl^ 
amas, entrepot de marchandises ; il s^est frands^ dans les 
vieux termes estapU, estapple^ staple ^ stappe^ qui, sui- 
vant Roquefort, signifiaient Mre ou marcM. II s*est change 
en staple dans la langue anglaise; ce dernier terme figure 
continuellctnent dans les lois promulguto par le parlement 
d'Angleterre : elles ont appel^ Hapes les march6s de laine 
des Pays-Bas, marchte qui ont 6t^ fort importants pour la 
Grande-Bretagne. Consid^rant cette expression, au point de 
▼ue militalre, nous trouvons au quatorzi^me si^le, le tr^sor 
i^tant presque teqjours vide, les gens de guerre autoris^, 
par lettres royales, k vivre sur lepeuple. Le moyen ^tait 
inhumahi, impolitique, insens^ ; mais on ne savait pas gou- 
verner mteux : la France sortait k peine de la barbaric. Les 
rachats, Tastensile, T^tape, ont m des fruits ou des cor- 
rectifs de ce d^rdre. Une ordonnance de 1 544 disposait 
que quand il serait lev^ des aventuriers, iis marcheraient 
par ^tape, ce qui signifie quails ne pouvaient s'arr^ter qu^^ 
des coucli^es assign^ et non dans les Ueux od il leur con- 
viendrait mieax de passer la nuit. 

On regarde, mais k tort, I'^pe comme ayant ^t^ institu^ 
pari Henri II, en 1549. Alors, ce terme exprimait un liea 
de glteoii les troupes de passage poavaient, k lenrsd^pens, 
s^approvtsionner de vivres dans des march^ publics ; mais 
l^xpression ^tape ne comportait pas encore Tid^e d'un lieu 
de foumiture de sabsistanccs d^livr^ aux corps en route« 
par forme deallocations, et en vertu de mesurcs d^adminis- 
tration publique. Entre cesdeux acceptions, lort diffi^rentes, 
du m6me mot, il y a eu ce qu^on a appel^ Vustensile des 
gens de guerre. Briquet, dans son Code nMtairey nous 

viul. Ufa LA COMVEUS. — T. U. 



5T 

apprend que Louis XIV, r^alisant un projet con^u par 
Louis XIII, comme le t^molgne une ordonnance de 1023, 
fit dresser une carte qui indiquait Titiu^raire des troupes et 
leurs lieux de gtte; mais cette carte n'offrait pas le tableau 
des lieux de fourniture de snbsistances. Un r6glement de 
1629 essaya d^am^liorer le syst^me : set dispositions sont 
maintes fois rappelto dans I'ordonnance de 1633, qui vonlait 
que les vivres fussent pay^ par les troupes, au lieu d'etre 
fonmis par les communes. La direction de cette branclie 
administrative ^it confite aux commissaires ginH-aux 
des vivres, Le rescrit de 1635 prouve que les princlpes re- 
latifs k r^tape ^talent encore si pen arr^t^, que pour chaque 
grand voyage de troupe on annexait a Pordre de route an 
taux souvent variable des prestations allou^s pendant la 
marche : tela corps et tels grades ^taient ou mieux ou moms 
favorablement traits. L'ordonnance de 1636 prescrivit des 
mesures plus fixes. Les r^lements de 1641 et 1642 s*occu- 
p^ent de la police k snivre dans les distributions de T^tape 
et de Tam^ioration de la ligne de I'itin^raire. L*arr6t de 
1643 embrasse la direction des routes dVtape, et la d^pense 
qu^entralnait cet objet. Les ^hevins et les communes des 
lieux de passage avaient mission de designer et de faire tenir 
vacants les logementsn^cessaires anx troijipes; le soldat d'in- 
fanterie devait vivre au moyen de sa solde de route : elle 
^tait de huit sous. Pour maintenir le bon ordre, on faisait, 
dit Bombelles, « lecture aux troupes des denr^, suivant 
le taux r^^ par I'intendant; » mais elles se peimettaient 
mille exactions, et, fiddles aux habitudes contracts dans 
le cours des guerres civiles, s*emparaient de tous les fruits, 
legumes, volailles, qui leur tombaient sous la main. Pour 
rem^'er k ces abas , Louis XTV promulgua I'ordonnance 
de 1650, et la lettre royale de 1651. 

Ce monarqne fit faire un grand pas li la discipline en sub* 
stituant k Vus tensile les vivres en nature, et en transformant 
en lieux de foumitures administratives les Ueux de gtte ; mais 
ces foumitures s'effectuaient au compte des communes, et non 
de r£tat. La taiile en argent, nomm6e estape, y aubvenait ; 
il ^tait prononc^ peine de bannissement contre les autorit^s 
civiles qui auraient consent! k racheter k prix d'argent la 
fourniture de T^tape due k un corps de passage. Sauf cette 
particularity, et la forme difl^rente des perceptions fiscales 
qui snbvenaient k la d<^pense , le sens du mot Stape devint k 
peu pr^ ce quMl a ^i& dans notre langue jusqu'li la guerre de 
la revolution. Le prince Eugene t^moigne dans ses M6moires 
combien TAllemagne d^plorait Tabsence d*un syst^me d'^- 
tapes, systtoie impossible dans un pays de principaut^ in- 
d^pendantes. Jusqu^it la r^ence de Philippe d*Orl^ns, ce fu- 
rent r^lement les habitants qui durent contribuer de tear 
bourse k nourrir les troupes en route ; des communes ac- 
quittaient aussi en argent Vtutensile, II 6tait pris, en chaque 
lieu de gtte, des arrangements pour la foumiture de P^pe. 
Si Tautorit^ la d^livrait en argent , die avait som que le 
marche public f Otconvenablement approvisionn^ et alimente^ 
et les soldats s*y pourvoyaient k prix d^baltu. L'ordonuance 
de 1718 , rendne par le conseil de la gaerre , malgr6 Villars et 
par rinfluencedePuys^gur, supprimales foumitures de vivres 
et augmenta la paye. Le d^sordre reparat ; aussi les fuuroito- 
res d^etape furent-elles retablies par Tordonnance de 1727. 

L'etape , depuis qu'elle est devenue une institution natio- 
nale mise au compte de r£tat, consiste en une distribution 
de vivres etde fourrages, faite Individ nellment ^ cbacun 
des militiires d'un corps en route dans Tinterieur. Le droit a 
cette distribution consistait en ce qu*on appelait les places 
d'^tfipe, c*est-&-dire le nombre des places alloudes, des ra« 
tions, variant suivant I'emploi ou le grade des officiers ; ainsi, 
les allocations d'un capitaine d*infanterie fran^ise de ligne 
etaient de six places. Cette largesse rappelait le temps eu un 
capitaine avait quatreou cinqdomestiques. Le gouvemement 
se jetait commod^ment dans de telles prodigahtds , parce 
qu'elles etaient payees par les riverains des lieux de passage, 
b'assurerde la qnalitedes rations de r^tape, pr^volr lesquan- 
tites k faire fournir, les faire d^livrer confonnement aux ei- 

8 



B% 



ETAPE — 



traits de revue, et passer infime det revues oouvelles, telles 
^ent en grande partie les fonctions des commiflsaires des 
gderres. 

Le mot ^tape s^est pris, par une application plus ^tendue, 
dans itn autre sens : 11 a sigoiti6 auad lieu d'itape et de- 
meure de r^tapier, Dt\k sont venues les expressions carle 
iP4tape , T(Mte d'Htape , et la locution Mtler Vdape , 
^ast-k-dire tranchir le lieu d'^tape sans y prendre gtte, qnol- 
qae tout lieu d*top^ fOt lieu de gite. L'ancienne carte d'^tape 
continua, toute imparfaitd qu^elle fl^t, h etre en usage Jusqu'i 
Npoque oh le territotre frah^ais fut divis^ en d^parteroents : 
la drculaire de Tan ii t^oignait qu'il y avalt eu ntoss!t6 d'6- 
tabttr de noaveau une carte de routes et distance , attendu 
4106 jusque Uon n'avait eu d'autre guide qae le fivre de poste. 
Une seconde ciculaire de Tan ir prouvait que la carte d^6- 
tope n'avaitpu 6tre encore termini k cette ^poque, et que 
celle dont on s^occupait, indiquerait la direction des chemins 
et les lieux d'^tupe , pour qiie les feulUes de route fussent 
iress^esen cons^uence. 

Le mot 6tape s'est conserv)^ Josqu'iinos jours, quoique 
Tincienne ^tape ait 6X& abolie depuis la guerre de la revo- 
lution. L'administration p'ublique ne reconnatt plus de dis- 
tributions directes et individuelles aux militaires marcliant 
eo troupes ; elle a supprlm^ la d^livrance des boissons , mais 
eUe a maintenu des distributions collectives, telles qne ceUes 
do pain et des fourrages, accord^ aux bommes formant 
Macbement. La surveillance de cette partie regarde mainte- 
Oftnt le corps dd Tintendance. L'indemnit^ de route, ou sup- 
fMment de soldo des militaires en route, s'est substitute k 
Fltape, ou du moins repr^sente oelles des foumitnres 
k ie retflqpe autres que le pain. En Pan yi , les administrations 
d^rtementales ont cess^ d^intervenir dans le service des 
^pes. Ce genre de d^pense financitee , pr^vu et calculi, 
est devenu Tobjet d^tm des cbapitres ^l^entaires du budget 
de rarmde. L'arrfif^ de Fan viii ordonnait la confection 
dhioe nouvelle carte d^^tapes, et elle ^tablissait les gttes h 
$6 kilometres ou 6 lieues, au moins , et ii 40 kilometres 
ou 8 lieues, au plus. Get arrets ne connaissait plus d*autres 
foumitures que lepain et le fourrage : 11 cessait d^6tre d^vr^ 
de la viande. G*^ Barbim. 

ETAT' Ce mot d^ve du latin status, situation des 
ehoses, form6 du grec ffraotc, <|ui a la meme signification. 
G^est dans ce sens que Ton dit une nation en 6tat de guerre, 
vne maison en mauvais ^at, un bomme en ^tat de d6- 
meoce, Y6tat de sant^. Vital de maladie, etc. Le mot 4tal 
i'emploie aussi pour d^igner la profession qu^on exeroe. 
II est alors synonyme de metier; on dit cependint dans le 
tii^me sens Vital eccUsiastique, 

£n politique, le mot Etat doit s^appliquer k un pays tout 
eiitier, represents par son gouvernement. L'alliance entre 
flusleurs Etats, c''estrallidnce entre plusieurs peuples signte 
|Mir leurs gouvemements. i^f{tf s^emploie aussi dansle sens de 
poissance aouvernementale : c'est ainsi que Louis XIV di- 
iidt : * L*Etat, c*est mol! * mot raniteux, qui a conduit 
tons iceux qui Font prononcS h leur perte. II est des maxi- 
. mes passdes dans les traditions gou vemementales qui se trans- 
snettent de generation en generation : c^est }k ce qu*on ap- 
peUe les nuudmes (fElal, Sous la premiere revolution , 
lee montagnards traitaient dedaigneusement d'Aommes d*£' 
tat ceux de leurs adversaires anxqueis lis pretaient des aspi- 
ntlons gouvernementales. On donne ce nom aujourd'faui k 
ceui qui dirigent ou qui seraient capablee de dinger les af- 
fiiies publiques. Sainte-£vreaiond definissdt avec Justesse 
ce qu^un uppelle raison d*6tat one raison mysteriense, in- 
▼entee par la politique pour autoriser ce qui se faitsans raison. 
Lee prisonnicrs que I'ancien regime jetait k la Bastille ou 
dans les prisons d^^lat, c'est-k-dire du bon piaisir, etaient 
ippeies jirisonniers d'itaL Enlin, un de nos coUaborateurs 
earacterise en son lieu les coups d^£lat, 

Dans radministratiou, on nomme Hats les r61es ou ta- 
Meaux relatifs soitaux depenses, soit au personnel. 

ST/IT ( Conseii d' ]. Voyes Co.nseil o*£tat. 



ETAT 

l&TAT (Minlstere d' ). II existaitsoos le premier empire 
un secretaire d*l£tat, assistant de droit aux deliberations du 
6onseil des miuistres, et servant d*intenDediab« entre Tem- 
pereor, les grands corps constitues, et les ministres eux- 
raemes, quMl convoquait en conseii. II atait en outre dans 
ses attribotions les arciiiTes iroperiales. Sous la restauration 
il yeutdes ministres d*^!, mais pas de nUnisth-e d^itat: 
ces ministres sans porteleuille etaient aimplement, sous un 
litre pompeux, des membres do conseii do roi, fort peo 
consnltes du reste. Mais eette qualite de ministre d'etat etait 
une sorte de retraite lionorable poor un aaden ministre. 
Sous Louis-Philippe et sous la republique de 1848, Jos- 
qu'au 2 decembre 1851 , il n'y eut ni ministere ni ministre 
d'etat. Le 22 Janvier 1852, un decret do president de la 
epoblique crea un ministre d^Blat; AI. Casabbnca fut ap- 
peie k ce ministere. Les attributions en furent ainsi determt- 
nees : rapports du gouvernement a? ec le senat, le corps le- 
gisiatif et le conseii d'^t; oorrespondianoe du president de 
la republiqne avecles differentsministeres; contre^ing des 
decrets de nomination des ministres, du president dn senat 
et du corps legislatif, des senateurs et des decrets leur accordant 
des dotations, et enfin des decrets de nomination des memlires 
du conseii d*£tat; oontre-seing des decrets do president de la 
republique rendus dans les attribotions que lui conferalent 
les articles 24, 28, 3t, 46, 64 de la constitution nouvelle, 
et de ceox dont les matieres n^etaient spedalement attri* 
buees k aocun departement ministeriel. La dh'ection exclu- 
sIto de ta partie offidelle du Moniteur^ Tadroinistratlon des 
palais nationanx et des manufactures nationales compie- 
taient ces attributions. Peo de temps apres, elles furent ac- 
crues de la du^tion des bibliotheqoes des palais nationaux. 
Le ii septenobresulTant, la direction des palais et manufac- 
tures, qui y avalt eteetablie , ainsi que celle 4e la comptabi- 
lite, y furent supprfmees et reonles au secretariat general ; 
une nouvelle organisation des bureaux y fut arretee, dans 
des motifs d*economie. Un decret du 14 fevrier 1853 a 
distrait le service des beaux-arts du ministere de I'interieur 
et celui des archives imperiales du ministere de ragriculture 
et du commerce , et les a attribues au ministere d*£tat. 
M. A. Fould a remplace, le 30 juillet 1852 M. Casablanca 
au ministere d*£tat, et porte le titre de ministre de ta maison 
de Vempereur, La L^on d'Honneur ressort aussi directe- 
ment de ce ministere,. qui (igurait au budget provisoire de 
1855. pour une sorome de 12,146,400 fir. Enfin au depart de 
M. nalin de Persigny du ministere de rinterieur, le 23 juin 
1854, le service des bAtiments civils , le service des tlieetres 
de Paris non subventionnes, des theatres de departement et 
de la censure dramatique, ont ete portes au ministere d^Etat. 

£TAT ( Questions d' ). On designe sous ce nom les af- 
faires dans lesquelles il s'agit de statuer jodiciairement sur 
retat ciyil des citoyens. Get etat cItII a ete parfaitement 
regie depuis 1789 ; mais il n*y en a pas moins un grand nombre 
de questions dMtat qui peuvent surgir devant les tribunaux. 

LesdTemandes en nuliite de mart age fondees sur des em 
pechements dirimants sont des questions d'etat. 

II en est de m6me des reclamations d*etat portees par des 
enfants qui auraient ete victimes d*nn Alt que la loi qualifie 
de crime, la suppression d^etat, leur naissance n*ayant pas 
ete inscrite sur les registres de retat citII. L'enfant mi^jeur 
ou celui qui le represente dans sa minorite pent, en rappor- 
tant les preuTes de racoouchement de sa mere, et la cons- 
tatation qu^il est bien Tenfant dont elle est accouchee, re- 
conquerir sa possession d*etat. Lajustice n'admet cette sorte 
de questions d'£tat qu*avec de graades reserves, et elles 
sont, dans Tinteret du repos et de la reputation des families, 
entdurees de difficultes Judidaires qu*on ne saurait desap- 
prouver. 

Les actionsen desaveude pater nite sontaussides ques- 
tions d'etat Les contestations relatives au divorce, k la 
m o r t c i V i I e constitualent aussi aagnere des questions d'etat. 

I^s affaires prei^cntant une question d'etat ne peuvent etre 
jugeesque par les cours imperiales en audience soleunelle. 



fiTAT CIVIL — fiXAT DE Sl^GE 



L*ActioD criminelle eontre la suppression d'etat ne peut Mre 
intenlfe qu^aprte le jugenient de la question d*6tat 

l^TAT ( Suppretaion dV). Vo^ez SomtBssioif otrAT. 
l^TAT Gf VIL. Voici un mot d'origtne r6cente, comme 
llnatitotioD qa'il Migne. S'il eat une cbose importante pour 
unenatkm, c'ast depouvolrae rendre compte de tous les 
membres qu^elle compte dans son sein, au point de vue de 
ieurs droits et de leiira obligations dans la famllle, dans la 
cit^, dans VtAiX. L'^tatdvil, tel que Pa 4tabli le Code Napo- 
Iton, c*«st cette eomtataUon r^lariste. 

Pour retroorer les gennes de l^tat ciTil tel que nous Ta- 
▼ons aujourd'hujy 11 ilsut remonter aoi Athtoiens : des of- 
Aclers sp^Sciaux inscrivaient k Ath^nes les noma des Jeunes 
( itoyens fibres, dte I'^e de trois ou quatre ans, sur les regis- 
(res deleur dasse : les esclaves u'evaient point d'etat dvil. 
Tn maglstrat dressait Fade de mariage dans la maison nup- 
tiale mtoie. A Rome, Serrios Tullius Toulut que la naissance 
«t la mort dee dtoyens fussedt inscrits sur des registres 
publics, dont les pr^teors derinrent les d^positaires sous la 
r6publique. Marc-Aur^le ordonna le d^p^^t de oes registres 
publics au si^ de I'empire ; U r^ementa sagement les dis- 
positions delacondatation, qui(^tait tombteen d^utode 
& la ohttteda la r^publiqne. LfnTasdon dqs barbares fltdis- 
parattre les vestiges de T^tat dril. La tradition pour les 
serfs , et poor les nobles qoelques notes inscritea sur un 
oiissd tenaient lieu d*6tat dvil. dependant les prfitres pri- 
rent pen A pen I'usage d^nserire sur les registres de Jeur 
paroisse les bapttaies, les mariages et les enterrements; 
cdte coDstatation con^oe an point de vue rellgieox , ^it un 
grand pas de fait pour la constatation, indirecte il est Trai , 
de r^t des dtoyens. Francis 1*' institua, en 1539, des 
registres de baptdme, dresste par les curds et Ticaires^ et dd- 
pos^ ches le greffler du bailliage ; il ne songea pas au ma- 
riage; il ne s^HquiMa aon plus de la constatatlon des d6cis 
que poorcenx qui possMaient dea fieboa des bdn^ces. Sons 
Louis XIY il est instUnd des greffUrs gardes et conserva- 
teurs du registre de Tdtat dTil , et des contrdlears de ces 
greffiers : ces registres dtaient toojours tenus par le clergd 
qui trouvait un moyen d^hifluence dans les famillea dans 
cette concentration de Tdtat d^it entre ses mains. Lonis XV 
r6g1a , par Pordonnanoe du 9 aTril 1736, notre ancienne 
ii^slation sur la matidre. Les cur^ et Ieurs Ticaires conser- 
vaient la rddaetion des registres de P^tat dTil , receyant les 
actes de naissance, de mariage et dedMs; la maglstrature 
en avait le contrdle, et ils 6taient d^osds au si^e de la 
juridiction. Mais les pr^tres continuaientA tenir Ieurs regis- 
tres au point de Tue des sacrements de I'^lise, bien plus 
qu*A cdui de Vdtat dvil. Les juifs, les hitb^ens n^ayaieut 
pasd'^at ciyil. 

Quand la rdvolntion de 1789 ^lata, PAsserabl^l^slative 
iugea B^cessaire' d'enlever au dergd la tenue de ces re- 
Kistres. Une lol du 20 septembre 1792 constHua notre dtat 
r.iTil compl^ement en dehors de I'^glise : elle prescrivit 
irouvrir trois registres doubles pour y inscrire sdpar^ment 
let naissances, les mariages et les dMs, Les eonseils gdnd- 
raox des ddpsortemeats d^ignaient un ou plusieurs de Ieurs 
membres pour tenir les registres de I'dtat dvil. Les maires 
n'ayaient le droit de recerdr les actes de V6Ut dvil qu'ac- 
cidentdlemen% ea cas d'emptehement de ces offiders pu- 
blics. En Pan viii one nouvelle loi, cdle du 28 pluvi^se, 
€oiif6ra au maires etaox adjoints les fonetions d'officiers 
dvils dana la drconscription'de leor commune ; les oonsdllers 
gdntenx ne los exereftrent aiw^i qne peu de temps. 

Poor les modes de constatation des naissances, ma- 
riages et ddete, nous renverronsji ces mots. 

Auconerectifioatioo ne pent ttre foite d'office par les of- 
ficiere de P^t dvil sur les registres des naissances, mariages 
et dtete ; les cbangements h y introdnire ne peu vent 6tre falls 
qn*en vertu de jugementsdes tribunaox , prdpos^ k la sur- 
vdUance de ces registres ; lenr noUitd ne peut dtre ddclar^ , 
(H>or iaux on poor tout autre motif, que par la justice. Le 
iiiaire n'apas d 'autre mission que de transcrire oes juge* 



59 

ments et d*en faire mention en marge de Pacie redffid , de 
mani^ que diaque extrait des actes entacb^ d'ifreur puisse 
porter les rectifications. 

La premise minute de cheque registre de I'dtat civil eit 
port^ tons les ans au greffe do tribunal d'arrondissemeot, 
ainsi quetoutes les pitos produites k Pappui des actes. Ces 
registres sont cot^ et parapbds par le president du tribu« 
nal dvil. Des tables alphab4tiques sont dress^ k la fin de 
cheque registre, et fondues ensemble par cheque commune 
tous les dix ans. 

A Pdtranger, les agents diplomatiques accomplissent les 
fonetions d'offiders de Pdtat dvil : ils ont ^element un 
double registre, dont ils envoient cheque annte une mi- 
nute au minlstre des afftires dtrang^res, et sur lequel ils 
constatent Pdtat civil dea Franks hors du territoire. 

En mer, le capitaine ou patron des navires accomplit cei 
mtaies fonetions, pour les naissances et lesdMs : il endresse 
les ades snr les rdles d'^uipage, dont fl depose une exp^ 
dition ches le prdposd de Pinscription maritime ou cbez le 
consul fraofais, au premier port oh il aborde. Le rOle d*d- 
qnipage lui-m^meest ddposd an portde d^barquement entre 
les mains du prdposd k Pinscription maritime, qui est t«na 
de faire exp^ition des actes de naissance et de ddcte k la 
mairie du domicile des p^e et m^ ou du d^font. 

Bans Pannie, un offider, plac4 sous la surveillance dea 
minors etdes intendants, remplit les fonetions d'offider de 
de WUt dvil. 

GrAce k ce m^canisme, les nombreuses erreurs, la n^- 
g)igence qoi pr^sidafent autrefois k la reaction des act^ 
constatant la position des dtoyens, ne sont plus k redouter; 
P£tat et les fimiiles treovent dans Pinstitution de IVtat 
dvil, td que la revolution Pa faite, la sauvegarde des 
mtMts quails ont k faire valoir sur les personnes. 

L'AngjJeterre a laiss^ josqu^en 1836 le soin de tenir les 
ades de naissance, de mariags, de d6c^, aux ministres des 
eoltes; mais depots cette ^poque die a adopts des mesures 
telles, que I'on peut dire que llnstitotion moderne de P<itat 
civil a pris k son tour droit de dt6 cbez nos voisins d^outre 
Manche. 

£tAT de LIEUX. On nomme alnsi la d^termiaa* 
tion de P^tat o6 se trouve une maison, on appartement^ 
an moment oh Pon en prend possession en quality de ioca- 
taire. II est trte-important poor Irlocataire de tkire dresser 
un ^tat de lieox, car all n'en existe pas il est pr^um^ lea 
avoir re^us en bon dtat de reparations locatives, et 
alors il doit les rendre tels : il est cependant admis k faire 
la preuve contraire. Les 4fats de lieox bien faits peuvent 
6viter bien des chicanes. Avec cette pi^ce, plos de contes- 
tation possible ; les lieux sont rendus dans P^tat oh on les 
a pris, saof ce qui a it^ degrade, ce qui a p^ri par v^ust^ 
et par force noajeure. Les ^ts de lieux doivent «tre fiuts 
doubles pour plus de r^larit^ : lorsqu*ils embrassent les 
objets et ustensfles gamissant one usine, il prennent le 
nom de prisie. 

tfTAT DE SERVICE. Foyejs. Service. 

l^AT DE Sn^GE. L'^tat de si^e est celui d*une 
contr^e menacte oo celoid'une place assilg^ par Penneml : 
te) e<t le sens absolu de Pexpression; c^est aussi Pdat 
extxptionnd sous lequel le gonvernement place momenta* 
n^ment one ville oo one contrte dans laqueUe une insurrec- 
tion a 6c\M, Dans ce cas, I'^misdon d'on d^crety auto- 
rise Papplication de mesores extra-l^les : c'est ce qo'on a 
appeM la mUe en itatde Hige. La loi de 1791 a la pre- 
miere embrasse ce sojet Dne loi de Pan v etablissait Pdtat 
de siege dans llnterieor de la republique comme resultant 
de Pinvestisseroent des communes par des ennemis oo par 
des rebelles qui Interceptaient les communications k une 
distance de 3,500 mMres Le d^cret de 1811 r^suma ce qui 
j usque \k avail eu rapport k Petal de siege. La miso en 
etat de si^^e a ete quelqucfois un droit ooifere par I'auto- 
rite supreme aox generaox en chef; qudauefoi<( die a et4 
un moyen oblique de sonstraire au iMrnfalt des tois com« 

8 



60 



6TAT DE SifiGE — i6tAT-MAJ0R 



munes et mnnicipalcs una ville, un d^artement m6me , 
eo en retranchant momentan^ment certaines portions de 
territoire, et en y subordonnant lea antorit^s ciTilea k Vent- 
pire d'un commandant de place ou d'on conmiandant su- 
p^rieur. Dans les cent-joars, Bonaparte, & qui la Toix du 
people avait i^vti^ plus d*un grief, fit nne concession dans 
I'acte additionnel, en s'engageant k restrdndre k TaTenir 
ie droit de prononcer la mise en ^t de si^e. 

Dans une place en ^tat de si^ge, tout est soomls k i'auto- 
rit6 militaire, k ses prescriptions; U justice dvile s^eflace 
elle-mdine pour faire place ao regime des conseil de guerre , 
k moins que Tautorit^ militaire ne lui d^legueses pouYoirs. 
Cette dictature temporaire de I'autorit^ militaire cesse avec 
r^t de si^e. La France a yu maintes fois d^j^ T^tat de si^e 
proclam6 iiraisondes ^Y^nements de Tint^enr. Dans les 
joumtede juillet 1830, Charles Xd^clara Paris en ^tatde 
si^ge : le peuple fit justice de T^tat de si^ge de la royaut^ 
expirante. Louis-Philippe appliqua en 1832 I'^tat de si^e 
k plusieurs d<^partements et k plusieurs arrondissements de 
Touest, lors de nnsurrection l^timiste qui y ^ata ; il 
niit dgalement Paris en 6tat de si^e ; apr6s i^insurrection 
r^publicaine des 5 et 6 juin 1832 : les conseils de guerre 
s*attrlbu^rent alors le jugement des citoyens arr6t^ pour 
fait d^insurrection ; mais It cour de cassation, sur une yI- 
goureuse plaidoirie de M. Odtlon Bai ro t , consacra ce prin- 
cipe pos^ dans la cliarte, que les citoyens ne pouYaient pas 
etre distraits de leurs juges naturels, et d^ara que les con- 
seils de guerre n*aYaient pas le droit de les juger; Get arr6t 
produisit une yIyc satisfaction dans Topinion publique, et 
entralna imm^atement la leY6e de I'^tat de si^e de Paris. 
Le minist^, comptant sur la docility des chambres, chercha 
k l^timer T^tat de si^e de fa^on k n'aYoir plus it s'arreter 
dcYant les arrets de la cour de cassation : 11 prtenta un 
projet de lot k la chambie des pairs; mais ce projet de- 
meoraenseYelidans les cartons. Louis-Philippe d^cr^ta une 
nouYcUe fois I'^tat de si^e de la capitale, le 24 feYrier 1848 ; 
lar^Yolution passa outre. Le 24 juin 1848, au milieu de la 
terrible Insurrection qui ensanglantait Paris, M. Pascal Du- 
prat Yint proposer k I'Assembl^ constituante de mettre Paris 
en ^t de si^e : cette mesure, dont la pens^e itait ^close 
chez les amis du g^n^ral CaYaignac, qui le portaient 
alors au pouYoir, excitait une si yIyc repulsion dans les es- 
pnts que TAssembl^ h^itait. « Au nom de la patrie, s*6crie 
M. B a s tJ d e , je yous conjure de mettre un terme k yos deli- 
berations. II faut Yoter. Si yous tardez, llidlel de Yille pent 
etre pris. » L'etat de si^ge fut Yote. II dura jusqu^au 19 
octobre 1848, malgri la demande de sa leY^e faite aYec in- 
sistance par I'opposition d^mocratique. Cette fois I'^tat de 
si^ge couYrit de son ombre non plus seulement I'attribu- 
Hon du jugement des citoyens aux conseils de guerre, 
sanctionnee maintenant par la cour de cassation, mais encore, 
ce que Louis-Philippe n'aYait ni r^Y^ ni os^ : la suppres- 
sion des journaux et la transportation en masse des citoyens. 
Le 13 juin 1849 Paris fut de nouYcau mis en etat de siege 
par une loi propoc^e et Yot6e dans la m^me stance, et qui 
fut presentee k la legislature par M. Odilon Barrot, garde des 
sceaux ;retat de si^e de Paris fut etendu k toute la i"' di- 
Yision militaire; il fut Icy^ le 9 aoOt suiYant; le 15 juin 1849 
, une nouYelle, loi Yotee d*urgence par TAssembiee legislatiYe, 
: mil en etat de siege Lyon , oh une insurrection sanglante 
Yenait d'eclater, et toute retendue de la 6* division mili- 
taire; retat de siege fut, dans le courant de 18&1, etendu 
aux departements du Cher, de laNi^Yre et de I'AMeche; 
enfin, I'eiat de siege fut reapplique k Paris et ^ la drcons- 
cription de la 1^ diYision militaire, le 2 decembre 1851. 
LorsdeseYenemenfs dedecembre, les departements de 
SaAne-et-Loire, de rAllier, du Card , de PUerault, du Gers, 
des Basses-Alpes, du Var, du Lot, de Lotet-Garonne, de PA- 
Yeyron, de Vauclusc, du Jura et TAlgerie tout enti^re furent 
ific\u4» en etat de siege. Cet eut de siege d'unc partie de la 
France^ qui pour Lyon et la 6' diYision militaire durait de- 
puis jidk 1849, fut icYe le 27 mars 1852. 



L'Assembiee legislatiYe aYalt Yote,en aoAt 1849, une lul 
qui aUribuatt ledroitde dedarer retat de siege k TAssembiee 
natlonale seulement Void, d'aprte las dispositions non abro- 
gees de cette loi, qnels sont les eTTeU de Peut de siege : les 
pouYoirs dont Tautorite dYile est inYestie pour le main- 
tien de Tordre et la police passent k I'autorit^ militaire; eUe 
GonserYc ceux de ces pouYohrs dontrautorit6 militaire ne la 
dessaisitpas. Les tribunanxmilitaires peuYentetresalsisde la 
connaissance des crimes et deiits eontare la sArete de I'^tat , 
Gontre la constitution, contre Pordre el la paix publique, 
qndle que soit la qualite des aateurs et de leurs complices! 
L'antorite militaire a le droit de faire des perquisitions de 
jour et de nuit dans le domicile des dtoyens, d*eiolgner les 
repris de justice et les hndiYidus qui n^ont pas leur domi- 
cile dans les lieux soumis k retat de siege, d'ordonner la re- 
mise des arroes et des munitions, de proceder k leur recherche 
et enl^Yement, dMnterdire les publicatiotts et les reunions 
qu'eUe juge de nature k exdter et k entrelenir le desordre. 
Apr^ la leYee de retat de siege, les tribunaux militairescon- 
tinueut de connattre des crimes et deiits dont lis se sont attri- 
hue la ponrsuite pendant cette situation exceptionndle. 

£TAT-MAJOR. Cest tout ce qui constitue le per- 
sonnel dirigeant d*une arroee, d'nne diYision acllYe ou terrt- 
toriale, d^une brigade, d'une place de guerre, d'un batail- 
Ion, d'un escadron, d*une compagnie, etc , etc. Cette ex- 
pression est peu andenne. Monlecucttlli ne se sert que de 
cdle d^itat colonel. La denomiuation d'etat-major ne |k>u- 
Yait pas eiister lorsqu'un general avail pour second un 
marechal de camp , ou quand un colonel commandait sans 
intermediaire k des capitaines; mais quand les rouages du 
mecanisme militaire se sont multiplies ; quand le general, 
autrefois simplement nomme capitaine, s'est entoure d'ai- 
des ou s'est fait accompagner d'un personnd norobreux ; 
quand la tete d*un corps, au lien de consister en un seul 
chef, a ete representee par un colond seconde par une quan- 
tite d^acolytes, alors le mot 6tal-major est devenu necessaire, 
et notre langue militaire Ta admis, quoique defectueiix; il 
manque de predsion , et porte meroe k faux, puisqu'il y a, 
comma on I'a yu, diflerentes classes d'etata-miyors, tandis 
que repith^te major donne I'idee d'une superiorite ou d'une 
sommite unique. Au mepris de cette r^le, il y a encore le 
grand ei petit itat-m^jor. La demi^re de ces locutions 
s'applique seulement aux corps; la premiere est ambigue, 
parce qu^on I'adapte tant6t k Tarmee en general, tant6t aux 
corps en particulier. Les instructions sur Tinspection n'ont 
en Yue que ce dernier emploi, tandis que rediement c'est 
retatmajor de Tarmee qui est ie grand etat-mai«ir. On ap- 
pelle aussi itat-major le lieu od se tiennent les bureaux de 
retat-major. Dans Tarmee fhm^ise, retat-major se prend, 
nous TaYons dit, sous plusieurs acceptions : considere k 
partdn chef d'une armeeagissante,il sert d'intermediaire, 
dlnterprete, d'auxiliaire, entre les corps et le general d'ar- 
mee; U est le lien des corps d'armee quand ils se ras- 
semblent. Dans les temps ordinaires, Tetat-nitgor est Ten- 
scmble de tons les odiciers, depuis le general en chef jus- 
qu*au moindre officier d'etat-mqjor, ceux de I'etat-major 
des corps non compris. 

Jusqu'^ la fin du r^gne de Louis XIV, les moeurs feodales 
et la brusquerie de rarbitraire se serafent mal acoommodees 
de regies ecrites; mais vers cette epoqueon accueille des 
idees plussahies; les sciences mathematiques font des pro- 
grte; leur application sMtend, Tart militaire s*en ressent; 
on reconnalt qu'une seule tete ne saurait embresser tousles 
details de la conduite d'une armee; on tombe d*accord que 
le general qui la commande doit Atre dispense de soms mi- 
nutieux, parce que riiomroa le plus uniYersel ne saurait j 
suflire; on cree done, successiYement, certains grades mi- 
litahWy certains emplois finanders, et ceux qui en* sont re- 
vetus sont assodes sous un roeme litre. Mais cet etat-major 
eiait loin d'etre un corps special, permanent ; ce n'etait qu'un 
ensemble temporaire d'ofTiciers qu*on appelaitofliders dV/a^ 
major, pour mdiqucr q»ril8 n'<';faier!t pns affectes positiYO» 



fiXAT-MAJOR 



ment ou insdparableineDt k telle on telle troupe, et quMU 
dirr^raient par \k des officiers de troupe. On n'avait point 
eu encore la pens6e d'instituer, en outre de T^tat-major, un 
corps (T^tat'inajor qui en (Hi une section privil^^. Fre- 
deric II et Napolton ont entrepris et termini glorieuiement 
plus d*nne guerre sans le secours d^un pareil corps; mais 
des idte noovelles et d'origine ailemande ont pr^valu. Dans 
la guerre de 1741, le niinist^re de la guerre commence h 
aenlir TutiUte d'on 6lat-major mieux organist et compost 
d^ei^meots plus complets. La guerre de 1756 en d^montre 
plus fortement encore le besoin, k raison des adversaires 
habiles avec lesquels la France se mesure; mais rien de sa- 
"tisfaisant ne r^ultedes mesuresadopttes, ou plutdt essays 
jusque Ik. La Tictoire inoompl6te et sans r^sultats de Has- 
tembeck prouve, au jugement de Napolton, la mauvaise 
composition des ^ts-miijors fran^is de ce temps. Avant 
la guerre de la r^voluUun on avail k peine eu Poccasion de 
faire essai de pr^ptes que nos tacticiens proposaient ou 
dout lis donnaient Tidte. 0epuis cette guerre T^tat-major 
s^organise mieux; ildevlent un Triable corps, ou, comme 
on dit depuis quelques ann^, un cadre organist Quel- 
ques grades, sans appartenir imm^diatement k I'^tat-migor, 
concouraient k Tenseroble de ses travaux : tels ^talent cer- 
tains brigadiers des arm^, les chefs de batailion de jour, 
les colonels de jour, les majors de brigade, etc. A la re?o- 
lution de 1789 ces fonctions furent ou n6glig6es ou autre- 
ment accomplies. Les dtoominations jusque Ui en usage fi- 
rent place k ceiles des adjoints, des adjudants g^ni^aux et 
des chefs d'eta^^^jor. 

L*arr6t6 de Tan ix rtorganise I'^t-miyor. Bonaparte, 
devenu empereur, y r^introduit un conn^table , y institue 
un Yice-conn^ble, y cnte des majors g^^aux et des lieu- 
tenants g^^raux. Le grade de lieutenant g^n^ral deviant 
un tehelon de plus dans la hi^rarchie militaire. Plusieurs 
* autres grades y sont des superl^tations et une imitation re- 
nouTelte de Tancien luxe byzantin. En 1814 le minist^re 
regarde comme un de ses premiers devoirs d'aboiir les 
titres de gto^raux de division et de g^n^raux de brigade, 
conuBe des grades r^olulionnaireSf etii replace des mar^- 
cbaux de camp dans IMtat-major. Le legislation des cent 
Jours confirme le retabllssement maladroit et malheureux 
de ces grades, dont le sens est Equivoque, dont la deno- 
mination est m^me fausse, et que la revolution de 1848 
a pu seule replonger dans la poussi^ du passe , d'od ils 
n'auraient Jamais dA sortir. En 1818 des aides majors sont 
crees, ainsi qu^one ^^e dV/a^md^'or; c*e$t k partir de 
la qu'il commence k etre donne aiix eieves d'etat-major une 
education appropriee aux besoins de repoque et ^ la maniere 
actuelle de faire la guerre : cette ecole est une imitation des 
institutions et du college militaire de la milice angialse. 
L^annee 1818 est marquee par la creation du corps royal de 
rSiat'taqjor, section priviiegiee et perinanente d^im corps 
quietait egalement royal et permanent. Maintenant, oe qu^on 
appelie corps imperial d*etat-major ne comprend que les 
chefs et sous-chefs d^etat major, les aides de camp, et 
lesofQciers du dep6t de la guerre et des bureaux de 
retat-major. M. Didier, qui a essaye de definir ce que c^est 
que reiat-major, le regarde comme le compose de tout ce qui 
scrt militairement sans appartenir k aucun corps particulier. 
SMI s'agit , selon lui , de I'etat-major des places , il faut dis- 
tinguer le fait du droit : aussi Tetat-magor des places est k 
la fois parUe exteme et pourtant integrante de retat-migor 
general. Toutes ces subtilites logiques sont le chaos. L*or- 
dounancede 1831 a reuni retat-major aux ingenieurs geo- 
graphes : c*est un retour de Tenfonce de Part ! 

Dans quelques armees, VHai-wnqjor du corps s*est nomme, 
jusqu'au milieu du dernier siecle , ^at-colonel et pr^6t6» 
Un etat-major de corps n'est pas toujours un etat-major de 
regiment, puisqu^un batailion regimenlaire a un etat-major 
•petial. Mais le mot sera examine ici comme synoiijme 
d*etat-roajor de regiment dMnfonterie, et comme donnant 
Tideie d*une agrdgation k la fois tactique et administrative, 



attachee k un corps de plusieurs compagnies, car les com- 
pagnies regimentaires n*ont pas d*etat-major. Avant le mi- 
nistere de Choiseul, un etat-major comprenait unprevAt 
et son lieutenant, un greSfier, des archers, quelquefois memo 
un executeur; le seul oflicier superieur qui en flt partfe 
etait le chef du corps. Depuis cette epoque les etats-roajors 
de corps ont ete sans cesse s'augmentant en officiers jusqu^^ 
la guerre de la revolution : c'etait un eflet du vieux prejug^ 
qui ne permettait k la noblesse fran^aised'autre cam^re que 
la profession des armes. Telle fut la cause de la surabon- 
dance des grades inutiles, de la creation des colonels en 
second, des lieutenants-colonels, des majors en second » 
et enfin de la forme dispendieose des etati-majors fran^ais. 

Vitat-major des places acompris, suivant les temps, des 
adjudants, des aides majors, des aumdniers, des capitaines 
de portes, des connetables , des castelans, des chefs d'ad- 
ministration , des colonels, des commissaires desguerres, 
des eclusiers, des employes, des gouverneurs, des comman- 
dants d'arroes, des commandants de place, des comman- 
dants superieurs, des commandants temporaires, des lieu- 
tenants-colonels, des lieutenants de roi, des majors et au- 
tres officiers majors, des officiers de sante sedentaires, des 
portiersconsignes, des secretaires ardiivistes, des vice-rois. 
En temps de paix,ou en residence dans rinteiieur, c'est 
egalement k retat-major des places qu^appartiennent ou 
qu'apparlenaient de fait les membres de rhispection aux 
revues etde Tintendance militaire; mais le corps de Tin ten- 
dance est regarde comme une section de l^etat-major ge- 
neral, quoiquMl ne fasse partie active du grand etat-major 
qu'en temps de guerre. L^opinion , souvent injuste, place 
dans une inferiorite non meritde Petat-major des places 
compare kTetat-major de Tarmee : c*est un mal et un abus, 
dont les causes seraient trop longues k enumerer , et qui 
ont resulte surtout des mesures fausses adoptees par le 
gouvernement; le service de TEtat en a souffert maintes 
fois. G*' BARniN. 

Vdtat-major g4n6ral de I'armee de terre a ete organist 
en France par une loi du 7 aoAt 1839. 

II se compose : 1*^ des marechaux de France,, 
dont le nombre est fixe k six au plus en temps de paix , et 
k douze au plus en temps de guerre ; des generaux de di- 
vision et des generaux de brigade. Les generaux de division 
etde brigade sont di vises en deux sections. La premiere 
comprend ceux qui sont en activite ou en disponibiiite : le 
nombre des officiers generaux de cette section du cadre de 
retat-major general de Tarmee est fixeii quatre-vingts gene- 
raux de division et a cent generaux de brigade. La deuxieme 
section de ce cadre, celle de la reserve, comprend tous les 
autres officiers generaux : les generaux de division y sont 
places k soixaiite-cinq ans, et les generaux de brigade k 
soixante-deux;mais les officiers generaux ayant commande 
une armee ou un corps d*armee de plusieurs divisions de dif- 
ferentes armes, ou ceux qui ont commande les armes de I'ar- 
tillerie et du genie dans une armee composee de plusieurs corps 
d^armee, sont maintenusde droit dans la premiere section; 
les gendraux de division peuvent etremaiutenus, par excep- 
tioUf dans cette premiere section en vertu d'un decret spe- 
cial. Les officiers generaux places dans la seconde section 
refoivent les trots cinquiemes de la solde d*activite. 

Le cadre de reserve de Tetat-mayor general de Tarmde 
de terre avait ete supprime aprfes fevrier 1848, et les offi- 
ciers generaux qu'il renfermait avaient ete mis a la re- 
traite; mais il fut retabli par un decret du 20decembre 1851, 
aux termes duquel les ofliciers generaux places dans cette 
section aujourd'liui peuvent etre employes activement, en 
temps de guerre, k des commandements k rmterieur. Les 
generaux senateurs, quel que soit leur Age, peuvent egale- 
ment 6tre appeies k Tactivite, meme en temps de paix, bien 
que compris dans la section de reserve. 

L*etat-mi^or de I'armee navale a ete organise par une toi 
en date du 17 juin 1841, modifiee depuis par les loi s dos 
17 fevrier et 1*' juin 1853. Cot etat-major est divise d a|M(:s 



!cs hsisn adoptees pour Tarni^ de terre» en deux sectionft; 
lc8 dispositions qni r^issent rami^ de terre sent applica- 
bles h Tarmde de mer. Les Yice-amtraux k soixante-dnq ant 
accomplis etles contre-amiraux h soixante-deux entreat 
dans le cadre de reserve , saar les exceptions. 

l^TAT-AIAJOR (Cbefd'). Voyez Chepo'^tjlt-Major. 

ETiVT-MAJOR (^le d'). Voy. Appucation (ticolesd'). 

l^TATS (Assemblies d'). Vopez £TAT8(Paysd'), £tat8 

CtN^ADX, £tAT8 PROTUfClicTX , ClC. 

MTATS (Pays d'). On appelait ainsi, dans Tandenne 
inonarcUie, les provinccR qui , en vcrtn des traits de reu- 
nion k la France, avaient conserr^ le droit de s'adminis- 
trer elles-rafimes , de fixer le chifTre alnsl qne le mode 
de r6partitiou et de perception de leurs impOts. La plupart 
des pays d'itati Jouissaient en outre de tous les droits 
de ciU , par exemple de oenx de se garder eu;c-m6mes par 
feurs milices bourgeoises, d^^ire leurs magistrats et d*6tre 
r^s par leurs coutumes locales. Plusleurs provinces qui 
^talent originatrement pays d*itat$ perdirent ensuite cette 
qualification et lout ou partie des droits qui y ^talent atta- 
ch^. On comptait parmi )a&pays d'^tats laBoargogne 
(y compris la Bresse, le Bugey, leValromey et le 
paysdeGex), la Bretagne,laProTence, leB^arn,Ia 
Basse-Nay a irre, I'Artois, leDaupbind, le Langue- 
doc.etc. 

ETATS BARBARBSQUES. Voyez Basbarie. 

igTATS DE VtGUSE9 tTKtS ROMAINS , ttkTS 
PONTIFICAUX, ETATS DUPAPE. Voy. tcusE (Etatsdel*). 

ETATS DE L^EMPIRE. On appelait ainsi autrefois 
en Allemagne les princes qui rderaient imm^iatement de 
I'Empire, et qui avaient droit de si^er et de Toter aux difetes. 
lis ^taient ou spirituels, et k oette cat^orie appartenaient 
les ^lecteurs ecd^iastiques , les arcbev^es et ^fiques, 
les pr^lats, abb^ et abbesses, le grand-maltre de Tordre 
Teutonique et le grand-maltre de I'ordre de Saint-Jean de 
Jerusalem; eta siculiers^ cat^orie qui coroprenait les 61ec- 
teuTB s^culiers, les dues, les princes, les landgraves, les 
margraves, les burgraves, les corotes et les villesimp^ 
riales. Aprte lapaix de Westphalie, lea itats de V Empire 
furent aiissi divis^ en catholiques et protestants ( voyez 
Corpus Catrolicordii ). Poor obtenir la quality d'Jltat de 
VEmpire, 11 rallaltpoesdder one prindpaufi rdevant imm^ 
diatement de TEmpire, ou bien on comt^ ou nne seigneurie 
plac^dans les m^es conditions, puis obtenir Tagr^ment 
de rempereur et de PEmpire. 

£tATS GJSN^AUX. En France, on a donn^ ce 
nom aux assembl6M des d^put^^ des trois ordres, derg^, 
noblesse, et tiers ^tat^ librement dins, soit dans une reunion 
commune de tous les dtoyens d^me mdme Juridiction, soit 
par nne reunion sp^aledes ^lectenrs de chaque ordred'une 
mdme locality pins oi^ moins ^ndue. 

Le pr^ide&t Savaron,danssa Chronologle des itats gi- 
n&aux, et d'aiitres historienson annalistes consid^rent ces 
assembly commela continuation de cdles ducbamp 
de mars et demai,et des andens pladtes on plaids, 
conciles et parlements aous les deux premieres races; 
Dependant il n*y a entrelcs assemble des premiers Ages de 
la monardiie et les ^tats g^ndraux aucune esptee d*analo- 
gie. Les dtats gMraux ne datent en effet que dela premiere 
.annte du quatorzi^me sitele : ils furent la consequence de 
r^mandpatioA des commnnes, op6r6e dans les deux 
sidles prdc6dents. Les chartes d*afTrancbissement oonf6> 
rferent aux commnnes le droit de r^er leurs Impdts, d'dlire 
leurs magistrats, de se gisrder elles-mtoies; les babitants 
des villes et des campagnes ne furent plus alors taillables k 
merd. Les redevances de ceux qui d^pendalent du do- 
maine du rol 6tant devenues insuflisantes pour foumir anx 
d^penses de sa cour et anx frais de son gouvemement, 
le eoosmtement des commnnes itait indispensable pour 
tiManir d'elles des secours on subsides. Un autre motif noo 
mnirMgnve dMermina le rol Philippe le Bel k con- 
voqnor piKir la premiere fois les ^tats g^n^raux de France 



^TAX-MAJOR — filATS GENfiRAUX 



en 1301. La funeste bataille de Courtrai laissait le rol 
sans arm^,et les d^penses de guerre avaient ^puistf le» 
demi^res ressources de son ^pargne. En outoe, Boni- 
face Y HI pr^tendait que le roi de France devait an saint- 
si^ foi et hommage pour sa couronne. CTest dans ces 
circonstances que Philippe le Bel, sor les consells d*E n - 
guerrand deMarigny, r^lut deconvoquer la natfoa 
toutenti^reen^tats gto^raux, pour s*appuyer sur elle contre 
Tennemi et contre les pretentions ponUficales. La premiere 
reunion des 6tats g^ii^raux des trois ordres convoqn^ par 
ce roonarqne ent lieu le 3 avril 1301 , dans la cath6drale 
de Paris. 

Quelques pnbiicistes ont soutenn « que Vancienne forme 
de convocation des ^tats do royaome ^tait d*en adresser 
les commissions anx andens pah^, qui assemblaient les trois 
ordres de leurs provinces et amenaient avec eux les d^put^ 
aux etata gtotenx ». Cette assertion est inexacte ; les pairs 
qni assist^rent anx assemble des ^tats y furent appel^ 
comme gentilshommes et comme deputes ^us par leur ordre : 
et Ua ne d^^rent jamais en corps aux ^tats gtoteux. Ifs 
accompagnaient le roi aux stances d'ouvertnre et de ddtore, 
entraient et sortaient avec le reste de son cort^. Les let- 
tres de convocation ^talent presque toujonrs adress^es par 
ordre direct du roi anx baillis on s^tebaux, avec cette sus- 

cription ; « A notre am^ et fi^ le bdlli de , le 66ii^- 

dial de ou son lieutenant; » avec I'ordre « de faire as- 
sembler en la principale ville de lear ressort les trois ordres 
dicdoi , savoir le clerg^, la noblesse, et le tiers ^tat , pour 
nommer des d^put^ et les envoyer aux 4tats g^n^ranx. » 
Ces lettres n^^taient point assojetties k Tenregistrement des 
cours souveraines. L'^poqne et le Ueu.hidiqnte par les 
lettres de convocation ftirent sonvent change par dei de- 
cisions uU^rieurea. Ainsi, en 1560, rasseroblte indiqu^ k 
Meaux se tint k Orldans; en U6i , celle indiqu^ k Melua 
pour le 1" maicut lieu^ Pontotsele faoAt; en 15^6, celle 
indiqnte k Blols au 15 novembre ne s'ouvrit que le 6 d^- 
cembre luivant; en 1568,ra8sembl^ indiqnte ^ Blols pour 
le 15 aodt fut igoum^e au 16 septembre, et n^eot lieu que 
le 17 octobre; rassemblie indiqute k Sens au 10 septembre 
1614 se tint k Paris le 14 octobre. Les lettres de convocation 
recevaient la plus grande pubh'dtS.. Elles talent Ines au 
prAne de toutes les ^lises, dans toutes les juridictions, pro- 
clamte k son de trompe sur toutes les places publiqnes , 
dans tous les march^. Le nombre des dipotds k ^lire ^talt 
ordinahreuoent d'un de cbaqoe ordre par bailUage; mais 
cette indication n'^tait que facultative : la lettre du 30 mars 
1320 fixe a quatre le nombre des d^put^ des bonnes villes. 

Tous les citoyens , sans nulle exception , ^ient invito ii 
fiure connattreles abns et les moyens d*y rem^er, et pour 
mettre ceux qui n'avaient pas le droit d'assister k Tassemblte 
k mfime de manifester leur opinion et Texpresdon de leur 
volenti, on pla^ait, soit k la porte da lieu des stances, soit 
dans td autre lieu accessible k tout le monde, un cofTre on 
tronc ferm^ k trois serrures, et chacune des cle^ ^it confi(^e 
a trois commissaires spteiaox. Le tronc ^tait ouvert publ- 
quement, et k chaque s^nce on lisait les pldntes ou m^- 
moires qni y avaient ^ d^pos^s. Ces documents ^ient 
ensuite remis k la commission charg6e de la reaction des 
cahiers du bail 11 age. A Paris, on plagait k cet effet un 
grand coff^ en bois dans la salle dite du grand bureau, 
dont Tentrte ^tdt publiqne. 

Tous les contribuables, qudque modique que (Qt leur taxe, 
4taient appel^ k voter; on ne distinguait point de cens d*6- 
lecteursetd^digibles. LenvMle d*dlection variait suivant les 
usages de chaque locality : les ones admettaient Tdection 
directe, les antres nommaient dea ^ecteurs qui cboisissaient 
k leur tour les d^ut^ anx ^ts g^n^raux ; les citoyens 
ayant droit de voter ^talent appel^ dans Tordre de leur 
profession. Les fonctions dectorales ^talent ponr nos p^res 
plus qu*un droit , c^^tait nn devoir de rigueur. Nul dtoyen 
ne pouvait le n^liger sans se rendre coupable d'on d^tt 
politique : ceux qui ne sMtaient pas pr6seni6s an premier 



ETATS GENtoAUX 



ap[)el ^Uaeai assign^s k se rendre k jour fixe k Tasseroblte, 
«»t punis en cas de non-comparution. Les suffrages ^taient 
«]onn4s ordinairement k haute yoix et indiTtdoellement; on 
n*«t de Tusage du scrutin qu'un seal exemple et par excep<> 
liun dans une assemble tenoe k Vitry-le-Francais.* 

Aprte lecture faite des cabiei^, les d^putte ^Ins en rece- 
vaient une exp^lition, et juraient de 8*y conformer et de 
r^clamer Tex^cution de tous les articles. Telles ^taient les 
Elections du tiers ^tat Celles de la noblesse et da clerg^ 
donnaient lieu k de (r^uentes contestations de pr^sdance; 
et le baut clerg^ pr^tendait avoir an plus grand nombre de 
voix que le clerg^ de paroisses. 

Les assemblies d^^ts gdnteux forent tr^ft^entes 
dans les quatorzitoie etquinzitoie slides. A la longae Tasage 
sintroduisit de s'y faire reprtenter par procareur, pais de 
se r^unirplusieurs ensemble pour defrayer un repn^sentant 
commun; on finit m^me par n*y en pas envoyer da tout. 
Charles Vn se plaignit de cet abus. Les assemblies devin- 
rent plus rares sous LooiaXI; et so^s les rftgnes soiyants 
on ne convoqaa plus qu'on seal d^pat^ par ordre; mais 
celte fixation n'6tait pas toajoars prescrite. Dans les pays 
(T^tats les d^put^ ^taient sonvent ^las par Passembl^ 
des ^ts particuliers de la province ; les cahiers ^talent 
T6d\%6s par cette m£me assemble. 

Pour la tenue des ^tats g^n^raux , les formes variaient k 
chaque assemble. Le roi en faisaH ordinairement Touver- 
ture } souvent U assistait k plusieurs s^nces ; les proposi- 
tions de la couronne ^talent prteut^es et soutenues par an 
de se^ ministres. TantOt les trois ordres dflib^raient dans 
une salle commune, tantdt dans des salles s^parto; le plus 
souvent ils se divisaient par proYinces, par goavemfements, 
6u en comity ou bureaux. Tous les cahiers ^taient r^nis 
en un seul ; mals a?ant tout on d^lib^rait sur les propositions 
royalesy qui se r^oimalent presque toujoors en demandes 
(Vhommes et d*argent. Un orateur parlait an nom de cha- 
que ordre, et le plus souvent un seal pour tons. Le roi 
promettait d*examiner les cdhiers de dol^nce et de faire 
bonne justice k tous; mais les subsides une fois obtenus, il 
n^^taitplus question des demandes formal to dans lescaliiers. 

II r^ulte de documents nombreux sor les ^tats g^raux 
que ]usqu*en 1614 les d^put^ ^Uuent indemnis^ par tears 
commettants , et c'est pour cette ralson sans doate que les 
grandes di6& en envoyaient on phis grand nombre. Un rdle 
sp^dal fixe llndemnit^ payable par le trdsor royal aux d^pu- 
t^s de Tassembl^ de 1614, quine fut qu'une assemble de 
notables : au cardinal de La Valette, aux mar^chaux de La 
Force et de Bassompierre, 60 livres parjour; aux archev6- 
ques et ^v6qnes, 50 livres ; aux officiers g^ia^raux, aux ma- 
gistrals des courssouverainesy procureurs gto^ux etau- 
tres, 30 livres; au tr^sorier g^n^ral de Fmnce, secretaire de 
rassembl6e, au secretaire de Monsieur, 24 livres; an grand- 
mattredes ceremonies, 50 livres; etc. 

Jusqu'en 1789 la France ne ftit jamais compietement 
representee aux etats generaux ; souvent des provinces en- 
Hires n*y envoyaient point de deputes, et pendant longtemps 
on n'y vit figurer que les deputes des bonnes villes. Les deux 
premiers ordres ne s'occupaient que du maintien de leurs 
privileges, et nesongeaient qja'k les augmenter; au tiers etat 
tout te fardeaa des impOts , de Tentretien de la cour, des trai- 
tements des fonctionnaires , des redevances seigneuriales, 
et ses representants ne pouvaient exprhner ses justes plain- 
tes qpi*k genoux ; ils etaient reieguls dans un coin de la 
salle des deliberations, tandls que lea deux premiers ordres 
se tenaient debout autour du trdne. 

Quand la France formait deux divisions territoriales appe- 
lees langue d'oc et langue (ToUf cbacuned'elles avail des aa- 
sembiees dlstinctes et nommees egalement etats generaox; 
Tune accordait ce que Tautre avail refuse. Ces assembiees, 
qu'elles se coroposassent de deputes de toute la France ou 
d'une partie de ses provinces, devaient etre periodiques, et 
se reunir de plein droit cliaque annec, puisque les subsides, 
objet prmdpal et souvent unique de tear convocation , n*e- 



taient votes que pour un an, et qu^il ne pouvait y avoir 
d'iropdt legal sans le consentement des etats generaux. Aussi 
raulorite royale ne s*adressait k cet egard qu'au tiers etat , 
les deux autres ordres n'ayant nul interet dans la question. 
Plus lard, rautoriie royale sUfranehR de'celie formalili en 
sabstiluant au vote prescrit par notre droit public Ve ■ r • g i s- 
trement parlementaire. Les etats generaux foreBt dte lors 
consideres eomrae inutiles, eC il n'y eat plus que des aswmi* 
biees de n ta b I e s, c'est4i-dire composeesd'hommes cboisia 
par les ministret; ces assembieea ne rarest memo convoquees 
qu'kde rares intervalles. Plus de cenl-soixante ans s'eeon- 
terent entre celles de 1626 et 1627 ; et celles de 1787 et 1788^ 
qui amenerent la convocation des etats generaux de 1789. 

Signalons maintenant les faits les plus remarqnables de 
Hiisloire des etats generaux. 

Abandonne par les deux premiers ordres, PhiRppe te Be( 
n^avait trouve d'appoi et de devouement que dans le tiers 
etat. Ce prince oonvoqua une seconde assembiee dea etats 
generaux, qui se reunit au Louvre le Id Jam 1303. II s'agis- 
salt d'une question alors trte-importante : te pape pouvait-iT 
disposer du trOne de la France et lui imposer an prince 
etranger?. Cette question, d^ine solution si simpte et si fa- 
cile , foumit k Vorateur des etats le texte d'une diatribe per- 
son nelie contre le pape, et se resume dans un appel au futiir 
concile. Lederge quitta i'assenfihiee, alieguant quH nepouvait 
assister k une deliberation contre le pape. Les etats de 1301 
avaient resolu la question; la proposition de ceux de 1303 
ne (ut que ridicule et indigne d^nne grande assembiee le- 
gislative. Philippe le Bel convoqua k Tours une nouvelle 
assembiee, en 1312; il ne voyait pour retablir ses finances 
epuisees d'autre ressource que la confisd&Uon des biens 
imuienses des ^ e fn.p tiers ;fX sans sonp^nner le but du roi ,. 
ces etats en voterent la suppression : on salt ce qni s'en- 
suivit. La confiscation des biens de cet ordre fkmeux,cellc- 
des biens des juif^ , et meme TaHeration des monnaies 
n'ayant pu sulBre 'aux depenses royales , Philippe le Bel 
convoqua encore des etats generaux. Les assembiees de 
1313 et 1314 furent aussi incompletes que les precedentes, 
du moins pour le tiers etat : Pordonnance de convocation 
n'appeUut que les deputes de quarante villes. 

Deux assembiees reunies en 1327 et 13^8 flurentappeieesr^ 
decider une question vralment nationale : Tordre de succe;^ 
sibiliteau trdne. Aux etats generAux seals appartenait ledroit 
de statuer sur une question aussi grave. Toute la France eOt 
do y etre representee, tandis que ce ne fat cette fois encore 
qu'un conciliabulede partis. II s'aglssait do decider si Jeanne,, 
reine de Navarre et fille unique de Lopis le Rutin, devait 
heritar de la couronne de France, comme elle avail herite 
de celle de Navarre, ou si cette couronne devait appartenir 
iiPhilippe leLong, son oncle, comte de Poitou. Les 
avis des barons etaient partages. Philippe, sans permettre 
qu'on mtt en question les droits qu^l tenait de la loi salique, 
se rendit brusquement k Reims k la tete d'une armee et s'y 
fit sacreravec toutes les formalites d'usage; de retoor k Pa- 
ris, il convoqua une assembiee composeeexclusivemeutdes 
preiats et des seigneurs de son parti , de quelques principaux 
bourgeois de Pari9 et de professeurs de rnnhrersite, et k la- 
quelle les historiens ont donne la qualification d*etat gend- 
ranx. Tous jur^rent de lui obeir ainsi qu'iisonfils, en- 
core au bercean , etdeciderentque les femme? ne snccedalent 
point k la couronne de France. La roeroe question de succes- 
sibilite se presenta I'annee suivante , entre Philippe de 
Yalois, petlt-filsde Pliillppelenardi,.ettdouardin, 
roi d'Angletcrre, fils d'lsabelle de France et petit-fils de 
Philippe le Hardi. Les deux pretendantis demandaient : l« la 
legence; 2** la couronne, dans le cas o£i la rebe douairi^e, 
veuve du feu roi, accoucherait d*une fille. Philippe de Valois 
avail trente-dnq ans, Edouard n'en avail que qninze. Cctle 
assembiee, suivantles anclennes chroniques, et&it nom- 
breuse; mais elle n*en eiait pas moins incomplete et irre- 
^uli^re. Les chroniques et le continuateiir de Gnillaunic de 
>'angis ne client conune en ayant fait |)artie que des prelaU 



64 

«t des nobles, 6t pas on seul d^pat^ des viltes. Lacouronne 
fut d6i^T6e k Philippe de Valois, attendu que la m^re d't- 
dooard, n'ayant aacun droit, n^eii pouTait transmeltre au- 
cun A son fils. 

Lea assemble de 1350, 1351 » 1352, 1353, 1354, 1355, 
1356 et 1857 , sons ier^e d^sastrenx da roi Jean, occa- 
pent ane grande page de notre histoire. Aacone de oes 
assemble ne fut complete. CeUede 1355 et 1356 ayait ma- 
nifesto une dnergie jusque alors inconnue : die avail mis les 
ministreset lesprindpaui seigneurs en accusation, demand^ 
etobtenu lenr destitution; elle avait cbarg6 des oommis- 
saires de son choix et pris dans son sein de dinger dans 
les provinces la repartition et la recette des impdts vot^, 
et nommO une oonunission centrale et permanente k Paris 
pour en sunreiller Templol. Gette commission est Torigine 
de la cour des aides: Le roi Jean souscrivit la fameuse 
cbarte qui porte son nom. Ces grandes mesures d*ordre 
public et de droit politique ne restirent point sans rOsultat ; 
le prindpe d*une juste repartition de Timpdt entre tous les 
Fran^ais, quelle que fttt leur condition , fut solennellcment 
cousaci-e par cette charte; malhcurcusemeiU les deux pre- 
miers ordres parvinrentheu rendre Tapplication illusoire. En 
1358 le dauphin avail convoquOk Compile les 4tatsde la 
langue d'oil; Paris n'y envoya point de deputes; le clergO de 
trente-quatre dioceses et dix-huit baiUiages refus^rent des'y 
faire repr^enter. Les etats de la langue (Poc ddiberaient en 
m^me temps. lis etaient encore partagds en deux sections, 
Tune siOgeant k Tonlouse, Vaulre k Briers. Les etats de la 
fangue d'oil furent seuls assembles en 1350 : cette assembl6e 
ne reprdsentait qu^une partie de la France; elle fut peu nom- 
breuse, mais elle se montra digne de la representor. Le traite 
propose par les Anglais pour la deiivrance du roi Jean fut 
mtkrement examine ; Tassembiee le rejeta : die pref^ra laisser 
le roi Jean dans one captivite qui ne nuisait qu'k lui, que de 
ceder aux Anglais une partie dela France, et de leur payer 
en outre une ran^n de quatre millions d'^cas d*or, qui leur 
aurait servi k conquerir le reste du royaume. L'assembiee 
de 1363 fut remarquable par quelques reglements qui de- 
fendaient aux seigneurs de piller les niarcliands et les voya- 
geurs, de se faire la guerre entre eux, au mains jusqu'd 
ce que la paix eUt 416 faile avec les Anglais, Les etats 
de 1369 furent consultes sur TafTaire du fameux prince Noir 
(£ d o u a r d HI). lis vot^rentun imp<>t de quatre livres par feu 
dans les villes, trente sous dans les campagnes, une taxe sur 
les vins, enfin la gabelle da sel, de un sou par livre, poor 
TentreUen de la maison du roi et de la reine. 

Une mstitution telle que celle des etats gOneraux etait 
incompatible avec le regime feodal; les assembiees ge- 
nerales et provinciales, cellesde la langue d'oc comme cel- 
los de la langue d*oil, etaient composees de trois ordres 
opposes de voeux et d^interets, sou vent ennemis. Ainsi, dans 
les etats generaux assembles en 1382, le petit nombre de 
deputes du tiers etat qui s'y trouvaient refuserent d'engager 
leurs commettants k payer de nouveaux impels; les de- 
putes de Sens y avaient consenti, et furent desavoues par 
leurs commettants. Appeies , sous le regno precedent, k de- 
cider deux questions sur Tordre de successibilite au trdne, 
les etats ne furent point consultes qnand IsabeaudeBa- 
viere livra la main de sa filie et le trdne de France k 
UenriV,roid'Ang]eterre.Celui-dpouriegilimersMl se pou- 
vait, son usurpation coovoqua une assembiee qu*il appela 
etats generaux, mais aussi irreguliere que la prdcedente. 
Aucun prince de la maison de France ne repondit k Tappel 
de Tusurpateur: Philippe leBon, duo de Bonrgogne, s'y 
pr^nta seul pour demander vengeance da meurtre de son 
pere : il souffrit sans se plaindre que les prinees anglais 
.prissent seance au-deasus de lui. Henri V exigea de nouveaux 
subsides; il imposa silence k ceux qui voulurent lui faire 
dea representations, dependant, cette assembiee n'etait en 
grande majorite oomposee que de ses partisans. 

Les etats convoques k Orleans en 1439 furent consultes 
|Mir Charles VII pour savoir s^U fallait conlmuer la guerre 



fiTATS GENERAUX 



centre les Anglais ou aclieter k tout prix la paix, aprte ane 
lutle desastreuse et non mterroropue depuis trento-neuf ans. 
Les avis furent partages. L'assembiee fut congediee avec in- 
vitation de se reunlr quelque temps apr^s k Bonrges. Dea d^ 
putes des villes s*y rendir^t; mais le roi n'arrivant pas, ils 
seseparerent sans avoir rien foit. Xrois ans apr^s Charles VI 
declara « qu^il avail le droit d'asseoir les impels , qu^il 
n*etait nul besoin d'assembler lei trois etats pour hausser lea 
tallies , que la dipense de tant de d4put4s itait une 
surcharge pour les peuple » ( Monstrelet ). 

L^importante question des apanages fut agitee aux eiata 
de Tours en 1468. Charles, fr^re de Louis XI, avail le gou- 
vemement de Normandie, et demandait la souverainete de 
cette province pour apanage. Malgre les eflbrts des princes 
et seigneurs de la ligue du bien public, le tiers etat fitde- 
cider que la Normandie resterait irrevocablement unie k la 
couronne, e( qu*^ Tavenir I'apanage des princes ne conais- 
terait qu'en un domaine de 12,000 livres de rente, avec le 
titre de duche ou de corote, tel que cet apanage avail ete 
r^ie par une ordonnance de Charles le Sage. Ces etats de 
1468 ne furent en realite qu^une assembiee de notables, dont 
iesmembres avaientete nommes par le roi. Trois ans aprte, 
Louis XI convoqoa egalement a Tours one assembUe Me 
notables, que quelques ecrivains out confondue avec hi pre- 
cedente, mais k laquelle il faut se garder d'attribuer le ca- 
raciere ^Uats g^iraux^ puisque les deputes du peuple 
n^en firent pohit partie. 

Les etats de 1483 et 1484, sous la nunorite de Charles VIIT, 
sont fort remarquables par^ leur compositiou ; il s^agissait 
de ddcider de la regence entib la dame de Beaujeu , fille de 
Louis XI, etle due d*Orieans. Jusque alors on n^avait con- 
voque que les deputes des villes murees. Anne de Beaa- 
jeu convoqua ceux des bailliages et des senechaussees , et 
admit pour hi premiere fois les deputes des campagnes Les 
depute en furent nommes par les trois ordres reunis dans 
les bailliages ct senechaussees. Les etats, en consequence de 
ce nouveau mode d^eiection, deiibererent en une seule as- 
sembiee et par tete, au lieu de voter par ordre en assembiee 
separee, comme ils Tavaient pratique jusque alors. La ses* 
sion de 1484 fut un grave evenement. On y remarque poor 
la premiere fois .des formes d'assembiee legislative, des re- 
gies de deliberation, une discussion suivie et motivee, une 
organisation reguUere. L*assembiee se partagea en six bu- 
reaux, qu'on appela nations. Cheque bureau avail sa salle 
particuliere, et tous se reunissaient souvent en assembiee 
generate. Le mob de Janvier fut entierement employe k 
dresser la liste des abus. Les princes n'assistaient point k 
ces reunions, et ne s'occupaient qa*i se faire des parti- 
sans ; pour se concilier Topinion de la majorite , ils affec- 
terent un grand desinteressement et firent proposer la sup- 
pression des pensions et gratifications accordees par hi cour, 
demandant en mfime temps, ce qui etait le but de tons leurs 
efforts, le renvoi de tous les membres du consdl. Les etals 
virent le piege, et n*y tomberent pas. lis se prononcerent pour 
la sage fille de Louis XI centre ses ambitieux competiteurs, 
et en la mamtenant au pouvoir ils lui accorderent des sub- 
sides; mais ils dedderent que le nom detaille, devenu 
odieux au peuple, serait supprime, etqu'ilneserait plus dore- 
navant leve de taxe qui n'eUt 4ti consentiepar les itats, 
Ce f\it dans la discussion relative k la regence que le depute 
de Bonrgogne Philippe Pot prodama hautement le prin- 
cipe de la souverainete nationale; il faut assoder k cet ora* 
teur Jean Massdin, official de Rouen, qui soutint avec 
une remarquable energie la hitte ouverte reiativemeot aux 
impdts, defendant la cause des gens des campagnes, tant 
opprimes, et desquds il est dit d^une fa^on expressive et 
toochante dans le caliier de doieances , que si ce n*6tait 
Dieu qm conseille les pauvres et leur donne patience^ 
ils cherraient au d^espoir! Les ddiberations des etats 
de 1484 furent fort animees. Une troisieme convocation 
des etats generaux eut lieu k Tours eu 1506, sous le 
regno de Louis XII, pour prononcer au siget d*un tiaile 



fiTATS G^N^UAUX 



ant^rieur eoncla atec Ferdinand le Catholique, et d'apr^s 
laqael la princesae Claude de France devait^pouser le prince 
qui devint depois Cbarles*Qaint. Les etats se prouonc^rent 
contre oe manage, et le roi fnt invito k anir la princesse an 
conite d^Angpultaie, depuis Fran^ta T'. 

L^assemblte de Cognac, en 1526, sons le r^e de Fra n- 
(ois I*', ne fut qa'une assemble de notables; maia elle 
in^rita la reconnaissance de la France enti^re, en refusant de 
ratilier le traits de Madrid, consenli par le roi dans les 
angoisscs d*une longue et douloureuse captivity ; 11 avail c^6 
pour prix de sa liberty une de nos plus belles provinces , la 
Bourgogne. I/orateur de la noblesse, au nom des trois ordres 
de celie province , d^clara , en prince de Francis l*' et 
du vice-roi de Naplej, d<^l^gu6par Temperenr Cbarles-Quint, 
qoele roi n*aTait pas le droit d'ali^ner one partie du territoire; 
que la Bourgogne s'^tait spontan^ment r^unie au royaume; 
qo'il ne d^pendait pas du roi de la li vrer k un prince ^iranger; 
que les Bourguigons ^talent Fran^als, et qu'lls ne cesseraient 
pas de I'dtre ; que la province tout entifere se d^vouerait pour 
sa d^livrance, qo'elle 6tait pr6te k tout sacrifier pour I'ar- 
racher k sa prison, noais que stle roi perslstait k tenlr Pen- 
gagement surpris k sa loyautf^, la Bourgogne sedtelareraitin- 
il^pendante. Toute Tassemblde partagea Topinion de Tora- 
tour de la deputation de Bourgogne. Francois T' resta libre, 
et de nouvelles conditions stipule pour sa ran^n et celle 
de ses Ills, retenus comme otages, furent accepts et re- 
vurent leur ex^ution. 

Une seole assemble eut lieu sous Henri U, aprte la fa- 
tale bataille de Saint-Quentin. Une disette g^n^rale avait 
mis le comble aux calamity publiques : des d^putte des 
trols ordr^ furent convoqute. L'asserablte s'ouvrit au Pa- 
lai:; de Justice k Paris, Jans la salle Saint-Louis, qui pour 
cette solennit^ fut d^rte avec une magnificence extraor- 
dinaire. Le roi en fit Pouverture le 6 Janvier 1557. Le par* 
lement de Paris fut appel6 en corps k cette asssembMe, 
comme reprfeentant Vordre de la magistrature. Le registrti 
de cette assemble la qualifie d*^tats giniraux, et cepen- 
dant rien ne constate que ses roembres aient €\& ^lus par 
les provinces. Le roi demanda les secours n^cessaires pour 
Hubvenir aux besoins de P^tat, et promit de s^occuper des 
afTaires int^rieures aussilAt que la paix serait conclue. L'in- 
tention da roi ^tait d'empranter trois millions d'or sur 
le clerg6 et sur les personnes les plus riches, k raison de 
miile ecus par t^te. Sur I'avis des deputes, 11 fut decide de 
subi^ituer k cet emprunt une imposition , r^partie dans de 
moindres proportions. Cet avis fut adopts, et re^ut son exd- 
cuton. 

£n 1560, un conseil extraordinaire et nombreux, r^uni 
k Fontainebleau , d^cida la convocation des etats g^eraux 
pour le 10 decembre de la mfime annde, k Meaux ; une de- 
cision ulterieure designa Orleans. Francis II mourut era- 
poisonne avant la reunion des etats. Beaucoup de deputes 
crurent leur mandat fmi. Une decision du conseil leva leurs 
acmpules, et Tassembiee commen^^ ses importants travaux ; 
Fobjet principal de leur convocation fut de dedder qui de 
la reine mere ou du roi de Navarre, Antoine de Bourbon, 
aurait la regence pendant la minorite de Charies IX. II n'y 
eut point de decision formelle, et la reine mere prit la re- 
gence, que son faible competlteur n^osa lui contester. Mi- 
chel L' Hospital appela les deliberations de Fassembiee 
snr toutes les branches de radministration publique. On 
doit k son zeie, It ses lumi^res ct au devouement edalre des 
etats d'Orieansces ceiebres ordonnances dont la plus remar- 
qnabtey odie qui est relative au commerce et intttuiee De 
la marchandUe , est devenue le droit common du monde 
coiumer^nt. La formule d'execution qui termtne chacune 
de ces ordonnances porte qu*elles ont ete deiiberecs par Tas- 
Mmbiee des etats. 

Les etats de Blois en 1576 et ceux de Paris en 1538, Tas- 
f^emhl^ convoquee k Paris en 1593 par le due de Mayenne, et 
({usMH^ fiar lui d*etats generaux, k Veffct d^Hlre un roi, 
le rattachoht essenticllernent aux principaux evenements de 



|*1CT. DB L4 CO.VVFaK, 



T. IX. 



es 

la ligue et k la blographie oes pereonnages ceiebres ou fa. 
meux qui ont figure comme chefs ou comme agents dans 
les guerres dviles provoqoees dansT^tat par ramtution des 
Gnlses pendant plusd*un demi-siede. 

L'assembiee des notables tenue k Rouen en 1596, el dont 
les deliberations se prulongerent pendant i'hiver de 1597, fit 
quelques reglements sages; des mesures aev^res furent pri- 
ses et executees contre les financiers qui avaient specuie 
sur les mallieors publics. Le derge accorda un don graluit 
considerable, et des dtoyens devuues avanc^rent au roi 
Henri IV de fortes soinmes, qui le mirent en etat de conti- 
nuer la guerre. Le premier article du traite entre la reine 
mere regente et le prince de Conde, k Sainte-Meneliould, 
prescrivalt la convocation des etats generaux : la reine mere 
ne convoqua qu'une assembiee des notables : Pouverture, 
fiiee au 10 septembre, en eut lieu le 26 octobre 1614. Le 
nombre des deputes y fut peu considerable. On n*y comp- 
tait pour le clerg^.^ que cinq cardinanx , sept ardieveques, 
quarante-sept eveques etdeux chefs d*ordre monastique; pout 
la noblesse^ que cent trente-deux meuibres, et pour le tiers 
etat, cent quatre-vingt-quatre Ainsi, le tiers etat, qui de- 
vait etre en nombre egal k celui des deux autres ordres 
reunis, se trouvait en minorite. Les trois ordres se reuni* 
renty et voterent separemenL La verification des pouvoirs 
fut tres-orageuse. Dans la premiere assembiee generale, le 
chancelier (de Sillery) porta la parole au nom du roi, Mar- 
quemont, archeveque de Lyon, au nom du derge, Miron an 
nom du tiers etat. Des disputes incessantes s^eieverent dans 
chaque ordre poor les preseaoces. Les deux premiers or- 
dres rivalisereot d^insolence a Pegard du tiers etat. Le baron 
deSenescey, president de la noblesse, se plaignit au roi de ce 
quele tiers etat avait compare le royaume^ une fainille com- 
posee de freres, dont Pordre ecciesiastlque etait Paine, la 
noblessei les pulnes, et eux les cadets. La oour obligea le 
tiers etat k faire k la noblesse une reparation. La mesintel- 
ligence n*en fut que plus vive. L'eveque de Beauvais fit re« 
loge du condle de Trente, et demanda que la France adopt&l 
ses decrets. Le president Morin repondit qu'il nVtail nulltv 
ment necessalre de publier les actes de ce eoncile; « que 
messieurs du derge pouvaient tou jours s'y conformer, en re- 
nou^nt k la pluralite des ben<^fices et k d'autres abus qu*il 
condamne »• Les trols ordres ne (urent d'accord que centre 
les finanders, et demanderent Petablissement d*une diambrc 
de justice pour juger les malversations commises dans ies fi- 
nances de PEtat Le ?3 fevrier 1615 les cahiers des etats fu- 
rent presentes ; Peveque de Lu(;on, Richdieu, depuis cardi- 
nal et premier ministre, presenta ceux du derge, et de- 
manda, au nom de son ordre, la reduction des depenses et 
des pensions, la suppresdon de la venalite des charges, la 
restitution de»biensde l*£glise possedes par les huguenots, 
Padmisdon des ecciesiastiques dans les grandes charges de 
r£tatetdansleconsdl du roi; que les benefices ne fussent 
plus donnes k des laiques, mftme k titre de recompenses; 
qu'on ne cre&t plus en leur faveur de pensions sur les ab- 
bayes; enfin, la publication du condle de Trente. La noblesse 
demanda k etre conservee et maintenue dans ses honneurs, 
* droits, franchises etimmum'tes; qu^aux nobles seuls appar- 
tlnt le droit d*avoir des armoiries, Pabolition des anoblis- 
sements fails depuis le r^e de Henri il ; quMl fat pemiis k 
ceux qui auraient k se plaindre des violences des gonver- 
neurs de porter leur requete devant les juges ordinaires : 
la noblesse adherait en outre k tous les articles du derge. 
Le tiers itat demanda , de son c6te , la convocation des 
etats generaux tous les dix ans; la suppression des ofllces 
inutiles Pabolition de la paulette; le retablissement de la 
policed du commerce; Peconomie des finances ;Pextinctioa 
des pensions accordees sans necessite; la diminution des 
impAts ; etc. Le meme jour, 23 fevrier, le roi lit la ddturc- 
des etats, auxquels, comme dMiabilude, la cour promit beau- 
coup de reform^} qu'dle n'execufa pas. 

Une dernierc assembiee, mais de notables seiileroent, fut 
convoquee, ct se reuoit en 1620 et 1627. Ses deiib^lioas 

9 



16tATS GENERAUX — ETATS PROVliNCIAUX 



6S 

foreBt cslflMR, eC ses proposftionn fort sages. £d I65t 
Loots XIV ordonna )a coDTocation des ^tats gdni^raux ; lea 
lettreft dt eonTocatkm furent en^oy^ aox baiUts ct aiix s^- 
ni^rtiaiix, lea ^^lectiona ordonn^es ; maia cette asaeniblte a^eut 
iwhrt Hen. Ceite convocation a?ait 6\A demand^ par lea 
puisaanoes alors en gaerre aTCC Lonia XIV. On remarquait 
dana leor OMmtfeate cea mota : « Le pou^oir despotlque 
est la Ronrce Ats guerres fntermlnables de la France, et 
tant que le roi sera le maltre absola de la volont^ de aes 
sDjetft, il sera insatiable de conqo^tea et de Tictoires; mille 
roTers ne rMonaeront pas. » Louis XIV fit r^pandre dans 
tiMite tlSurope on m^moire fort d^taiUd : • Lea Francis, y 
est-il dity ont ooMi^ qnH y a eu des Hits g^n^ranx dans 
lenr monarcbie, et il y aurait k nooa de llnipradence k lea 
en faire souTenir. • Les Anglais et lea HoUandais n^avaient 
voulu qa'eflrayer Loals XIV ; ils nMnsist^ent point 

D|}FBT(de fYoooe). 
Sons la r^genee dn doe d'Orldans, Ftoelon parla de reu- 
nion des ^ts g^B^raox , et cette question ftit agitte dans le 
conseil. Dnbois la fit repousser, par des raisona tr^habfle- 
inent d^uitea. Soua Louis XV, on coortisan ayant dit de- 
▼ant le roi qu*U aerait pent-fttre n^oessalre de eouToquer les 
^ta g6ntettx : « Monsieur, f^^ctih le monarque, ne r6p^- 
tef jamais cea paroles : je ne anis pas sangoinaire, nnaia si 
j^a^aia un frftrOy et qull fttt capable d'ooTrir un tel aris, }e 
le sacnileraiadana lea Thigt-qoatre heorea k la durte de la mo- 
narcbie et Ik la durte da royaume. » Le nora seal d^^ts g4- 
nteoi soflisait antrefois k ^povvanter lea princes; lea 
^ta g^ndranx apparaisaaient en eflet an people comme 
leterme dee aboa sous lesqoela il g^missail, comme raurore 
d*on all^ement k sea charges. Mais les ^ts se r^onissaient 
toi4uwra aTeedes ^l^ents de division, qui paralysaient leurs 
bonnes Intentions; et qoand ila se a^paraient, aprte beao- 
coop de parolea yiolentes, delnttes ardentea et passionnto, 
ils ne laiasaient aprte eoi qoe lea tehoa ^^ud» plainte 
que la coor ^touflait bientdt pour de longnea annte. De la 
st^rilitd da leura eflbrts bien plus que de la mobillM do ca- 
ractire franfais venait ce fait, que lea maasea, que lea troia 
ordres eux-mdmes appelaient de toos leors Tttux les <tats g^ 
n^raux qoand il n*y en avait paa eu depoia longtemps, et 
qu'ila ne a'en souciaient qoe trte-mMlocrement qoand Ila 
les Toyaient k r<BUTre. Cependant, il faot le constaler, si les 
^tata g^n^raiix d^aotrefois n^^taient paa ce qoe Ton esp^rait 
qu*iisseraient lorsqu'on les r^lamait, a*ils n^appoKalent pas 
un soulagement immMiat aux aaignantes mis^res du peupl«, 
ils fiiisalent asses pour l^tiraer cette crainte qu*ils inspi- 
raient k la monarcliie, et qui ehez Louis XV a*accroissait 
de la penste de tout ce qu'ils pou^aient fairie, de tout ce 
quMls aorafent k faire. « Essayez de retrancher les ^tats 
g^ndraux de notre histoife, dit M. Sylvestre d€ Sacy, ils y 
laisseront bien du Tide. Leur trace n*est pas sans glotre. 
Convoqu^ au roilieo des orages et dans les jours de dtfail- 
lance de la niyauti^, alls n*ont pas r^uasi k fonder des ins- 
titutions, its ont empteh^ Tespritde servitude de s*^tabHrau 
cu»r de la nation. Le monarcliie elle-mAine liii a dO peiit- 
£tre cet esprit de moderation, ce respect de Popinion publique 
qui a bit sa force et son lionneur, ce funds delib^lisme qui 
n'a jamais permis en France que le pouvolr ab;M>Iu d^g^^n^- 
rftt en despotisme. La nation s'est toiijoors souveinie qu'clle 
a'appartenait k elle-m^me. Dans toutes lesgrandes crises, on 
est revenu aux dtats g^n^raux ; et qoand on ne les convoquait 
pas, on savait cependaat qu*fts pouvaient 6tre couToqites, 
el que derri^rele roi il y Avait un peuple. Leur influence se 
retronve de si^cle en sitele dans les progrte de notre le- 
gislation ciTile et de notre administration. C*est avec leur 
ooncours que nos rots ont repouss^ les pretentions exorhi- 
tantes de la conr de Rome et les envabissemcnts du clergd, 
qoe Charles VII a ^tabli les arrate permanenles, que L'HO- 
pital a rendu sea belles ordonnances. Leur protestation, re- 
noorel^ d^Age en Age, a interrompu le cours de la prcscri plion 
eontre la liberty ! Quand on relit les vienx raiirns <}i* leuivt 
(M^ances^oo est toot surpris d*y rcirouvM uo* \aiu\ u» 



plus modemea et ce que noua appelioas il n*y a pas bieA 
longtemps encore les conqodles de notre civUisation. » 

II y STait plus d'un aifecle et demi que le mot d'dtats 
gte^raux n'avait point M pronono^, loraqne le ddsoidre 
mis dana les finances par les prodfgaliite de la ooor, le 
deficit toujoara croissant, firent conoevolr, aoos Louis XVI, 
la pens^ de clierclier des reaaources dans la crAatkMi de 
nouTeaux imp6ts ; mais ces impAta ne pouTaient dtre ^tabtts 
que par les ^tats gto^ranx, que rtelama one asasrobl^dea 
notables k laysuita d'un jeu de mot an bout dnquel HmU 
une revolution, et, bon gr^ mal gr^, force ftit bien k la ooiir 
de convoquer leur reunion. EUe a'atlendalt aaaa doote k 
des attaquea, k des recriminations^ dans In achi de ess £tala; 
mais elle pensait que, conformement anx traditiona et aox 
prdcedenta des siteles pasaA, oea eiata flniraieni par dea 
Totes dimpdts, et elle n'en demandalt paa davantaifs. Mais 
cette reunion desdeiegoes de la nation n'avait plus lieo dana 
les conditions ob die a*etait tant de fois accomplie. Clia- 
cun ayait la conscience de son droit, cbacun avait le senti- 
ment de son devoir. Anssi la redaction des cahiers des trois 
ordres occopa-t-elle les esprits d*un boot dels France k Tau- 
tre. Une question bien grave vint agiter encore plua vive- 
ment lea esprlta : oonformement aux traditions, les elec- 
tions avaient Ueo par ordre; Fordre da tiers etat ne oomp- 
tait pas plus de membres qoe cbacun dea autres ordres; 
ceux-d cependant ne repr^sentaient que deux castes, quand 
le tiera etat representait la nation tout eati^re. Lea partisana 
des iddes de liberte dlev^rent done bien bant la voix poor 
qoe les deputes du tiers etat fussent en nombre egal aux 
deputes des deox autres ordres. L'asaembiee de notablea, 
qui dut s*occuper de la question du doubUmentdu titrt, 
se pronon^ eontre cette proposition ; mala le mouTement 
de Topinion publique etait tel que Louia XVI ne crut paa 
|iouvoir refbser de Faccorder. Telles fiirent lea condlliona 
dans lesquellessargirent les etats generaux de i7S9y qui de- 
Talent initier la France A la vie parlementaire. Nos lecteora 
en truuveront l^historique complet k Particle Comstitoaiitk 
(Assembiee). 

tTATS GtStRAJJX DES PR0VINC£S-US1£S. 

VoyeZ HOLLANDB. 

ETATS PROVINQAUX, assembiees des tvois or- 
dres des pays d*eta ts, qui , aprte la convocation du roi , se 
reunissaient k des epoques periodtques pour regler leur ad- 
ministration interieure et voter ledongratuitoo aulMide 
demande par les coramissatres du roi pour aobvenir aox 
frais generaux de Fadministration du royaume. Ces assem- 
h\6es difreraient cntre elles, quant aux epoques de leur 
reunion , k la duree , au mode de leurs deliberations , k leor 
composition , et par les modifications, les cbangements , qui 
dans certaiues provinces en aneantlrent presque lea attrK 
butions originaires. 

Les demlers etats de Provence furent assembles en 1631 • 
On les rempla^ alors par des assembiees generalea, ooo* 
voquees cliaque annde par le roi. Leurs attributions etaieat 
aussi bomees que ceiles de nos conseils generaux actoela ; 
elles etaient prdsidees de droit par Tarckeveque d'Abc : Fla- 
tendant de la province y remplissait les fonctions de com- 
missaire du roi. Legouvemeuroo le commandant en blsait 
Fouverture, et se retirait aprfes sa liarangue. A Fissoe da 
cliaque seance, les commissaires du roi* les deputes et lea 
principaux membres de Tordre de la noblesse aliaiene 
rend re compte de ses resultats au gouvemeur ou eoiii«- 
mandant. Les assembiees se tcnaient ordinairement 4 
Lambesc. L'ordre du clerge se composalt des arclievAquea , 
des ev^ues, des abbes crosses, du prevdt de Pignan^ 
des prev6ts des catliedrales , et de quelques eccieslastiquen 
qui avaient des benefices conMstoriaux;celuide ianobleesia, 
de tons les gentilshommes de race et des roturiers possea* 
sears de fiefs en /ou/e^ttf/iceetanbua^.UnanGiej) r^lemenl 
excbiait ceux qui ne possedaienl que des arn^re«fie(s. Ott« 
exdiision, qui d'aillenrs n*avait jamais et^ rigoureusniiw'nt 
observee, donna lieu k d^oragenx HchHts, lore des as.^^cm. 



fiTATS PROVINCUUX — ETATS-UNIS 



bita poor Section desd^put^ aux ^taU g^n^raux de 17S9. 
Ce rat par auite de ees debaU que M i rabea u, cadet deCa- 
mille, n^ayaiitDl fief ni arri^re-fief, ouTrit uoe boutique, 
et ae priseota i ratsemU^ du tiers ^tai. L'ordre du tien 
^tait repr^nttf dans leaancienoea aseemUte de Pro^enoe 
par lea d^put^ de 37 conunuaaul^ et de 20 ?igoeriea. 

Lea iiaU du Dauptiin^, aupprim^eo 16M, avaient M 
reaiplacte par ais Election a; maia en t7&7 et 1788 Top- 
position pariementaire k Grenoble devint one T^ritabte in* 
aurrection. Uneasaembi^g^Falede tous lea onires se r^u- 
Djt apootaoiment i Viaille, malgr^ lea defenses formeJIea 
de la eoar« qui, e^ant enfin, autorisa la convocation d'une 
noavelle aasemblte pliia r^uti^re , laquelle so rtonit h Ro* 
mana. 

Loraque le Languedoc rormait , aous le gouvemement dea 
corotea de Touioose, une prindpaut^ particuli^e et inddpen* 
dante, cbaque seigneuriede cette province avait ses ^tata 
et Tolait ses impositiona. Depuia la r^nion, lea ^tats s'asseoh 
bl^ent d'abord par sen^lyuiss^, ensuite par dioc^. 
Get usage comraeiiQa sous le r^ne de Cliarlea VII, et se 
maintintjosqu'en t&33.Un r^ement de Francis r^'ordonna 
que lea ^ta a^aasembleraient dans les trois sdndcliaussdes, 
lis ^ient pr^dds par I'archeTdque de Narbonne, et k son 
ddfaut par le pins ancien arciiev^ue ou ^vAque. Un 61it de 
1749 Tixa la tenne des dtats pour cheque annde au mols 
d'octobre et leur durde k un mois. Le cliiffre et la rdpartition 
des Impi^ts dtaient rdglds dans lea lioit Jours soivants. Aucun 
imp6t ne pouvait £tre ^bli sans lettres patenles du roi et 
sans d^libtetion des dtats. L^urdre dn clergy ddpu'tait trois 
archovAqoes et vingt 6v6que8 ( les pr^ats pouvaient se 
Talre remplacer par lours vicaires g6n4raux ) ; Tordre de la no- 
blesse, un comte, on vioomte et viogt et un barona; Tordre du 
tiers 6tat d^ldgoait les roaires , consuls et ddput^ des villes 
chefs lieox de dioctoe et des vUlea diocesainea qui avaient 
droit d'entrde anx 6tats. Le tiers dtatdisposait d'autantde voix 
que les deux autres ordres rdunia. La province avait en outre 
aept fonctionnaires qui ^talent d^put^s de droit. Les lettres 
de convocation ^talent adress^es au gouvemeur oo an lieu- 
tenant g6niral commandant la province ; il les transmeltait 
aux dignitaires et magistrats qui, par leur rang ou leurs 
cbargea, avaient droit k la deputation. Les coromissaires du 
roi (aisaient Touverture par Texposd des demandes et pro- 
poaitiona deSa Majeatd, et seretiraient ensuite. L'assemblde 
g^n^rale ddlil)eralt sur toutes les affaires qui intiressaient la 
province , r^ait le don gratuU demand^ par les commis* 
saires du roi et le contingent de contribution de chaque dio- 
c^; une assemblde particuli^re de chaque diocese r^-glait 
U repartition entre les contriboables de son ressort. Le Yi- 
varaiii, le Yelay et le G^vaudan aequatifiaient etats parti- 
cuiiers, et leurs ddiberat^ns s^6tendaient k tout ce qui con- 
cemait leur administration interieure. 

Les <ftats de Bdarn et de Navarre avaient ete insUtuds 
par Henri d'Albret, fils de Jean , pour la basse Navarre, 
sur la meroe base que ceux eiablis par la haute Navarre 
avant renvaliisaeroent de cette demi^re province. La de- 
putation do clerge se composait des dv^ues de Bayonne 
et de Dax, de leurs vicaires gdneraux, du pr6tre mayeur 
oucure deSaint-Jean-Pied-de-Port,des prieursde Saint-Pa- 
lais , d*Harambels et dUtxiat; celle de la noblesse, de tous 
les possesseors de terrea ou maisoos nobles ayant entrde 
aux etats ; celle du tiers etat,de vingt-huit deputes des villes 
et communautes qui avaient droit d'etre representees dans 
cette aasembiee : elle se reunissait k Satnt-Jean> Pied-de-Port 
ou k Saint-Palais. La noblesse n*avait point d*ordre de pre- 
seance : cliaqot depute se pla^ait selon qu*il arrivait k Tas- 
semt^. Leclergeet la noblesse etaient reunisdans la meme 
aalie; le depute de Salnt-Jean-Pied-de-Port pre.sidait Pordre 
du tiers ^t. Le bureau se composait d'un syndic , d^in 
secretaire et d^un liui^«ier des etats : its etaient nommes par 
rawtembiee. he vote ^'tait formuli^ par ordre : mai« en roati^re 
de finances le tiers etat remportait sur les deux aulres. Lc 
syndic falaait les rapports, dirigeait les deliberations et re> 



cueillait les opinions. Le secretaire enreglstrait les dedsions^ 
L'assembiee reonie envoyait one deputation au gouvemeur 
ou an lieutenant de roi , pour I'inviter k lui faire connattr* 
les propositions royales. A pris la harangue dececommissafre 
k Tassembiee , il se retirait, et envoyait ensuite la lettre «]e 
cachet pour la tenue des etats. Une commission apeclale 
eiait diargee de la redaction du cahier, qui etait ensuite remis 
au comniissaire du roi. Celui-ci Texaminait en presence des 
deputes, et Tassembiee deiibei^it sur ses observations; et 
s'ii y avait des artidessur lesquels ils ne s^etaiont pas acconies, 
les etats en referaient au roi , et souvent memo le commis- 
saire suivait la meme marche. Le vote dn don graiuii ter« 
rainait la session. Ce vote etait transmis au couimlssaire du 
roi, qui pronou^it la harangue de cloture, apr^ avoir 
entendu celle de Torateur du clerge , au nom des trois or- 
dres. Les etats termlnes, le tresorier reodait ses comptes k 
une commission spedale. 

Les etats de Bigorre s^assemblaient tous les ans pendant 
huit joiira. Lc senedial en faisait Touverture ; les trois or- 
dres, reunis dans une mdme salle, etaient presides par re* 
veque de Tarbes. La deputation du clerge se composait du 
meme eveque, de quatre abbes, de deux prieurs et d'un 
commandeur de Tordre de Matte; celle de la noblessse, de 
onze barons ou possesseurs des baronnies qui conferaient ce 
droit, que les possesseurs fussent nobles oo roturiers; celle 
du tiers etat, des consuls de Tarbes, de Vic, de Bsgneies, 
de Lourde, etc., et des deputes des sept valiees. 

Les etata de Bretagne et les etats de Bourgogne occupent 
une place notal)le dans Fhlstoire de ces deux provinces. 

Les exemples qu*on vient de dter suffiront pour faire con* 
naltre Torganisation des anciens etats provbiciaux, Les de- 
putes nVtaient pas eios. lis Tavaient sans doute ete dans To- 
rigine, maisle droit k la deputation avait ete depiiis attriboe 
a des charges spedales et k certaines dignites ecdesiastiques 
00 seigneuries laiqoes. Lors de la demiere revolution par- 
leroentairer(1787 k 1789 ), les etats de plusieurs provinces 
s^etaient coofedere«. L*anden gouvemement royal avait pro- 
jete d^appliquer ce rooded'administralion locale k toutes les 
provinces de France, sous le iiirtd^assembUes provinciales. 
II avait reserve aux pays d^etats la faculte de conserver leur 
andenne administration ou d'adopter la noovelle. Le gou- 
vemement avait cm devoir faire nn premier esaai, et avait 
choisi k cet effet la petite province du Berry. II en resulta 
qu'apres deux ans d*experience cette province , sans nou- 
velle contribution, avait sur ses recettes un excedant de plus 
de 200,000 livres disponibles. Lorsquc la revolution de 1789 
eciata, ce qui n^avait ete qu'un projet , qu^un vobu , devint 
une realite; et un systtoie unique, uniforme , d^administra- 
tion municipale, etabli pour tootela Franr«,remplaca^ jamais 
les etats provindaux. Dufey (de IToiuiii}. 

igTAl'S'UNIS DE L'AH&iguE DC NoRD. Cet £tat fede- 
ratif, qu'on designe aussi quelquefois sous le nom d'Vnion 
Amdhcaine, ou tout simplement d* Union ^ est home au 
nord par les possessions britanniques de TAmerique du 
Nord , k Pest par TOcean Atlantique, au siid par le golfe 
du Mexiqoe, au sud-ouest par le Mcxique, a Touest par 1-0- 
cean Padfique et au nord-ouest par les possessions rasses 
de TAmerique du Nord. Il s*etend entre le 25* et le 49« de- 
gre de latitude septentrionale, et entre le 69* lo' et le 126* 
42' de longitude occidentale. Aux termesdu traite intervenn 
le 2 fevrier 1848 entre le Mexiqne et les £tats-Unis, k la 
suite des victoires de ceux-d, la ligne de frontieres separant 
ces deux republiqyes commence dans le golfe du Mexique, 
k 12 kilometres de distance de la terre, k Topposede rem- 
bouchure du Rio-Grande, remonte cette rivif re jusqu^i la 
limite meridionale du Nouveau -Mexiqne; se dirige ensuite 
vers Touest, en longeant toute la limite snd du Nonveau- 
Mcxique; puis, vers le Nurd, suit la frontiere ouest du Nan- 
veau-Mexique jusqn'ik ce qu>lle coupe la Gila ; eofin , en 
aval et au milieu de cette riviere, se prolonge jusqu'^ son 
embouchure dans le Rio^^olorado, et de Ui ii travers le Rio- 
Colorado , en suivant la division des deux Californies, jus- 

9. , 



Od 



fiTATS-UNIS 



qu*k VOoian Padfiqae. Le territoire Mini comprend dte 
lore ainon la plas grande, da muiiisla plus importante partie 
de TAm^rique da Nord. 

Des deox principaax systtoies de inontagocs de rAm6- 
riqae da Non], lea monts Alleghanys et lesCordill^res 
de TAm^qoe da Nord, le premier, k Texceptioa de sea 
derniera prolongements au nord-ouest, appartient tout en- 
tier aux £tat»-Uiu8 , tandis que le second forme sar nne 
^tendae de 130 myriam^tres environ la frontidre du Mext- 
qae. Ces deux groupes de montagnes diviscnt naturellement 
le territoire des £tats-Uois en trots grandes r^ons : la re- 
gion orientale, cumpos^e des terrasses successives par les- 
quelles les monts AUegbsnys s'abaissent insensiblement 
TersTOc^an Atlantique; la r^ion oentrale, compost du 
grand bassin qae le syst^rae da Missisaipi forme entre ces 
deux groupes de montagnes; enfin, la r^on occldentale, 
formte par les plateaux situ4 h Toaest des CordiUires et 
oonstitnant le bassin du Colombia ou Oregon. 

Le systtoie d^irrigation int^rieure des ^tats-Unis est des 
plus ricUes, et forme qaatre groupes principaux. Celui des 
fleuves qui Tont se Jeter dans TAtlantique, et qui ont pour 
la plupart leor source dans les monts Alleghanys, renferme 
entre autres cours d*eau important s, le Connecticut, qui a 
son embouchure dans le d^troit de Long-Island; TUudson, 
qui se jetle dans la bale de New- York ; la Delaware, qui se 
jette dans la bale du mtoiie nom; le Susqueliannah , le Po- 
tomac et le James, qui ont leur embouchure dans la bale de 
Chesapeak ; le Roanoke, qui se jette dans le d^troit cl*Al- 
bermale ; la Savanna, lAltamaha et le Saint-John, qui vont 
directement aboutir k TOc^n Atlantique. Le bassin du 
Mississipi, outre le fleuve de ce nom et ses innom- 
brables amuents, comprend le Rio-Grande, le Nueces, le San- 
Antonio, le Colorado, le Brazos, et k Test du Mississipi la 
Riviere aux Pedes, le Mobile et TApalachicala. Les cours 
d*eau les plus impurtants du plateau sltu^ k Touest de la 
Curdillire des Montagnes Rocheuses se r^unissent tous dans 
le Colombia ou Oregon. £nfin, les EtaLs-IJnis participent en- 
core sur leur fronti^re septentrionale au systi^me du Saint- 
Laurent et des cinq grands lacs d^eau douce qui alinienlent 
ce fleu?e, dont Tun, le lac Michigan, est conipris en 
entier dans leur territoire, tandir que les autres servent en 
partie de frontiires entre eux et les possessions anglaises. 
Le systime des communications artificielles par eau cr(*^ par 
la laborieuse race am^ricaine, au raoyen d*une fuule de ca- 
naux pr^sentant ensemble un d^veloppement de plus de 
700 myriametres, est form^ de la m^me manidre sur le 
systime naturel. II unit toute la moiti^ orientale des £iats- 
Unis , et plus particuli^rement le territoire situ4 entre les 
grands lacs et le Saint- Laurent, an Mississipi etaux fleuves 
qui se d(kUiargent dans TAUantique. Les plus vastes canaux 
dont ils se component sont : le canal de COhio, entre Cle- 
veland sur le lac tn6 et Portsmouth sur TOhio; le canal 
Miami , entre Cincinnati sur TOIiio et Textr^mitd orientale 
du lac Eritf ; le canal de Jonction, entre le Roanoke et un 
aflluent du James; le canal de P Hudson el de la Dela^ 
ware, qui relie le haut Hudson k la Delaware; le canal 
Morris entre New-York sur T Hudson et Easton sur la De- 
laware; le canal de la Chesapeak et de la Delawc/fe, 
^tablissant une communication directe par eau entre li^lti- 
roore et Philadelpliie; les canaux de Farmington, de Hamp- 
shire et de Hampden , coninren^nt k Newhaven sur le 

d^troit de Long-Island et conduisant, au muyen de difTerents 
cours <i'eau auxqnels lis se trouvenl successiveroent relies, ft 

Northampton dans le Connt^cticiit , et de \k gagnant le 
Saint-Laurent; le canal d*kri6, allant de Bunalo sur !'£• 
n^k Albany sur THudson; le canal d' Oswego, construit 
lateraleinent au canal irEri^, et conduisant de .rejui ci an 
lac Ontario; le catial de Pensyivanie, eulre Piitsbourg 
sur roiilo t't Goluuihia sur le Susqiicli<innah ; enfin le canal 
de la Chesapeak el de VOhio^ eiattlisiuint uue communi- 
cation ent<e l*Oh:o an dessus de Pittsbourg et le Potomac 
a Georgetown. 



n r^sulte de ce vaste syst^me d^lrrlgatlon, Unt naturelle 
qn'artifidelle, que le territoire des titats-Unis est Tun des 
plus fertllea do monde, et qu^il convient admimblemeot aux 
diffi^rents genres dindnstrie agrioole. A Texoeptioo d'un petit 
nombre de marais et de steppes aablonneuses , ii est partoot 
couvert d'immenses fordts vreiiges, on bien de savannes 
dont les gras pAturages conviennent admirablement k V€i^re 
du oxtail ; et on n'y rencontre nulle part de deserts propre- 
ment dlts. 

En raison m6me de son Immense etendue , le sol des ttats- 
Unis doit n^cessairement olfHr une grande vari^ de climats ; 
k oet ^gard , lea monts AUeghaoys forment un point de par- 
tage des plus reinarquables. Sur leor versant oriental, la 
temperature en eflet est g^n^lement beaucoop plus froide 
que sur leur versant occidental. Lh Toranger g6le d^ quel- 
ques Ibis sous le 35* degr6 de latitude nord; tandis qnid, 
dans le bassin du Mississipi et dans les r^gkins sita6e8 k 
Pouest des Montagnes Roclieuses, la temperature est si douce, 
qu'on y rencontre encore le colibri par 42** de latitude sep- 
tentrionale , et qut le perroquet y vit encore, nndrae en hiver, 
par 3G*. La edie occldentale baignte par ie grand Oc^an 
jouit d*un cllmat particitli^rement doux. Mais clle est exposte 
k de violentes teinp^tes, et Pabondance de m^me que la fre- 
quence des plules la rendent fort humide. La rigueur exces- 
sive du cliniat dans les Etats du nord-est, et plus particn- 
liereinent sur la cdte occldentale, le long des rives de TO- 
c^an Atlantique, est un phenomtae qui ne frappe pas moins 
Pobservateur ; \k en effet k des Itivers ties plus rudes suc- 
c6dent des nis d^une chaleur accablante, dem^nie qi«e Tat- 
rooftph6re y est sujette aux variations de temperature les 
plus brusques, ofTrant souvent dans une mftme joum^e la 
transition rapide des chaleurs de IMte aux froids de lliiver, 
et r^ciproquement. Les vents froids du nord-est dans eette 
partie* des Etats-Unis commencent d^s la mi-septembre, 
reviennentli la rai-octobre, apportant le fruid et la ffA6t 
Jusque dans les Carolines et la Georgic. Mats d^ordinaire la 
temperature s'adoucit encore vers la fin de novembre, e|KH]iie 
de la chute des feuilles; et aprte un bel automne arrive, 
vers Noel, on hiver accompagne d*abondantes clmtes de neige, 
oil le fruid atteiut son plus haut degre dMntensite en fevrier 
et ne cesse qu^en avril ; puis k un court printemps succMent 
des le mois de mai les chaleurs de rete. Ces phenomencii, 
qu*on a surtuut lieu d'ubserver dans les ^lats situes k Pex- 
tremite septentrionale de la cdte orientale, deviennent tou- 
jours moins sensibles k iiiesure qu*on descend davantage 
vers le sud. Le climat e^t dejft plus doux en Virginie; ce 
n'est pourtant qu*au sud du 35* degre de latitude nord que 
commence un climat chaud et tempere , sous leqnel on Ignore 
ce que c*est que la neige; region des arbres toujours vert5, 
qui sMtend Jusqu^ux liontieres meridionales des Etats-Unix, 
sur les bords du gulfe du Mexique, oil le climat commence 
k devenir tropical , oii une clialeur toute tropicale r6gne , 
du moins en ete, dans les basses terres, et oi^ l*on ren- 
contre d<^jk un grand nombre de plantes tropicales. 

Dans les parties les plus eievees do pays, notammentdans 
les montagnes. Fair est partout pur et sain , meme dans les 
r^ons les plus meridionales, mais plus particnlieremenf 
dans les sept Etats du nord, dans Tinterieur de la Pen^yl- 
vanie et de la Virginie. En revanche, toutes les terres basses 
et toutes les contrees marecageuses sont malsaines ; ce qu 
est plus particulierement le cas dans le delta niarerageax 
qui forme rembouchuredu Mississipi , et sur les c6tes plates 
du golfe du Mexique, c«* foyer constant de la fievre jaune, 
qui cheque annee en t^te y exerce de grands ravages , de 
meme que sur les c6tes plates et niarecageuses de la Flo- 
ride et de la Georgie, et qui parfois les etend encore plus an 
nord 8nr les c6tes de TOcean Atianiique. D^ailleiirs, les baa 
fondft de tout le bassin du Mississipi , ootammeot les rives 
marecageuses de ce flt* uve, de meme que toiile la cdte jus- 
qu^a New- York , ne hont au total rien moins que sains ; et 
diverses lievres y exisifol k i^elat endemque. 

Dans louies les regions des £ials Uuis, les pluiea.sont ^lo* 



jfeTATS-UNIS 



tenteft et snbites; lee brouillards y sont aossi tris-frdqaents, 
iortout dans les r^oiu boisto. An printemps et eo au- 
tumney des Tents Tiolents r^ent dans b partie aeptentrio- 
nale des cdtes orientalea et ocddentales. On ne rencontre, en 
revanche, de traces de tremblements de terre et de volcans 
que sur la cdte occidentale. 

La population des ^tats-Unis est d^nne extreme yari^t^ 
d'origines. On j remarque trois races principales : la race 
am^ricaine, la race caucasienne et la race ^thiopienne. A la 
premiere appartlennent les descendants des habitants abo- 
rigines , d^sign^ ordinairement sous le nom d^tndUns; 
aux deax aotres, les descendants des Eurup^ns et des nigres 
immigrte et les m^tis provenant de leur melange. Les In- 
diens, autrefois propri^t^ires du sol de tous les Etats-Unis , 
ont M refonl68 de plus en plus h Touest par les ^migr^s 
europtos, et ^ peu prtoan^ntis dans les £tats de Test, au- 
tant par les guerres que par les maladies engendrdes par 
le contact de la race ani^ricaine ayec la race europ^eune. 
G^est -seolement dans les territoires occidentaux , des deux 
c6t^ des Montagues Rocheuses , quails se sont conseryds 
jusqn'^ ce jour k P^ta^ de nature, yivant en tribus puissantes 
ct uombreuses; mais le temps appruche rapidement oii il 
Icur sera egalenient impossible d*y roister k Taction enyahis- 
sante de la ciyilisation. II serait dimcile dMndiquer leur 
nombre d*ane maniire praise , attend u que les plus puls- 
santes et les plus nombreuses de ces tribus yivcnt dans des 
territoires incultes, et en dehors de Paction du gouveme- 
nient fSd^ral. Le calcul le plus probable est celiii qui fixe h 
340,000 tdtes le chiftre total des Indiens habitant le sol 
de rUnion , dont 25,000 environ r^ident h Pint^rieur m^me 
de PUnion , 85,000 ont ^ dans oes derniers temps trans- 
plants sur la rive occidentale du Mississipi, et 230,000 en- 
yirun oocopent depuis un temps imm^orial k Pouest les 
mtoies oontr^ qu*aujonrd*hui. 

Les Indiens fix^ en de^ des Cordilldres ferment dix-hnit 
peuplades ayant chacnne leur langue, laquelle k son tour 
est sobdiyis^ en nn grand nombre de dialectes, dont plus 
de cent sont aujourd'hni connus. La plus importante de 
toutes oes peuplades est celle des Lenapes, forte d^environ 
15,000 tetes et diss^minde dans la partie septentrionale 
des £tats-Unis, depuis la c6te de PAltantique jusqu^au Mis- 
sisHipl, et Chez laquelle on a reconnu Pexistencedevingt-cinq 
langiies et dialectes diffi^rents. Les«0/^oioai et les Tschip- 
pawns ^qai yivent surtont dans P£tat de Michigan, dans 
la presqulie sltu^e entre lelac Sup<^rieur et le lac Michigan, 
et sur les rives des affluents sup^rieurs du Mississipi, sont 
les peuplades Lenapes les plus nombreuses, et comptent 
environ 7,000 t6tes , dont une partie ont d^jk embrass^ le 
christianisrae et pratiquent Pagriculture. La confederation 
iroquoise, compos^e de cinq nations, les Mohawks, les 
OnttidaSf les Onondagous, les Cayougas et les $enecas, 
k laquelle on ajouta plus tard celle des Tuscaroras ( d'oii 
on Pappelle anssi con/6diration des six nations ), ^tait 
autrefois tr&s-puissante. Mais en 1679 les Iroquois, qui se 
distinguaient par leur bravoure et par leurs capadtes inteU 
lectuelles, furent subjugu^ et k pen pr^ exterminS par 
les Anglo- Am^ricains. II n'en reste plus que quelquesfaibles 
df^bris, 5,000 individos an phis, que Pabus des liqueurs al- 
cooliques a rMuits k Pabjection la plus profonde ; lis sont 
diss^minS dans ll&tat de New -York et de Michigan , oil 
Ton a aussi r^us^i k transformer en agriculteurs quelques 
families d'Oneidas et de Tuscaroras. Les CMroquees sont 
ceax qui se sont I'e plus rapprochis des mceors et des id(^es 
europ^nnes. Us habilent, au nombre d*eaviron 15,000 tfites, 
le Tenessee sup^rietir, les £tatsdeGeorgie, d*Alabania ctsur- 
toiit d*Arkansas, oil lis se livrent k Pexercicedes professions 
maniielles et k Pagriculture. Tous sont devenus Chretiens ; 
lis ont invents one denture k leor usage, poss^ent des 
fcoleSy etse sont donn6 eux-m^mes nne constitution civile 
Hbr ': Les Tchoklas, qu*on rencontre principalement dans 
I'ctat de Missimpi , ont suivi Pcxemple des CMroquees , et 
comroe eox ont des dcoles et pratiquent des m<!tiers. Les 



60 

autres peuplades indiennes vivant sur la c^te orientale du 
Mississipi sont les Muskhogas, les Vtchies et les Natchez, 
formant ensemble la confiiddration Creek et vivant, au nombre 
d'environ 25,000 tfites, dans les £tat8 de Georgie et d'Ala- 
bama. Quoiqne dejk parvenus, eux aussi , k un certain dtat 
de civilisation, par suite duqud ils cnltivent le sol et fabri- 
quent diverses dtoffes, on ne les en a pas moins conlraintsil y 
a quelqiie temps, moitld par force et moitid k Paide de con- 
ventions frauduleuses, d^abandonner les territoires qui leur 
avalent M assignds k Pouest du Mississipi et de sVnfoncer 
encore da vantage dans les for6ts de Pouest Les S6minoles 
de la Floride, tribnde la mftme race, qui pendant lungteni[)s 
rdsista avec la plus admirable bravoure k la pretention des 
£tats-Unis delaoontraindre k s*expatrier, ou ftirenltnassacids 
avec la plus sauvage cruaute ou durent odder k la force. 

Les blancs dmigrds d'Europe, ou les habitants des £tats- 
Unis descendant des dmigrds europdens, sont loin, par lenr 
origine, par leurs mocurs, leurs langne<( et leurs habitudes , 
de constituer une seule et mdme nation, tous les peuples de 
PEurope, k Pexceptlon des Slaves, ayant conlribud kla for- 
mation dela population des £tats-Unis. La trte-grande ma- 
jority, k pen pr^s les quatre cinqui^mes, «ont original res 
des lies britanniques, notamment des parties de PAngleterre 
et de P£cosse oii domine Pdldment germain : et ce sont les 
immigrdsde raceanglo-saxonne, ainsi que leurs descendants, 
qui ont donnd k la population des £tats-Unis son type fon- 
damental, car la nationality anglo-amdricaine est inconlesta- 
blement celle qui domine, tant au point de vue politique 
et moral qu'k celui de la langue, la langue anglaise dtant 
celle des relations sociales, des affaires et dela politique, celle 
dans laquelle sont rddigds tons les actes publics et dont on 
se sert pour tuutes les deliberations des assembiees parti- 
culi6res des dilTerents £tats, comme pour celles du congrds 
et du gouvemement central. Les Anglo- Americains ferment 
presque exclusivement la population des six £tats du nord, 
appeies aussi Nouvelle-Angleterre ; et noo-seulement ils 
sont encore trte-nombreux, pour ne pas dire prc^ponde- 
rants dans les Etats du centre Umitds par PAtlantique, mais 
ils entrent en outre pour nne part tr^s importante dans la 
population des £tats de Pouest. Les Irlandais immigrds 
qu*on rencontre dans la plupart des £tats de PUnion, sur- 
tout dans ceux du centre et du nord, ob en general ils vl- 
vent comme Joumaliers ou du produit des professions les 
plus humbles, ont une importance bien moindre que les 
Anglo-Americains proprement dits. Apr^s les Anglo-Ameri- 
cains, c*est la population dVigine ullcmande la plus nom- 
breuse. Repandue k pen pr&s dans tous les Etats de PUnion, 
maiscependant plus concentree et mdme jusqn^ii un certain 
point dominante dans la Pensylvanie, dans POIiio, Plndiana,}e 
Missouri et le Michigan, od elle forme pr^sdela moitie de la 
population totale, on estime qn^eile s^ei^ve en tout k pr^ de 
cinq millions dMndividus. On pent dire d'ailleurs que, toutes 
proportions garddes, les Allemands sont encore tr^nonibreux 
dans les ttats de New- York, de New-Jersey, de Maryland, 
de Virginie, de Maine, de Kentucky, de Tenessee, d'lllinois, 
de Jowa et de Wisconsin, oti ils forment souvent plus du 
tiers de la population. La population allemande serait bien 
autrement nombreose si elle conservait mieux le sentiment 
de sa nationalite, et si le plus grand nombre des individus 
qui la composent ne renon^ient pas peu ^ peu li Pusage de 
leur langue, et ne perdaient pas bientOt de la sor e avec 
leurs moeurs nationales Pempreinte de leur type originel. 
II faut reconnaitre tontefois que cette denatiunal'sation de 
Peiement allemand etait autrefois bien plus rapide qu'au- 
jourdMiui, attendu que par suite des emigrations en masses 
qui ont eu lieu de nos jours, et qui ont amend d*Alleinagnc 
aux £tats-Unis un bien plus grand nombre d*honimcs 
eclaires et animes de sentiments patriotiques, il s^est deve- 
lopi^e au sein de Pemigration allemande une remarquable 
tendance k fortifier et k conserver le sentiment de la nalio- 
naliti^ par IVtude approfondie de la langue et au nioycn de la 
transplantation sur le sol americain de la litterature et de 



70 



ETATS-UNIS 



la civilisation allemandes, de mdme encore que par one 
^lergie nonvelle donate h la vie politique et par des rapports 
itucianx plus multipli^H. Aprte lea Allemandfl» on no peut 
plus gu6re citer paraii les ^l^ments de la population que lee 
Francis, qui aujonrd*hui encore se frouvenl en tr^-grand 
nombre dans les £tals dii Sud et du Sud- Quest, la Loui- 
siane, le Missis^ipi, riUinois et le Missouri, Jadis d^n- 
dances de la France. Les autres peoples de TEnrope n^ont 
fourni que de mininies contingents, par exemple : les Hol- 
landais, desquels descendent les plus anciens colons de 
Neifv-Yoik, devenns depuis longtemps compl^tement an- 
glais; les Su^ois, les Norv^iens, les Italiens et les Efipa- 
gnols. Ces demiers ne se rencontrent plus, comme dt^brisde 
I'aarrienne et nombreuse population espagnole, que dans 
les Etats du sud, ui'i nagudre encore, dans le Texas etla 
Floride, ils conslituaient la partie pr^pond^rante de la popu- 
lation. On n'^value qu^a 15,000 le nombre total des Juifs 
qui existent dans loute T^tendue de la confederation. 

Lo second groupe principal de la population immigree se 
compose des n^res et des liuromes de cooleur ou metis 
leurs descendants, qui autrefois furent^ diverses reprises 
amends d^Afrique sur le sol americain pour y etre employi^s 
aux trayaux de Tagricalture, roais qui de nos jours, la traite 
des n^res etant abolie depuis 1821 et punie h regal du 
crime de piraterie, ne se conserrent plus aux ftats-Unis que 
par lenrpropagalionpropre, deyenoe pour un grand nombre 
de proprietaires d^esda^es une Industrie particuliere. La 
trte-grande majorite de ces niqres se trouvent encore aujour* 
d*iiui en eiat d^esclayage; et le recensement de 184o consta- 
tait qu'il existait k ce moment dans TUnion 2,487,365 es- 
claTes n6gres ou mul&tres, tandis que le nombre des homroes 
iibres de cette race, moUtres poar la plupart, ne s'eievait 
qu'& 386,293 indi?idus. Tons les noirs et hommes de cou- 
leur, Iibres ou esclayes, sont separes de la race blanche an 
point de Tue legal comme an point de vue social par Tes- 
prit de caste le plus rigoureux ; et m^me dans les £tat8 de 
l*Union oil Tesclayage n*est pas permis, il existe toujours 
contre enx chet les blancs un grossier prejuge fonde sur 
h dinerencA des races, ct qui dans son inhumanite contraste 
de la mani^re la plus penible avec les principes de la cons- 
titution americaine. A rexception des £lats de Vermont, de 
Massachusetts, de Maine, de New Hampshire, dlndiana et 
d'Oliio, 0(1 i'esclavage a ete legalement aboli, il existe des 
esclaves dans tous les autres £tats de TUnion ; mais on ne 
les rencontre pourtant en grand nombre que dans les £tats 
du sud riverains de PAtlautique ou dans ceux que baigne 
le cours inreriear du Missis^ipi, oil le mode de culture em- 
ploye pour la mise en yaleur et Texploitation du sol exige 
le travail des esdaves, et od par consequent Tesclavage est 
noq-seuleraent licite, mals protege et eternise par les lois les 
plus inhumaines ; lois dirigees non pas seulemcnt contre les 
esclaves , mais contre tous les individus qui cherchent k 
favoriser leur emancipation, et allant jusqu'^ defendre de 
donner la moindre instruction aux esclaves. C*est dans la 
Virginie, les deux Carolines et la Georgia que les esclaves 
sont le plusnombreux. En Virginie, oh Ton en compte en- 
yiron un demi-million, ils Torment les 7/17 de la population 
totale, dans la Caroline du sud les 3/5, dans la Caroline du 
nord les 7/3, dans la Georgie les 2/5, dans le Maryland les 
2/9, dans le Mississipl et dans la Louisiana la moitie, dans 
PAlabama, les 13/34, dans le Tenessee le 1/5, dans le Ken- 
tucky le 1/4. 

D*apr^s le recensement general de 1850, operation qui se 
renouyelle tons les dix ans aux £tats-Unts, la population 
actuelle dea divers £tats de TUnion est de 23,351,207 ha- 
bitants de toute origine, non compris les hordes Indiennes 
fixees dans les terriloires de Touest. On pourra, au reste, par 
les chUTres suivanls, se (aire nne ideedn rapide accroisae* 
ntent (Ic rrtte population. En 1749 elle ne montait encore 
q i'^ un rriillion tlans les provinces qui Tormaient alors TAme** 
*i'YMcin).'^'ii$e. du Nord. En 1783, irepoqueoii finit la guerre 
deriiHiopendance, elle etaitde 2,500,ooo. Le premier re* 



censemeat giteeral, opere en 1790, consiata I'exisfeact 4§ 
3,929,827 habitants; celui de 1800, de &,303,925s oeliii 4a 
,1810, de 7,329,903; celui de 1820, de 9,654,415$ celai d« 
1830, do 13,866,920 ; et celui de 1840, de 17,069,453. Ga 
rapide aecroissement tieot en partie k la recondite ■atn* 
relle de la race germanique, qui domine aux £tats4JBis , 
recondite qui, loin d*y rencontrer des obstacles niaterielt, s^ 
trouve au eontraire eminemment Cavorisee par rimoMaise 
etendue de tores mise en culture, par la focilite do ga- 
gner sa vie etde fonder une famille qui enresulte poor cha- 
otn ; de telle sorte que cliaque annee le nombre des naia- 
sances Temporte dans une proportion considerable sur celui 
des deces. 11 i»*explique aussi par le mouvement de rdmi- 
gration enropeenne, laquelle prend cheque annee des pro- 
portions plus considerables, putsqne dans ces derniersteraps 
on Ta Tue s^eiever k plus de 200,000 individus par an, doot 
2/5 d'origine allemande et 3/6 de race britannique, tandis 
que les autres nations europeennes n*y fonmissaient que d*io- 
signifiants contingents. On evalue k 4 pour 100 par an en 
moyenne raugmentation constante de la population, d*ou il 
resulte qu'elle doit au moins doubler tous les vingt-ciaqaos. 
Le nombre des naissances est k celui de la population totale 
comme 1 est k 20, tandis que celui des decis n^est que 
comme 1 est ik 40. Aussi bienrimmense etendue du territoire 
qui reste encore k defricher promet pendant longtemps en- 
core un aecroissement continu de la population ; car, en 
tenant compte de Petendue totale de TUnion, le chifTie 
actuel de la population ne donne guire encore que 180 ha- 
bitants par myriam6tre carre, et 400 k ne considerer que 
le territoire des Etats propreroentdit. C*est dans les Etatsdu 
nord que la population est la plus compacte. Dans l*Etat de 
Rhode-Island elle est de 1,800 habitants par myriam&lra 
carre et de plus de 1000 dans celui de New-York. 

Le caractere national du people des £tats-Unis» sans 
parler id des races opprimees, les n^res et les Judieos, 
doit neoessaireroent presenter on grand nombre de nuances, 
en raison de la diversite de son origme et des conditions raa** 
terielles et naturelles de son existence. En general, cepen- 
dant, on peut dire que le caract^re national anglais forma 
le foods menie du caractere national americain, que cdui-d 
n'estqo'on ddveloppement plus vivement accuse decelui-li, 
et oil par consequent ce qu'll y a de particuUer et de carac- 
teristique apparatt plus rude et plus anguleux. Tous cens 
des habitants de TUnion qui s'y sont intellectuellement na- 
turalises, la grande masse de la population par consequent, 
ont de common entre eux d'abord un sentiment exagere de 
kur importance personnelle, qui les porte ordinaireroent k 
se croire de beaucoup superieurs aux autres nations, k 
penser surtout quil n'y a rieo au roonde de comparable k la 
mjralite du peuple americain et a ses institutions sociales ; 
ensuite un remarquable besoin d^uidependance , de liberie 
individuelle a penprte illimitee, qui apparalt dans tous les 
details de radministration des diiTerents Etats, de mdme que 
dans Taversion instinctive des masses pour toutes les res- 
trictions de police , uni k un sentiment dinteret des plus 
vifs pour tout ce qui conceme les afTaires publiques ; enlin, 
une infaligable et inca^sante activite, qui finit par trioni* 
pher de tous les obstacles que le sol et la nature peuveol 
opposer k la colonisation , dc m^me qu^il se complatt dans 
les speculations les plus vasles et les plus hardies , aiuai 
que dans une vie inquiete et pleine dc peripeties. En regard 
de ces traits commons et generaux du caractere national, on 
peut toutefois etablir dans la population des Etats-Uois, 
sous les autres rapports moraox, deux groupes principaux 
offrant Texemple de profondes modifications subies par 
le caractere national, k savoir les £tat8 do nord et les ttats 
du sud ; difrerence ayant sa base dans des causes tout k la 
fois bistoriques et physiques, et qui, en raison memo de sos 
formes vivement accusees, reagit sur tons les details de la vie 
sociale. En eflet, tandis que la nature k raoltie tiopicale d«l 
Etats du sod et la culture des produits coloniaux qu^elle fii* 
vorise provoquaieot Pemplol du travail des esclaves et pv 



fiTATS-UNiS 



siiilt tmnimUM de l*e8eifTage, la mture des Etats du 
nordi t il gMi H oae agrleoHore plus Mign^ , analogue h eetle 
de TEurope , el telle que des lualiis Ubres peuvent seales la 
praClqiier; enfin, tandls qa*k Torighie les Etats da sad fu- 
rent eoloniste en partiepar des ^Igrte apparteoant k la race 
romane , plus tensuelle et plos arf de de jonlssances , et en 
partie par les deseeadants defanrillesaristoeratiquesaogtaises 
appartenant k I'fgHse ^piscopale, les ^tats da nord au con- 
tralre, ft Terigine aortoot, ftirent colonist par des puritains 
et avtres seetahres anglais et ^oossals, qcd abandonnaieot 
lenr patrie pour ^liapper k roppressian religfensc, et qui se 
dlstfaiguaient par leurs opinions rigoristes, par leur mora- 
lity et par le«r aversion poar toute espto de plaislr. Ce ca- 
raet^re fondamental tmprim^ frnm^ateinent par la nature 
et par ]*liistoire ft ces deui groupes de population » leur est 
ao total resl6 josqn*^ ee Jour, qnoiqne des immigrations pos- 
t^rieures, surtont des immigrations d'AlIemands et d*Irlan- 
dais, n'aient pas laiss^ qoe de les modifier dans certains 
£t^ts. Telle est en effet la force do principe moral difTdrent 
qui s^est d6velopp^ dans chacun de ces denx groupes, qu'on 
a Tu ies RooYeaun venus eux-m^mes finlr par se l^assimiler 
compt^tement au bout d^nn petit nombre de gtodrations. 
C*e$t tout rtoemment seulement qn^il a surgi dans les £tats 
du bissin occidental du Mississipi, et sous Templre d*aa- 
tres conditions physiques et morales, one troisiftme yaridt^ 
flu caraettee national, laqueHe ne pourra que phis tard ayoir 
dss formes pr^Jses et arrfttte. Dans les £tats do nord , ou 
les sis tM» du nord«ooest ddsign^ sous le nom de Now 
velU-Angleierre noos ofArent le type du poritanlsme dans 
tuute sa paret<, rtgnent des moBors pures sans doote et 
affectant in^me qoelquefois on rigorisme ootr^, mais al- 
ii^ ft une bigote religiosity pousste jasqu*ao fanatisme, 
qui laissa eonmeiiler le sens intime et n^a d^autres bases 
que les demonstrations eatMeures et capridenses de fin- 
divido ; ooe vie et des tendances tout ifgobtes , calculant 
froideitieBt le hMRe% araot tout; d'afflenrs, des habitudes 
inodestet et d^infiatigable activiie, que ne d^ermine jamais 
le moiodre motif id6al , et qui, en d^it de I'ineonstance et de 
la sorexcUation perp^toelle des esprits , laissent i*existence 
sans joies mala ausei, comma saas aocune ieoissanoe noble 
et flevte. De 1ft, en ddpit du fbrraalisme qui y domtne tonte 
la fie ext^rieore , en d^plt de eette complete ^lit^ de 
tooteales classes qui transforme les relations de la domes- 
tidt6 eo oelles de simple OisUtanet^ en d^'t de la qualti^ 
et de i*ationdanee de toutes les Joulssanees mat^rielles en fait 
d^habitationa, de TMements et de moyens d^alimentation ; 
de 1ft , disons-nooa , qoelqoe ebosa de groaaier, de d^laisant 
et de peo solide dans toutes les relations sociales , et dont 
le yaniree uooa offre le type le plus eomplet; qnelque 
cltose qui se rteroe dans Tabsenee absdoe de tous ^rds 
mutuels, dans lea fraudea et les tromperies de cliacun pour 
dominer et exploiter son prociiain , dans la brutaliUi des 
jottissanoes, et soitout dans la passion dominante des classes 
oaTriftrespiNir la plos crapoleose irrognerie : toutes cltoses 
qui, de roame que les aspilrit^ du caraet^ pnpulaire des 
Etatadfi nord, se reneontrent encore Men plus Tivement ao- 
cna^es an mllieo de Tagilation des Tilleaquedans la vie, ordl- 
naaranpnt phia ealme, do eoltifateur, &m former, Le carac- 
Uan popnlMre dee Etata du sud pr^sente le plus frappant 
contraste avpe eeloi do nord : il a qoelqoe cbose de cheva- 
leresqoe, 11 est meins ^olste et moins inconstant, moins 
triste, moins froid, moins rode et moins roide; en revanche, 
l*esclavage et la nature n^ridionaie y d^eloppent one ef- 
fervescence de paseioim, nn besefhi de domination et one 
inhumanitd qu*on ne trouve pas dans les Etats du nord ; en 
m^me temps qo^ft one groMi^t^ et ft une duretd tout lnt6» 
rienres s'assecient une grossiftretd ext^rieore se raanifestant 
en toute oecaslon de la mooi^re la plus bnitale, et une 
hieri inoinflrc aptitude ao travail. Dans les Etats du sud, 
rii itn niot, la vie est to«it ft fait semblabte ft eelle dea 
< itlrns des Indes ocd<lenfales ; le laborieii!c fwmer y est 
rciMpiact^ par I'orgueillaix planteur faisant travatltef ft 



71 

profit des esclaves nftgres et regardant avea ttih (trgueiUeux 
m^pris les blancs r^uits ft vivre de leur travail personnel. 

L^Union Am^ricaine n^oflre pas de moins firappants con- 
trastes sous le rapport des religioas que sous cehii des na- 
tionality, en m6me temps qu*ft cet ^ard encore elle dillftre 
comptetement de nos Etats europ^ns. Ce qui y domine toot, 
c'est le grand principe de la t^i^rance et de la liberty lei 
plus grandes en mali6re de religion. D'aprfts la constitutlott, 
rEtat ne reconnatt aucune commune , aucone corpeiation re- 
Ugieuse. II ne se charge pas de bfttir des ^ises, II ne saiarie 
pas de prdtres ; il abandonne ce soin aux individua. La seola 
chose qui lui pr^te un caractftre ebr^Uen, c'est que dana la 
plupart des £tats la l^slation particuliftre impose I'obser- 
vation severe et toute puritaine do dimancbe, tandis qu'en 
general elle se borne ft d^ider que quiconque croit en Dieu 
est apteft obteniret ft exeroer les droits de citoyen. 11 se trom- 
perait toutefois celul qui de rindiffiirence de TEtat en ma- 
ti^re de religion voudrait conclure que la mtaie indifiidrence 
existe dans les populations. Outre qu*autrefoia le culto po- 
rftain dtail privil^'6 dans les Etats d^gn^ sous le nom 
de Nouvelle-Angleterre et qull ii'y a gu^re plus d^unc tren- 
taine d'annies que ce privil^e n'exlste plus, Tesprit g^ii^ral 
du peuple, et par suite de son gouvemement, y rev^t un ca* 
racl^re essentiellement chritien et mtoie s^vftrement reli- 
gieux. (Test ce que prouvent ^videmment les sommes con- 
siderables foarnies cheque ann^ par voie de contributions 
volontaires pour Tentretien des ministres et pour les frais 
du culte , le z^e et Texactitude avec lesquels chacun y vient 
asdster ft la c^l^ration du service divin, la riguear ex- 
treme avec laquelie a lieu Tobservation du dimancbe, la gi^- 
n^rosit^ qui favorise et soutient une foule d^associatioas 
religieuseset philaothropiques, telles que sodit^ bibliques, 
missions , dcoles du dlmanche , sod^t^ de temperance, etc. 

Tous les partis religieux qui divisent l*Angleterre se sent 
reproduitsen Am^rique, et y out mAme pouss^ de nouveaux 
rejetons. Les lutheriens et ies r6formds allemands y oat g^- 
ndralement malntenu leur EgHse et lenr langue. La loi et lea 
mceurs prohibent toute discussion publique. Chaqne com- 
mune religieose existe pour dle-mftne; cependant, oellea 
qui partagent les mfimes dogmes tendent toujours ft se 
r^onir en de grands centres communs, formes par assoda- 
tlonssynodales. L*£glisecatliolique romdne et TEglise angle- 
episcopale y ont conserve leur caractere, tout en adoptant 
cependant beaucoup d*usages soit republicains, soit de i*£glis« 
primitive. Les quakers et ies unitaires ceiebrent tranquil- 
tement leur culte ft cete d'elles. La toldrance en matiere de 
religion a beau etre ponssee si loin, qu*on a pu publique- 
ment nier la verite de la religion reveiee et qu*on a memo lals- 
se unecertaine miss Wright, pour ameiiorer la vie terrestre, 
predier oovertement centre tout attachemenl aux choses 
celestes, les presbyteriens el Ies meUiodistes n*en ont pas 
moins fini par donner le ton aux dilferentes secfes, qui toutes 
ont quelque chose du rigorisme puritain etderagftatlonmetho- 
diste. Cette devotion methodfste eclate surtout ft Tarrivee 
dee predicants nomades dans les villes et dans les assem- 
biees convoqnees et reunies au milieu des forets, dans ce 
qu'on appdie des camp-meetings, Des milliers dindividus 
a'y rassemblent aotour de quelques predicants. On dresse 
nne chaire en pidn vent et des tentes alentour; puis, plu- 
sicurs jours et nnits durant, tous Ies echos retentissent au 
loin de sooplrs et de sanglots qa*arrachent ft Taoditoire des 
sermons contenant las plos eflhayantes pdntares du peche, 
de la mort etemdle et de i'enfer. Plus les auditeurs se deme- 
nent et s'agitent, pins les excitations sont ardentes, et plus 
la IHe paraft belle. Cest 1ft que se concentre toute la poesie 
de oe peuple, d'dlteurs si prosaique, et le sentiment reli- 
gieux est aprte la liberie politique le seul Interet iutelleclud 
que connaisfient Ies populations metisses des Etats-Unis. Et 
cependant , la plupart de ces predicants n^ont re^u aucune 
ftsstruetion rdigiense; ie plus soavent ce ne sont que des 
aventuriers, qui ont ete malhaireux dans d'autres branches 
dindostrie qui dependent chaque annee pour leuj exis- 



7J ^ATS-UNIS 

teooe mat^rielle da bon Touloir de leurs auditeurs , et qn i 
inalgr^ toat cela n^en constituent pas moins dans la soci^t^ 
am^ricaine une classe cxti^mement influente et m^me tout 
a fait priyil^te. A joatons encore que la construction d*ane 
<^lise y le groopement d*un certain nombre de fiddles autour 
d'une mtoie cbaire, ne sont assez scuTent qu*nne sp^calation, 
de mftme qne le passage d^une ^gltse dans une autre, une 
affaire de mode ou de convenance. Qnelque sincere que soft 
d'ailleurs le sentiment religteux des masses, il est jusqu^a 
present rest^ imptiissant h briser ie joug d'une mat^rialiste et 
dgoiste aristncratie d'argent, faute d'avoir su propager les 
iddesdooces, tendres et humaines du T^ritable cbristianisme. 

Outre un petit nombre de juifs et quelques mahomr^tans , 
en possession, les uns aussi bien que les autres, du droit 
d'exercer librement leur culte, on rencontre aux £tats Unis 
toutes les confessions et toutes les settes de r£glise clir^ 
tienne, & Texception de l^^lise grecque, en paisible jouis- 
sance de la complete liberty des cultes. 

Parroi les protestants, on compte les Eglises et les sectes 
sulvantes : d'ahord les congr^fjadonalistes, au nombre de 
pr^s de trois millions, descendant de ces presby t^riens anglais 
et ^ssais qui , secouant Tautorit^ de la haute £glise an- 
gliC'ine, donn^rent en Am^rique k leur constitution pres- 
oyti^rienne une nouyelle forme eccl(5slasUque. quails d^sign^- 
rent sous le«om de congr6galionalisme^ et qui babitent 
surtout les £tats de la Nouvelle-Angleterre; les presbyU' 
riens^ divis^ en Tietlle et nouvelle 6cole, en presbyli'riens 
dn Cumberland ct autres sectes, et qu^on rencontre surtout 
dans les Etata du centre, du sud et de Touest; Y£glise H- 
formde hoilandaisct qui compte environ 500,000 adln^rents 
dan<( le New York, le New- Jersey et la Pensylvanle ; V^glise 
ri/orm^ unie, dans les £tats du sad et de Touest; V^giise 
r^form^e allemande , qui compte plus de 600 communes 
en PensylTtnie et dans I'Ohio. 

Les baptistes^ au nombre d^uTiron cinq millions, se 
partagent en sept sectes : les baplistes proprement dits , la 
tecte la plus nombrense apr^ cclle des mc^tliodistes ^pis- 
copaux, et qu*on trouve rdpandue dans tous les £tat8; les 
baptistes Sabbatlianiens, ou du septi^me jour, dans le Rhode- 
Island, le New-Jersey , le New- York, la Virginle et POhio ; 
les baptistes des Six articles fondamentaux , dans le Ma<;- 
sachusetts et le Rhode-Island; les baptistes du Libre ar- 
bitre, dans le Maine, le New-Hampsliire, etc. ; les chr^ 
tiens, aussi dans le New-Hampshire; les tunkers on bap- 
tistes allemands remontrants, et les mennonites. 

y^nUlhodistes^ au nombre total deplus de trois millions, 
se diviscnt ^ement en aae fuule de sectes; celle des m^ 
thodistes ^piscopaux, la plus nombrense de toutes , se 
troiiTe r6pandue sur tout le territoirede TUnion. 

Les protestants ipiscopaux , r^pondant aux dpiscopauz 
anglicans, au nombre de plus de 600,000, sont ^galement 
r^I-iandus par toute PUnion, et comptent surtout des adhe- 
rents dans les classes riches. 

VJ^glise^vanyilique, dont presque tous les ftdh^rentssont 
allemands, et qui compte aussi environ 600,000 membres, 
estr^pandue dans les classes moyennes, principalement en 
Pensylvanle et dans TOhio, de m6me que les hemhutes. 

Les unitaires^ quoique ne comptant que 200,000 adii^ 
rents, mats repr^sentants dn rationaPsme, ferment une secte 
fort importante, h cause de ^instruction g^n^ralenient 6up<i- 
rienre de ses membres; r^pandue dans toute TUnion, elle 
a plus particuli^rement son centre dans les Etats du nord- 
est, riverains de TAtlantique. 

Les universallstes^ au nombre d'environ 600,000, setrou- 
vent dans les £tats riverains de TAtlantique et dans TOIiio. 

Les quakers , dont le cliifTre ne s'^l^ve gu^re au-dessus 
de 100,000, mais extr6mement influents, k cause de leurs 
richesses, sont disperse k pen pr^ dans tous les £tats ; ce- 
pcnrlant , c'est surtout en Pensylvanle qu*on les rencontre. 

II existe en outre nn grand nombre d'autres sectes fanati- 
ques, telles quecdledess/^aAerjou 8ecoueurs,dans les £tats 
du nord et rOhio,etdes harmonistes dans POhio, toutes 



deux observant le c^llbat et vivaat dans tme esptee de oook* 
munaut^ de biens; des iwedenborgiens^ des mormons , 
objet de tant de perstoiticms; on encore l*£glise de la Nou- 
velle Jerusalem 9 etc., etc. II existe jusqn*a des sectes toot 
k fliit anti-chr^tiennes; k Philadelphie, par exemple, od eo 
voit deux qui r^pudient bautement le nom chr^en. 

L*£glise catholique roinalne , elle aussi , compte un grand 
nombre d^adh^rents aux Elats-Unis, k cause des colons d^o- 
rigine catholique ^tablis primitivement dans le Maryland, 
la Louislane et la Floride, et aussi par suite des nom- 
breuses immigrations de callioliques iriandais et allemands 
qui ont eu lien de nos Jours. Dans la liberty des cultes 
^rig^ en principe aux ^tats-Unis, la propagande catholique 
a vu un large et fertile champ d'exploitation ofTert k ses 
efTorts , et die s'est mise aussit6t k le cultlver avec une 
ardeur extreme, demani^ k acqu^rir rapidementune grande 
importance politique et a en 6tre d^ja venue k exciter les 
d(Tiances et les jalousies des difligrentes sectes protes- 
tan les. Elle compte at]jourd*hui, et particuilfereroent dans le 
Maryland, la Floride, la Louisiane et le Missouri, au delii de 
1,600,000 fiddles, avec six archev6qoes si^eant k Balti- 
more, Cincinnati, Saint-Louis (^lissouri), la Nouvelle-Or- 
leans. New- York et Oregon (ville), dix-sept ^v^ues, et six 
cent onze dglises on chapelles. 

L^instruction publique vane beaucoup, suivant les lo- 
calites et le degr^ de civilisation auquel sont d^jk par- 
venus les divers l^tatsde TUnion, attendu qu^alors le gonver- 
nement local ou y prend un vif inter^t ou ne s'en occupe pas 
du tout , abandonnant ce soin aux individus ou bien aux 
associations particuli6res. C^est dans les ^tats de la Nou- 
velle-Angleterre et dans r£:tat de New-York qu*on a 
le phis fait k cet ^gard , soit au rooyen de fonds assign^ 
par r£tat, soit par Peiablissement de taxes sp^clales dont 
le prodult estappliqii^ k cet objet, ou encore par de 
libdrales fondations. Anssi n'y rencontre-^on presque per- 
Sonne qui ne sache lire et 4crire. Mais il n*en est pas de 
m6me dans les autres Etats , notamment dans ceux de crea- 
tion recente, ou en vole de creation, dans Touest. La lutte 
centre la nature y est encore trop ardue pour qu*on pnisse 
s*y preoccuper dinterets intellectuels. Si en eflet dans 
cheque £tat des dispositions legates ont ete prises pour fa- 
voriser rinstruction publique, et si dans les Etats nonveaox 
un acte du congrto a reserve une certaine portion du sol 
pour le prodult en etre employe dans des buts dMnstru4!tion 
generate, il faut bien reconnaitrequ^a ^exception des £tat8 de 
la Nouvelle-Angleterreyde New-Yorketdequelqnesgrandes 
villes , rinstruction se trouve encore dans un etat qui repond 
fort pen aux besoins des populations. Lk m#me oil les ecoles 
sont nombreuses, il arrive souTent qne faute d*une bonne 
organisation interieure,et aussi de capacitessuffisantes cliez 
les maltres, elles sont loin de produire tous les fruits qu^on 
set ait en droit d^en attendre. C*est ce que confirment les 
donnees de la statistique, desquelles il resulte qne le nombre 
des enfants qui en ce moment mtoie ne re^ivent dans 
les diirerents ^tats de lUnion aucune esp^ dTustraction, 
est de prte de 1,500,000, sans compter, bien entenda, 
les enfants des esclaves noirs, k qui il est interdit dans les 
Etats k esclaves de donner la moindre instruction, non 
plus que les enfants de mulAtres, au nombre de plus de 
500,000, et qui , eux aussi , ne re^ivent aucune esp6ce 
d'instrnclion. Pour obvier k un tel etat de choses , il s'est 
forme dans ces demiers temps une foule d^associations, le 
plus generalement a tendances religieuses, pour fonder des 
ecoles et y envoyer des maltres. Lenrs efTorts ne sont pas 
restes sans fruit, et on doit reconnaltre qu'ii cet egard il 
se manifesto dej& une amelioration sensible, constatee par 
Taccroissement dn chifTre de la population totale des ecoles, 
qui en Pensylvanle , par exemple , a ete de 2 li 7 , dana 
rillinois de I It 13, et dans le Kentucky de 1 k 21. Lo 
temps n^est paseiolgne sans doute oil les progr^s de hi coloni- 
sation dans Touest aiiront donne une grande valeur anx 
parties du sol qui ont ete reservees i}our (lourvoir aux 



ETATS-UNIS 



78 



frais de riDstructioii poblique, et od rimportance des res- 
fiouroes dont od dispoaera permettra de Urgement satlsfaire 
80U8 ce rapport aux exigences de notre ^poqae. En efYet , 
la richesse en terres assign^ pour rinstruction primaire 
dans POhlo, llndiana, rillinolSy le Michigan, le Missouri, 
le Mississipi, rAlabama, la Louisiane, I'Arkansas et la 
Floride, ne s'^l^ve pas k moins de 8,000,000 d^acres, et ceUe 
pour ria<(triJCtion sup^rieiire k 500,000 acres. 

L'Union ou Conf(6d(^ration des Etats-Unis de rAni^rique du 
nord, (litre officiel de la r^publique), se compose (en 1854 ) de 
trente-etun ttats, ^savoir, an Nord : le M alne,le New- 
Hampshire, le Vermont, leMassacbusetts, Rhode- 
Island et le Connecticut; ao centre, et riverains de 
I'Atlantique: leNew- York, le New- Jersey, la Pensyl- 
vanie, la Delaware, le Maryland; an sud, et riye- 
rainsde PAtlantique : la Virginie, laCarolinedu nord 
etlaCarolinedusudflaGeorgie, laFloride;arouest: 
rohio, le Kentucky, I'Indiana, Plllinois, le Mi- 
ch igau,le Missouri, le Wisconsin et le Jowa;au sud, 
dans le Mississipi inf^rieor : le Tenessee, laLooisiane, 
TAla bama, le Mississipi, I'Arkansas et le Texas. 
A ces Etats il Oiut ajouler la ville de W a s h I n g t o n, si^ge du 
goovemeinent fikli^ral, ainsi que les contrtes d^signto sous 
le nom de territoires, c*est-^ire les nouvdles provinces 
ohtenuc9 i»ar achat, cess'on ou conqii^te. et qui jusqu*ik r6- 
poqne de leur admission dans la Conr4d<iration ( laquelle no 
pent avoir lieu que lorsquMls renferment une population d*au 
motns 70,000 Ames ), n*envoient au congr^s que des d^l^ 
gti^s, qui n*ont pas le droit d'y voter, mats seulement celui 
d*assister k ses stances. Ces territoires sont en ce moment 
au nombre de cinq : Minesota, Cali/ornie, Nouvtau- 
Mexique , Vtha et Oregon, 

Ces dirr<irents Etats, districts ou territoires forment une 
r^puhllque dont les lols fondamentales se composent de la 
declaration d^ind^pendance en date du 4 jnillet 1776, des 
articles FMi^raux du 8 juiilet 1778, de Tacte constltuiionnel 
du 17 septembre 1787, et des articles additionnels de 1789. 
Aux termes de ces diverses lois fondamentales, les £tats- 
Unis constituent une n^ptiblique fM^rative, c*est-&-dire une 
r^publique d*£tats conf6d6r6(, dont cliacun est ind^pendant 
en ce qui touche radministration de ses afTaires int^rieures, 
inais qui ne saurait exercer ses droits de souverainet^ k re- 
gard de cequi touche aux intMtscnmnmns de tous; droits 
quil d^l^iif^ k un gouvernement central, charge de re- 
pr6u;nter TUnion to«it entidre ausi^l bien k Tint^rieur qu*li 
I'ext^rieur. Les principes sur lesqnels repose cette r^pu- 
bltque r^^^ralive sont de nature essentiellement d^mocra- 
tique. Aussi la souverainet^ r6stde-t-elle dans le peuple, 
leqiiei, cependant, ne Pexerce pas directement, roais la d^ 
legueh des r^pn^entai ts de son choix. Le gouvernement de 
runion se compose en cons^uence d^ln president ^ ctians^ 
de la puissance exteutive, d*un congrds investi de la puis- 
sance Idgislalive, etd^me haute cour de Justice posst^ant la 
supreme puissance judiciaire. Le president, de m^me que le 
vice-pr^idenC, est tin pour quatre ans par runiversalit^ des 
cttoyens de TUnion en 6tat d^exercer leurs droits politiques ; 
le candidat qui aprte lui obtient le plus de sufTrages est 
de droit vice-pr^ident. Le pr6ddent doit 6tre kg6 d*au 
moins trente-dnq ans et 6tre dcpuis quatorze ans citoyen 
de rUnion. La mftme personne ne pent 6tre plus de deuK 
fois i^lu president. Si par un motif ou un autre le president 
se trouve dans rimpossibilit^ de remplir ses fonctions, il est 
remplac^ sans autre formality par le vicepr^ident. S11 en 
arrive autant k celui-ci, le congrfts declare par une loi quel 
est le citoyen qui remplira provisoirement les fonctions de 
pr^ident, en attendant qu^un nouveau prteident ail^t^ 
eiu. Le pr^ident revolt un traitement de 25,000 dollars 
( 125,000 (V. ), et le vice-prfeident, qui prteide le s^nat, un 
traitement de 5,000dollar8. Le president a le droit de con- 
clure des traits d*ailiance d'accord avec le s^nat, et de 
noinmer les ambassadeurs et consuls k T^tranger, les jiiges 
de la cour soprftine et les titulaires de toutes les fonctions 

/UCT. I)K L4 QWVEIIS. « T. IX. 



civUes etmililaires de lITnion. Le prudent re^oit les en- 
Toyte et agents diplomatiques des puissances ^trang^res, 
convoquele oongr^ annneUementou dans des circonstances 
extraordinairesy donne force de loi aux rfeolutions du con- 
grte et posskle k leur ^rd un droit de veto suspendf. U 
commando en chef Tarm^ de terre et de mer, exerce le 
droit de grAce, k moins qu*il ne s^agisse d*une accusation 
de crime commis dans Texercice de fonctions administra- 
tives. II peutMre lui-m^roemls en accusation et d^pos^ en 
cas de trahlson, de corruption et autres crimes graves. \ 

Le pr^ident actuel, entr6 en fonctions le 4 mars 1853, 
cstleg«n(^ral Franklin Pierce; sa pr^sidenceestladix-sep- 
U^me depuis la fondation de I'Unlon. L^organe du president 
dans toutes les affaires d'administratidn est le cabinet, an* 
Jourd^hui compost du secretaire d*£tat ou ministre des af« 
I'aires <Hrangeres, William ilfar<y;dosoiis4ecr6talred*£tat, 
Mann; du ministre des finances, J. 6«/AH0;du ministre 
de la guerre, J. Davis; du ministre de la marine, J.-C. Dob* 
din ; du ministre de Tinterieur, R.-M CleHand;6\i direc- 
teur g^nt^ral des postes, James Campbell , reoevant tous un 
traitement de 6,000 dollars; et de Vattorneg general ou 
ministre de la justice, Caleb Gushing, avec un traitement 
de 4,000 dollars. 

Le congr^s, qui exerce la puissance legislative, se compose 
du sdnat et de la chambre des reprisenlants , et doit £tre 
regulierement convoqui diaque anneo'cn sesdon le premier 
luiidi de decembre; inais des sessions extraordlnaires peu- 
vent avoir egaieinent lieu k d'autres epoques de Tannee, u 
les circonstances Texigent. Tbus les membres du congrte 
re^ivent des frais de route et une indenmite de buit dol- 
lars (40 fVancs) par jour. lis ne peuvent etre arrets pen- 
dant toute la durde de la sesdon ni en s^ rendant, non plus 
qu*etre poursuivis k Toccasion desdiscours prononc^spar eux 
dans le congres,.sauf les cas de trahlson, de fdonie ou d'in- 
fraction k la paix puhlique. 

Le s^nai est compose en ce moment de 62 membres. 
Chaque £tat, quelle que soit Petendue de son territoire ou 
le chifTre de sa population, en nomme deux par Tinterme- 
diaire de sa legislature particuliere Pour etre senaleiir il 
faut avoir au moins trente ansaccomplis, habiler depuis neuf 
annees I'^tat od Ton est nomme et posseder depuis le mdme 
laps de temps les droits de dtoyen des £tats-Unls. Le vice- 
president, charge de presider le senat, n*a pas le droit d^ 
voter, k moins quMl ne se rencontre une egalite do voix a 
d/partager. C*est au senat qu*appartient exclusivcment , en 
cas d'accusation eievee conire un ionctionnaire public, le 
droit d^en connaltre; et il functionnealors coinmecour de jus- 
tice. 11 participe en outre k la puissance executive, le presi- 
dent ayant hesoin de ses avis et de son conseotement pour 
diverses afTaires et negociations politiques. 

La chambre des reprisentants^ qui dans la presente an- 
nee 1854 compte en tout 237 membres, estcomposeede de- 
putes eius par les dtoyens en etat de voter. Aux lermes d'une 
loi rendue en 1842, ctiaqiie £tat en nomme autant qu*il 
compte de fois 70,816 habitants, on n'y compreoant par les 
Indicns et ne faisant entrer les esclaves que poor les trois 
dnquiemes de leur nombre total. Les representants ne peu- 
vent remplir aucune espece d*emploi public ; pour etre eli- 
gible, il faut avoir vingt-clnq ans accomplis, 3lre dtoyen de 
rUnion depuis sept ans et liabiter l^tat depuis le mtoielaps 
de temps. La chambre choisitson speaker ou preddent, aind 
que le reste de ses employes, et a seule le droit d^accuser 
les foncUonndres publics devant le senat. Toutes les lois 
doivcnt avoir ete prealablement discutees dans les deux 
chambres et adoptees k la majorlte des voix. Avant de de- 
venir obligatoires,elles doivent aussi avoir re^u Tasscntiment 
du president. Si celui-u le refuse, il est tenu de renvoyer le 
bill ou le projet de loi en question k la chambre d*ou il 
emane, en Taccompagnant de ses observations. Quand on en 
a encore une fois deitbere dans le congres, si les deux tiers 
des voix dans chaque chambre l*ont adopte , 11 devient obii- 
gatoire sans qu*il soit besoin de rassentiment du president. 

10 



jStats-ukis 



74 

Le Gongrte est ioTesti du droit de tAirt des iois sur toutes 
les mati^res qui fntfressent Tensemble de rUnion. Atnsi il 
a la puissance d*6tablir des Impots, de d^Herminer les droits 
de douane, de n^lementer le commerce des £tat8 entre eux 
de m^me qu^avec les Indiens et les strangers, de faire les Iois 
relatives k la nationalisation des Strangers, aux faillites, aux 
monnaiea et aux poids et mesures, d^accorder des privities 
et des brevets, d*etabltr des trlbnnaux, de surveitler la force 
arrote, de dtelarer la guerre et de ddlivrer des lettres de 
marque. Tous les bills reiatlfs k rimp6t doivent d^abord 
£tre soumfs aux deliberations de la chambre des repr^sen- 
tants, puis k celles du sdnat, qui pent d'ailleurs les amender 
aussi blen que tous autres. 

Le pouToIr execiitif et la legislature figuraient au budget 
de t852 pour 3,478,i)49 dollars (17,392,745 francs). 

Leponvoir j<idi( iaire, auplus baut degre de lajuridictlon, 
est exerce par iine supreme court ou haute cour de justice, 
qui se compose '1u chi^ justice on grand Juge et de huit aS' 
tociate justices (assesseurs), nomm^s parle president avee 
la cooperation du senat. Vattomey general est charge d*y 
remplir les fonctlons du minist&re public. Les seances de ce 
tribunal supreme, qui ne tient cbaqne annee qu^une 
session, 8*ouTrant le premier lundi de decembre, ont lieu k 
Washington, siege du goovemement federal. Cette cour 
connatt de toutes les causes oh T^tat ou bien un ambassadeur 
etranger est partie , k ^exception des cas oil ]'£tat lul- 
meme se trouve demandeor centre un dtoyen ou bien contre 
ceux d'nne puissance etrang^re, cas auquel c'est k elle k 
designer le juge competent. II Inl appartient aussi de juger 
sur appel touies les causes 06 Tuiteret en litige depasse 
200 dollars , et de decider les questions de droit dooteuses. 
Sous cette oour supreme fonctionnent d& cours de district 
comme trlbunaux de premiere iobtance, dontune au moins 
dolt exister dans cbaque £tat, et dontil existe souvent 
plusienrs dansle mfime £tat. Elles tiennent^iaque annee au 
moin^quatre sessions publiques, etoonnaissent de toutes les 
affaires ciTiles, d^amiraute eide commerce, etdes causes en- 
tralnant arrestation et repression penale. Les fonctions du 
ministera public y sont remplies par le procnreur du dis- 
trict. Dans tous les procto criminels , des jures prononcent 
sur le fait. La cour supreme tient en outre ce qu^on appelle 
dei circuit courts {amn de circuit) ou sessions ambu- 
lantes; et dans ce but les l&tats-Unls sont divises en neuf 
judicial circuits ( circuits judiclaires). Cbacun de ces cir- 
cuits est parcouni deux fols Tan par un membre de la 
cour supreme, deslgne pour y rendre la justice coqjointement 
avecles jugesde district. Invest! des meraes droits que la cour 
dont il fait partie^ il revolt les appels dans les causes d^une 
importance de plus de 80 dollars , et pronon^ avec Tas- 
ststance de jures sur les crimes , tandis que lea simples de- 
lits restenl dela competencedes cours de district. Le district 
de Columbia a une local circuit<ouri composeede trois juges 
particuliers. b^apr^s les regies de droit generalement admises 
dans toute TUnion, le tribunal de chaque £fat prononce sur 
toutes les Infractions k la loi commises sur le territoire de cet 
£tat, lorsque la constitution n'en a pas expressement reserve 
h connaissance b la supreme court. Toutes les fols qoMl y a 
^jnditentre les trlbunaux de l*Union et ceux des divers £taU, 
<;*est au congrds qu*ll appartient de prononcer. A Pexception 
do la Yirginie, oil un juge peut etre revoquo sur la demande 
du corps h^gislatif, les juges ne peuvent etre revoques qu^i- 
pres proc^ ct suivant les regies de droit. Les juges sont 
nommes de la maniirela plus diverse et, suivant l^ iltats, 
tantAt (Mr le corps legislatil seuldesl^tats, tant6t par leurgou- 
vemeur, fantdt par Tun et Tautre conjointement. La duree 
de leurs fonctions varie aussi, suivant les £tats, de deux k 
sept anii(Vss. Les juges de paix fonctionnent comme otficicrs 
de police judiciaire , de meme que pour des proces dvlLs 
dMmportanrA minime. lis sont nommes par les gouverneurs 
des difTiTenls £tats , mais ne peuvent eire revoques qii^a la 
suite d'nnc deciston prise par Tassembiee legislative de 
^eur tUU Leurs jugepoents sont rcndus , dans certaips Ipiats, 



en droit strict, et dans d^autres suivant les simples r^^tM 
de requite. lis constituent d'aiUeurs, k bien dire, U scule aii- 
torite de police existant dans le pays, car les feguUUors 
(associations volontaires formees pour le maintien de la paix 
publique et pour la poursuite des crimes et del its), quietaieat 
autrefois si nombreux dans les £tats de ronesl, mala qui 
sont devenus bien plus rares aujourd'hui, D*ont point d*aii- 
torite publique et legale ; leur pouvoir ne repose que sur le 
consentement commun mais tacite. Cette organisation de la 
pob'ce et reversion innee qu*aux '£tats*Unis la population 
temoigne pour toute contrainte administrative et do police, 
ont pour resultat de donner dans les £tats de TUnioa unc 
large carriere aux malfaiteurs de toute esp^ce, qui n*0Bt 
nuUe part d^aussi grandes facilites pour se derotier k Paction 
de lajustice repressive. Les sources du droit en vigueur 
aux Etats-Unis, sont : les Iois spedales, et par oonsequeni 
les constitutions de TUnion etles constitutions particoUeres 
de chaque £tat ; les traites conclus avec les puissances etrao- 
geres; le droit commun anglais « common tow, en tant 
qu'il n^est pas contraire aux Iois specialea de l*UnioD ou 
des divers £tats ; Tancien droit fran^ais dans la Louisiane, 
et le droit espagnol dans la Fioride sous les memos restric- 
tions ; les dedslons rendues par la cour supreme; les prin- 
cipes generaux du droit naturel et du droit des gene. En 
general on peut dire qu'aux £tats-Uuis la legislation et la 
procedure civUes sont des plus incertaines , des plus eua- 
brouiliees, et pleines d*arguties. De \k Pimportance des sto- 
cats. Influence preponderante qu'ils exereent partout; de 14 
Tesprit de chiciuie qui domine dans toutes les causes son* 
mises k rappreciation de la justice. Lajustice criminelle, par 
suite de Tobligation quMmposela loi desoumettre idea Jures 
toutes les causesentralnantune penalite, est des plus simplea, 
mais au total souvent fort insuflisaote; et c'est son iin- 
pnlssance qui a donne lieu k Tespeoe de justice sommaire, 
suivie immediatement de la raise a mortduouupablei qu'on 
designe sous le nom de loi de L y n c h , Lyneh^'law 

Est citoyen des £tats-Unis qutconque est ne dans Pun 
des etats de TUnion ou s*y etablit Touteiois, il n^obtieot 
les droits de citoyens actif qu'4 la condition d^y resider de- 
puisun certain nombre d'annees, fixe leplus generalement 
k cinq. II n'existe point aux £tats-Uni8 de diflereaoes de 
classes basees soit sur la naissance aoit sur les emplois, de 
memo que les titres de noblesse y sont inconnus. Sauf ks 
esclaves, on n^y connalt que des dtoyens ayant les mimes 
droits et les memes devoirs. De meme, le citoyen d^un tXaX 
jouitdans tous les autres des memea droits et privileges. N^an- 
moins, sous les rapports sociaux, il s'est constilue, snrtout 
dans les £tats du Nord et plus encore dans les £lat8 4 
esclaves, une certalne aristocratle d^argent et de propri^t^ 
qui fait toujours plus de progris et qui devra finir par 
etablir des differences sodales dans les rapports prives. 
La liberte de parler et la liberte de la presse, le droit da 
peuple de se reunir paisiblement et d^adresser au gouver- 
nementdes plaintes et des petitions, sont des droits civils 
auxquels la puissance publique ne peut jamais porter at- 
teinte. Tout citoyen contribue aux duirges publiques pro- 
portionnellementk ses moyeas; ila le droit de porter des ar- 
mes ; sol domicile, ses papiers et ses effets ne peuvent ^re 
Pobjet des perquisitions de Pautorite qu^en vertu d*un man* 
dat de justice, et non par un ordre de police ; et sa propriei^ 
ne peut jamais etre confisquee. l^es memos garaoties sont ao> 
cordees par la ioi k la personne de tous les citoyens. Nul ne 
peut eirearrete aulrementqu^en vertu d*un mandat deiivre 
par le juge ; nul n^est tenu de repondrei une accunatlon quand 
il n'cst pas traduit devant le grand jury, k Pexception d«s temps 
oh la chose publique est en peril et du service militaire que 
remplit la force armee. En temps de palx, aucun soldat ne 
pent etre loge dans une maison sans Passentiment du pro- 
prietaire, et en temps de guerre seuleroeat d^apr^s les rigles 
prescrilcs par la loi. Nul n*est astreinl k prendre du service 
dans Parmee pcrraanente, laquelle ne se recrute qu^au moyen 
d*enr6lements volontaiies; en revanclie, tout citoyen de« 



6TATS-UN1S 



tti li D »ls, I l^eieeption des pi^tres, des Instttnteon, des 
juges, des a?ocaU et des matelots, est depnls TAge de seize 
MM jiiflqtt*a quannteeini}, soamis k robligatton de particfper 
k la d^^se de la patrie, et dto lore de f^ire partie de la milice. 

L'admhiistration appartient soft aax diff^rents ttatv, clia- 
ean en ee qui le concerne, soit an gotiTenieinent (M6ral. 
Cliaque ttsi fbrrae an tout partieiilier et ind^pendant, regi 
le |ilus gto^mlement par une constitution ayant pour bases 
lee prineipes da droit politique anglais, et est in^esti de h 
plenitude des droltsr de sou?eralnet<, > Pexceptton de ceax 
que la oonstitution des £tats-Unts rterre ao gooTernennent 
central. Ctiaque £tat particulier,. toot en dependant de 1*0- 
nion, n'en possMe pas moins nne puissance propre, aussi 
blen l^islattTC qa'ex^cutire et judictaire, qoi le met a m^me 
de maintenir le repos pabMc, de prol^r les personnes et 
les propridl^ contre toute atteinte, et deeontribner k tout 
ce qui est de Tint^rftt g^n^ral. Mais aucun £tat n'a le droit 
do Gonelure des traits d*alHance, de d^lirrer des brerets, 
d*^ettre du papier monnaie, de t>attre monnaie, de r^^ 
glementer les poids et mesures, de sur^lever les droits de 
douane, deftiire la guerre, sauf lescas d*attaques hnprd- 
vaes, ni de rend re des lois contraires an droit pu- 
blic de l^nion^ Aucun d'eux ne pent entretenir un plus 
grind nombre de troupes et de ▼aisseaox de ligne que le 
congrte ne le permet ; et quoique chaque fitat poesMe le droit 
de juridtction supreme en mattdres citile et crimindle, le 
pouToir judicfaire institu6 par le gouvemement central 
n*en connatt pas moins non seolement de toutes les difficul- 
ty qui surgissent d*£tat k £tat, mals encore de tou|es dis- 
cussions que les citoyensd^un £tat peuTentaToir entre eux, 
comme aussi de tons les d<Slits commis contre rUnion. La 
puissance l^slatire, dans les diffiirentB £tats, est partout 
exerc^ par une assemble l^slative, compost, elle aussi, 
d'un s^t et d'nne efaambre de repr^sentants. L'^lection 
des membres de Tassembl^ l^gislatiTe^ la dur^ de leurs 
fimctioBS el leors rapports avec la puissance extotive Ta- 
rient suirant la constitution des dirers £tats, mais an total 
sont analogues aux prescriptions de la constitution f^<k^le. 
La puissance exteutlTe dans tons les £tats est exerc^ par 
an gouTerneur librement ^In, dontla dur<$e desfonctions ci le 
traitement Tarient ^galement suirant les £tats, etauquel sont 
le plus sourent adjoints aussi un ▼tce-gouTemeuret un conseil 
cboisis d*ordinairo parmi les s^nalenrs. Les cours de jus- 
tice desdiTcrs tXais sont Element le preduit de T^lection. 

L*administration publique, en tant qu^dmanant du pou- 
Toir fi^d^al, se borne aux relations avec les puissances 
Mrang^es, k la direction de Tarm^, de la marine, des postes 
etdes finances. Les rapports avec les puissances 6tran- 
g^res ont Hen par rinterm^iaire de ministras pltoipoten- 
tiaires, de roinistres rodents, de consuls et d'agents oom- 
merciaux que TUnion entretient dans tous les pays arec les- 
quels elle a des relations politiques on eommerelales. Elle 
n*a en ce moment des ministres pldnipotenttairesy dont clia- 
cuD re^it un traitement de 9000 dollars ( 45,000 fr. ), qn*li 
Londres, k Paris, k Berlin, k Salnt-P6tersbourg, k Madrid 
et k Rio Janeiro. Led^rtementdes admires ^trangires fign- 
rait au budget de 1852 pour 6,217,170 dollars. 

La marine se composait en octobre 1852 de once vais- 
seaux de ligne ( dont i de 120 et 10 de 74 ), d^in vaisseaa 
de ligne ras^ de 54 canons, de 12 firdgates de 44 el de 
deax fMgatee de 30, de 16 oorrettes de 20, dHine idem de 
18,de 4 itfem de to, de 4 bricks de 10, de 3 schooners, de 
5 fir^tes k Tapenr portant 30 canons, de 4 yapeurs de 
i*^ dasse portant 17 canons, de 5 bAttmeals de transport 
el bricks avec 24 canons, et de 5 vatsaeaox k bombes; total : 
75 bMments portant 2035 canons. Cette ffotte 6tait eem- 
mand^ par 68 capitaines, 97 commotforeret 325Keatenants 
de Taisseau. Le d^partencnl de la marine ^tait inscrit au 
budget de 1^52 pour nne somme de 8,987,797 dollars. 

L*arm^ de terre, qui ne se recmte qne par tote d^enrO- 
lements volontaircs^ se composait en 1852 d*un corps dMn- 
(ifinieurs, de 2 r^mcnls de dragons et d'on r^gimenl de 



ftniliers k cheral, de 4 r^ments d'artillerie, de 8 r^jjments 
d^fenterie» el pr^aentait nn eflfectif total de 10,129 bora- 
mes, saToir 896 offiders commissionn^ et 9,233 ofYiciera 
non commissionn^, mqsiciens, artilleurs et soldats. L*ar- 
m^ est commandee par six g^n^raux -imv'orx, dont Tun 
porte le litre de g^^ral commandant en chef ( c^est aujour- 
d*liai le g^nt^ral Winfield Scott), et par seize g^n^raux de 
brigade, dont six Tolontaires. L^^tat-major se compose d*un 
adjudant gfo^ral, de deux sous-adjiidants gto^raiix et de 
deux ittspecteors g^n^raux de l*arm6e. A la m6me ^poque 
la milice se composait de 76,929 ofSciers commissionn^ 
(dont plus de 700 g^n^raux ) et de 2,124,953 ofllciers non 
commissienn^, musidens etsimples soldats. L^arm^e perma- 
nente est prindpalement employee k tenir gamiaon dans Its 
forts Aefii sor la fronti^de Touest, au nombre de 30 en- 
viron, contre les irruptions des Indlens ; son service est d6s 
lors des pins p6nibles en mftme temps que des phis ennuyenx. 
L'Union nepossidepas de forteresses proprement dite?^, Mt^n 
que tons ses ports de quelque importance soient dercncl.ia 
par des fortifications. Le d^partement de la guerre figurait 
aubadjelde 1852 pour 11 811,792 dollars. 

Le budget gto6ral propose au congrto pour 1853-1854 
^▼aloall les recettes probables, y compris les exc^ants 
des ann^es pr^cMentes, k 56,572,079 dollars, et la d^pense 
totaiek 46,203,756 d. L'ezc^ant pr^m^au l*'juillet 1854 
devait done Otre de 10,368,325 d. La dette publique au 
20 novembre 1851, ^talt de 62,560,395 d. Dans ce chiffre 
n*<Haient point comprises les dettes partScuIi^es des divers 
£tats, s'^levant ensemble k 169,076,638 dollars. 

L*agricaltare est la base prindpale de la prosp^rit^ des 
£tat8-Unis. Toute terra qui n'appartient point k des particu- 
Irers on aux divers £tats (kit partie du domaine de 1*U- 
njon, iaquelle, k I'exception dn district de Columbia, des 
forte, fortifications, arsenanx, etc., neposs^de point de pro- 
pria fond^res dans le territoire particulier des diflR^r^nts 
£tate. Lesterres do domaine public sont ordinairement d^i- 
gpte sons le nom de terres du eongr^. Cdui-d en a n^le- 
ment^ la vente par nne lol, el a d(k:id6 dn mode k suivre 
par le gouvemement iMAnX pour ces alitoations. Aux ter- 
mes de cette toi, ces terres ont ^t^ exactement mesnr^es 
aox frais da gouvemement IM^ral, etdivis^ en townships^ 
on teiritoires de vHles compost chacun d*une superficie de 
36 milles anglais carr^, etceux-d subdivis^s k leur tour en 
sections d^un mille anglais carr^ ou 640 acres. Deux fois 
Tan on procMe k des ventes deterre, sur la mise k prix d*un 
dollar par acre. Le moovement de colonisation contmuesans 
interruption, grkoe aux incessantes arrive d'tarigrants qui 
abandonnent la vidlle Europe pour aller se fkire nne nou- 
velle patrie sor cette terre par excdlenoe de la liberie dvile 
et religteuse, grkce snrtoot k rinqui^te activity k Tesprit 
de sp^ulation el d'aventnre qui sont le propre de la race 
anglo-am^ricame, et qui crtoit aux Etats-Unis une classe 
toute particuK^e dlndividus, qn'on pourrail appder les 
Maireursde laeivilisation; bommes dont Tindustrie con- 
siste k foire tomber sous leur bacbe les arbres des for^ts 
s^cttlaires, k en mettre le sol vieige en 6tal de reeevoir h 
diarrne, k le vendre anssitOt aprte aux noaveanx arrivanta 
dVnrope, el k aller ainsl toujours en avant sans jamais s'ar- 
r^ter dans leur ceuvre de destruction. On les d^igne g&a^- 
ralemeni sons le nom de pionnierSf on encore sous celui 
de baekwoodsiften, Ce sont poor la phipart de hardis el 
ffventnreox chassevrs, qai, per i^gnance poor loule vie 
r^goli^ 8*enfoneeiil dans hss for6ts, ok fls se troayenl 
en hitte constante centre les d^HnentSy eontre les Indiens et 
contre les b^tes ftroees, nrais ok lis vivenl dans une ind^ 
pendance illlmitde; t/fice de sanvages cenqe^raBts, qui no 
reconnaissent d'antre droit que la foree, el partidpaDt aussi 
da braoonnicr, d*ok le somom dtirappen qa*oo leur donn^ 
qndquefois. Quand lis oiil pratique de premikres 6clair» 
des dans one (orM vierge, et trouv4 dfe emplacemenli 
propres k reeevoir des colons fixes, lis sont rcmplac^s pa| 
des spiaUerSy lioromes qui font metier de completer le d^ 

10. 



76 



fiXATS-ONlS 



frfchement, de mettre le sol oi ^t de receroir la chamiet 
qui lui confient pour la premi^ fois des semences, et qui 
alura le re^endeut aux colons, pour s'en aller sui^re les 
backwoodsmen^ sur quelque autre point et recommencer la 
m^me besogne. Les squatters, eox aussi, sont des bommes 
le plus souTent grossiers et indisciplin^y qui ne reconnals- 
sent noii plus d'autre loi que la force, natures dnergiques 
avant tout et comroe fl en Taut \k ob n*existe et ne saurait 
exister aucune espto d'ordre 1^. Aprte eux viennent les 
colons fixes, qui construisent des fermes r^nli^res, se rasseni* 
blent en hameaux eten villages, puis qui finissent par fonder 
^es Tilles, lesquelles deviennent h leur tour de petits foyers 
d*industrie et de civilisation , jusqu'i ce que la contr^ nou- 
▼elie puisse, en raison du nombre d'habitants qu^elle ren- 
fenne, pr^tendre k former un £tatet^6treadniiseli cetitre 
dansTUnion. C'est ainsi que T^nergique et intelligente popu- 
lation des Etats-Unis est parreiiue, aprte avoir triompb^ 
d'obstacles qui eussent ^t^ insnrmontables pour toute autre, 
k transformer par une esp^ce de miracle des territoires na- 
gu^re encore incultes et d^rts, des marais et des for6to 
vierges, en magnifiques terres h c<^r^es prodin'sant les plus 
riches moissons, couvertes d*adnurables plantations; et 
dansraccomplissementdecetteceuvre prodi^eose, ellea ac- 
quis une Anergic, une rfeolution, one assurance de carad^, 
|ui la rendraient propre aux entreprises les plus nobles, 
si son incessante activity avait d*aiitres mobiles que 1'^ 
goisme et une inextinguible soifde lucre. 

On comprend, par ce que nuus venons de dire, que Pagri- 
culture doit 6tre la grande Industrie des populations am^ri- 
caines. Toutes les esp^ces de cir^ales et de fruits particu- 
li^rcs^rEurope ont^^ acclimatees en Am^rique. Le froment 
est le principal produit des Etats du nord et du centre, et 
constitue, avec la farine obtenueau moyen de rooulins d*une 
rare perfection, leur plus important article d^exportation. 
Le mais est cultiv^ dans les £tat8 du centre et surtout dans 
ceux du sud ; le riz dans les deux Carolines; le tabac dans 
les £tat8 du sud, notamment dans la Louisiana et encore 
en Virginie, mais moins que par le pass^, attendu que le 
sol de cet £tat commence ^ s*^uiser. Le coton constitue 
d'aillenrs le plus avantageux des articles d*exportatlon des 
£tats-Unis; on le cultive dans tons les £tats du sud, 
notamment dans la Georgie, 1* Alabama, le Mississipi, 
la Louisiana et le Texas, et sur une ^lielle si large, que 
la production de cet article aux £tats-Unis ponrrait suf- 
fire ^ alimenter la piupart des marck^ du globe. La canne 
k Sucre, qu'on cultive d^j& dans FArkansas, r^usslt admi- 
rablement dans la Louisiane et le Texas. La culture de Pin- 
digo commence dans le Kentucliy, et va toujours en prenant 
plus d'importance k mesure qu*on avance vers le sud ; cepen- 
dant sa production et celle du sucre ne vont guto au delk 
des besoins de la consommation locale. Les fruits de la zone 
temp^rte et de la zone troplcale r^ussissent parfaitement 
aux £tats-Uni8 toutes les fois qn'on les y cultive dans des 
droonslances favorables. La vigne seule s'est montrte re- 
belle ; aussi a-t-on fini presque partout par en abandonner 
la culture. Le lin et le clianvre donnent de beaux produits. 
On pent dire d*une mani^ g6n6raleque toutes les branches 
de Fagricultorese trouvent dans la plus florissante prosp4rit6 
aux Etats^Unis. Que si un sol presque vierge et la valenr 
rooindre de la terre permettent de se passer des proc^^s 
plus rationnels des m^tbodes ositto en Europe, les pro- 
grte que Tagriculture a pa faire dans Tancien monde n*ont 
pas laiss^que d*y 6tre mis k profit ; et sous ce rapport les fitats 
riverains de TAtlantique ont dfi naturellement 6tre les pre- 
miers k donner I'exemple. L*^ldve du b^tail comprend toutes 
les esp^ces d'animaox domestiques propres k PEurope, et a 
pour centre principal les £tats du nord. La culture de la sole, 
entreprise snrquelques points, n*a jusqu'kce jour donn^ que 
des produits insignifiants. La ptehe, en revanche, constitue, 
pour les riverains de TAtlantique surtout, une importanle 
Industrie; et les baleiniers am^ricains, qui frdquentenl phis 
particiiiidrement aujourd'hui les eaux du grand Oc^an, 



sont pins nombreux que ceux de tontes les antres 
r^unies. 

Les for^ immenses de PAm^riqne constituent encore one 
autre source importante de richesses, et leur exploitation, ea 
provoquant k la production d'une fonle d*obiets qui entrent 
dans la consommation gte^rale, donne lieu k un in»ii- 
vement commercial des plus considerables. En fait de ri- 
ohesses min^raies, nous mentlonnerons d'io^puisables glse- 
ments houillers, du sel, du plomb, du fer, du cuivre, et sor- 
tout Tor de lat^alilornie , quoiqu'on en trouve aussi en 
Yiiginie, dans les deux Carolines, dans la Georgie, dans le 
Tenessee, et dans TAlabama , man dans d^imperceptibles 
proportions, en comparaison de V Eldorado modeme. 

Lindustrie manufacturi^re en touts genres a prisles plus 
rapides et les plus Urges d^veloppements anx £ut»>UBis; et 
le temps n^est pas loin o£i sousce rapport ITJnionn^aararien 
kdemander k PlSurope. Ellea naturellement pour centres les 
£tats les plus peupl^s , par consequent ie Massacliusetts , 
Rhode-Island, le New-York, le New-Jersey, la Delaware, la 
PensylvanieetrOhio. Les principaux articles dels fabrication 
nationale sont les cotounades, les articles en fer et fonte, 
lessoifs, les savons, les tabacsk priser et k fomer, les si»- 
cres raffing, les peaux brutes et les cuirs ouvrfe, etc. Ob 
jugera de Hmportance do raouvement inonstriel et com- 
mercial auquel donnent lieu ces divers produits par le chinre 
r^umant pour Tann^ 1851 ce qu^on appelle la balance 
commerciale des £tats-Unis. Leurs importations s*6taient 
eiev^es cette annte-lk k 216,224,932 dollars ( un milliard 
81,224,660 francs) et lears exportationsk 218,388,611 dol- 
lars. Un gigantesque r6seau de diemins de fer ajoute encore 
aux cements de vitality et de prospf^rit^ du commerce int6- 
rieur. Les ports les plus impoilants des ^tats^Unissont New- 
York, la Nouvelle-Orl^ans, Boston, Philadelphie, Balti- 
more, Charlestown, Norfolk, Salem, Newbury-Port, Port- 
land, Portsmouth, New-Bedford et Perth-Am boy; et lea 
villes les plus commer^antes de rint^rieur : Albany, Troy. 
Utica, Rocliestei, BufEslo, Cleveland sur le lac ^i^, Pattei^ 
son, Pittsbourg, Lancaster, Richmond, Cincinnati, Louis • 
ville, Saint-Louis, etc. Parroi les grandes villes de l*Union , 
il y en a cinq ayant plus de 100,000 habitants : New- York, 
Philadelphie, Baltimore, Boston et la Nonvelle-Orl^ns, 
trois avec plus de 50,000: Brooklyn, Oincinati et Albany , etc. 

On aura une id^ de Taccroissement prodig eux pris sur 
quelques points par la population, en songeant que Mew* 
York, qui en 1850 avait plus de 650,000 habitants, n'ea 
comptait encore en 1800 que 63,000 ; Philadelphie, au lieo 
de 450,000, n*en avait que 73,000; Baltimore, au Uta 
de 190,000, seulement 26,000, etc. Cet accroisseinent, ge- 
neral de la population, fait d^ail leurs surgir k cheque instant 
de nouvelles villes dans tons les ^tats de T Union. Ce n^est pas 
tout que de fonder une ville, 11 faut encore lui iroposer un 
nom. Or sous cc rapport, les Am^ricains ne font pas grands 
frais d^hnaginktion. Les grandes villes de ^Europe et de 
Tantlquit^ , les bommes illusires , les li^ros de llnd^pen- 
dance, le vocabulaire n^ublicain, leur foumissent une sAr'in 
de uoms assez restremte dans laquelle lis choisissent Inva- 
riablement, sans slnqul^ter si on les a d^jk employes. Cette 
indifTi^rence explique comment on compte aujourd'hui dans 
runion 150 Washington, 116 Franklin, 95 Liberty oa Li- 
berty ville, 26 Independence, 24 Lexington, 42 Milton, 
48Middletown ou Mkldleton, 23 Charlestown, 15 Cartliagi*, 
13 Utica, 22 Paris, 21 Rome, 8 Londres, 7 Nnpol^on, 6 Je- 
rusalem, 23 Troy, 7 Byron, 6 Caire, 23 Clinton, 24 Colum- 
bia, etc. L'usage s^estmtoieintroduit depuis quelques anuses 
de baptiaer les nouvelles villes avec les noms des person- 
nages vivants qui occupent k un titre quelconque une po- 
sition ^minente dans r Union. 

HisMre. 

Cest grkce k Feasor pris au commeucement du dix-aep- 
tl^me si^le par le gtoie national du peuple britannique, 
que l^mmense territoire formant aujourdliui les £latt- 



fiTATS-tJNIS 



Vh\^ occape une place si importante dans Fbistoire de la 
ci vilisation. Lonque C a b 1 y D r a k e , F r b is b e r et aotres 
bardis naTigateo^, earent recosna et explor6 la o6te de 
rAm^riqne septentrioDale, les Anglais, appr^ant toute 
Pimportance des colonies fondte par les Espagnols dans le 
Noa?eaa Monde, comprirent que par deUt Toc^n Atlan- 
tique il devait y a^oir aussi d'incalculables ^l^ments de 
puissance et de grandeur pour leur pays, en meme temps 
que les simples particuliers j rencontreraient une source fi^- 
conde de richesses et des garanties certaines d'ind^ndanoe 
politique et de liberie rellgleuse. D^ le r^e d'Elisabeth, 
de ceile reine Vierge en Tlionneur de qui la c6te nord-ouest 
lie PAm^rique fut appet^ virginie^ deux homme» d*un ca- 
rad^ hardi et entreprenant, Hurof>hrey Gilbert et son 
rr^re ul^rin Walter Raleigh, tent^rent plusieurs fois de 
fonder des dtablissements dans ces contrees ; et l*lie Roa- 
noke, snr la c6te du pays qu*on appelle aujoard*bui la Ca- 
roline du nord, fut le th^tre de ces premiers essais de co- 
lonisation qui tehouerent, et k cause de Pexigult^ des res - 
sourc'/!S dout disposaienl les chefs et parce que les colons 
manquaient de^ qualites n^cessaires pour de tellcs entre- 
prises. A la niort d*£lisalieth, nn ecciesiastlque du nom 
d'Hahiwyt parrint k fonder nne association de riches gentils- 
hommes et n^octants destinte h venir en aide k de nonvelles 
ex p^itions. Jacques r' favorisa la r^ltsationdu projet, d*a- 
bord parce qu'il esp^ra qn^elle lui ferait gagner de Pargent, 
et ensuite parce qu'il y yit un moyen facile de se d^barras- 
ser de quelques individus dont Pesprit turbulent le genait 
En avril 1606, il fit deux parts dgales de Petendue de cdtes 
de I'Am^rique comprise entre le 34® et le 46® de latitude sep- 
tcnlrionale, et en gratifia deux compagnies de commerce, 
qoMl chargea de les coloniser et de les exploiter. L*une de 
ces compagnies, qui se forma k Londres, entpour lot la 
partie m^ridlonale, s'6tendant do 34® au 40®, et qui con- 
ferva la dtoomination de Virginie. L^autre compagnte, qui 
se constitua k Plymoutli , obtint en partage le territoire si- 
tu6 entre le 40® et le 46®, et anquel, en l*honnenr du prince de 
Galles , on donna le nom de Ntmvelle Angleierre. Personne 
d'ailleurs ne oonnaissait la Taleor non plus que la natnl'e 
des contrees objet de ces loyales ronccvions; on ne savait 
pas darantage jusqu'ii quel point elles s^^tendaient k Honest, 
et on n^avait aucune esptee de renseignements sur le carac- 
tdre des Indiens errant au milieu des ^paisses forets dont 
elles ^taient presque partout couvertes. La cluirte, en date du 
9. novembre 1606, qui concha la Virginie k la Compagnie 
dc Londres, i titre de propriety privte, garantissait aux Emi- 
grants, st^fets de la compagnie, Pexercloe de tons les droits 
cle citoyens anglais et libres, et les exemptait pendant sept 
ann^ de toute esp^ de taxe sur les objets, de quelque 
nature que ce fot, qu'ils feraient Tenir d'Angleterre. lis Etaient 
autorises k se diifendre eux-memes contre toute attaque ex- 
t^rieure et k commercer librement a^ec les nations Etran- 
g&rea. La constitution octroy^ aux colons par Jacques l'*' 
r^pondait d'ailleors assez pen ^ ce que des Anglais Hbres 
pouvatent attendre. Sans doute la l^^gislation anglaise et le 
jugement par jury les suivait jnsqu^en Virginie ; mais la 
«lireclion supreme de la colonie, le droit de la doter des 
lois que pQuvaieiit reamer les circonatances, demeuraient 
roservte k un grand conseil &i<^eant k Londres ; et c'est 
aussi la oouronne qni nommaitles membres du petit conseil, 
investi dans la colonie du droit de juridiclion inf(6rieure. 
DkA le mois de d^cembre 1606 la Compagnie de Londres 
ex pMia en Virginie un premier eoToi deoenldnq Migrants, 
h la destination de l*tle de Roanoke ; mais le hasard leaconduisit 
dans la bate de Cliesapeak, o£i, sur les bords du James, its 
ibnd^rent Jamestown. Malgr^ ParriT^ede diyersaatres trans- 
ports d'toigrants, la colonie naissante faiUit maintes fois p^rir 
dies saites des discordes intestines anxquelles elle fut en proic 
et des lottes acbamto que les colons eurcnt k soutenir 
contre les Indiens, sans compter le manque de Tivrcs pro- 
tenant dece qu'au ben de cultiver la terrc les colons 8*obs- 
iinaient k courir k la recherchedes m^tanx pr^ienx. En mai 



1609, Jacques T', poor encoorager Pesprit d^toigration et de 
colonisation, octroya k la Compagnie de Londres des priTi- 
16ges pins- Etendni. Le petit conseil fut supprimE, et dE- 
sonnais^ce fut aux membres memes de la Compagnie que 
revint le soin decomposer le grand conseil, par Toied'Elec- 
tion. Toutefois, on gooyemeur au nom du rol dut exercer 
dans la colonie la puissance extoitive; et on impose k la 
Compagnie Pobligation de Terser dans U» caisses de la cou- 
ronne la dnqui^me partie de tons les m^taux prt^^ieux qu*elle 
tronTeraiten Virginia. Tout colon Etait tenu en outrede preter 
lesermentde snprEmatie, etpar cons^uent faire acte 
patent d*adh6sion k Pfigllse Episcopate. Ces modifications k 
Pade Gonstitutif de la Society de Londres furent bien ac- 
cueillies en Anglcterre par Popinion ; et les adhesions nou* 
Telles d*un grand nombre de personnages ridies et distin- 
guEs foumlrent k celte Compagnie les moyens d'expEdier 
dans la colonie beauconp d^aiitres envois d^Emigrants. 

Poor mettre un terme k I'anarchie qui n'avail pas cess^ 
d'y rEgner, sir Thomas Dale, qui en 161 1 obtint le gouver- 
nement de la Virginie, fut autorisE k y appliqtier les distposi- 
tlons de la lol roartiale. Dale usa avec moderation de ses 
pouvoirs, et sous son administration la colonie comment 
pour la premiere fois k prospErer. II guerroya contre les 
Indiens, et, dans HntEret de PAngleterre, ravagea on d6- 
truisit les Etabllssements des Franks au Canada et des 
Hotlandais sur PHudson. Josque alors les Emigrants de la 
Virginie ayaient cultitE la terre en common et vEcu en com- 
munautE de biens. Le gouvemeur dEdda la Compagnie k 
accorder k cheque planteur une certaine Etendue de terre en 
toute propriEtE. Cette introduction de la proprlEtE privEe 
dans la colonie cliangea oomme par endiantement PEtat mi- 
sErable dans lequelelle avalt langui jusqu^alors, et rempla^a 
la pauvretE de tons par PardeOr uniTersdle au travail , ainsi 
que par la snrabondance des produits et de tons les objets 
nEoessaires k la ?ie. La culture do tabac, objet d'un 
commerce important avec la mEre-patrie, prit surtout de 
rapides et Tastes dEveloppemenls. 

A la mort de Dale , arrivEe en 1619, ce M un bonune non 
m'oins dIstinguE , sir George Yardeley, qu*on dEslgna poor le 
remplacer. II arrive suiri d^un transport dejeunes filles 
pauvres et de moenrs IrrEprochables , avec lesquelles la Tie 
de famille et les Tortus qu'dle implique s^introdulsirent en 
Virginie. G*est de ces femraes que descend en grande partie 
la population actuelle de la Virginie. Jusqu^alors le sort de 
la colonie avait dEpendo complEtement de Padtninistration 
miiitaire du gouvemeur et des ordres despotiques dn grand 
conseil de la Compagnie. Les progrEs toiijours crolMants de 
la moralitE ei do bien-Etre dans le jeune £tat aTalent fait 
nattre le d<^alr d'une mcilleure constitution. ISnlin, en 1619, 
le gouvemeur, aTecPautorisationde la Compagnie, convoqua 
k Jamestown un congrEs colonial de chacune des onze loca- 
lltEs entre lesquelles s^Etaient rEpartis les deux mille colons; 
e( le 21 juillet 1621 cette assemblEe introdiiisit une nou- 
TClle constitution, k laqiielle le grand conseil donna son 
agrEment Aux termes de cette constitution , la puissance 
exEcutiTO Etait dEsormais exercEe par un conseil d^Etat cx)m- 
posE de dix-neuf planteurs notables , k la nomination de la 
Compagnie, et prEsidE par le gouTemeiir. Ce oonsdl d'£tat 
formait en outre, conjointement aTec les dEputEs, le congrEs 
colonial chargE de dElibErer sur les lois que confirmait le 
conseil siEgeant k Londres. Qudque llmltEes que fiissent en- 
core ces libertEs, elles exercErent cependant blent6t la pins 
faTorable influence sur les progrEs de la colonie. La cul- 
ture du tabac y prit une extension de plus en p!us considE- 
rable, de roEme que Pusage de cette plante en Angleterre; 
circonstanoe qui poor la premiEre fois amena de la mEsln- 
telligenee entre la Compagnie et Jacques 1*'. ApprEdant fort 
pen les jouissances quasi-intellectudles que procure cc 
narcotique, le monari|ue anglais EcriTit des Htics ex|irEs 
contre Pusage de fomer ci de priser qu^adoptaient ses sujets. 

Les empiEtements successifo sur le territoire que les na- 
turels s'Etaient rEeerrE, empfdCements uEcessltEs par les d^ 



78 

vclopfMiMilt InMMaaU d« U euliure da tabae, amen^reiit 
de nouTellet luttes contra 1m Indians. Ceun-d form^rent 
alors le proj#( d*exterminer tous les enyaliUseurt, et le 21 
mai 1621 lit mafMcr^rent k Plmproviste treiia mille colons 
da tout Age et de tout sexe. C*est de ee jour n<^faste que 
date riinpitoyable guerre d^exterroination entreprise contre 
lea Indigenes. Les dlAdrends qui dclat^rent k eette m^me 
^poque en Angleterre entre le roi et la nation r^girent 
iramldlatenient sur le soit de la eolonle. Parmi les membres 
de la Oompagole de I«ondpes, il se tieQ?ait un grand nombre 
d'adversaires puissants de la eour; aussi, eo 1623, 
Jacques !**, attrtbuant I la Ckimpagyiie toutes les calamlU^ 
qui a?aient frapp^ la colonie, suppriina-t*U ia nou?elle 
constitution et ordonna-t-il que la gestion de la Ck>mpagnie 
seralt Tobjet d^ine emfu6te judiciaire. Quolqu^elle eOt d^jk 
dilpenuS au dellt de 150,000 liv. sterl. et transports plus de 
neuf mille colons, nnarrCt complAisant, rendu en Juin 1624 
par la eour du Ban c d u roi, en pronon^a la dissolution et 
lui enlera sans indemnity aucune tous ses droits et prtvl- 
l^es. Quelque rSvoltant que fOt cet abos de pouvon-, et si 
la Compagnie se trouva Indignement dSpouillSe, toujours 
est-11 que la colonie en proHta, parce qoe leg chatnes 
que les rapports de lifodalitS lui imposaient k T^rd 
^es eoneessionnalres propridtaires prlmitife se trouv^rent 
ainsi bris^. Jacques I*' mourut en 1625, a^ant qn^n 
nouTel ordre de choses eftt po 6tre ^bll en Virginie. 
Charles I**^, son successeur, dMara la Yirginle province 
royale, c*est-k-dire qu^il la soumit k son autorit4 tmin^ 
diate; d'aiHenrs, II conflrma anx colons tous leurs droits de 
possession. L*adininistFatioB de la colonie reful alors un 
grand conseil, qui do pot agir que sur les ordres directs 
du roi, comme le petit conseii d^aprte ceux du gouvemenr. 
En mtoie temps Charles I** mit le commerce do tabac au 
nombre dcs droits de la conronne; mesnre qui hii permit de 
fixer arbitrairement et ^ son trte-grand arantage le prix de 
ce prodult. 

Yardeley fut remplacS dans set fbnctions de gouyemeur 
par sir John Harrey, qui outra encore la politique despotique 
des Stuarts. Les Virgioiens ressentirent d'autant plus TiTo- 
ment Toppression , qu*^ o6td dVux s^^lait dSvelopp^ lieau- 
coup plus heureuaement uue autre colonie, objet de blen 
plus de ftiyeurs de la part de la oouronne. 

En 1629, rirlandais Geoiges Calrert, lord Baltimore, 
converti au catholicisme, r^olut d*offrir un asile dans 
PAmSrique septentrionale k sescoreligionnaires, cruelleroent 
opprimes en Angleterre. Conmie en Virginie T^glise Spis- 
copale Slait T^glise domlnante, il visita la bale Chesapeak, 
reconnot que la c6le situ^ au nord du Potomac, et o£i d^jk 
s'Staient ^MIs un grand nombre d*Anglais qui faisaient le 
commerce des pelleterles, ^it tr^-faTorable k la oration 
d'un nouvel Stablissement , et sollicita du roi la concession 
de ce district. Quoiqu'aux termes de la charte d^livrte k 
Pancienne Compagnie de Londres, le territoire du Potomac 
fit encore partie de la Virginie, Charles I** lui accorda sa 
demande, parce que la dissolution de oette soci^ Tin- 
restissait du droit de fixer seal les delimitations de la con- 
cession primltlTe. Lord Baltimore, qui se mit au lieu et place 
deson pke, mort sur ces entreraites, obtint du roi, en 1632, 
des lettres patentes qui lui concSdaient k titre de propridtS 
h^rMitalre la partie septentrionale de le Virginie situ^ au 
nord du Potomac. 11 6ta{t ioTesti de tous les droits de sou- 
rerainetS k V4^rd de la population furure de oette fertile 
coatr^ qui, en Plionneur de la reino, re^ut le nom de 
Maryland ^ k la charge par lui de reconnaitre cbaqne annSe 
la suxerainet^ de TAngleterre , et de Terser au tr^sor royal 
ia cinquitoie partie de tous les inStaux prSoieux qu*tl ren- 
conlreralt. Quoique le propriStaire eOt en certaioes circons* 
tances le droit «te faire la guerre et de retirer les privil<^es 
d^A aecord^, les lettres patentes exprimaient le vcbu qu'il 
administrAt le pays oonformSment k Tesprit de la constitution 
anglaise, qne lea lots qu'il Stablirait eusseni m pr^ilablcment 
deiib^rdes dans un congrte colonial, et qu*ii ne pr^hsvAt pas 



l£TATS-tJNlS 



, d'autres imp6ls que d« drwls modSr^ de tannage et .da 
aaTigstion. Dte la fin de rannSe IgU le fii^M dn pfoprU- 
taire hSrAdHaire, Ltennid Oalverl, arrivm aveo 106 eatho- 
liqucs dans le Maryland , o£i il fonda la mile de Saint-Mary, 
k deux rayriam^tres enyiron de remteiiclittre du Potomac. 
Les premiers colons y vSeurent d'abord eonune eusseni fait 
les membres d'une seule et m6me fliroilie. Baltimore fit de 
ses droits Tw^age le plus sage et le plus dAslutSressS, de 
sorte qu^on rit bientdt arriver dans la nomeUe ooloBie des 
masses d^toilgrants de toulea lea eonfesaiona. 

En 1635 il acoorda la plus enti^re ^itd de droits k 
toutes les £glises chrStienneSy eoncMa k cliaqoe nooTel ar- 
rivant nn lot de terre de einquante acres , et die 1^36 U con- 
voqua le prsroier congrte colonial. 

Tandls que le Maryland proapdraH rapidement soua la pa- 
temelle autoritdde i^timore, la ookmie Toisine, ia Virginie, 
souffraH eraelleveBt boms la Terge de for du gouyemeur 
Harvey , qui ne fiit rappeM qo^en 1640 , a Tdpoque o6 le 
Long Parlement commenfo k battre eo brtehe le pouf oir 
arbitraire de Cltaries i". Un nouveau gouvemeur, sfar Wil* 
liam Berkley, qui arrive k Jamestown en 1641 muni de 
pleins poufofars, s'erapressa de guSrir les phkies de la co- 
lonic, et, k Pexemple du Maryland, y Slablit tout ausaUAt nn 
eongl^U colonial chargd d'excrcer ddsormais ia pnisaanoe 
l^slative d*aecord avee lo gouverneur. A partir da ee bio« 
meift, les pregrAa de la Viiginie ftirent des pkie rapldes j et 
dix ans apr^, sa population attelgnait d^ le chiHre de 
20,000 Ames. AprAs le soppllce de Cluu-les 1*' et la trans- 
formation de la mAre-patrie en rSpubllque, Baltimore et 
Berkley rtessirent l*un et raotre A oonaerver lenrt colonies 
A la cause royale. A cette ocoasiioB , les dissentiments les 
plus Tiolents AdatAreitt entre les puritains, qui partageaieat 
les id^ r^ubHcaines et dont on trAs-grand noMbra Ataieat 
r^cemment venus se fixer dans ia eolonle, et les catlioliqiies» 
d^Tou^ A la monarolde. Leproteoteur Cronswell finlt 
par interdire loute relation avec les colonies rebeUes et par 
y euToyer une forte escadro, sous les ordres delord Ayscoe, 
poor les forcer A se soumetire A la rApubiiqne. La Virginie 
obdit aussitOt, et en fiit rAoompensAe par la garantie de ses 
limites et de sa constitution. Tontefois, les Virginiens dnrent, 
moyennant indemnity, livrer leurs aimea et icnoncer k la 
liturgie de l'£gllse Apiscopale ainsi qu*A tout ce qui rappelait 
la royautA. DAchirA par des partis intArieurs , le Maryland 
dut finir par reconnaitre la i^obKque. Les quereUoa intes- 
tiues ne eessant pas, Crom welly en 1654, enlera A lord 
Baltimore, petit-fils du premier concesskuinaire, son droit 
de propriAtA, tout en laissant A la. colonie sa constituUcuL 
Comme toutes les colonies anglaises en gAnAral, la Vicgiiiie 
Aprouva un notable prAjudice de la miae en vigueur de 
VaeU dena vigaiion, rendu par Cromwell dansloToe de 
dAtruire le commerce des Hollandais, et qui dispoaait que les 
produits Atrangers ne poorraieut A ravenir Atre introduits 
dans les ports de la Oraade-Bretagne qoe sous pavilion 
glais. Les colonies, ne possddant qu^un trAsi>etit 
de navires, se trouvArent dAs lore A la oomplAte 
des marcbajds anglais, tant poor Faequisition des ofayel^ 
nAoessalres A lour oonsommation que poor le transport de 
leurs produits. Ces entraves pesaient si crueHemenl anr U 
production et sur le commerce de la Virginie, qn^en 1659 
cette colonie, secouant le joog de la rApobiiqne, rAtablitde sa 
propre autoritA Berkley dans les fbnctions de goavenie«r. 
La restaoratioa du pouvoir royal dans la mAre-patrie saura 
les rebelles des suites que ce coop de AAle eOt pu antotr 
pour eux. 

Le Maryland, qui au nsoment de la restauratien de 1 aeo, 
Goinptait 16,000 habitants, 6it restituA par Cbartes U Ai loi^ 
Baltimore, comme sa propriAtA particaliAre. Mais oe priace^ 
loin de se montrer auast reconnaissani k TAgard do ka Vir- 
ginie, la Iraita en cnnemL En ciTct en 1663 il concAd* aa 
comle Ckirendon et A sept autre^ sei^ieurs anglais toiila 
TAIendue de cOtos comprise au sud enlre le A6' et le 3i* 
de latitude, pour j fonder une nouveUe cokNiie. C^^Udt 



tTATS-CMS 



ttderer ^ It Virginie le tiers do (erritoire qae la i^pablique 
lui aYttit eaooreioleoneUenieDtgarantiquelquds anntoau* 
paravant. Charles II a'arait d*aiUeursaucime etp^ de droits 
h ia settTeimioet6 da territotre situA an sud de b Virginie, 
jusqn'au 3 1 *. Toaieoette odte avait ^t^ d^coaTerte en 1 6 i 3 par 
les EspagDoU. En 1562 Tamiral fran^ais Coligny y avait 
fond^ iwe ooloDie pour ses coreligionnairas perMScotte ea 
France, et, ea I'bOBiiear de Ctiarles IX, U lui avait donn^ le noin 
de Caroiine* Mais dte IMS elle fut enrahie par une bande 
d'ESpognols, qui massacrfereiit les b^r^tiques fran^is et pri- 
reDt poasession du pays ; pea de temps aprte, les Fnin- 
fais lear rendaient la pareiUe. D6j4, sous le rftgne de diar- 
ies r% des Anglais faisaient le commerce des pelleteries et 
quelques colons s'^taient ^tabUa dans ces contries d^- 
sertes, oA Clarendon et sea coassoci^ les renoontrferent. 
A partir de 1669, et dans des drconstances faTorables , Cla- 
rendon ouTrit ^ rtoigration catholique et puritaine, Taccte 
de la nouvelle colonie, qui eonserra son antique dteomi- 
natton de Caroline. Cliarles II ayant laissd les concession- 
nalres compldteroent maltres d^y faire ce que bon leur sem- 
Merait, Us y ^lablirent une oonstttutiun, ceuvre du c^l^bro 
philosophe Locke, lequel y sTait admis une noblesse b^- 
rMitalre, des palaUns, des magnate et toutes les formes su- 
rannte de raristocraiie. Grftce k cette belle constitution, 
la Caroline fut Juaqu'ii la r^Tolotion de 1668 le tb^lre de 
Toppreaaion la plus cruelle et quelqnefois des scenes les 
plus sanglantea. A la restauration, le parlement et la cour 
cnirent trouver dans Vacte de navigaiion le seul moyen 
d'assurer la prosp^rit^ publique et de rattaclier d^une mani^ 
indiMoluble les colonies 4 la ni^e-patrie. V<^U de navigch 
tion fut done non-seulement maintenu, an vif ddsappointe- 
mentdes colons, mais une resolution do parlement en aggrava 
encore les dispositions en 1663. Ainsi, tons les produits des 
colonies destinte k la consororoation etrang^re dorent d^r* 
mais 6tre conduits d*abord dans les ports d^Angleterre etexpd- 
di^ de U 4 destination, demtoie que les colonies durent 
tirer directement d'Angleierre tous les objets n^cessaires 
a leur consommation. La prosp^rit^ de la Virginie en souf- 
frit aingiiMrement. A la d^prtelation de son tabac et de ses 
antres produits se jolgnlt la d6moralisation propag^dans la 
population par le commerce de contrebande, qui se fit d^ 
Ion avec une audaoe sans example sur toutes les cOtes de 
TAmMiue du Nord. Enlin, en 1676, telata en Virginie, sous 
lea offdres d^un nomm^ Bacon, une insurrection qui pro* 
mena partout le fer et le feu. On r^ossit, il est Yrai, k la com- 
primer; mais le m^contentement et reversion des colonies 
ndridlonalea pour le gouTernement de la m^re patrie dur^ 
rent joaqu'li la diute des Stuarts. 

A repoque oil avait commence la colonisation de la Vir- 
ginie, la Compagnie de Plymooth avait ^galement pris ses 
dispositions pour culliver et exploiter le territoire s'^len- 
daot entre le 40* et le 60«, oo Nouvelle-Angleterre , objet 
de sa concession. Mais ses efforts dchou^rent faute de capi- 
taox sufllsants et auMi k cause de riioslititd des Indiens; de 
telle sorfe an% partir de 1630 la Compagnie se boma au 
commerce cms pelleteries et 4 la pdclie. 

La resolution de se cr^er un asiie en Am^rique, prise par 
ano colonie depuritains emigres dix ann^tM auparavant 
d'Angleterra en HoUande fut Torigine du premier etablis- 
sement fixe lond^ dans le nord. Cette communaiite parlit 
de Sootliampton en 16)0 avec rintenllon de se rendre en 
Virginie; mais soil neprise, soit traliiiion, die arriva le 1 1 no- 
verobre an cap Ood, aUu^ dans le terriloire de la Compagnie 
de Plymootli. On d^barqua cependanl lout ausaiiot, et on 
s^eiablit dene on endroit du Massacliuseits actud auqiiel on 
donna le nom de Ifew-Ptymoiith. Les nouveaiix colons, en 
prdie ami plos crodles privataone et obligiis en m^mo temps 
de sonlenir'une hitle incessanle avec les Indiens, fondorent 
ftae oomnMnante independante, qui avail la pretention dc 
leasenMer k la premiere commune cbretiennede Jerusalem. 
A l*origine ils y vecurent sous Tempire de la communaute 
de biensj mais d^ 1637 la misere et la famine les contrai- 



79 

gnaient k adopter le prindpe de la propriety Indivldodlo. 
^ L^andenne Compagnie de Plymouth ayant laisse perinier 
ses droits, Jacques I**", par lettrespatentesen date du 3 mai 
1A30 fonda, sous la d^omination de eonseil pour les af* 
f aires de la Nouvelle-Angleterre^ une compagnie nouvdie, 
dedaree proprietaire de toute la odle de rAroeriqoe du 
Nord depuis le 40" jusqu'au 46' de latitude septentiionale. 
Cette compagnie n*hesita point k conlirmer aux puritains 
de New- Plymouth la propriety do territoire dont iUetaient 
en possession. En 1626 une autre association de Puritains 
acbeta k la Compagnie une certaine etendne de territoire, 
od elle ibnda la ville de Salem sur un promontoire de la 
bale de Massachusetts. Malgre sa repugnance pour les pu- 
ritains, Cliarles 1^' consentit en 1628 k accorder aux colons 
de Salem des lettres patentos contenant Toctroi des droits et 
privileges accoutumes, ssuf la liberie rdigieuse. Malgre cette 
restriction, les puritains s'empresserent d*etal»lir dans la 
colonie nouvelle reglise de la Perfection ; mais la morgue 
dericale, le fanatisme religieuxetla tyrannie iheologique, 
ne tarderent point k provoquer parmi les colons les plus 
violentes discordes. Secondee dans ses tendances k Tinde- 
pendance par les troubles politiqiiea dont la mere patrie etdt 
le theiltre, la colonie de New-Plymontli n*ea prit [ms moins 
un rapide essor. Ce n'eiaient plus sealement des puritains, 
mais encore des mecontents politiques de toutis especes 
( voyez GnANDB-DafiTAGNB) qui venaient s'y refugier ; et dans 
laseuleannee 1630 dix-septbetimentsyamenerent 1,500 emi- 
grants. Les ravages effrayants fails par la petite verole parmi 
les Indiens favoriserent d^ailleors rextension des colons, 
lis fonderent Boston, qui avec son excellent port fut bientdt 
considere comme le clief>lieu de la colonie, ainsi que quel- 
ques aiitres centres dc population parvenus en pen de temps 
k une grande prosperiie. En 1634 se tint le premier congres 
colonial, qui, d*accord avec le gouvemeur royal et ses sub- 
ordonn^, exer^ la puissance legislative, etablit des impAts, 
et opera le partage des terres de Tinterieur de la colonie, 
qui re^ ut le nom de Massadiusetts. Pen apr^s leur premier 
etablissement, les colons avaient de leur propre aulorite 
annuie les rapports de feodalite qui les rattachaient au 
eonseil pour les affaires de la Nouvelle-Angleterre, En 
1635 cette compagnie, qui faisait de tres-mauvaises affaires, 
rendit k Charles l**" les lettres patentee qui lui accordaient 
des droits de souverainete, el conserva seulement la pro- 
priete du sol, que ses roembres se partagerent entre eux. 
Cette Importante transformation cut pour resultal de faire 
du New-Plymouth une colonie independante, tandis que ce 
n'etait auparavant qu'une prupriete apparlenanl k une asso- 
ciation particuliere, et ensuite d^affranchir de toute espetoe 
de rapports de feodalite qudconques les ventes olterieures de 
terrains faites par les membres de la sod(fte dissoute. 

A la suite de querdles theologiques qui eclaterent de 
nouveau parmi les puritains k (Mrlir de 1634, d^autrej co- 
lonies independantes se Conderent encore dans le Massachu- 
seCts. Un pretre de Salem, appeie Hoger M/iiliains, qui ne 
voulait pi ier que pour ceux qui dejA se trouvaienl en eiat de 
grAce, en partil avec ses adherents en 1635 pour aller fon- 
der plus au sud, sous le nom de Providence^ un nouvel 
etablissement, aufoiir duqiiel il s'en crt^a siiccessivemenl un 
certain nombre d^autres. Quoique sur ce point le sol de-* 
pendll du territoire de Massachusetts, \Villiams oblint du 
long parlement, par rintermediaire de Henry Vane, des 
lettres pateiites particuli6res dans lesquelles sa colonie fut 
designee sous ie nom de Plantation-Providence. Une scis- 
sion analogue <ians P^lise de Massachusetts donna lieu k la 
fondalion de la colonie de Connecticut. En 16.16 le prfttre 
Hooker qiiilta Massachusetts k la li^te de cent disftitlents, et 
funda sur les rives du Connedicut, dans d'efTroyahlcs soli- 
tudes, les villcs de Hartlieid, Spriiiglidd et Weatliei Tiehh 
11 fallut acheter ce bean terriloire, que diaries I'** avait deja 
promis k quelques seigneurs anglais, pour la moindre partie 
k Maseachuselts et pour la plus con.siderabIc nux ancinis 
iiK'ml>res du eonseil pour les affaires de la Nmrelle 



80 

Angleierre. Quclqaes marchands de pelleteries et colons 
hoUandais s'y ^talent d^jlt ^tablls ; mais ils farent forc^ de 
d^guerpir. Une florissante commune 8*^eva ^ement ear 
les lives du Connecticut sans la moindre iBterrention de Tau- 
torit^ royale; et let iiopulations Indiennes ou y furent exter- 
min^ ou consentirent k s'^lolgner et k c6der leur territoire 
mo^ennant dinsignifiantes indemnit^i. Au mois de man 
1638, la yisionnaire Hutcheson Ail expulsto de Massachu- 
setts avec ses adli^rents. Elle aclieta aux indiens de Narra- 
gansety moyennant quelqnes objets de Terroterie, la fertile 
lie d'Aqtiidreck, qui reQut dte lore le nom d^Ue de Rhodes ou 
Rhode- Island. La roise en culture de cette tie fut com- 
mence sous la direction dVn digne lioromey appeI6 Wil- 
liam Coddiut^n , et on la pla^ d'ahord sous la protec- 
tion de Providence. Mais en 1644, par une dteisiondu par- 
leinent, les plantations de Providence Airent r^nies k 
Rhode-Island; et en 1647 cette colonic obtint par la mdme 
▼oie une constitution particuli^re et un congrte colonial. 

Le roi Cliarles f ne voy^it pas cependant sans un eilrtme 
d^plaisir une foule d'honimes au caract^re rtolcilrant et 
optniAtre, appartenant aux dirpiirents partis religieux el 
politlqiies, se d^rober cheque ann^ k son capricieox des- 
potlsme pour aller fonder sans son concours d*heiireiix Etats 
dans des disserts d*un acc^ dilflcile. En 1637 il prohiba l'6- 
roigration et, pour son malheur, contraignit ainsi des bommes 
tels que Pym, Hampden etCromwelU rester en Angleterre. 
Malgrd ses defenses, plus de 3,000 puritains abandonn^rent 
encore leur patrie en 1638, et s*en all^rent fonder siir les 
rives dn Connecticut Hartford, Guildford, Mllford, Stam- 
ford , Bramford et Newhaven. La nouvelle colonic, qui prit 
le nom de Newhaven , ne resta ind^pendante que jusqu*en 
1665, et se r^nit alors au Connecticut Le Maine et le New- 
Hampshire, formant l^extr^mit^ septentrionale de la Nou- 
velle-Angleterre , territoires ou ne se trouva*ent encore qu*un 
petit oombre de marchands de pelleteries et de colons an- 
glais , furent en outre ^rigte k cetle <^poque en colonies in- 
d^peniantes. Les andens membres du conseil pour /fi 
affaires de la Nouvelle-Angleterre vendirenl en 1639 le 
territoire du Maine k sir Ferdinand Georges, et oelui du 
New-Hampshire k sir John Mason. Ces nouveaux propria 
taires obtinrent chacun des lettres patentes royales ; et les 
mtoies droonstances anxquelles Rhode- Island et Connec- 
ticut devaient leur existence y amenftrent ^alement de 
Massachusetts un grand nombre de colons. En consequence, 
la puissante et jalouse colonic de Massachusetts for^a, en 
164 1 , le New-Hampshire k se placer sous sa juridiction. Quand 
les puritains et les r^publicains furent devenus tout-puis- 
sants dans la m<^lropoie It, la suite du triomphe de la revo- 
lution qui detrOna Charies T', les Emigrations k la Nouvelle- 
Angleterre cess^rent ; et les colonies du nord, qui dej& comp- 
taient une population de 21,000 Ames, se trouv^rcnt aban- 
donn^es k leurs propres forces. Ce ne Tut que dans les 
colonies du sud, dans la Virginia, dans le Maryland et la 
Caroline, qu'eurent lieo de nombreuses emigrations de 
royalistes. A I'^poque des troubles d^Angleterre, les ttats 
de Massachusetts, de New- Ply mouth, de New-Haven et de 
Connecticut condurent, le 16 mars 1643, sous le nom de 
Colonies Untes de la Nouvelle-Angleterre, une alliance of- 
fensive et defensive, avec un congrte general et on president 
a sa tete. Cette ligue avail pour but ostensible la defense k 
opposer aux attaques des Indiens, des Hollandftls et des 
Francis; mais une separation d^avec la mere patrie en etait 
la pensee secrete. Elle conclut des traites d'alliance, mil sur 
pied une milice considerable, et frappa memo monnaie en 
1652. Rho'ie-lsland desira aussi y etre admls, mais les puri- 
tains de New-Plymouth s'y opposerent. 

La metropole, au milieu de ses propres embarras, n'avait 
pas le loisir de se souder de ses colonies, et,' paKegard pour 
les institutions republicalnes que celles-d s*etaient donnees, 
ferraait Ift* yens sur les attdntes qu'on y portalt k ses droits. 
Ccprndant, pour les roaintenir en apparency Cromwdl exigea 
x\iw \o\\% les t.\A\A de la Nouvelle-Angleterre re^ussent des 



^TATS-UNIS 



mains de la republique mere un gouvemear general. Sauf 
des guerres contre les Indiens, des querelles tbeologiqnes , 
des proces fails k des soreieres et des persecoUona dirigees 
contre les quakers, les colonies du nord passerent le temps 
de la republique dans uue paix profonde et au milieu d^une 
prosperite toujours croissante. L'acte de navigation leur fut 
moins nuisible qu*h leurs sorars du sud. It ne fut plus alors 
question de lettres patentes, d*acquisitions de territoires, 
d'obstades mis au libre devdoppement d'inslitutioas cora- 
munales independantes , etc. La restauration des Stuarts 
surpril toutes les colonies de la Nouvelle-Angleterre k I'im- 
provlsle; et les vexations nouvdles qu'elles eurent k soulTrir 
de la part du pouvoir royal leur inspirerenl moins le senti- 
ment de la crainle que cdui de la haine. Rhode- Island, lese 
par la ligue, el les pelites colonies de proprietaires du Maine 
et du New-Hampshire, se soumirent Immt^diatement. Massa- 
chusetts, aucontraire, nereconnut pasTautoritede Charies n 
sans hesitation, et lors de la confirmation des anciennes 
lettres patentes, protesta contre la clause de tolerance re- 
lative k r£glise episcopale. Cette altitude dedda, en 166i, le 
roi , Il qui le parlement vint d^ailleurs en aide avec eropres* 
sement , k envoyer k la Nouvelle Angleterre une forie escadi^ 
avec des commissaires qui avaienl ordre d'int'mider les co- 
lonies, mais qui n*oserent pourlant rien entreprendre. En 
1667, pour se mieux garantir contre I'aulorite royale, le 
Maine se pla^ sous la protection du Massachusetts. Une 
tongue periode de tranquille devdoppement suivit de nouvcau 
ces orates. En 1672 la population de la Nouvelle-Anglderre 
s*eievail 6^\k k 72,000 Ames, dpnt la moltie appartenait ati 
Massachusetts. Une milice Inen organisee et forte de 8 000 
liommes protegeait cdte population contre ses ennemis, tant 
interieurs qu*exierieurs. Dans toutes ces colonies regnaient 
des mflpure severes, des habitudes de temperance et de tra- 
vail. LMnstniclion populaire etait mieux organic dans la 
puiitaine Nouvelle-Angleterre que dans la metropole elle- 
meme ; et on y trouvalt deja des eiablissemenls od etaient en- 
setgnees, les sciences superieures autanl du moins que le per- 
meltaient alors la diredion tonte pratique donnee aux idees 
ainsi que le fanatisme religieux dont toutes les traces etaient 
encore loin d^avoir disparu. 

Les colonies n*eprouverent de nouvelles crises qxi'k la 
suite de la reaction politique qui eut lieo dans la demiere 
moiUe dn r^gne de Charies II, sous le ministere de la ca- 
bale. Pour affaiblir le Massachusetts, Cliaries n essaya 
d'enlever k leurs proprietaires hereditaires les colonies du 
Maine et du New-Hampstdre, placees sous la protection de 
eel £tal, d de les transformer en provinces royales. Massa- 
chusetts ayant rachete le Mdne k son proprietalre en 1677, 
un decret royal en detacha, en 1779, le New -Hampshire, qui 
fut d^tare province royale, sans autre forme de proc^. 
diaries II envoya ensuile dans le Massachnsetts le gouver- 
neur Randolphe, qui mattralta fort cette colonic d en irrita 
profondement la population. Le conflit aboutit en 1684 a 
un decrd royal qui enleva sa charte particuliere k r£tat 
de Massacbuselts; et josqu'k la mort de Charles II cette 
cdonie demeura dans un etat compid de sujetlon. 

Jacques I'' avail eu beau conceder k deux compagnles 
toute la cOte de TAraerique du Nord, ce territoire, en raison 
meme de son immense eiendue et des droits egaux de toutes 
les nations europeennes k s*y etablir, devait toujours appar- 
tenir k ceux qui roccnperaient en reatite. L' Anglais Henri 
Hudson, au service du goovemement hollandais, ayant ex- 
plore, en 1609, le fleuve qui porte encore aujourd'hui son 
nom, les Hollandais s^empresserent d*acheter aux Indiens le 
territoire quMI baigne et d*en prendre possession. En 1614 
ils bdlirent un fort dans Hie de Manhados, sitiiee k Pextre- 
mite de THudson, et fonderent sur la cAte plusieure eiablis- 
semenls poor le commerce des pelleteries. En 1628 une 
compagnie suedoise acheta egalemenl aux Indiens le terri- 
toire arrose par la Delaware juMfu'h Hie de Long Island , et 
y construisit divers forts et factoreries qui re^nrent le nom 
de Nouvelle-Sutde, Des 1655 les Hollandais a^empaitrent 



fiTATS-UNIS 



des ^Ublissements suMois et en d^clarirent les habitants 
suyets boUandaU. La colonisation des Hollandais, qoi don- 
D^rent k leur territoire sur THadson le nom de Nouveaux 
Pays-Bas, parnt anx Anglais anssi dangerense quMls la ju* 
g^ent ili^itime en Tertu de I'acte de concession da roi 
Jacques 1*'. Lors done qa*en 16C4 la gaerre telata entre la 
HoUande et Charles 11, il ne fat pas difficile aux Anglais de 
s'emparer de tout le territoire oompris sons la denomination 
de NooTeaux Pays-Bas; d'aiileurs les colons' qails y tron- 
vftrent obtlnrent d'eux la liberty de professer leor calte et 
les droits de sajets anglais. Aprte la pais de Breda, aux 
termes de laqaelle la Hollande abandonna k l*Angletcrre les 
NoHTeaux Pays-Bas, Charles n fit don h son fr^re, le due 
d*York , de tout le territoire s'^tendant depuis la Delaware 
jusqa'k Long-Island, an nord, jusqu'anx lacs, et sans limites 
fixes h Toaest. Le due donna k sa nouTelle possession le 
nom de New-York^ et tendit aussitOt I'^t^doe de cAtes 
occopde par ded SuMois et des Hollandais, entre la Delaware 
et riludson, aax lords Berkley et Carteret, qui donn^rent k 
leur nou?elle possession le nom de New-Jarsey. Quoique le 
New-Jersey re^t imm^atement de ses propri^taires an 
goayemement ind^pendant, il resta cependant encore dans 
certains rapports de Cfodalitd k T^rd da due. Sa magni- 
fiqoe position ne tarda point k attirer d'Earope on grand 
nombra d^^igrants, qui y fondirentles TiUes de New-York, 
d'Elisabethtown, de Middletown et de Shrewsbury. La si- 
toation de la province ducale de New-York, an centre des 
antres colonies, les facility qu'elle ofTrait poor commercer 
tout k la fois avec les Indiens et avec les Fran^ais da Ca- 
nada , la modicite de la redeyance fond^re que te prince 
exigeait des colons, tootes ces droonstances coutributoent k 
y attirer d'Europe an grand nombre d'^m^rants. Mais an 
bout de quelques annto le doc donna fibre carrite k ses 
penchants despotiqoes, opprima de toates les mani^res les 
pianteurs, et jeta mtoie de I'lncertitade sar U propriety. Dto 
lors la colonisation ne marcha plus qoe trte-lentement. Par 
suite de T^tat de guerre, les Hollandais mirent en t673 la main 
sur la proTince de New-York; mals dto Tann^ saiTante la 
paix de Londres les contralgnit k la restitner k l*Angleterre. 
Le due dTorft se fit alors oonfirmcr par le roi son fiire 
ses titres de propriety avec tons droits de soarerainetd, et 
traita d^rroais la proYince en T^ritable pays conquis. Son 
gouTemear, Edbmond Andross, ^isa les colons par des 
taxes torasantes, et rtfprima s^v^rement toutes les mani- 
festations de I'opinion tendant k obtenir une plus sage 
administration. Od tyrannean fut remplac^ en 1683 par un 
trte-digne bomme, lord Dongan, sar les reprtentations de 
qui la colonic du New-York obtint dte la m6me ann^ une 
constitution et un conseil colonial. Dans rint^rftt comman 
des diferses colonies britanniqaes, Dongan appela d'abord 
Fattentiondu goa?ememeat sur les Francis du Canada, 
qui des lacs du nord projetaient d*6tabUr one commonication 
avec lears ^tablissements du Mississipi, sur le flanc des pos- 
sessions anglaises. Afin de contrecarrer Textoition de ce 
plan, qui pi&entait toates sortes de perils pour la puissance 
anglaise, le gouTemenr condat, en 1684, on traits ayec les 
cinq nations indiennes conf($der^, qui se pr^tendaient pro- 
pri^taires de tout le territoire situ^ entre les sources tie 
robio, le lac tri^ et le lac Cbamplain. Cette r^publiqoe in- 
dienne, calibre dans lliistoire des £tats-Unis, mais dont il 
n'^xiste plus aujourdliai que de faibles d^ris, demeura 
toujours d^Toute k la cause anglaise. 

Un autre tenement important pour la consolidation des 
colonies fut la fondation de la PensyWanie par le quaker 
Pen n. Son intention fut d'offrir an asile k ses cordigfon- 
naires, qui n*6taient pas plus toKr^s dans la mire patrio 
que dans les autres colonies ; et en 1681 il se fit concMer 
par Charles II, k charge de payer k perp^toit^ ane cer- 
taine rente k la trdsorerie, le territoire, encore d^rt et tout 
couTert d'^paisaesforftts, sito^ entre le Maryland et le New- 
Yoriu Cette contr^e d^pendait k la T^rite du territoire ant^- 
ri^mrement conc^^ an due d'York ; mals ce prince n'h^ita 

INCT. DB LA GQNTCkS — T. IX. 



SI 

point k renoncer k toutes led reclamations quMI eAt pa Clever 
en vertu de sa charte de concession. Penn obtint pour sa 
colonic des lettres patentes aux termes desqueUes celui-ci 
reconnaissait les droits da roi oomme seigneur suierain, per- 
mettait en consequence k ses svjets d'en appeler k la juri- 
diction suprteae de la couronne, et s'engageait k s'abstenir 
de tons actes contralres k la raison et k la oonstitution an- 
glaise. En reyancbe, fl 6tait autorise k faire des lois d'accord 
ayec le consdl colonial, k dabfir des droits de donane 
moderns , et en cas de necessity k proclamer la loi martiale. 
Aprte aToir encore achete an dne d*York le territoire, d^jk 
peufde et diTise en comtes, qui s'etend de New-York k la De- 
laware, Penn partit en 1683 pour la Pensylvanie et y fonda, 
ayec qudques centaines de quakers, la Tffle de Philadelphie. 
Les droits et les immunites quMl y accorda indistinctement 
k toutes les religions et 4 tons les peoples, firent rapidement 
prosperer sa colonic. Dans les trois premieres annees , U y 
arriya plas de dnquante nayires charges d'emigrants. Un 
grand nombre d*entre eux, qui daient idlemands, fondirent 
sous la direction d'nn certain Pastorias de Windshdm la 
yille de Germanstown. Quand, en 1684, Penn repartit pour 
TAngleterre, la colonic nouydle contenaltd^k ylngt centres 
de population. L'aydiement an trOne da due d*York , qui 
en 1685 succeda k son frfere, sous le nom de Jacques II, 
sembla alors menacer les colonies da plus tristeayenir. D'a- 
bord de nouydles rigoeurs ftirent ijontees poor les colonies 
du snd aux lois rdatiyes k la nayigation; d New-York se 
yit enleyer Tacte de conformation de sa constltiition, lequel 
acte eqoiyalait k des'Jettres patentes dans les colonies qui 
n'daient point fondles sur le priyiiege' Bient6t aprte arriya 
k Boston, ayec une flotte, I'anden geuyemeur de New-York, 
Andross, qui , k la grande terreor de tout le Massachusetts, 
s'annon^a en quality de gouyemeur general et de comman- 
dant des forces britanniques dans la Nooydle-Angleterre, 
Son premier acte fht de declarer le Massachusetts et le New- 
York proyinces royales ; U attaqoa ensuite les titres de pos- 
session des pianteurs et leor en reyendit la confirmation k 
beaux dealers comptants. Poor satiafaire aax exigences de 
la conr, il dablit toutes series de taxes et d'impdts, et re- 
courut aux plus honteusea manoeoyres pour enleyer au 
Connedlcot d k Rhode-Island Tade de confirmation de leiirs 
constitutions respediyes. Qoand, en 1689, on refot en Ame* 
riqoe la nouyelle de la chute de Jacques II d de Tayenement 
au tHtaie de Guillaume HI , les colonies y applaodircnt yi- 
yemeat Ea yain Andross youlut contraindre le people k 
faire acte d'attachement k la cause des Stuarts; dans le 
Massachusetts et le New-York la population se sooleya, d 
se declare en f^yeur da nooyeau roi, non sans oommettre 
de grayes excte. Partoot les colons remirent de tear propre 
autorite tears anciennes libertes d constitattens en yigoeur. 
Le Massachosdts n'obtint qu'en mai 1602 one nooydle 
charte, par laqudle te colonic de New-Plymouth d te dis- 
trict royal d'Acadie oo Nourdle-^cosse y etaientlnoorpores. 
Malgre tout^ la bonne Intdligence qui existait entre les 
colonies d le roi, des temps de mdes dprenyes se prepa- 
raient pour cdles-d. BientAt en effd edat^nt les goerres 
de I/)uisXiy et de GoiUaume III , goerres qui preparfcrent 
remandpation de TAmerique , mals desqudles results an 
temps d*arrd notable dans te devdoppement de sa dyili- 
satton. Une fois la Intte engiigee, les attaqoes des Francis 
furent prindpalement dirigees contie le New-York, dont 
I'extention ]usqa*aox lacs faisait la def do Canada. Le Mas- 
sachusetts , le New-York d te Coanedicat se Ugoteent k di- 
yerses reprises poor lUre des imipdons en Canada ; mais 
s'epoisirent tenement par ces expMitions, qoe te Massa- 
chusetts enyint ksetrooyer redoitk creer on papier mon- 
naie. La paix n'eut pas plustdtetesignee, en 1696, k Ryswyk, 
que la guerre de la successten d'Espagne menafa de nou- 
vean les colonies. Le New-York, qui dans la guerre prece- 
dente ayait tant souffert, condut, en 1702, ayec te France 
uue convention de neiitralite, dont le resultat fut de faire re- 
toniber toutes ics diargcs de la guerre sur teMassadiiiaetts, 



M 



Stats-unis 



Ces droonstaaoet le tlitermiateent ^ restituer TAcadie k 
la couroniie; et le New-Jei^ley, affaibU par des dissensions 
fBttrieures, se rtonit ao New-Yori, qal gardait la neutrality : 
wdou d'aillears pea ayantageuM poor lul, et qd dura jns- 
qii'eo 173a. 

j Latf eolonieft eorent anaal beauouop k aooffrir des suites 
'de la goerrei En 1703 les planteors de la Caroline surpri- j 
tent dans la Floride lavllle de8alnt*Aa(pistin; mais en 1706 
is eurenl k repousser one attaqoe tentie par les EspiH^nols 

Ibnireleur floritsante Tfllede Charlestown. Ges ^TdneoienU, 
fifaits am errh>yables d^rastatlims commises k Pimtigation de 

%pagne par les Indiens , v61uisifent ^galement la Caroline 
la n^eesshi d'toiettreanpapier-monnaie. La pafai d^Utreclit 
rendit eniln, en 1713, am ooloides la tranquillity dlontelles 
•vaient tant besoin. Dte lors en effet les ^taUissements du 
Aid se trouTtant k Pabri des eontlnuelies d^r^dations Jns- 
qn'alors commlses par des nbfftn marrons A qoi les Espaguols 
lotimissaient toujoors dea anaes. 

L* es e latagedes n^gre saraitM introduit dans les CO- 
loaies dtt sod dte Pann6e 1680 par ki HdUandais. L'emploi 
des esclaves oontriboa extraordinalrement, sans aocun •lonte, 
am progrte de la mise en culture de la Caroline et ile la 
Vfrginie; mats on dnt dte lorspresseotir les dangers ins^ 
parables de cette degradation syst^matique de la race hu- 
nalne. La trfate shnation o5 se troovatt la Caroiino en 1716 
Memrina les habitants de oette eolonie h faire abandon k 
la coaronne de tous leun droits et priyil^es moyennant 
12,&00 livres sterling; etelle ftit akm d6clar6e proyinoe 
n>yale. Ge changement fiit solTi, en 1729, d'uae mesure utile : 
h diyision de ce territoire en Carolins diLsud et Caroline 
du nord. 

La crise qui rtolta poor les ^tablissements rrancafs du 
Missfssipi des operations finand^rea de Law flt uo instant 
redouter am colonies anglaises la prise de possession saU par 
la France, soft par FEspagne, du territoire desert situC entre 
les fleuTes appel^s Savannah et Alatamaba. Le Frank's 
one foig parvenus k s*etablir soUdement sur les fronti^res 
mdridionales, 11 ne devait pas leor etre difiicile do r^aliser 
leur ancien projet de relier le Canada an territDine du Mis- 
iisafpl, sur le flanc des possessions anglaises. Ce grave peril 
lUt detonme , non par le minislte Walpole, qui e|ait alors 
MUX aflaires, mais par la patriotiqne et inteiligente initiative 
dequelquesparticttUers.En 1783 II se cr^a k Londres« sous 
la direction du philanthrope lord Oglethorpe, una society 
qui obtint de Georges II des lettres patentes fiour la Ion- 
dation d*ttne colonie nouvelle entre la Caroline et la Floride 
espagnole. Oglethorpe lui donna le nom de Qeorgie^ en* 
Fhonnenr du roi regnant, etemmena avec lui un grand nom* 
bre dlrlandaia paovres etde mendiants anglaig. Arrive sur 
les bords du Savannah , ii y fonda la viUe du m£me nom. 
La colonie ne put que langnir, avec one population depuis 
longtemps deshabituee du travail ; die ne fit de rapides 
progr^s que lorsqn'un grand nombre de momtagnards 
eeoMais et de protestaots exputees du diocte de Sahlioni^ 
etde la Suisse, fhrent venus s'y etablir, et qnand Oglethorpe 
eut reussi k flaire depenser k laSociete one somme de 216,000 
Hvres sterlfaig. 

La guerre de la succession d*Antriche et la lutte qui en 
1739 edata dans les Indes ooddentales entre TEspagne et 
PAngieterre entratnerent aossi les colonies du sud dans 
des inttes avec leurs jalom voisins. En 1732, Oglethorpe, 
apres avoir inutilement tente one attaque centre la Floride, 
repoussa les Espagnols entr6s en Georgie an nombre de 
2,000 hommes et sulvis d'one horde d^esclaves desertenrs. 
It etait natural que les colcmles du sud, pen peupiees et 
dont les forces se trouvaleot bient6t epuisees, soupirassent 
aprb la paix ; les florissants Atats de la Nouvelle-Angleterre 
apprirent au contraire avec Joie, en 1744 , par la declaration 
de guerre entre PAngieterre et la France, qu'il allait de 
noovean Icur etre permis de se mesurer avec leurs cons- 
tants ennemis du Canada, et commenc^rent par venh en 
tide de toutes mani^res au pelit nombre de troupes en- 



voydes par le gouvemeroent pour la defense de PAcadie, 
Au printemps de 1744 le Mi^ssachusetts, le Connecticut et 
le New-Hampshire entreprirent meme k frais communs, sous 
les ordres du planteur Pepperell et avec Passistanoe de hi 
flotte royale, une attaque contre Louisbourg, forteresse fran- 
false bitle sur le cap Breton, qui fut contrainte de capi- 
tuler le I*' mal. La prise de Louisbourg, dont les fortifica- 
tions avaient oottte plus de trente millions k la France, et 
qui passalent pour le boulevard de la puissance frangaise 
en Ameriqoe, etait bien faite pour exalter l^amoor-propre 
et Pesprit goerrier des populations. Aussi nliesiti^reDt-elles 
pas k mettre snccesdvement le siege devant les differentg 
forts flran^ dela froncti^du Canada, lorsqne la nonvelle 
de Parrivee prochalne d'nne foruiidable flotte ftanfalse, aux 
ordres dn due d*Anville, vint repandre une alarme generale. 
Mais des accidents de mer detnUsirent cette autre armada 
avant qu'eOe pftt attehidre les cdtes de PAmerique; et les 
Franfais se aentirent alors si fidbleSy qoe Jusqu*! la paix 
d'Aix-la-Cbapelle ( 1748 ) Qs n'entreprlrent fins rien eontre 
les colonies anglaises. Le traite de paix rcndU Looisboarg 
k la France, mais laisaa indedse la questkm des fh)ntieres 
du Canada, au vif meoontentemeht des popidations de la 
Nouvelle-Angleterre. 

Les colonies s^aper^orent alors, pour la prendre fois, 
que leur cause n^etalt pas la memo que celle de la metro- 
pole et de son commerce, et qn'elles avaient )usqu*li present 
sacrifie leors U-esors et le plus pur de leur sang k des in- 
terets qui leur etalent etrangers. Le Massachusetts, de tous 
ces nouveaux £tats celui qui avail fUt le plus de sacrifices, 
avail emis pour 2,200,000 liv. st d*on papier*monnaie qui 
perdait k ce moment 92 p. 100 de sa valenr nondnale, et qui 
rendait d^nne dilficulte extreme toutes les relations com- 
merciales. Le pariement consentit tontefois k prendre k sa 
charge une notable pariie de ces pertes, de sorte qne le 
I^IasRachusetts put retirer son papier-monnaie de la cbrcu- 
latioD. Les colonies du sud, qui reforent egalement une 
indemnite, gaspiiierent ces ressouroes et tomb^rent dans 
une confusion extreme. La conclusion du traite de paix 
avec la France n^etait point encore connne, que la lutte re- 
oommen^ait sans declaration de guerre prealable sur les 
fronti^res du Canada. Toutes les colonies , sauf les trois 
plus m^ridlonales, se confedererent en 1764 en un congres 
general tenu k Albany, oh, representees par leurs gouveme- 
ments respecUfs, elles deiibererent sur les mesures de defense 
commune k prendre contre les Franks. Le mhilst^ rejeta 
par defiance les resolutions du congr^s general, et proposa 
on autre plan, que les colonies repousserent k leur tour , 
parce qu'eiles y crurent voh* la pensee secrete de deferer 
quelque jour au pariement le droit de determiner la nature 
et la quotite des imp^ k preiever sur les colons. 

Pour proteger d^une maniere plus efficace les frontierea 
du sud, le gouvemement avidt annuie des le mois de juin 
1752 les lettres patentes acoordees k pgletborpe pour la co- 
lonisatton de la Georgie, devenue le theAtre des -plus deplo- 
rabies conflits hiterieurs, et Pavaitdeclaree province royale. 
Afin de pouvoir mieux defendre les fronti^res de PAcadie , 
le mhiistere s'empara aussi, en 1749, du territoire de POhio 
k hi possession duquel les Frangais eievaient des preten- 
tions^ et le concede k une compagnie qui eut mission d'oii- 
vrir des relations, amic^es avec les sanvages. Tontefois, 
cette mesure fut hnpuissante k arreter les progrte que les 
Frangaia do Canada faisaient de plus en plus vers le sod. 
En 1755 les colonies resolurent done, d'accord avec le ge- 
neral anglais Braddok, arrive k la tete de quelqnes regiments 
de renfort, d'entreprendre contre les forts fran^ Niagara, 
CrowDpoint et Duquesne sur les ftontieres du Canada, une 
expediticm, qui ne fut suivie que de revers. 

Enfin, k la grande Jole dea colonies, to metn^Ie dedara 
formellement hi guerre k la France en mal 17M. Les colo- 
nies , surtout le Massachusetts et le New-Yorfc, redoobl^rent 
alors d'eObrts; mais Pincapacite des geneniux anglais Aber- 
crumbie et Loudon, pour qui d^ailleurs les milices coloniales 



1^.TATS^UMS 



^talent un ohjet de defiance et de m^rift, entraya et fit 
^louer les plans ies plus liardis, de sorte qua les Franks 
piirent porter toujours phis an sad leur ligne de defense eC 
la rapprocber des froDli6res de la NonTelle-Angleterre. Ge 
Tut settlement en dtembre 1756, k Tarrifte aux affaires du 
c^l^bre William Pitt, corote Chatham, qu'ane direotlon 
plus benreose (tit impilrote k la guerre. On rtelut de re- 
prendre Lonisboarg. A cet efTet, on rtenit dans le port 
d'Halifai une grande flotte atec un corps de d^barqnenient 
de 11,000 bommes, idns! qo'une nombreose artiUerie, et en 
mtoie tempe on projeta de fiitre attatpier par des troupes de 
Ugne Ies forts fran^ dtofH sur ks lacs. Mais Loudon, qui 
h la retraite de Chatham, ayait M InTCsti du commande- 
ment en chef, demeura inactif pendant toute Tannte 1757 
sous Ies plus (biiles pr^textes. En juin 1757 Chatham revint 
au timon des afbires, d^termina les colonies k faire des 
preparatifs immenses pourlacampagne de 1758, et envoya 
en Am^rique une flotte formidable, avee des forces de tcrre 
^piivalentes. Le 26 juillet 1758 le fort de Louisbourg tut 
rMuit k capKuler. Pendant ce temps-lit Tarm^ de terre, 
forte de 16,000 hommes de tro«pes de ligne et de milices, 
parrenait, k travers des obstades de tous g^res, jusqu'aux 
lacs, mais sans pouToir expulser les Fran^ais de leurs re- 
trancberaents. La prise de possession do fort Frontenac et 
du fort Duquesne, ^tacute Tolontairement par reBoeml , fot 
le seul fruit de eette exp^litioo. Les colonies firent encore de 
plus grands efforts poor la campagne de 1759, qui eut pour 
r^ultat d'an^antir la puissance fran^ise en Amdrique. Les 
milices ooloniales comroandto par le g^ral Amherst s'em- 
par^rent des importaats forts de Tieonderoga et de Crown* 
point, et, sons les ordres du g^n^ral Johnson, du fort Nia- 
gara. Le gto^ral Wolff, k la t6te d*on corps mixta, enTahit 
le Canada, et le 18 septembre il contraignit mtoie Quebec k 
capituler. Dans une derail campagne, en 1760, Amherst 
€t Murray achcT^rent, la conqu6te de toot le Canada, en 
s'em|>arant de Montr^l et en diassant les Franfais de tous 
les autres points fortifies qo'ils occupaient encore. 

La paix conclue k Paris le 10 §6n\er 1763 assara aux 
Anglais la possession de PAoadie, do Canada et du c^ 
Breton. 11 fot stipule que le thalweg du Mississipi forme- 
rait ddsormais la ligne do dtomrcation des possessions 
fran^aises et anglaises au sud, et que la navigation de ce 
fleuTe serait libre poor les deux nations. L*An^eterre obtint 
de I'Espagne, en ^change de la restitution de la Havane, la 
Florida et tout le tenitoire quo cctte puissance avait ju^ 
qu'alors poss^6 sfir la riye orientale du Mississipi. Cest 
uuiquement k Pin^puisable richesse, k la Constance et anx 
immenses sacrifices de ses colonies que FAngleteire ^tait 
rederablede T^norme accroissement de territoire qne cette 
paix lui aTBit valu. Les STantagea que les colonies tirtrent 
des triomphes de la m^tropole ne forait d'ailleors pas 
moindres. D^rmais tears fhmti^res se trouTftrent k I'abri 
de toute attaque, de mdme que les ressourees de leor com- 
merce et de leur naTigation doabMes. Dte Ukts anssi elles 
purent ourrir k Touest del d€boachte illimitte au torrent 
de leur active et entreprenante population. 

Au moment oh fot conclue hi paix de 1763 la popolatimi 
des diflSrentes colonies s^^evait k 1,300,000 Ames, dont 
500,000 poor la Nouvelle-Anglcterre. Dans les colonies du 
nord il n'existait qu'nn trte-petit nombre d'esclaves, tandis 
<pi*au sud Hs ^latent k pen prte aassi nombreux que les 
blancs. La production des mati^res premieres restait toujours 
la principale ressoorce des habitants. Leur industries se 
boniait k la pratique des metiers les plus uidispeiisabies, 
entray^ le plus souvent par les r^lements restricUfs de 
U in^tropole. La Caroline avail troav^ de nenveaux moyens 
d'^hange dans la culture de rind(go et du coton , et la 
Georgie dans oelle de la sole. L^pritde nioraliti, les habi- 
tudes de travail et trdconoinie domlnaient g^n^ralement dans 
les Families; on y possMait en abondance tous les objets 
ii^cessaires k fo vie , et nne nomhreuse po$tMt6 y ^tait 
coiiaid6r<^ oomme la plus grande b(in<k)iction du del. Re- 



89 



trempd dans sa luttecontre la nature et anohli par one cons- 
titution llbre, le cafact^re du planteur se refl^tait daus let 
tendances essentiellement d^ocratiques dela vie politique. 

Aprte la oondnsion de la paix de 1763, il ne put tapper 
& peFsonneqneles colonies ang|ai«es,de rAm^rique do ^'or4 
louchaient k nn moment de criso d^sive dans leurs rap- 
ports avec la mdtropole. Leur attitude pleine de confiancci 
et les diacoors deleurs agents t^moignaient qu^dles ac- 
quteieot de pins en plus le sentiment de leur force. Qu«^ 
ques sacrifices qu'dles se fussent imp(is6s dans la dernl&ro 
guerre, dies n^avdeat pofaitd'aussi profoudes blessures k ci» 
catriser que la m6re patrie, k qui un Id ^tat de choses ne 
pouvait manquer dMnspirer de Tenvie et de la ddfianee. 
Dans rimposdbUit^ d'all^er <iutrement le fardeau toasant 
de la dette de la vidUe Angleterre , le parlement crut juste 
et convenable de fdre supporter aux colonies une part pro* 
portionnelle des charges sous lesqudles succombait la nu^« 
tropole. L'^tablissement d'un impOt au profit du tr^i an* 
glais porut une mesnre uou-seulement Suitable, mds en- 
core politique, parce qu^eUe oonstaterait le droit de souve* 
rainet^ de TAngleterre sur ses colonies. Le roi Georges III, 
son mmistre B u te et les torys, ence moment k la direction 
des aflaires, virent en outre dans la creation de cet impOt uo 
moyen de donner plus de force au prindpe de Tautorit^ 
royde, c'e8t*li-dire au despotlsme, tant eh de^ q^i^au ddi 
des mors. 

Le bruit se r^pandit bientOt qne lord Bute m^tait non-€eu- 
lenient d'^blir un impdt sur les colonies, mais encore d'o* 
p^rer dimportantes modificatioBa dans leurs constitution! 
politiques et rdigieuses. Au mois de mars 1764 le pariement 
declare incidemment qu'il avdt le droit d*4tablir des imp6U 
et des droits de douanes dans les colonies ; et en avril 
snivant il y frappa d'un droit d'entrte ^quivalant k une 
prohibition les sucres strangers, le cafo, Tindigo, le vto e^ 
les soieries venant des Indea orientales.; Ce qui Irritales 
colonies, ce fut mdiis Pitahlissement de ce droit, qu'on 
pouvdt k U rigoenr condd6rer comme une mesure ooin- 
merdale , que le prindpe prodam^ par le parlement Ja- 
mais» k biea dire, les colonies ne s'^ient refos^ k con- 
tribuer anx charges de la guerre;- mais dies entenddent le 
fdre par leurs organes constitutiomidsy par leurs congrte 
coloniaux. En leur quality d*AngUds Ubres, aind quails ^ient 
qualifite dans les divenes chartes en vertu desquelles s'6- 
taient successivement formte les colcmies de TAm^rique 
du Nord , les colons pr^tendaient avoir le droit de s'iraposer 
eux-mtoies. Dte lors toute disposition faite sur leur bourse 
par one corporation ou une autoritd dans laqudle ila n*^« 
tdent pas represents, leur paraissdt une attaque k leur pro- 
pria priv^ one violation flagrante de la constitutioB an- 
giaise. Toutefois, danalesreprSentations qu'dles pr^nt^- 
rent imm^diatement eontre la nouvelle loi de douaues, les 
colonies n'ostoent point eiiGure aborder la question de drolL 
Le goovernement anglais ne vit done dans leurs reclama- 
tions qu'nne protestation eontre ra«dette mAmede I'iuipdt, 
et en 176511 fit adopter par le parlement deux bills, dont 
Tun introdoisdt TimpOt du timbre dans les colonies et dont 
raohre leur unposait TobligatioQ de foumir aux troupes 
royales des logQmenls et dM vivres en nature. Ces denx 
lois,odieuseseaellea-m6mes, n'avuent pas cette fois Texcuse 
d*6tre des mesures conuBercides ; dies n^^ent que le tk^ 
sultat des flagrantes usurpations du parlement. 

Les Am^ricains sachant Uen que lapremi^taxe I^s-^. 
lativement ^td)lie ear eox par le parlement, constituerdt 
un prMdent dont plus tard on invoquerdt tuujours Tautoi*. 
rit^, prirent la forme rAsdution de nNster par tous les 
moyens posdbjes k Pextoition de oes deux bills. La pressa 
quottdienne, d^jft puissante dors et menace dans son exis- 
tenee par T^tablissement du timbre , s'assoda de toutes Ml 
forces k ce mouvement de rteistance. L(bs assemble colo» 
niales du Massachusetts, de Rbode-Idaud, de Connecticut » 
•ill New-Jersey, de la Pensylvanie, du Maryland et de la 
Caroline du sod se r^unlrent au mois d'octobre 1716 | 



94 

New^York en eongrte gfnMi. On j d^dara les deux bills 
ill^ux, en mAme temps qu'on adreftsa an parlement une 
d^daratioo de droits et de griefs. En mtoie temps il se 
forma dans le people des associations dont les membres 
s'engagirent k n'acheter et k nu consommer aocone mar- 
claandise anglaise, k faire Tider dorteavant par det aibitres 
tbutes lenrs contestations judidaires, afln de se soostraire 
ainsi an payewent de rimp6t du timbre. Qoand le bill du 
timbre fut mis en vigueur, le 1*' novembre 1765 , les cours 
de Jostioe elles^ntoies refus&rent de tenir la main k son ex^ 
cation. An mois de mars 1786 , cedent aux pridres da 
commerce anglsis, qu* en ^prouvait on notable pr^jadioe, 
le nouTeao minist^re Rockfngliam, d'accoid ayec le parle- 
ment, sappiima Tacte da timbre, mats rendit en mtoie temps 
un bill de d4ekartUion qni mettait k n^anttontes les r^so- 
latious da congrte colonnial , et attribnait de nooTeaa aa 
parlement anglais le droit de rendre toate esp^ de lois et 
de r^ements poar les colonies. Cette declaration et le main- 
tien de la k)i relatire k Tentretien des troupes emp^^rent 
les AmMadns de voir dans le retrait de la loi da timbre 
une mesnre de conciliation. 

En mal 1767 le cbancelier de I'^iiqaier Townshend 
prtenta k la sanction du parlement une loi qui dtablissait 
dans les colonies one taxe sor le tii^ , le verre, le papier et. 
les couleors fines, et une autre loi en vertu de laquelie un 
drawlHiek oousidenble ^tait accord^ anx thds entoy^ 
d'Angleterre dans les ports d*Iriande et d'Am^riqne. Le 
gouTemement pensait que le taux minime de ces taxes 
triompberait de la r^stance des colons , d'autant plus que 
grftce aux droits d^ drawback, les n^godants anglais ^talent 
d^rmais en mesure de leur foumir des th^ k bien meil- 
leur marcb6 que les contrebandiers bollandais. Mais les 
colonies ne se laiss^rent pas prendre k l*app&t de Tint^r^t 
priT^. A Boston, ob farent 6tablis les premiers bureaux de 
douaiie, il ^data k cetie occasion de sanglants conflits ; et 
les dtoyens ainsi que les autorit^ constitute eUes-m£mes 
se refus^rent a loger les troupes arriTte dans leur ville. 
Les gouTemeors ayant prdiib^ les stances des congcte co* 
loniaux, les membres de ces assemble n'en tinrent pas 
raoins des rtenions particoliftres, dans lesqudles s'oiigani- 
sa la r^istance contre les usurpations de la mdtropoie. 

Les pertes toujonrs croissantes du commerce anglais. Tat- 
titude ferme et r^lue des Am^cains et l*extension ef- 
frayante prise par la contrebande, d^dd^rent le gouveme- 
nient et le parlement anglais k recourir k une politique en 
apparence plus conciliatrice. Lord North, soccesseur de 
Townshend, supprima, d'accord a?ec le^parlement, la loi de 
douanes de 1767 ; mais pour laisser la quereUe ind^se, il 
etablit un droit d'entrte sur le th^ de trois pence par livre. 
Cette mesure artifideu3e, qui rencontre la plus Tive opposition 
au sein m6me du parlement, proToqoa une grande irritation 
dans les colonies. On s*6tait attendu k one solution qud- 
conque de la question de droit, et non point k des ^hap- 
patoires, et on r^.solut done imaniment d'opposer h Tastuce 
ropini&trete et au besoin la force. Les b&timents chared 
de the appartenant k la Compagnie des Indes ( man&o^ de 
tomber en faillite par suite de I'accumulation de ses. mar- 
cbandises, pour lesqudles die ne trouvait plus de d^bou- 
cbte ) furent repouss^ des ports d'Am^ique en vertu m^me 
d'ordonnanoes ^mante de la justice, lis ne pouvaient en- 
trer qa*k Boston, et encore grAce seulement k la protection 
des vaisseaux de guerre anglais. Toutefois, dans ce port 
m^me, le 18 d^cerabre 1773, dix-huit individus d^guis^ 
on Indiens assaillirent le Ikamouth^ b&timent diarg^ de 
the, defonc^rent les caisses contenant la pr^cieuse mar- 
chandise et jet^rent soleunellement k la roer nne Taleur 
de plus de 18,600 liT.sterl. Le gouverneur du Massachusets, 
Hutcheson, homroe qui sembic d*aiUeurs avoir eie en tout 
ced le mauvais genie de I'Angleterre, d^pdgnit cet inci- 
dent k la cour sous les couleurs les' plus rembrunies. Le 
parlement se laissa aiors aller k rendre, en mars i774, unt 
aerie (le bills qoi dedaralent le port de Boston en etat de 



feTATS-UNIS 



blocos k partir da I*' juin, rapprlmaient U constitution do 
Blassachusetts, et, en empietant sar le territoire des diffe* 
rentes colonies, ordonnaient que la provfaice de Canada s'e- 
tendrait desormais depois les lacs jasqu'au Mississipi. 
Oes resolutions equivalaient k une dedaration de guerre, et ^ 
les colonies ne s'y tromp^rent pas non plus. Tandis que les | 
sodetes popubdres deiiberdent sar la situation de la chose 
publiqne, encoorageaient les dtoyens k scanner, veiliaient 
k ce que diacun s'absttnt exactement de' consommer des mar- 
chandises anglalses, et, d'acoord avec la presse, preparaieot 
les esprits k une dedaration d'independance, un congres 
general des colonies de Massachusetts, New-York, Rh(^e- 
Isbuid, New-Hampshire, Pensyivanie, Maryland, Virginic^ ., 
Caroline du nord, Connecticut, Georgte, New-Jersey et De- 
laware se reunitle I*' septembrel774, k Philaddphie. De- 
laware, la plus petite des colonies, s*etait separee d^ 
I'annee 1710 de la Pensylvanie, et etait devenue ainsi in- 
dependante. Ce fut Pannee saivante sealement que la Caro- 
line dn sud, plus particuli^rement favorisee jusqu'alors par 
le gouvemeknent, accede par patriotisme au congr^, de 
sortequMl y entalors une veritable ligue entre lestreize colo> 
nies, fbrmant autant d*£tats independents, 

Ce congres renfermalt tons les bommes qui dans les co- 
tonies passaient pour avoir le plus de talent, de droiture et 
de patriotisme, et suppieait au defaut d'autorite par one 
dignite et par une unanimite de sentiments bien rares. II 
envoya au roi et au pariement des petitions et des adresses 
dans lesquelles les colonies d^Amerique protestaient de leur 
attachement k la mere patrie , promettaient lear concours 
constitationnd pour supporter les charges de T^t, et de- 
mandaient en echange la paix, la liberie et la securite. D*au- 
tres adresses furent envoyees au Canada et aux colonies iso- 
lees. Ces demarches, tontes padfiques, n'empeeherent point 
le coDgres de prohiber, k dater du 1*' decembre 1774, toute 
importation de produits de I'industrie anglaise provenant 
des ports de I'Angleterre ou de ses colonies des Indes occi- 
dentales, el, k dater du 10 septembre 1775, toute exporta- 
tion des produits des colonies pour TAngleterre. Le congres 
se separa le 36 octobre, apr^s avoir dedde qu*il se reunirait 
de nouveau le 10 mai 1776. Tootes les assembiees coloniales 
et populaires adbererent bautement k ces resolutions. Le 
general Gage, qui commandait k Boston les forces anglaises, 
ayant pris une attitude mena^ante , fortifie le port et es- 
saye de mettre k execution les mesures ordonnees par le 
parlement k regard du Massachusetts, on s'attendit k voir la 
lutte edater au premier jour. En consequence, on construi- 
sit des moulins k poudre, on mit la main sur les caisses 
publiques et sur les objets d^armement appartenant au gou- 
vemement, en memo temps qu*on demanda des arroes k la 
contrebande. Un comite de sOrete, qui s^organisa dans le Mas- 
sachusetts, de toutes les colonies la plus menacee parPAn- 
gleterre, parvinten peo de temps k mettre sur pied un corps 
de 12,000 hommes, compose en grande partie de milices, 
et reunit des quantites considerables de munitions k Con- 
cord. Detds actes etaient certes de nature ^ exciter les plus 
vivos inquietudes dans la metropole : aussi, lorsquele par- 
lement se reunit an commencement de Tannee 1775, auto- 
risa-t-il immediatement la cooronne k employer desormais I& 
force des armes. Le 9 fevrier le Massachusetts fut dedare 
en etat de revolte, et deux autres bills^ interdircnt tout 
commerce avec les colonies. Le commencement des liosti- 
lites jsuivit de pr^s ces dispositions legislatives. Le 18 STrit 
1771 Gage fit detruire par un fort detadiement Papprovi- 
sionnement de munitions reuni k Concord ; mais dans sa 
retraite le corps expeditionnaire eut k soutenir k LexingtoQ 
un combat des plus sanglants contre les milices du Massa - 
chusetts. Toutes les colonies s^empressercnt alors de faire 
marcher sur Boston des troupes et des milices, qui nc tanl^« 
rent pas k former un corps de 20,000 bommes, avec lec|U(4 
on entreprit le siege de cette ville. £n meme temps leconii(6 
de sOrete faisatt partir Taudadeux colonel Arnold k\h tet« 
d*un petit cordis poor les fronti^res du Canada, ou, au moi ^^ 



ETATS-UNIS 



85 



St mu, il 8*einpara des forts Hconderoga et Crownpoint, 
ainsi que des b&Uments de guerre anglais en station sor 
ie lac Champiain. Get beureui coup de main meltait les 
clelli do Canada au pouToir des insuig^ am^cains. 

Cependant le congrte se r^onit de noavean le 10 mai k 
Philadelphie, pourrut k r^quipeuent d'une arm^ en errant 
trois millions de dollars de papier-monnaie, et chdsit War 
shington poor commandant en chef de Tarm^e des co- 
lonies uniesy vrec Putnam, Ward et Sbugler pour com- 
mandants en second. On ordonna aussi la formation d'une 
escadre, qui rendit d'abord de grands services, mais qui plus 
tard Alt an^antie par les flottes anglaises. Gomme lis ^talent 
encore fort nombreux oenx qu^eflarouchait la simple id^ 
d'une deration d*ind^pendance, le congrte, pour donner 
cette satisfaction k leurs scrupnies, rMigea une demi^re 
adresse au roi, dans laquelle les colonies oflraieot encore de 
se soum^tremoyennant qu^on leur garantlt leurs droits. Mais 
Georges III refusa obstin^ment d'accepterun pareil com- 
promise et rencontra les mtoies dispositions dans le parti 
tory, sur lequel s'appuyait son gouTememeut. Les colonies, 
qui connaissaient leurs forces et qui calculaient avec beau- 
coup de justesseque la mdtropole s^^puiserait infailliblement 
et inutilement dans cette lutte lointaine, comprirent que le 
sort en 6tait jet^, et d^s lors se mirent en devoir de pour- 
suivre leur but en d^ployant une Constance, une fermetd et 
une activity toutes particuliires. 

A la suite de quelques escarmouches, les troupes coloniales 
occup^rent, le 16 Juin 1775, Les bauteurs de Bunkershill, qm 
dominent la ville de Boston. Gage fit donner T^ite de ses 
troupes, et ne r^ssit qu^aprte de nombreuses et sanglantes 
attaqoes k ddoger Tcnnemi de ses positions. Les colonies 
mirent k profit IMnstant de r^pit qui solvit alors pour orga- 
niser leur systtoe administratlf et pour Clever des retran- 
cbements sur les c6tes m^ridionales, oil le g^^ral Lie prit le 
commandement des milices. Gage ayant c6d^ le comman- 
dement k lord Howe, le 10 septembre , les troupes royales 
chercb^rent plusieors fois k rompre I'armte am^ricaine, et, 
pour d^tourner Tatteution de rennemi, incendi^ent Fal- 
mouth et quelques autres locality voisines de U c^te. Mais 
les Amiricains gard^rentleurs positions, et occup^rent mtoie, 
le 16 mars 177G, les hauteurs de Dorchester, d'od iis canon- 
n^rent si vivement Boston, que Gage se vltcoutraintd^^vacuer 
la ville avec sun corps d'ano^ r^uit, k 3,000 honmies et 
IMK) loyalistes on individus d€voufyik la cause royale, pour 
gagner Halifax ? dans la Monvelle-^sse , en abandonnant 
son artillerie et ses munitions. Vers la m^e ^poque, le 
congrte et Washington envoyirent des troupes et des mi- 
lices, aux ordres de Montgomery, en Canada, dontla popu- 
lation t^oooignait d'une vive sympalhie pour la cause am6- 
ricaine. Montgomery se rendit maltre des forts de la firon- 
ti^re, enleva Montr^l le 12 novembre, mais fut tu^ sous 
les murs de Quebec, dans un aasaut livr^ le 31 d^cembre. 
Les debris de son armde, ^puis^ par le froid, la faim et la 
fatigue, durent alors rqirendre la route de Crownpoint. 

Pendant que ces ^v^ements se passaient, le gooveme- 
ment anglais ordonnait la confiscation de tous les b&timents 
qui tenteraient de oommercer avec les colonies insurg^ , 
et d^r^talt l*^uipement d'une nouvelle flotte ainsi que 
la formation d'une arm^ de 55,000 hommes. Les disposi- 
tions de Topinion publique en Angleterre rendant les enrO- 
lements tr^difficiles, le gouvemement anglais achela aux 
petits princes allemands de Hess(9-Cassel, de Brunswick, de 
Waldeck, etc., 12 k 15,000 hommes de leurs sujets charge 
de porter les armes contre les colonies am^rfcaines. L*^lec- 
teur de Hesse-Cassel g^gna k lut seul, pendant la dur^e 
de la guerre, environ 80 millions de francs k ce com- 
merce de chair humaine. L'amiral Howe, frke du gdneral 
en chef des forces de terre, reQut le commandement superieur 
de la flotte, qui arriva k Halifax au printemps de 1776. Le 
g^i^ral Howe r^solot d'attaquer les Am^ricains sur trois 
points. Clinton fut charge des'emparer des colonies du sud, 
et Burgoyue de ncttoyer le Canada. Howe lui-m6me, k la 



tMe du principal corps d'arm^ fortde 30,000 hommes, dont 
13,000 Hessois, se propo^ait d'occuper New-York, et soitd'o- 
p^w sajonction avec Burgoyne, soit de pAi^trer en Pen>- 
sylvanie. En^cons^uenoe, U passa d'Halilkx k Long-Island ; 
mais, avant de commencer la lutte, 11 essaya d'eatrer en n^ 
godations avec quelques-unes des colonies s^par^ment, et fit 
aussi des ouvertures an congrte et k Washington. Le con*- 
grte, de son c6t^ pour pr^vcmir toute rupture de la conf<M6- 
ration, prodama solennellement, le 4 Juillot 1776, k la ma- 
jority de sept £tats, Tind^pendance des£tats-Unis. Quelques 
semaines plus tard, les six autres colonies, qui au moment 
de ce vote d^sif avaient constitu^ la minority, New-York, 
New-Jersey, la Georgie , la Caroline du nord, le Maryland 
et la Delaware, adh^rirent, elles aussi, k la declaration d'in- 
d^pendance. Ce ne fut cependant, k bien dire, que le 4 oc- 
tobre suivant qu'eut lieu la fondation de la f^dtetion am^ri* 
caine. Lecongrte, non plus que Washington et son armde, ne 
se trouvait pourtant pas dans une situation brillante au mo- 
mentoil eut lieu cet acte qui devait avoir desi immenses conse- 
quences. Les uns et les autres, lis manquaientd'argent et d*au- 
torite, car le papier-monnaie, dont 11 exlstait d^jk des masses 
en circulation, perdait cliaque jour de sa Taleur en presence 
de la mis^re g^nerale et en Tabsence de tout commerce. 

Les operations des Anglais avaient commence de& le mois 
de juIn, parce queCUnton etComwalUs avaient marche avec 
des forces hnportantes sur la Caroline du sud, oil cependant ils 
echoudrent dans leurs efTorts pour s'emparer de Charles- 
town, quoique cette ville ne fUt defeudue que par des mi- 
lices. Washington, dont Tarmee se trouvait tellement afTai- 
biie par la fkmiue et les maladies qu'il lui restait k peine 
14,000 hommes sous les armes, y compris les milices, prit 
dans une telle situation le parti de se bomer k la defensive. 
Au mois de septembre Howe, repoussant une division 
d'insurges, s^avanga jusqu'k THudson, et occupa New-York, 
que les Americains evacu^nt sans mtoie tenter de resister. 
Washington alia ensuite prendre une forte position k Wbite^ 
Plains; mais, k la suite de divers engagements malheureux, 
il se vit contraint, le 10 novembre, de traverser PHudson et 
de battre en retraite vers le New-Jersey. Pour comble de^ 
malheur, comme la duree du temps de service n'avait et6 
fixee qu'k une annee, des regiments entiers depos^rent les 
armes k ce moment; et, imitant leur exemple, les milices, 
decouragees par le mauvais suocto que la lutte ayait eu 
jusqu'alors, abandonn^rent aussi les drapeaux. Dans cette 
extremite, Waslimgton conduisit son armee, reduite k 3,000 
hommes, derriere la Delaware, mais n'en redouble pas moins^ 
d 'efforts pour combler les vides causes par ces defaUlances 
dans les rangs des defenseurs de IMndependance americaine. 
Vers cette meme epoque, le congrto, qui depuis la fm de 
decembre, avdt transfere son siege k Baltimore, Tinvestit 
d'une veritable dictature, qui Tautorisait k se faire livrer 
meme de force tous les approvisionnements neccssaires pour 
soutenir la lutte et k hitroduire une severe discipline dans- 
I'armee nationale. Le petit corps americain envoye sur les 
fronUeres du Canada contre les troupes anglaises commandees 
par Burgoyne n'avait pas ete moins malheureux que Tarmee 
principale. Le general anglais avait rejete jusqu'au lac Cham- 
plain les Americains commandes par Gates, detruit leur 
flottille, et pris Crownpomt ; cependant, il n'avait pu se rendre 
maltre de Ticonderago, desorte qu*il lui avait ete impos- 
sible d'etablir ses communications avec Howe par Albany. 
Comme Howeattendait pnidemment le retour do printemps,. 
Washington rappela le corps qui se trouvait encore dans la 
New-Jersey sous le9 ordres de Sullivan, et resolut de re- 
monter le moral de ses concitoyens en frappant uu coop 
hardi. Le 25 decembre 1776, traversant inupinement la De« 
laware, il surprit les Anglais dans leur camp de Trenton ,^ 
oil il fit prisonniers trois regiments allemands; et le 3 Jan- 
vier 1777 li battit le general Cornwallis k Princetown. 

Cette victoire et Tarrivee, au printemps de Tannee 1777, 
d'un grand nombre de volontaires etrangers, parmi lesqueb 
on remarquait suiloul Ic marquis de Lafayette et les Vop 



80 



ETATS-TJNIS 



lonais KosciuEko.et Pulawslii^ inspiciraiit au AmArioaiDS 
une nouTeUe ooBfianoe. On esp^ra dte Ion troayer deft 
allies en Europe, odcbacim siiiTaitaTec la plus Thre aaxMK 
les pliases diTerees de cette lutte. C'cslanrtout en Franee, 
pays oj^ d'ailleara ae pr^parait une autre r^volattoDy que le 
peuple prit la part la plus bruyante anx ^T^nements dont 
PAmdrique ^tait le tb^Atre; et la cour cUe-m6Bie, quoique 
d^testaut lea id to et lee jnincipea qui ayaleot aamA la 
lutte , eacourageait et soutenait en secret les faiaurgte am^- 
ricainsen baine de TAngleterre, son ^temelle ennemie. 

Howe coufut enfin, en Juin 1777 Je pibjet d*attaquer Phi- 
ladelphie; mais, tronvantla Delaware rendue irapratieable, 
il se dirigea ayec la flotte et les troupes k ses oidres yers la 
bale de Cbesapeak, oil il d^barqua dans le Ifaryland; Pour 
couTiir Philadelphie, Wasbin^n prit position en face de 
lui sur la rive gaucbe du Brandywine; mais 11 fut battu le 
i 1 septembre, par suite de la superiority taotique des Anglais, 
de sorte qu'ii se yit rMult k abandonner la Pensylyanie. Le 
25 septembre, le congrte se transfte k Lancaster; et le 4 
octobte suiyant Wasbington ajant attaqiid k Germanstown 
ua corps anglids conaiddrable , ent encore une lois le dessoos. 
Pendant que les Anglais prenalent leurs quartiers d'biyer k 
Philadelpbie, il ^tait obligA de se r^fugier ayec les debris 
de son arm^ dans uneoontrfe sauyage et d^serle, aux en- 
virons de Valley-Forge, od il passa lliiyer dans le dtoue- 
ment le plus entier. Malgr6 les tebees r^it^r^ et Timpnis- 
ganoe absolue o6 se tcouyait le congrte de yealr en aide k 
rarm^, les AmMsains ayaient le droit de porter la t6te plus 
baut que jauMis. En effel, dans le eourant de oe mtaM M 
le g^n^ral Gates, d'aocord ayee Arnold et Putnam, ayait 
pu r^unir sur les frontiires dn Canada un corps presque 
uoiquemenft compost de milices, ayec lequel, k la suite de 
quelques engagements heureux, il ayait compMtement battu 
\h 7 octobre k Saratoga, non loitt d*Aibany, les Anglais aux 
ordres de Burgoyne; et qnelqnes Jours aprte, Burgoyne s'e« 
tait yu rtfuit ^se rendre piisokinier ayec son corps, fort a 
ce moment de 3,&0Q bommea seulement, mais qui nagu^ 
•encore pr^sentait un effectif de phn du double. Cette yic- 
toire modifia d^antant plus eompldtemeDt la situation, qu^a- 
lors Louis XYl, cMant au yaw g^n^al de la France, se 
d6cida k prendre le parti des £tats-Unis centre I'Angleterre. 
Le 6 fiiyrier 1778 fiit sign^ A Yeraaflles, ayec TenToy^ Fran- 
ce Un, btt traits de commerce et de d^liensemntuette par le- 
quel le ooogrto s'engageait k ne jamais conclure de paix 
s^r<te ayec I'Angleterre, ni sans la reconnaissance de la 
«omplMe ind^pendanoe din £tats-*Unl8 par cette puissance. 
En mtoie temps la Fnnce declare la ^rre k I'Angleterre 
-et arma deux flottes, une grande, k Brest, sous les ordres 
de d'OryUfiers,el une moindre, 4 Tonbm, sous les ordres de 
d'Estaing. 

Ayant que la campagne de 1778 conmenvAt, Howec^a 
le commandement en chef des forces angliises k ClintoR, qui, 
pour ne pas se trouyer bloqud par les Francais dn oM de 
la mer, 6yacua Pfailadelphie ayeo 13,000 faommes, et se retire 
dans la yille de New-York. A oe moment Washington aban- 
donna sa position de Yalley-Forge, et le 39 JuiUet il yint 
attaqner, k Moomoutb, GUnton duis son movyemedt retro- 
grade, mais sans poay(Sr empOeher les Anglais de le oonti- 
nuer. Clinton ne fut pas plus tM arriy^ k New-York que 
d'Estabg parut sur la c6te et yint bloquer la flotte anglaise. 
Mais k la demande de Wastafaigton, d'Estaing dut se rendre, 
ayec ses dooat tkisMBUX de goerre, k New-Hayen, que Sul- 
liyan ^tait cbargii d^tfaquer narterre ayeo un corps d'armte. 
L'amiral anglais Howe suiyit les Francais; mate, assailU en 
nmte par une ferte tempdte , force hii ftit de rentrer k New- 
York, tandls que cPEstahig, sous pr^texte de r^parer sa 
flotte, se rendit k Boston. Les Am^ricains Airent si exasp6r^ 
de cette inexjpllcable oonduKe de l'amiral ftan^ais, que 
Washln^on ne parrint pas sans beauooup de peine k pr^- 
server de toute insnHe les alli^ de PAm^rique. D*Estaing 
transfi^ra ensuite dans les Antilles le th^fttre de ses opiira- 
tions; cA de son oM Clinton r^olnt de transporter la guerre 



dans les colonies du sud, od il comptait rencontrer en abon* 
dance tout ce dont son arm^ pouyait ayolr besoin , une plus 
bible r^sistanee et Tappul des Ipyalistes, trte-nombrenx 
dans cette'contrto. Dto le 17 d^ceo&bre 1778 un corps' an- 
glais, command^, par Campbell, d^barqualt en Qeorgie. Ce 
g^oMi^erapara de Sayannab, groiipa ihitoor de iul di- 
yerses bandes de Unfolistes, et pte^tia jusque dans la Ca* 
roline du sud , sans rencontrer de r^slante. 

Le congrte enyoya alors ao sud le gto^ral Lincoln 4 la 
tdte d'on corps ^arm^ compost, pour la plus grande par- 
tie, de milices, et qui ne r6u8sit qu'4 sauyer Pimporfante 
yille de Cbarlestown. AfTaibli par le d&uement et les mala- 
dies, Wasfamgton dot passer toute I'annte 1779 k Westpoint, 
et se homer k suryeiller de Ik les mooyements des Anglais 
dans le New- York. Les succis remport6i par les Fran^^ 
dans les Indes orientdes d^termin^rent I'Espagne k declarer 
la guerre k I'Angleterre, dans Tespoir de reconqu^rir Gi- 
braltar et les Florides. Tontefois, le traits de neutrality que 
la HoUande, la SuMe, le Danemark et la Rusde conclurent 
le I*' janyier 1780, et qui bientdt aprto fut suiyf d'uhe de- 
claration de guerre de PAngleterre k la HoUande, exer^ 
autrement d'influence sur les destuito de rAm^rique. Apr^s 
ayoir, pendant rautonme de 1779, commis les plus affreuses 
d^yastations sur les cOtes de la Yirginie pour determiner 
Wasbington k abandonner ses positions, Clinton ^yacoa 
New- York le 20 d^oembre, en y laissant 6,000 bommes, et 
alia op^rer en Georgie sa joncUon ayec le corps de Campbell. 
En 1780 il acheya )a soumisslon de la Caroline du sud, aprfes 
avoir contraint Gbarlestowu k capituIeT k la sdte d'un d^ 
opinlAtre. 6,000 prisonniers, 400 pitees de canon, 4 fri- 
gates et d'immenses apprbyisionnementB en tout genre ayaient 
^ les trophte de cette yictoire. II reyint ensuite k New- 
York, lalBnnt dans lesud, aux ordres deCocnwaliis, un corps 
de 4,000 bommes, qui exer^a les plus efftoyables devasta- 
tions dans oes £iat8. Waslnngton, penAint oe temps-Ik, 
etait toojours teilemeiil depourvu dlMmmes, de munitions 
et d'argent, que fbrce lul etait de demeurer temoin impas- 
sible des ravages eommis par Clinton su^ les cOtes de New- 
York et de la "^^rginie. Cost dans ce moment de supreme 
detresse ok se trouvait le congr^s, bien molns k cause de 
repuisement des forces du pays que par defaut d'autorite, 
qu'&rriva le 1" juUlet 1780 k Rhode^Island une escadre de 
sept valsseaux de guerre flrangais aveo 6,000 bommes de 
troupes auxiliaires aux ordres de Rochambeau. Cet eve- 
nement releva sans donle le courage des Americains; mais 
Wasbington n'en rests pas moinstoujours dans nmpossibilite 
de rien entreprendre, et telle etait encore la pennrie dans 
laquellell setrouvaitau commencement derannde 1781, que 
ses troupes, degradees par lamisere,en yfnrentplusleurs fofs 
a se mutlner ouvertement. La France consentlt alors k prater 
siezemillionskraidedesquels U fut possible de mettrel'armee 
en etat de tenlr b oampagne. 

Tandls quelJifkyette, k la i&te d'un corps s^pare, s'efforfait 
yainement de mettre obstacle aux devastations de Comwallis 
dans les Carolines et la Yirginie, arriva vlcforieuse la flotte 
fran^aise aux ordres de I'smiral de Grasse, qui mft k terre 
3,200 bommes, et alia bloquer New-York avec 28 bfttiments 
de guerre. Washington abandonna alors avec Rochambeau 
la {Msitkm de'New-Wendsor, fit croire k Clinton que son in- 
tention etait d'attaquer New-York, puis se detouma tout k 
coup, pour passer en' Yirginie, oil il entana Comwallis k 
Yorktowtt, et des le 17 octobre 11 le oontraignait k capituler 
avec les 7,000 bonmies places sous ses ordres, en meme 
temps qu*k lui liyrer son artlUerie dt ses magasins. 

Pour la premikre fois les AmeHcains s'abandonnerent k 
^ne joie sans homes k Toccaskm de cette yictoire. Les An- 
glais, qui avaient fini par s'epulser pen k peu par suite de 
la tacfique de temporisation adoptee par Washhigton, se 
trouvaient maintenant, k leur tour, tellement aftaiblis quMIs 
etaient Iiors d'etat de rien entreprendre. Comme de Grasse 
s'etaiteknpiesse de rctoumer en Europe, Wasbinj;ton ne pou- 
yait songcr k rcprendre CUarlestown. U se relira done vera 



£tats-unis 

rHodaon , k Teffet d*]r atteodre rinstant fovorable pour atta- 
qner Clinton. Mais Iw dtestras esaayte, tant sor mer que 
sor tern, par les armes britanniqoeB donnftrent alore en An- 
gleterre one telle fi>roe an parti de la pais, que lord North, 
oblige de donoer aa dtoisaion, Ait ranplacd k la direotkin 
des affairoB par Roe^n^uun, Sbelbameet Fox. Iiea nou- 
▼eanx mfnistras ^talent sans doote rtelusk Tigoareusement 
oontiniier,8*illQMait,lagDerre8Qrnier; mate Us n'en essays 
rent pas moUis, quoique fort inutilement, de oondore one 
paa s^par^ a?ec les Am^ricains, et ii oet effet enTojftrent 
Carleton, bonmiecondliattt,qui orait jnsquealors command^ 
dans le Canada, ramplaeer Clint<»i k New-yoit. La tlctoire 
natale remport^ par Tamiral Rodney atur leeomte de Grasse 
et les iaotiles efforts tentte par les Espagnols contre Gi- 
braltar hftt^rent le r^ablissement de la paix g6n6Fale. Les 
prfliminairesy ayant pour base la reoonnaissanee de I'm- 
dependence des itats-Unis par rAngleterrdy en forent ai- 
gn6s le aonoTembre 1783, k YervallleSy od ae trou?aient les 
Aoi6ricabu Adams et Franklin. Dte le moia d'octobre, le 
corps anxiUaire fran^ avait qnitt^ le continent amMcain 
poor se rendre am Ant&les. Toutefoia, Tarmte amMcaine 
ne Tit pas sans regretarriver le moment de son Ueenciement, 
parce qoe les diyecs £tais se troaTaient malntenant hors 
d*etat As pomnroiraa sort des soldata, ainsi qa*ila a*y ^talent 
poortant engagfe formellement en lea enrOlant. Aprte de 
longnes n^gooiations, on finit par decider qoe les ofBders 
recevreient one indemnity ^Iralant k dnq annte de soldo. 
Quant aoz simples aolldats, on lea indemnisa, ponr la plus 
grandepartie, en tear distribuant des terrea. Lore de la paix 
definitive, aign^e k Yeraaillea leS aeptembre 1783, PAngle- 
terre concede k aea anciennea colonies an prolongament 
de firontiires josqu'eu Canada et k la Ifouvelle'Ecosse. 
Plusieurs tribos indiennes, entre antras les Cinq, de- 
Tenties mafaitenant lea Six Nations, dont il a ete f ait mention 
plus baut, pasairent egslement seius la protectiun des £tats- 
Unis. Par saite d'on compromia avec les loyailstes , l*eTaeua- 
tion deNewyoric neinterrectnee que le 25 novembre; aprte 
qaoi , Wasliington liccDda eoiapietement I'armee d^ le 4 
decembre suiyant, et, abdjquant ses ponfoirs , rentra no- 
blement dans la vie privee. 

La gnerre qui assure Tindependance de PAmeriqne du Nord, 
qm detruisit la menavante snprematie exercee josque alors 
aur les mers par TAngleterre, et qui jeta eomme aiitant 
de brandona d'inoendle les idte de Ubeite et d'egalite dans 
les vieilles sodetds europennes , se trouvalt malntenant 4er- 
minee. Mais les itats-Unis, parrenos an comble de leurs 
▼max, etaientmoins lOtres et surtout moins heareo$ qn^on 
AC a'y etatt attenda La gnerre avaltoottte 13S millions de 
dollars (675 millions de firancs) ,8ans parler de la masse de 
proprietes partlcnliires detraites ou devastees , et n'avait 
pas d^ore moins de 76,000 hommes en etat de porter ies 
armes. Le congrte se retirait laisaant une dette publique de 
63 millions dedoUara (215 millions de franca), Independam- 
nent des empmnts oondos en France et en HoUande. Cette 
dette oonstetidten on papierinonnaieoompietement d^prede, 
qui rendait d^une dificulte extreme toutes les transactions 
eommerdales. La repobliqae etait sans credit, sans antorite, 
sans constitution proprement dite. La lutte des deux partis 
entre lesqnete se diTiseencoreaouonrd^bni Topinion publique 
nux £tats-nnte rendait des plus difficiles la construction d'un 
^ifice sodal de qnelqne soUdite. Les democrates on repu- 
blicains purs voulaient que la puissance politique fOt par- 
fagee entre tons les £tats; les federaltetes, au contraire, insis- 
taient pour qu^on fondAt une federation avec nn gooverne- 
ment central trte-fort. Ni Fan ni Tantre de ces partis n'at- 
teignit compietement son but Dejli, pendant la guerre, les 
diirerents £tata avaient aecommode leurs Tieilles constitu- 
tions respectives av drconstances. Enlin, en mars 1787, le 
congrte convoqua k Pbiladelpliie nne reunion generate de 
deputes des divers £tats, qui redlgerent alors la constitu- 
tion federale envigneur encore aojourdlini aux £taU-Unis. 
Cette constitation fut acceptee k la guile de negocialioii 



87 

particuli^res siriviesavee cheque Etat ; RbDde-Island n'acceda 
k I'Union qa*en 1780. 

Washin(^ ayant ete flu president le 1** fevrler 1789, 
oonvoqna anssitot le congrto, conformement aux prescrip- 
tions de la constitation noovelle. Le retabiissement de 
Pordre dans radmfaiiatmtton, la reorganisation du pouvoir 
jodiciaire et dee millcea nationalea, fkirent les qoestions qui 
attirbrent toot d*abord son attention. U s'occapa ensuite de 
l e g nl a ri ae r la dette publique, et d'en assurer Famorttssa- 
ment an moyen de legers droits de dooane, mais non sahs 
renoontrer d'aillenrs nne vive opposition dabs ta mise k exe- 
cution de cesdUrerentes mesures. H crea ensuite k r£tat un 
revena legaHer par IMttbllssement d'un impOt sur I'indus- 
trie et la propritte , et enfin 11 fondaune buiqoe nationale. 
En 1791, l'£tatde Vermont, qui avail jusqae alors fait partie 
de l'£tat de New-Yoit, s'en detacba, et fat admte dana i» 
confederation, dont 11 forma desormals le qnatonitoe£tat- 
Uni ; en 1792, le Kentnclcy, josqn'alors paitie de laTirginie, 
en devlnt le quimitae. Qoand, aux termes de la constitu- 
tion, lea foncttooa presldentiellea vinrentii expker, en 1793, 
lea diirerenta partis , eo presence d'nne guerre europeenne, 
se reonbrent pour reeUre Washfaigton. 

Dans les discossions dn congrto relatives au commerce et 
k la politique exterieors , les chefs du parti federaliste , pour 
la plupait amis particuliers du president, avaient toujoiirs 
declare que lUnfon Americainedevait rester neutre dans les 
conflits enropeens, et qn'au lieu de gaspUler ses forces k en* 
tretenir une flotte militaire, il lui fallait au contraire s^at- 
tadieravantfouti s'aasurer des debouches avantageux pour 
ses matieres premieres, an moyen de traftte de commerce 
con^s danft un esprit liberal. D^ les traites conclus eu 
1778 avec bi France, en 1782 aveo laHollaude» en 1783 avec 
la SoMe, en 1785 avec la Prusse , avaient eu ce principe 
pour base. Washbigton, quand eclata la gnerre generate 
oontrela France revolutionnaire, maintint, lui aussi, la poli- 
tique nationale, et publia, le 22 avril 1793, une dedaraUon 
de neutralitei suivant laquelle les vaisseaux portant le pa- 
vilion de rUnion ne pouvaient etre arretes et visites qu'en 
cas de contrebande. Une partie de la nation, les democrates 
surtout, virent dans cette dedaration un acte d'ingrati- 
tude k regard de la France menacee et un indice des se- 
cretes sympathies du president pour TAngleterre. Les adivea 
relations eommerdales qui s^etablirent des lors entre TAme* 
riqne et TAngleterre determinerent m^me Washington k 
condure avec cette puissance, le 19 novembre 1704, uu 
traite de commerce et d'amitie, que suivit l*annee d'apr^s 
un traite semblable avec TEspagne. L9 premier, quelque 
avantageux qu'il fOt pour I'Union , puisqo*iI ouvrait k son 
commerce les ports des Indes orientates et occidentales , 
n'en exdta pas moins on vif mecontentement, parce qu'U ren- 
dait impossible toute participation des £tats-Unis kH guerre 
soutenue par la France contre i'Angleterre, c'est-i-dire 
contre Tennemi common. Aussi, en meme temps que des 
agents fran^is cberchaient k provoquer dans les differf nts 
£tats de TUnion d'energiques protestations contre la poli- 
tique soivie par le gonvemement federal, le Piredoire de- 
darait le traite de commerce et d'amitie condu par les 
£tats-Unis avec I'Angleterre une infraction k la neutralite 
et une violation du traite condu avec la France en 1778. 
Ces reprocbes etaient fondes, car le traite de commerce et 
d'amitie, condu avec I'Angleterre autorisait ies Anglais, au 
mepria du grand principe qoe le pavilion couvre la mardian- 
dise, k rechercher les proprietes ennemies qui pouvaient 
se trouver k bord des bitiments americains. 

Washington depose ses pouvoirs en 1796, au milieu des 
violentes discussions provoquees sans cesse par les questions 
de politique exterieure. Pen de temps anparavant le Ten- 
nessee, d-devant partie de la Caroline du nord, avail ete 
admis^ faire le seizieme l^tat de Hlnion. Quoique la poli- 
tique exterieure suivie par Washington e*t amgnlierement 
nui k rinHuence du parti federaliste , on dut encore pour 
president John Adams, Tun da amis de Washington. La 



68 

Vranoe ayatit prohiM, le 31 octobre 1796, rmtroduction de 
toutes esp^c«8 de marchandises anglaises, gtaa oonaid^rable- 
tnent alnsi le commeroe des Aro^ricaiiis. Rompant ensoite 
Jes n^fictations peodantes ayec rUnion, eUe rendit en 
janTier 179ft une k>i oontre le commerce dea neotres, ^i- 
▼alant k une dtelaration de gaerre contra ies fitata-Unia. En 
consequence, on mit Ies c^tes en ^t de defense, on anna 
une flotte, et on rtonit mtoie une annte dont Washington 
prit le oommandement Mais la dtnation dans iaquelle se 
tronvait le Directoire empdcba la guerre d*6:later; et aprte 
ia r^Tolation dn 18 brumaire le premier consul Bonaparte 
concluty le 30 septembre 1805, avec PUnion Am^ricaine, nn 
traits de commerce dans lequel 6tait de noureau reoonna 
le principe que le pavilion couvre la marchandise. Une 
grande transformation eat lien cette mtene annte dans I'^tat 
•des partis de l*Union, attenda que Jefferaonftat port^ h la 
prfeidence, grftce 4 1'ascendant pris par le parti dteiocra- 
tique. A son entrteen fonctlons, Ies ctats-Unis oomptalent 
une population de 3,S05,000 Ames; et en 1802 le territoire 
^e rohio Alt admis k former le dix«septitoe £tat de I'Union. 

Jeffersop d^buta en 1801 par chatier et hnmilier le dey 
de Tripoli , puis il dirigea son attention sur la sitaatiun de 
to Louisiane, qu^k la grioide terreur des Am^cains, rEspagne 
^vait secritement M6d k la France en 1800. Bonaparte , 
ayant besoin d^argent pour recommencer la guerre centre 
TAngleterre, vendit, en 1803, eet immense territoire aux 
£tat8-Unis, moyennant 15 millions de dollars ( 75 millions de 
francs ). L'acqnisition de la Lonisiane est incontestablement 
le plus grand ^vdnement de Tbistoire des £tat»-Unis depois la 
declaration de llndependance. Ce ftitalors seulement que l*U- 
nion ent unefronti^re solide; elle devint maftressede tout le 
baastn du Mississipi et du BIbsouri, et put librement com- 
mercer sur tout le paroours de TOhio. Le renouvellement 
des hostilites entre la France et TAngleteire ftit d'abord trte- 
profitable aux Americains , one decision rendue en 1801 par 
le cabinet anglais ayant eu pour consequence de foire paner 
entre leurs mains, comme puissance neutre, tout le oom- 
tnerce colonial des Francis et des HoUandais. Mais dte 
1805, alors que JeiTerson eut ete pour la seoonde fois eia 
president, le gouTemement anglais par Jalousie supprima 
ies tolerances exceptionnelles dont Ies batiments americains 
ayaient Jusqu'aiors ete i'objet En consequence, il lea soumit 
au droit de visite, Ies declare de bonne prise tontes Ies fois 
que Toccaaion s'en prescnta et se permit memo k leor boid 
ia presse des matelots pour recruter Ies equipages de aes 
propres navires. Le congrte repondit k ces actes par sa 
resolution en date d'aTril 1806, qui apporta de notables et 
genantes restrictiona k Timportation des marchandises an- 
glaises , et en n*eieTant aucone reclamation centre la decla- 
ration de blocoa lancee par Napoleon contra tooa Ies ports 
britanniques. 

L'Angleterre se montrant de plus en plus arrogante et 
hostile, Jefferson ordonna, le 2 juiiiet 1807, la fermetore daa 
^rts de runlon poor tous Ies navires anglais ; et, afin de 
souatraire Ies dtoyena de TUnion aux effets des decrets de 
Napoleon anssi bien qu*4 ceux des orders in council du 
gouTernementbritanniqoe, lecongrte rendit le 22 decembre 
de la memo annee Bon oeidire aete<rembargo, qui interdisait 
aux Americains de naTiguer yen des pays etrangera. Cette 
meanre bardie paralysa, il est vrai, le commerce d'exportation, 
qui en 1807 etait monte de 63 ii 108 millions dedollars ; mala 
elle n*empecha paa lea Anglais de continuer k saisir Ies navirea 
americains et k detmire en dteil leur llotte oommerdale. Na- 
poleon et lecabinetde Londres ,cfaacun de leur c6te, persistant 
opiniitremcnt dans leur politique maritime, le oongris flnit 
par former indistinctement Ies porta de l*Union anx bAti- 
menta anglais et francais, de memo qu'aux produits manu- 
factures des deux penples, en vertu de son decret do I*' mars 
1809 connu sous la denomination de non intercourse act. 
En meiae temps Ies navires natlonaux furcnt autorises k 
frequenter de nouveau tous Ies ports etrangers, k Pexception 
lie oeux de PAnglelerre et de la France. 



ETATS-UNIS 



Jefferson transmit en 1809 la presidence k Madison, 
qui conserra, lui aussi, ces fonctions pendant huit annees, et 
qui suivit Ies memos prindpes politiquesquelson predecessenr. 
Tons deux a'efforo^rent de realiser dans l*administration le 
plus d'economies possible en reduisant oonsiderablement 
Teffectif de la flotte et de Farmee; tons deux oombattirent 
Ies tendances centralisatricea de la banqoe nationale, qui pa- 
ralysaient le deToloppement dea institutions similaires creeea 
dans lea dirers £tats, et apporterent le pins grand zeie k 
fidliterles conununications des £tats de Test et du sud aa 
moyen de la canalisation de lenr territoire, dejli oommencee 
par Washington. Le denombrement fait k I'arriTee de Madison 
k la presidence eonstata que la population totale de ItJ- 
nion 8*eie?ait d^ii k cette epoqoe k 7,239,000 Ames. 

Le nouTeau president entama dea negociationa ayec Ies 
deux puissances maritimes, et obtint de Napoleon la promesse 
du retrait dn decret de Berlin, sons la tondition que l*An- 
gleterre renoncerait aussi aux mesuras identiques qu*elle 
aTait prises de son c6te; en consequence, ies ports de PUnion 
fnrent routerts en 1811 anx batiments franca. Mais le 
triomphe complet remfiorte dana le congrea par le parti 
democratique et Ies actea de Tiolence commis chaque jour 
sur mer par le gooTemement anglais empecherent la coa- 
dosion d'un accommodement semblablable vrec Tancienne 
mere patrie.Les projets con^ des lore par lea £tat8-Unis 
oontre Ies Florides espagnoles entralent aussi poor beaocoup 
dans Ies causes dMrritation redproqnes. Dte 1810 Madison 
STait ordonne la prise de possession de la Floride ocdden- 
tale, parce qu'on conslderait tout le territoire s^etendant 
juaqo^au Perdido comme faisant partie de oelui de la Loni- 
siane, formellement admiseen 1811 k constituer le dix-hai- 
titeie £tat de TUnion. Le gouTeraeur de la Georgfe re^iit 
ensuite I'ordre d*entrer en negodationa avec Ies habitants 
de la Floride orientale et de s'emparer de cette proTince k 
litre de gage ponr certahies creancea repetees centre l*Es- 
pagne par le gooTemements federal. L'Angleterre fit en- 
tendre de mcna^antes protestations oontre ces enyahisse- 
ments ; mais dies demeurferent inutiles, de sorte que cheque 
parU en Tint k armer et que la guerre leooniuien^ aprte 
de longues mais pen sinceres negodationa. 

Dte le mois de juillet 1812, Tamiral Hope effectnait le 
blocus des cOtes des fitats-Unis avec une flotte nombrense. 
Les Americains, ne pouTant opposer k Tennemi quHm petit 
nombre de vaisseaox de guerre, armerent en oorsairea nn 
grand nombre de bAtiments de commerce, qui, ayee une 
aodace et un bonlieor inoub, exercferent lea ploa mineoses 
depredationa. C*est ainsi que dte les denx premieres annees 
lis 8*empar6rent de 218 bAtiments de commerce anglais 
portent 574 canons et des masses enormes de marchandises , 
et monies par 5,106 hommes d*equipage. Les entreprises 
tentees aurterre par les Americaina forant moins henxensea. 
Au mois de Juillet 1812 le general Hull envahit le bant 
Canada, mala fut reponsse par les AngUis et lea Indiens, il 
dut mettre has les armea k Fort-Detroit. Wardsworth eut 
le memo sort avec un petit corps sur les bords du Niagara. 
En 1813, rarmee americaine, forte de 42,000 hommes et 
oommandee par Harrison, euTahit le Canada, mala n^ put 
rien bire , k cause de son kdisdpline et aussi k cause de 
Hncapadte de aon general , et ae fit battre en detail. I^ 
general Dearisorn r^ussit seol le 26 avril k a'emparer d'York, 
chef-lien du haot Canada et oft ae tronraient des approvi- 
aionnements considerables. Le 10 septembre Perry captora 
sur le lac Erie la flottille anglaise chargee de proieger le 
hant Canada, Harrison battit lea hordea indiennea aor 
lea rites du Thomaa. Mala oes atantagea furent nols, parce 
que, vera la fin de Tannee, lea Anglais a^emparerent du fori 
Niagara , cie des £tats de rUnion. Pour apaiaer le mecon- 
tentement cause dans Ies masses par la niine complete 
du commerce , le congr^s supprima le 31 mare 1814 Tern* 
bargo de memo que Tacte de non intercourse; mais oelte 
mesure ne remedia pas k (;raod*cliose, parce que Pamiral 
Cochrane dedara Ies ports americains en etat de blocas. km 



^ATS-UNIS 



pritttenips de 1B14, les Anglais d^barqo^nt sur plusieurs 
points, enleT^rent le fort d^Oswego, parfutement fortifi^; et 
le 19 juittet 12,000 de leurs T^ttons mirent en d^ute 
complete una armte am^caine non ioin des chutes du 
Nlaf^ra. 

L^amiral Cochrane accomplit alors ayec le g^n^ral Ross 
Tacte de destruction le plus sauvage de tonte cette guerre. 
Teas deoXy faisant mine de vouloir attaquer Baltimore, 
lemonttrent le Potomac. Tandis que Gordon, avec one 
psrtie du corps exp^itionnaire, d^tniisait les forts War- 
tmrton et Alexandiie, Ross, h U. tdte de 6,000 hommes, 
marchait sur Washington, ville ^rig^ depub 1800 en 
eapitale de lUnion et si^e du gonyemement fiid^ral. Le 
24 aoAt il attaqua les roilices postte k Bladenburg, les 
mit en fiiite et entra le soir dans la yille f^rale» oh il in- 
cendia le capitole , le palais de la prudence , les arsenaux , 
les chantiers et toutes les propridtte publiques. Les Anglais 
marchirent ensuite sur Baltimore , oh ils comptaient com- , 
mettre les m^es actes de yandalisme. Aprte ayoir disperse 
6,000 Am^cauis qui ayaient pris position k pen de distance, 
le colonel Brook arriva, le 13 septembre, deyant cette yille, 
d<ifendiie par 15,000 hommes et de nombreui ouyrages. II 
ne tarda pourtant point h 6tre contramt de battre prteipi- 
tamment en retraite, parce que Cochrane ne put pas p6- 
n^hrerayec sa flotte dans le Patapsco, rendu impraticable. 
En mane temps les Anglais s*emparaient d^une partie du 
Maine; et le gonyemeur du Canada, Preyost , enyahissait 
r£tat de New-York k la t6te de 14,000 hommes. Mais les 
Anglais perdirent leor flottille sur le lac Champlain , et Pro- 
yost dut hattre en retraite. 

Pmdant oe temps-Ui le gtoi^ral Jackson au sud ayait 
contraint les tribus indiennes k demander la paix ; et alors, 
k la tftte de 6,000 milidens, il courut k la Nouyeile-Or- 
l(^an<, oh 15,000 AngUiis STaient d^barqu^ le 15 d^mhre. 
Jackson attaqua, le 8 Janvier 1815, oes troupes, complies au 
nombre des meilleures de leur sitele, en fit un efrroyable 
carnage, et les contraignit k se raipbarquer en toute hftte. 
i<a Intte se tormina par cette yictoire; en effet, dte le 24 
o^cembre 1814, la paix ayait 6i& signte k Gand sous la me- 
diation de la Russie. Aux termes de la convention qui m- 
tervint alors, les £tats-Unis n^osisterent point sur le 
liiaintien du principe que le pavilion doit couvrir la mar- 
chandise, non plus que sur la pr^ention des AngUds de 
faire U presse des matelots k bord des navires strangers. On 
se restitua do part et d'autre toutes les conqu6tes faites. 
Ln revanche, les Am^ricains s*engagirent k ne plus tol^rer 
la traite des n^es d^Afrlque et k coop^rer k la destruction de 
cet inl4lme trafic. 

La paix ext^rleore contribua beaucoup k consolider la 
paix int^rieure. Le congr^s appliqua dto lors sa plus cons- 
tantc soUicttude k fonder une marine militaire, et k partir 
de 1815 la population se jeta avec ardeur dans les voies de 
rindustriey en m6me temps que par la cr^tion de nombreux 
canaux ti chemins de fer, elle agraodissait le cercle d'a?;tion 
de son commerce int^rieur. Dte le 3 juillet 1815 les £tats- 
Unis oonclurent avec PAngleterre un traits de commerce qui 
assurait aux deux nations des avantages ^ux, et qu'avait 
pr^c^d^ un r^lement de navigation en date du 1*^ mars de 
la mtoie ann^. En 1816 le commodore Decatur vint faire 
devant Alger une d^onstration qui contraignit le dey de cet 
£tat pirate k respecter d^sormais le pavilion de TUnion 
am^ricaine. Dans cette mtaie ann^ 1816, l*admission do ter- 
ritoire dlndiana dans TUnion porta k dix-neuf le nombre 
des £tats-Unis. 

En mars 1817 Madison ent pour snccesseur k la pr^i- 
deoce Monroe qui, tin une seconde fois encore comme ses 
pr^^cesseurs, .remplit ses fonctions jusqu'en 1824. Sous 
son administration, on admit k faire partie de TUnion, en 
1817, le territove do Mis&issipi; en 1818, le territoire de 
riUinois: en 1819, le territoire d'Alabama; ^n 1820, le 
Maine, et en 1824, le Missouri; de sorteque la fM^ration 
te eomposa alors de yingt-quatre £tats. Le deuombremeut 

laCl. OE I.A COiNVCHi. — T. IX. 



81> 

de 1820 donna une population de 9,638,000 Ames^ dont 
1,538,000 escLave. Les irruptions des Indiens des Florides 
amen^ent en 1817 Poccupation arbitralre de la ville de Pen- 
sacola par le g^n^ral Jackson, et par suite unnouveau conflit 
avec l*Espagne. Enfin, en 1819, 1'Espagne consentit, moyen- 
nant dnq millions de dollars k la cession des Florides qui, 
le 21 mars 1822, furent Incorporte au territoire de l^nion. 
Les fronti^res de I*Union fiirent anssimotablement reculte, 
par suite de U prise de possession du territou« sitn^ au nord- 
ouest de celui du Missouri, et par Toccupation do territoire 
de Columbia, d^pendance de la Lonlsiane. En 1822 on 
fonda, sur la c^te occidentale de TAfri^ue, Liberia, colonie 
de noirs libres. La m6me ann^ eut lieu la reconnaissance 
des l^tats-Unis du Mexique, k Tdtablissement desquels TA- 
m^que du Nord avail eu une part notable. Pour completer 
le r^seau de canaux et de routes destin^e k reliei un jour 
Toc^an Atlantique k Tocdan Pacifique, le congr^, sur la 
proposition de Monroe, yota une somme de vingt millions 
de dollars. En ce qui louche la politique int^eure, Tatten- 
tion du pr^ident se porta surtout sur la crtoUon d^une 
utile centralisation administrative, sur la formation d*une 
armde et d'une flotte, et sur la mise en ^tat de defense du 
\ittoral et des fronti^res. Une fois la paU r^tablie, les finances 
de rUnion prirent un tel essor, qu*on put soccessivement 
supprimer toutes les taxes et tons les droits k rint^rieur. 
Des difficulty qui survinrent avec la France furent aplanies 
par un nouveau traits de commerce, sign6 le 24 join 1822 ; 
et les difl(§rends avec la Russie k Toccasion de la delimitation 
des fronti^res de Touest, se terminerent par un traih^ 
conclu k Saint-P^tersbourg le 17 avril 1824. 

A la suite de relations qui k partir de 1822 sMtablu^t 
entre les Grecs et les ]^tats-Unis, le president Monroe se vit 
contraint en 1824 de dtelarer que les £tats-Unis ne pou- 
yaient tol^rer Tapplication des principes de la sainte-alliance 
k leur mode de commeroer^ et qu'ils la consid^raient comme 
de nature k compromettre le maintien de la paix du monde. 
Le 4 mars 1825 Qhlztj Adams, fils de Tanden pr^ident, 
succ^a k Monroe; mais en sa quality de f^d^raliste, ou 
d'aristocrate, il adudnistra d'une mauiere pen favorable aux 
int^r^ts des £tats m^ridionaux et occidentaux. Pour affran- 
chir autant que possible TAm^rique des clialnes de la poli- 
tique commerciale de I'Europe, llJnion, k partir surtout de 
rann(^ 1825, Inscrivit en t6tede tous ses traits le principle 
de la liberty et de la r^iprocit^ en mati^re de commerce; 
principe en conformity duquel des trait^s de commerce lu- 
rent conclus sous la pr^sidence de Quincy Adams avec la 
SuMe, le Danemark, les villes Aos^Uques, la Prusse, la 
Sardaigne, Oldenbourg, la Turquie, la Russie, le Br^ii et 
les £tat8 de TAm^rique du Sud. Quand les trait^s de com- 
merce pr^c^emment conclus avec rAngleterre vinreut k 
expirer en 1828, ov: ne put pas tomber d*accord sur les 
bases d^un nouveau trai.:^; et par suite on laissa sommeiller 
pendant quelque temps le r^lement de la question du terri> 
toire de TOr^gon. Cependant, unnouveau tarifdedouaues^ 
introduit k Tmstigation de Quincy Adams hdater du 1*^ sej)- 
tembre 1828, menaca toiijuurs d^amener do nouvelles com- 
plications dans les rapports de TUnion avec I'Angleterre 
jusqu'en 1830, ^poque oh eut lieu une transaction favorable 
aux colonies anglo-am^ricaines \6s6es par ce oouveau tarif. 
Mais le tarif d* Adams provoqua aussi dans rint^rieur de 
rUnion les plus dangereuses dissensions ; et c*est au milieu 
de ces circonstances critiques qu^en mars 1827 Jackson 
arriva k la pr^sideiice, par suite de rinfluenoe de plus ea 
plus pr^poud^anle du parti d^mocratique. Les fitats plan- 
teurs et agricoles du sud ne voyaient dans P^l^vation des 
droits de douanes qu^une mesure prise pour lavoriser Tin- 
dustrie des £tats du nord, et msistaient d'autant plus vi- 
vement sur leur abaissement et m^me sur leur suppression 
absolue, que la dette publique devait se trouver compl^- 
tement ^teinte en 1834. Dans la Caroline du nord surtout, 
qui ne demandail pas sculement la liberty d*importatioa 
*. mais aussi le iibre commerce du riz et du colon, le peuplA 

12 



90 



ETATS-DNIS 



dare nuls les d^reU du congrte, et menaoa en mAsne temps 
Id gouvemeur de se detacher de la confi^d^tioD, si runion 
yoolait recoorir h la force. 

La questkm de fesdavage fut encore nne autre .caose 
de disMnsion entre le nord et le snd; question dont la so- 
lution ne peut manquer quelque Jour de mettre k une rude 
^preuve la solidity de TUnion. Les itats du sud, dont la pro- 
duction a pour base le travail des esdayes, consid^rent 
rinterdiction de la traite des n^es comme une conspiration 
des ^tats du nord centre lenr prospMt^, et persistant 
dans ces idta lorsque, k partir de 1827, lis les Tirent se 
d^barrasser In una aprte les autres de la l^pre de Tescla- 
Tage et pr^soiter au congrte des motions tendant k sa sup- 
pression dans tous lesttats de TUnion. Tandis que la Caro- 
line du sod se pr^paratt k lutter par la force des armes 
contre la grande mfjorit^ de llJnion, rteiamantrabolition de 
resclavage, le oongrte, en d^cembre 18S2, ouvrit la d61lb^ 
ration sur one nouvelle loi de douanes, oeuyre de Jackson, et 
qui fut difinitivement rot^ le 26 i^yrier 18S3. Aux termes 
de cette loi , un certain nombre de marchandises furent im- 
mddiatement aCGranchies de tons droits, en m6me lemps 
qu'un abaissement suecessif des droits existent sur d*autres 
mati^res deyait ayoir lieu de roanito k ce qu*en 1842 le tarif 
gto<^al des douanes eut subi nne diminution de 20 p. 100. 

A cette crise int^eure yint se Joindre une gnerre san- 
glante contre les Indiens. Dte 1830 le congrte avait rendu 
un bill dit det Indiens, par lequ^ le president ^tait auto- 
ris^ k assigner en toute propri^t^ aux tribus indiennes qui 
consentiralent k aller s'y ^tablir, le territoire appartenant k 
la confederation et situ^ k Touest du Ifississipi. Qudqnes 
tribus accept^rent cette proposition; d'antres la repous- 
s^rent et coumrent aux annes, qnand, en 1832, on youlut 
les contndndre k abandonner les £tat8 de Georgie, d'Ala- 
bama et dUlinois. £n 1834 on yit se soulever, dans la 
Floride, les SSminoles, tribu dlndiens Credu, qu*en d^pit 
de tous les efforts on ne put ni vaincre ni expulser des ter- 
ritoires quMb occupaient. Des modifications apport^es k la 
loi dedouanes n*Searent pas plus totr^tabli la tranquillity dans 
les £tats du snd, que la question des Iwiques yint pro- 
yoquer encore nne fois lea luttes de partis les plus yiolentes. 

La banque natioaale, fondle ^en 1801, avait M sopprim^e 
en 1811, k caose de la pression qu'elle exerfait lories trans* 
actions monetaires; mats de cette suppression r^sultirent 
bientOt les plus graves embarras commerdaax. En cons^- 
qnence, dte 18lfi on avait dO cr^r une nouveUe banque 
nationale, avec on privilege de vingt ans et un capital dont 
ie gouvemement s^engagei k former le tiers, soil sept mil- 
lions de dollars. L*etabHssement de nombreoses succnrsales 
aetrut tdlement Hnfloence de cette grande institution finan- 
d^re, qa*dle ne tarda pas k exercer le monopole du com- 
merce d'argent; etat de cboses dans lequel les d^mocrates 
virent un danger poor la liberty. Ce qui favorisait et sou- 
tenait tnrtoirt lea Immenses operations et le credit de la 
banque, e^est que le gonvemement se servait d'elle pour 
la perception de UmpOt et quMl lui deposait ses fonds de 
reserve. La buiqiie randait par Ik, sans doute, de grands 
servlees k rttat; mais fl etait peot^tre k redonter qn*dle 
I ne cedAt k la tenfation de (hire servfr les fonds et le credit 
de I^tat k donner de plus en t>lns d'extension k ses ope- 
rations particuli^res. En 1832, la banque s*etant adressee 
au congr(te k rdfet d*ob1enir la prolongation de son pri- 
vilege, la question M, 6fM6e en sa favour, grftce aux efforts 
de Paristoeratle d*argent et des federaUstes. Mais Jackson fit 
usage de son droit de veto, et perdsta dans sa determi- 
nation alors mAme que laa doutes repandos au sujet de la 
solvalHlite de la banque se furent dissipes. La discussion en 
etait ]h quand, en 1832, le nom de Jackson sortit une se- 
cunde fois de IHime pour les elections k la presidence. H 
rf!tira alora de la banque les fonds appartenant au gonver- 
nempnt, et r<^u«sit en 1836 k (hire decider par la diambr« des 
ivpri^ntants la niise en liquidation de la banque, dont le 
pririlege oefut pas lenouvde. Cependant die obtint encore 



du senat un privilege identiqne^ nuds nniqnement poor Umo- 
tionner cooame banque de Ptnsylvanik. Les democrates 
pay^rent cher lenr vietoire sor raristocratie d'aigent. La 
dissolution de la IwiqQe entratna la mine de ses succursdes 
et d'une foole de banques particulieres, aind que d'innom- 
brables faiUites. . 

Un difrerend entr^ les £tats-Unis et la France, an tajet 
du payement d'uoe somme de 26 ndUlons due comme in- 
demnite pour les pertes oansees an commerce de ItJnion, 
se termina en 1835, au milieu de la crise finandtee, k IV 
vantage des ^ts-Unis, grAoe k la mediation de TAngleterre. 
£n 1836 les territoires d'Arkansas et de Michigan furent 
admis k lUre partie de TUnioB qui se composa dors de vingt- 
dx £tatB, En mars 1837, Martbi VanBnren, du president, 
prit la direction des alfdres, et continua la politique de son 
predecesseur tant k ilnterienr qu*A Texterieun A s*effor^ 
de terminer padfiquement un diCrerend sorvenn avec TAn- 
gleterre an sujet d'un batean k vapeur americdn, la Caro^ 
lina^ bruie par les Anglais k Buffdo, de jnAme que les 
discussions anxqudles donnArent lien la delimitation des 
frontieres du Canada et la question dn droit deyisite.De 
puis 1834 la dette publique de llJnion etdt oompietement 
amortie : cependant en 1841 le president se vit force de re- 
courir k un emprunt de 12 milUonft de dollars pour la 
continuation de la gnerre contre les seminoles et ausd poor 
courrir les d4ficiU causes dans le reveno public par la der- 
niteerise commeidale. En 1841 Van Boren depose la pre- 
sidence entre les mains du general Henry Harrison, can- 
didatdu parti lederaliste, qui moomt unmois aprte son en* 
tree en fonctions. Conformement i la constitution, le vice- 
*preddentTyler,candldatdu parti democratiqae, prit la presi- 
dence, et ^effbr^ Ini anad, de mdntenir TUnion en pdx 
avec I'Anglelerre. Cestce motif qui lors do procAs intente 
k Mac Leod, Anglais oompromis dans I'affdre de l^icendie 
de la Carolina^ porta le president k fovoriser Taoquitte- 
ment de cet individu; et le 9 aoOt 1842 il oondot avec le 
cabinet de Saint-James un trdte poor la regularisation des 
i^ontieres respectives des deux mts, la soppresaion de la 
traite des ndgres d Textradietion redproqoe te mdfdteurst 
L'irritation dos esprita prodoite k diverses reprises depuis 
1842 par la quediai de I'Oregon, de nouveanx dissenti- 
ments k propoa do droit de vidte et PaflUro dn Texas meoa* 
cerent plosieors fois encore de troubler les. relations inter- 
nationdes des £tata-Unis et de leor anoienne m4re patrie. 
En 1844 Tyler essaya de condore un traite de commerce 
avec les £tats allemands du ZoUverein ; mais le oongres y 
reibsa sqn adbedon, paroe quil eOt en pour consequence 
nne modification comply dn tarif douanier dea l^ts-Unis. 
Plus beurenx dans raOdre dn Texas, le president vit la le- 
gislature confirmer le traite oondu avec cet £tat an com- 
mencement de Tannee I84ft» et qnient pour reanitat son in- 
corporation dans rUnion Americdne. Le ooogres consentit 
aussi, SUP sa propodtion, k y admettre comme £tats ind6- 
pendanfs les d-devant teiritolre de Jowa et de la Floride. 

Au mois de man 1845 Tyler remit la preddence k Ja- 
mea Polk, candidat dn parti democntique, dont le nom 
etait sort! vainqoeor de IHime Van dea dections nouvdles. 
A la suite de la dedaratioo de gnem qn'amena de la part 
du Mexique rineprporatton. dn Texas aux £tats-Unis, Polk 
determine le congrte k ordonner des armements fenniclB- 
bles; et le^enerd Taylor comment les bostilites en e»- 
vabissant le terrilaire mexieain. Dans rete de 1848, le ge- 
neral Scott, comiyiaodant en chef de rarmee de lUnion, ae 
dirigea de la cOte de la Yera-Cmz sur la capitde meme do 
Mexkiue, qnl tomba en son ponvolr le 11 septembre 1847. 
LeseTTorts desMexicains pour repousser rinvaskMi avdent 
ete inutiles. Leura generaux avdent Aiit preuve de plus de 
forfanterie que dMiabilete; et aprte trois campagnes, les 
Ctats-Unis, qui en fdsant cette guern n*avaient eu d'aatr« 
but que de s*emparer du Nouveau-Mexique et de la Call* 
lomie, etaient mdlres du Mexique tout entier. Mais ils nV 
busercnt point de leurs victdres, et s'attacli^renl pins, k edn* 



fiTATS-UNIS 



•oiider entre lears mains la possession des territoires qu*lls 
iraient jng6 utile d'adjoindre h celoi de PUnion, qa'k I'ac- 
croltre indifinlment en confisquant la nationality mexicaine. 
II ^t toot naturel cependant que les Taincas payaaaent 
les frals de <$ette longne et dispendiense gnerre; or, oomme 
le Mexique 6(ait k bout de ressourcea, II dot a'efttimer hen- 
reox d'ra 6tre qnitte, aprte de longne^ et difficilea n^o- 
dations, potir i'abandon de la Californie et da ICouTean- 
Maique, que oonsacra le traits de paix condu entre lea , 
deox pays le 3 furrier 1848. 

les pOQVoirs dn pr^ldent Polk expir^ent en 1849, et 

les ^lecUoBfl lai donnferent pour soccesaenr le fS^Mi Taylor, 

dont le nom ^tait doTenu des plua populaires depots la part* 

importante qa*il aTait eoe aux Tictoires remport^ par 

rann^ de TUnlon sur les forces mexicaines. Cependant le 

neete de cette candidature fut dd surtout k l*iaterTention 

d*Dii tiers parti, qui, sous la denomination dt Jree soUers, 

fenait de surgir pour la premiere fois entre les deux opt- 

BioDfl si tranche existant depuis Tori^e aux l£tata-Unia, 

et qui toot aussit6l s'^tait trouv^ aasex fort pour faire pencher 

h balance do c^t^ que loi indiquaient aes convictiona oo 

MS int^rftts. Que si en eff^t lea £tats dn nord poossaient 

to^jours k Tabolition immMiate et absoloe de I'esdaTage 

dans toute P^tendoe de ItJnion, et ai, bien loin d*y consentir, 

ks l^tats do sod pr^tendaient ao contraire que Teaclavage 

derail 6tre d^lar^ lidte dans les nouTelles acquisitions de 

territoire faites au sud par I'llnion,. acquisitions oli II n^avait 

pas moins aa raison d^^tre que dans ceox des anciens ^tata 

ob est l^alement ^tabU, le tiers parti dont nous parlons, 

celui du free soil ( le sol libre } ^tait intenrenu comme 

ntiiateur et ayait fidt d^ider, par mani^re de compromis, 

qae TesdaTage ne poorrait pas 6tre introduit dana les jm- 

Teaux Etats do sud, et resterait par cons^uent ciroofiff^ 

dans Tespace quil oocupe en ce moment 

L*esclaTage, la question de son maintien oo de sa sup- 
pression dans les £tats de TUnion, telle est depuia longteropa 
la grande preoccupation des espiits dans la jeone lipobli- 
que; et fl nous semble fort douteux qu*on poisae en reculer 
kmgtemps mcore la solotion k Taide de compromis, qudqoe 
iagenieax qoHls puissant 6tce an fond , comme lot, par 
exeiriple, celoi que sogg^ra riUostre Henry Clay et quMl eut 
encore le bonheur de Toir voter ayant de mouiir. Le ge- 
neral Taylor n^eot pas. ao residf le temps de r^aliser les pen- 
■ees poliUques quil avail apport^es ao pouToir; et sa mort, 
arriv^e dte la aeconde ann^e de aes fonctiona, le 9 aoAt 1869, 
donna Beo encore une fois k Tapplicatlon de Particle de la 
constitution f^d^rale qui, eo vue d*une aemblable eyentoaUte, 
t-ansfSre lea ponyoirs dn d^Aint, poor tout le temps qolla 
ayaient encore k coorir, ao ylce^preaident nomme en m£me 
temps que loi et oomme en eas» Ge yioe-president, appeie 
IfiUard Fillmore^ se montra digne de la place quele baaard 
loi accordalt ; aooa son administration ferme et sage, la pros' 
piril6 de lUnlon ne fit qoe s'accrottre. Et cependant, le 
^ president Fillmore ne laissa point, loi aoasi , qoe de aympa- 
titfser plus 00 moins onyerlement ayec ce mooyement des 
Intelligenoes qui semble aojoord^bul entratner llJnion yera 
des d^tfai^es nouydles, m^ encore compietementinconnues 
qnant ao resoltat final. Nous yoolons parler de cet esprit, 
EOas deyrions peot-^tre dire de ce yerlige de conqo^ qui 
depuis lea trop ladles triomphea remport^s par les troopea 
fMe^rales sor Parm^e mexicaine, s*est (Bmpare de tootes lea 
t^es aox £tat8-Unis« Co ba» cette ma^aifique colonie eapa- 
gnole, cette relne des Antilles, est en effet deyenue depuia 
qnelcfoes amines Pobjet de la conroitise haotement ayoo^e 
des Am^ricains do Nord, qoi ne desespireot pas de voir le 
Canada venir qodqaejoor grossir le nombre des^tats-Unia, 
ct qoi d^jk res^rdent Pannexion proehaine dn Mexlqne ao 
territoire de lUnion comme on fait n^cessaire, instable, 
dont ii est Inutile dte lors de liliter la realisation , paroe 
qo^eiie se fera d*elle-m6me. Or le gouvemement f^dral, re- 
pr^senf^ par son prt^ident, est trop dminemmcnt national 
A'avoir pa!$ ^^^ ^^^ empre^sement, dans ses rapports 



91 

avec I'Espagne, les plus IbUles pr^extes de discossion, d6s 
qoTIs etaient de natore k provoqner qoelqoe conflit qui tui 
permit de se saisir, ^ litre de gage provisoire pour le 
payemeat de rtelamations plus on moins spMenses, de ce 
denier debris de la puissance eoloniale des ERpagnols 
Tootefoia, HiabUet^ et la moderation dn cabinet de Madrid 
ayant r^uaai k eoarter tons les pr^textes de eonflit possibles, 
le gnnveroemeBt americain Jaissa s^organlser alors sous ses 
yeox de vdritaUea expeditions de flibastierB destinies k 
vevolqtionner Cuba, et k lui (Ure prodamer son indepen- 
dance politique, prtface oMig^e de son annexion definitive 
k PUnion. Le manvals soceto qn'ont en Josqv^ ce jour 
tontes ees entreprises est loio d'avoir deceon^ les aven- 
tniiers pelitiqoes, non moins nombreox de nos Joors au delli 
qn'en deck de PAtlantiqoe, et qui de plos y ont tootes les 
sympathies dn poovoir. Aossi, les amia de PEspagne ne 
Toient-ila gnte anjoordliol poor die d*autre moyen d'e- 
chapper an peril qni la mence incessammani de ce c6ie, 
9iedefrapper on grand ooop et de repoosaer Uen loin les 
envabisseors^americafais, en aboHssant bardlment Pescla- 
vage k Cofaa. U est evident qoe dans ee eaa la moHie de 
PUnion, c'est-A-dire Ira tfats dn sod, les l^ts & exclaves, 
ne voodndent plos eoteadre parier de Pannexion d'une co- 
Itnie qni n'a peuUttre tant de cbarmes k leurs yenx que 
oareevqoePesdavage yjlenrtf enoore, alors qoMI a disparu, 
grAoe k Diea , du rests des AnIIUes. Las fifferences pro- 
fdmdes de races, de moenrs, de langoe et de religion qoi 
aeparent les deux popolatioas permettent de croire qne 
Pesdavage one lols aboU k Cuba, PEspagne n'aorait gu^re 
k redooter les elfets de la eonvoitise des Americains. Cepen- 
dant Padoption d*one poliUqoe si tesoloe presente aossi bien 
dea dangers. II ne aanqoe done paa de bona esprits qoi 
penaent qoe le mieux qoe I'Espagne annlt k faire aojoor- 
d*bui, ee seiait de vendre k beaox denien comptant sa co- 
loQie k PUnion Americaine, qni loi en offra 300 millions de 
firancs et qoi loi en donnerait meme davantage si elle le 
voolait. 

^administration dn president mifflore fiat signaiee en 
outre par Penvoi d'one escadre amertcdne dans Jes mers do 
Japo n , k Peffet de condore on traite de commerce avec ce 
mysterieox empire; misdon poiltlco-oommerdale qni aete 
couipnnee d^un plain succ^ et k la suite de laquelle le gou- 
vemement mase s'estdedde k lUreone tentative dmilaire. 
On peat sans crainte le inredire : nn qoart de sitele ne s'ecou- 
lera pas sans qoe lea relations entee PAmeriqoe et PA'de, 
entre la Californie et la Cfaine^ avecle Japon poor edidle, ne 
soientansd actives qoe celles qoi existent anjoord'bai entre 
les odtes orientales de PUnion et PEorope ocddentale. 

Les poovoira do preddent Fillmore etplrant en 1853, on 
proceda k la fin de 18&2 k Peiection de son successeor. Le 
g^nerd Scott, aotre Mros de la gneree do Mexique, se 
mil sor lea rangs dans I'espolrde raUtor Aaa candidatore les 
soffrages et les sympatbiea qui, lors des elections prece- 
dentes, avdent porte k la preddenoe le general Taylor; 
maislesvoix se porterent sor le g^nerd Franklin Pierce 
qoi en conaeqoence entra en fonctiona on 18SS. 

On etalt natnrdlement corieox de connaltre Pattitode qne 
prendrdt le nonveao preddent; et comme on ne se dis- 
simole pas en Europe, oti la fd en la necesdte de Peqoi- 
libre politique des peoples est toojoors vivace, les graves 
compUcations qui poorraient resolter pour Panden monde 
de Pextension bsdefinie de PUnion, on vit avec plaisir 
M. Pterce, dans son premter message an congrte, protester 
des penste de moderation qoi animaient le gonvemement t 
americain, et dedarer qoe tootes les expeditions ncn auioA 
risies centre Coba trouverdent dans le premier magistri.t 
actod de la repobliqoe on adversdre resolo. Mais ensoite, 
ea reflechissant k ce qoll y avail de vagoe dans one telle 
declaration, en passant so crible tootes les expressions do 
message, on reconnot que ce docoment oflldd nMtait rien 
moins qoe rassorant et cacbdl an contraire les pensees d'ex* 
pansion ao debors. de conqoeies, qoi fermenlent depoia 

12. 



92 

longtempc dans toutes let parttes de lUnion et que la presse 
am^ricaiiie eat aaaoiine k sureKciter encore davantage par 
sea d^cUmaUoiia et sea forfimteriea. Lea gooTernementa r6- 
publicaioa aenient-ila done si^eta aux mAmea accede Ter- 
tige que lea monarchiqoea? La cbimtei« de la monarchie 
universelle, tant de foia et si inatilement pooranffie, annh 
t-elle done poor pendant \i cliimte de la i^pnblfqne uni- 
▼eroelle? Cest \k poortant oe qu*il Ckndrait crolre si I'on 8*en 
rapportait k toot oe qui se dit et s^emprime aujourd'hoi de 
ratitre c6t^ de PAtlantique. Aprto tout^ comment cet eiete 
de confiance dea AmMcains du Nord dana leora forcea, dana 
ravenlr r^senr^ k leur CM^tion, ne sendt-tt paa nn peu 
excuaaUe quand on voit un paya 06 iMmp6t eat preaqne nul 
prteenter cheque ann^e nn exc6dant de reoetfea de prta de 
cinquante nulliona de francs aur ses d^penses, et s^rieosement 
embarrass^ de savoir oe qu'il en fera , alora que lea diff^ienta 
gottvernementa de la yieille Europe sont de plus en plus 
rMuits k yirre d'emprunts, qui ne soolagent momentand- 
nient le present qo*en cr^t poor ravenir lea ptna tera- 
aantea cbargea et les plua inextricablea difficult^ 1 

j^^AU) outfl dont les aemiriers, lea arquebosiers, les 
horiogersetdesouTriers de ploaieura aotres professions seaer- 
Tent pour malntenir fixes certainea piteea pendant quite les 
iraTaillent A proprementparler^ les 6taux sont des presses 
que Ton modifie suiTant les uaagea auxquela on lea destine. 
11 y a dea tonx en bote et deaStaux en fer; les plus com- 
muna sont de ce dernier genre. Parmi lea ^taux en fer, on 
distingue ceux k pied, k a/gfroft^ k fMdn^ oenx qui sont dits 
/ounuuila, paraUilet. V4tau d pied se compose de sept 
pieces: 1** deux Jones ; 9** deux mora 00 mordaches, armte 
de lames soud<^ea d'acier tremp^ et taillto comma des limea; 
Z* one ▼te ii filet carr4;4* unteoudont le paa est (aitd*une 
bandelette de ier braate a? ec aoin dans rintdrieor d*une bolte 
cylindrique; V* un levier avec lequel on feit toiimer la yia 
pour serrer oa deaserrer te machine; 6^ un ressortqui fait 
'^carter les mordacbea quand on veut retirer la pidce qu'on 
traTaille ; 1^ one bride, par laquelle on fixe I'^tau ^ un ^ t a b 1 i. 
L'^tau k pied se Toit dans les ateliera de tous les m^eaniciens 
et de tona les serruriers. Cet dtau est dit toumant iorsqne, 
par one dtepoaition particoli^re de la manito dont il est at- 
tach^, on pent le Cure touraersur son pieddedroite k gaudie 
et r^ciproquement ; alora on flxe aur T^tabli un arc de oercle 
en fer dana lequel on perce quelqnea trous qui serrent k 
fixer r^tau au moyen d'unecheville. Viiau A agrafe eat ainsi 
appeii parce qu'on le fixe k une table au moyen d*une Tte 
de preesion : il difi%re pen du pr^cMent ; les horlogers en 
monlres en font contuinellement usage. Vitau & main n'est 
autre chose qu^une sorte de tenaille k tU ; il est commode 
ponr sateir des pitees qn'on Teot limer en rond ; on le tient 
et on le fUt toumer de la mafai gauche pendant que de la 
droiteon pouase lalime. V^auparalUletti compoa^de telle 
aorte que ses deux mAchoirea a*dcartent ou se rapprochent 
Tune de Tautre sana a'incliner en avant on en arri^ , tandte 
que dana les antrea iAxax la mAcboire ant6rieure toume sur 
un pivot comme une chamlftra. L'^tau parall^le est avanta- 
geux sous certaina rapporta, mate il est eofiteux et moina 
aolide que les autrea. TsTsafeDftB. 

^TAYEMENT, optetion k Taide de laqnelle, le ploa 
4>idinairement, on aontient avec de grandea piteea de boia 
ou <t ai a on b&timent mena^ant mine, oa aTec dea pontrea 
dana la refection d*aB mur ndtoyen. Les^yements ne sont 
pas moina ntilea quand II s*agit de tranaporter de lourda 
Csrdeaux; ite en licilltent la traction aur rouleaux, en em- 
pteliant quHb ne d^versent. On a dea exemplea de dochera 
tout entiers transports ainsi, k I'aide de cabeatans, apria 
avoir M conTenablement ^yS. 

ET G/ETERAvmote latina dont on ftJt un grand 
uaage dans notre langne, et qoi aont d'one utility reconnue 
dana la conversation et dans ce qu'on terit : ila ofTrent en 
^et Tavantage d'^viter lea longueurs, les r^titlouA, les 
^tationa trop ^tenduea, trop fr^quentes, et les ^omiratlont 
4iop prottxea, trop dUfusea, C^^taieiit lea ictes des notaires 



ETATS-13N1S ^ fiXENDARD 



qui avaient donn^ aux ei cwtera le plus de vogue. Sous la 
plume de ces officiers publics, ite avaient acquis une v^i- 
table valenr, puisqu*ite avaient sensiblement allonge des ^ri- 
tures qui se payaient k la page, et dont cette inevitable for- 
mule ^t deivenne nn omement de luxe. Aujourd'hui, tonta 
abr^viatloa est s^v^rvanent interdite dans les actea judi- 
cialres et notari^ ; et Ton ne serait ploA fond^ k dire comme 
antrefote : Dien nous garde dea mtoobes d'apothicaire et 
des et cmtera de notaire. 

Vet cxtera (et antrea chosea), cbass^ des actes l^aux , 
s*est refhgie dans le langage usuel. C'est un terme oonvenu 
qui en dit plus qu*il n*est gros, un sons-entendn tour k 
tour pudique, adroit, ing^eux, malln , qui peut devenir 
mie Insnlte sanglante. Td bomme qui vent sembler profond, 
dans sea discours, a bien sohi , aprte avoir tete dea idto 
communea, d'essayer de donner par nn e^ cxtera, lanc^ k 
propos, une haute opinion de ce qu'il semble taire. n serait 
bien embarrass^ peut-^e at on Ini demandait k brfile- 
pourpoint la traduction de cette reticence. 

Dana le langage de r^paette, il a ^ et il est encore de 
politesse exquise et d'!;(iinilite profonde, aprte avoir ^no- 
mdr6 les titres et qo /itS d*unepersonne puissante, d'^ooter 
trois etc. pour rearer les omlsdona qui ont pu tehapper. 
L'absenoe d*un et extern a et6 la cause d'une guerre mi- 
neuse entre la Pologne et la SuMe, en 1655, Jean-Ca- 
si m ir ayant commte hi haute hiconvenance de n'sjouter que 
denx etc. k la suite de r^nmdratton dea titres de C hris- 
tine. Dans une sphere moins devte , ce sfgpeabr^vtetif est 
devenu d'nne grande ressonrce ponr le charlataniame des 
QBuvres d'eaprit : c'est ainsi que vous Uses sur le lh>nttepice 
de plnsd'nn livre par M. ***, des acad^miea de Lyon, 
d'Amieoa, de Nantc^, de Toulouse, de Rome mdme; puis, 
la liste ^puIsS , arrivent i la file , au secoors de la vanity de 
Pauteur, trote magnifiques etc., oomme sMl s'agissait des titrea 
du premier potentatdela chr^tient^. Vanitat vanitatum ei 
mnnia vanitas. 

ETGHr4IIADZIN. Voyez Edoh-Miabzin. 

]STE« FoyesSAisom. 

Peignoir (Ordrede n. Cette plalaanterie de qnelquea 
hommes delettres, parmi lesquetefiguraient Jon y, Boryde 
Saint-Vincent, Harel et les rMactenrs du Nain Jaune^ 
^ignala les premieres annto du r^e de Loute XVIII ; elle 
etait prindpalement dhigfe centre ce qn*on nommait alora 
le corpa des jSuites, oorpe auqud on suppoaait une influence 
tocjoors crofssante et one oppoaition oonstante aux progrte 
des lumi^res. Tout le monde connalt le petit ustensUe creux, 
de ier-blanc, de cuivre, d'argent, etc., servant k ^teindre 
chandelles 00 bougies, et dont le noro figure en t£te de cet 
artide. Cast lui qui se fidsait surtout renuirquer dana les 
armea du noovd ordre , ce qui taidiquait dans ses satiriquea 
foodateora an esprit pins emprefait de fac^e que d'obser- 
vation. Eo aupposant en elfet toat Panden eaprit jfeuitique 
r^veill^ dana le corpa de cenx qa'on se proposait de d^i- 
grer par llnstltntioa de Tordre de r£teignohr, c^^tait donner 
an d6menti trop formd k l*histoire qne de regarder les 
enfimta de Loyola comme strangers au d^vdoppement des 
lumttres , eax qui ont represents kmgtemps le corpa le plus 
edaire de France, et ^ qui notre patrie a dO tant d'honunes 
savanta. HAtona-nooa d*iJouter tootefote, pour rendre jus- 
tice ii qui da droil, que te mijoritS des titulaires forces .du 
noord ordre extra-Kgal, qui reoevaient d'une chanodlerie 
anonyme dea breveta dont ite n'avdent paa acquitte les 
drotts, et dont Us se seraient bien passes , appartenaient aux 
jesuitea de robe eourtef sfanplea affiliSa k la trop illustre 
oompagnie, n*6tant engagSa en rien dana le sacerdooe, n*ayant 
qndquefds, comme on Ta dit, rien ooblie ni rien appijs, il 
est vrai, mate pins souvent encore, ayant oublietrop promp- 
tement lea blenfaito de Vtuwrpateur^ et apprte trop vite k 
daniter sur Tidole abattne quite encensdent ia vdlle. 

]£TEIX)N. VoyeztfmE, 

l^TENDARD. Lea itendards qu'on volt sur les bas- 
rdiefs dn tombeaa de Fran^ l** lOBt en banderoles loa- 



tiTENDARD — ^TERNlTfi 



goes, ^trottes » fourchoes; ceax des bas-reliefs da tombeaa 
deLoais Xn ont la draperie ooarteetarrondie par les extrd* 
nitfB. Youloir dire commeot ont 6t^ fails les Itendards sa- 
rait ane entreprise pen utile, et le tableau qui en rteolterait 
n'apprendnit rien de bien neaf. Jadis la Tolont^ du eapt- I 
lahie dicidaU des omements on des armoiries de la dra- 
perie; la eouleor de r^tendard 6tait la m6ine que celle des 
rabee de ttrrte on des hoquetons que portaient les gens 
d*araiea et les aicbers k clmal des compagnies de chevan- 
Mgers. L'exprenkm itendard dnnne maintenant Hdte d*an 
drapean, ainsi que nous Vavons dU, affects k la cava- 
■erid : or, oomme autrefois lacaTalerieitait tout, Pinfanierie 
rieo, ou peo de ebose , U n*est pas 4tonnant que le mot itesi' 
dard ait consenr4 dans le langage bislorique et pitto- 
resqoe un sens beanooup plus large que eelui qui lui appar- 
tient r^eUeaoent anjourd'hui. YoiU pourquoi c'est surtout k 
I'^tendaid que s'appliquent les Terbes arborer, diployer, 
planter l*6ten4^; marcher ^ eombaitre, se ranger was 
les ^tendards; e'est anssi pour oela que quelquefois on a 
appeM diendard Tense igne confine k rofBder nomm€ 
por/e-enjei^ne. Les ^tendards francs ont ^ de toutes les 
oooleurs. Dans la eroisade de 1 188, lis ^talent bariol^ d'une 
«roix rouge. Dans les hittes centre les dues de Bourgogne, 
lis out portd la eroii blanche; ils ont €^ tricolores de 1789 
4 1814 , blancs Jusqu'en 1880; la oouleur natlonale leur a 6iA 
alors rendoe. Les dtendards ont de Panalogie avec les dra- 
peaux de llnllBnterie , quoiqoe plus petits en g^n^ral. Sur- 
montte d*nne lance sons la r^ubliqne, d'une algle sous 
t'eoipire, d'une fleur de lys sous la restauration, ils ont re- 
pris V^^ depnis le 10 mai 1852. L^^tendarrl f aci^ des Turcs 
poffte le nom de Sand|ak-Cb6rif. G*^ BAnnm. 

ETENDOE* L*id<fe rtollement atUeh^ k ce mot est de 
la nature de eelles que tout le monde pent concoTOir k Hns- 
tant mtait et sans le moindre eflbrt d'esprit, quoiqu'il soit 
Dtenmolns absolument impossible de la d^flnir autrement 
que par una potion de principe, tant il est Trai qu*a existe 
vne foule de lacunas que rien ne peut remplir entre les 
optotions de la penste d^nne intelligence facile et la mani^re 
de lea rendre TertMlement ou littdralement ( voyez Espace ). 

L'^tendoe est une des profd^t^ g^n^rales de la ma t Ur e , 
«'e8t«-dire que nous ne pouTons conoevoir un corps qu'au- 
tant quit oecnpe una ewtaine partle de Tespace. La g^o- 
m^triOy que Pon d^flnit ia science de ritendue^ lui re- 
oonnalt trois dimensions x longueur, largenr, et profondeur 
oa ^paisaenr. Tout corps ofllre n^oessairement ces trois di- 
me nakma; les surfaces, les lignes, le point math^ma- 
tiqiie ne sont que des abstrafHons de Tesivit. 

Le mot Hmiue s'applique encore, tant au propre qu*au 
fignr6, k tout oe qui eat compris entre deux extrfimes : c'est 
ainai que Ton dtt VHendue de la voix, V^endue d'tm 
p ewfolTf etc 

ifrn^OGLE et POLYNIGE,n^du plus saaril^ des 
fneestesy cdui d^uie m^ atee son dte, ^talent fils d'CE- 
d i pe, roi parricide de Th^Ms, et de Jocaste, femme de 
Laioa. Leurs soenrs fbrent Ismtaeet eette Antigone, astro 
«oiiaolate«ir de eette malheureuse fiunille frappite du cour- 
roux des dieux. La vertu de eette Jeune princesse , module 
de pIM miale, est merreilleosement oppose, dans eette 
dynastie ablwrriSe dn del et des borames, k la ftireur 
areogle d'At^oele et de Polynioe, le type impie des babies 
HtBraeHes. Lorsque levieil (Edipe, parricide et incestuenx 
4 aon insoy en de sea propres mains arrachd de leura 
oriritaa aanglantes des yen qui souiliaient le soldi, ses file 
dteaftnrda enferroteent, sdon Dfodore de Sidle, leur pta 
daw son palais, et s*emparteent da royaume, aprte &tn 
ooBveaos de rtgner atternatlTenient cbacun une annfe* 
titfode, qui arait eu le malbeur de jouir d^abord de la In* 
mitee , r6gna le premier. Mab I'annte expirte , il refuse da 
desccodre du trOne. De Ul eette guerre de Thebes, la plus 
o61^bre doa siteles hftro'iques avec cdle de Troie, qu*dle 
prteMa. Adraste, afers roi d*Argos, dont Polynice avait 
dpoua^ U Me, nonnite Argie, marcha, avec son gendre. 



93 

k la t^te d'une arm^, oontre £t^ode. Uni h six autres guer- 
riers illustres , il forma cettc ligue de princes ou de h^ros 
grecsillustr^parEschyle sous le nom des sept chefs devant 
Th^es, La mort d'£t4ode et de Polynice mit fin k eette 
guerre fameuse. Les deux Ar^res s^^tant cbercbds et ren- 
contrte sur lecliamp de bataille, dit Euripide dans ses PM- 
nieiennes, cumbattirent d'abord ayec la lanee; eette arme 
▼ola en Mats dans leurs mains; tons deux blesste, lis sal- 
sirent alors leurs <pte. £ttede, plus adroit, traTersa de la 
sienne le corps de son fr^re, qui tomba mourant sur le 
sable. II allalt lAchement le d^uHIer, quand Polynice , re- 
cudllant toutes ses forces expirantes, lui plongea la sienne 
dans le flanc gaocbe. C*est ainsi qu*Et6ode, qni ne r^a 
qu'unan, jusfifia son nom (irs^xX^c), la ghire d^une 
annie. Son fils Laodamas, en bas Ige, mis sous la tutelle 
deCrten, fils de M^nosc^, lui saccMa sur le trOne de 
Th6bc». On pta^sur un seol bOcber les corps inanlm^ d*£- 
ttode et do Polynice. On dut penser que la mort qui 6teint 
tout sur la terre, ^teindrait leur baine : il en fut autrement : 
on Tit, ou Ton crut Toir les flammes du bOcber se partager. 
Bien plus, la Cable et les pontes assurent que leurs cendres 
nroides , odieuses Tune k Tautre, se dlTis^rent d'dles-radmes. 
Outre les trag^diea d*Eschyle, d'Buripide et de Radne, ce 
sujet k inspire ii Stace une ^p^ latine intitule la TfU- 
baX de, ^ DEiniE-BAROir. 

J^TlSOSnQIIE (Vers), d'in6c, ann^. Foyex Cbro- 

MOGRAUni. 

ETERNELy qui n*a point de commencement, qui n*aura 
Jamais de fin. II n*y a que Dieu qni soit 6temd; aossi 
dit-on le P^re ^temel, le Verbe ^temd, la Sagesse ^temelle. 
Qodqaes pbilosopbes ont cm le moi^de ^temd. Ce mot 
s'emploie substantlTement en parlant de Dieu. Une propo- 
sition 6*^emelle v4rUi est une t^tH^ iinmuable et n^ces- 
saire : le tout est plus grand que la partie est une propo- 
sition d'^teinelle vMt^. On se sert aussi do mot ttemel 
dans le sens dimmortd, pour sigpifier oe qui n*aora jamais 
de fin, quoiqu'il ait eu un commencement : la Tie ^temelle , 
la mort dtemdie, la gloire dtemdle, la damnation ^eraelle, 
les peinea ^lemeUes. H d^igne encore, par exag^ration, 
oe cpd doit durer d longtennpa qu'on n*en peut prdToir la 
fin : Des baines itemdies, une reconnaissance ^temelle. 
L'adTerb^ itemelUmmU s'applique k ces diTerses ac- 
ceptions; le Terbe HemUer^ Element : Eterniser sa m^- 
moire, la chicane itemise les proote. n en est de m6me dn 
mot 4temU4. Ce fbt ausd dans la mytbologie romaine une 
d^esse all^rique, qui paratt n'ayoir eu ni temples ni 
antels, bien qu'on la trouTO figure sur des mMailles imp^- 
riales, stoc des attribots dlT^. Vf^e 6temiH fat aus!<i 
un titre bonorifiqoe donn^ par flatterie k qoelques emiierenrs 
romains, particuli^reroent k Constanee. Rabelais et Marot 
ont terit parfois 4ieme pour ttemel. Les females rappel- 
lent, dans notre bistoire rdigfeuse, les membres d'une secte 
des premiers dteles de l'£gUse, qui ensdgndtque le monde 
demeurcrait toojonrs tel quMl est 

I^TERNITE. Le pbilosopbe Botee a d^ni l*6temit^ : 
intemUnaMis vitss tola simul et per/ecta possessio (la 
possession pidne et parfdte d*une Tie sans terme et sans K- 
mite). Mais eette definition conTient suiiout k P^temitd de 
Dieu , la seule, du reste, que I'bouuue con^iTe d'une mft- 
niftre , sinou claire et distincto, dn moinsrationndle et logl- 
que. Quant k V€temU4 du temps ^ ou la reprteente d'ordl- 
naire conune une ligne sans oooimencement ni fin. Dans les 
spteulatlons sur Tespace infini , nous considdrons le lieu oft 
nous sonnnes comine un centra k I'^rd de toute I'^teaduo 
qui nous euTironne ; dans kss speculations aur retemite, nous 
regardons letemps qui nous est present oomme ie milieu qui 
diTiae toote la ligjoe en deux parties ^gales : de Ik Tientqu*on 
a qndquefOis compart le temps k une isthine s'^levant au 
milieu d*un ocdan immense qui I'enTdoppe de toutes parts. 
On salt que la pliilosophie soolastique distinguait deux eter- 
uites : retemitd anteneure et i*etemitd post6rieure. Mais 
qii'apprennent tous les termes de reoole et ses difisions s«b- 



94 

tilet sur le myittre de Vinfinf , que iliomine ne saurait em- 
bnaser par sa nature 6troite et bom^ ? LlnteUigence dd- 
montre sansdoote rexisteooed'une ^ternit^ antMeure ; mab 
•Ue ne iaoraH s'en former aacuneidte locide ek concordaate. 
n nous est impoMible d'avoir aocane notion d*iuie durte 
qui a paafi4» si oe n'est qa'elle a ^t^ pr^sente uie fois ; naia 
tout ce qui a 4t6 une Cois prtent est Imne eertaine dktanoe 
de nous ; et tout ee qui est k one oertaine distance de nooa, 
quelqne ^ign^ qu^il aoit , m peutjamaia Mrs VUemUi. JUa 
notion mdme d'une dur^ qui a pass^ emporte qn'elle a M6 
pribsenteune fois, puisque ridtedecelle-d renfenne actael- 
lemeat Vid6d de I'autre. C'est done ^ un mysttee impene- 
trable k Pesprit bumauDL Nous sommes aasur^s qull y a ea 
iineeterait6; mais noos nous contredisons nous-rodmesd^ 
que noos touIods noos en former qoelque id^e. 

Nos diQcoltea sur ce point Tienneat de ce que noos ne 
aaoriona avoir d'aotre idte de durte que f id^e de oelle par 
laqueile noos existons noiis-«itaesa?e6 toas Ics ^fres crM, 
c*e8V4hdiiie une dorte soeoessiTe , ftmnee do passe, do pre- 
sent et de Pavenir. Nous somroes persuades qu'il edsto 
qiielqoe cbose de toute etemite, et oependant il noos est 
impossible de conceToiry suivant IWe qoe nous avons 
de Texislenoe, qu'aueune cbose qui existe pujsse eibe 
de iauie UemiU. II est certabi qu'aucon etre n'a pu se 
former lui>meme, poisquHl faodrait alors quMl e6t agi avant 
qu^ existAt, oe qui fanpUqne contrsdidion, d'ob il foot eon- 
ciure qull doit y SToir eo quelque cbose de toute eternity : 
or, tooioe qpiotiste ii la maniere des etres fiois, en snirant 
les notions que nous aTons de I'existeoce , ne saurait atoir 
etiste de cette manito ; il fiautdonc que cet etre primitif et 
etemel , cause et effet par rapport k lui-meme, qui se trouve 
k une distance infinie de tons les etres crees, ait no tout 
autre mode d'existenoe que le leur , et dont ils ne sauraient 
avoir aucune idee. 

On a soulere iongtemps dans les ecoles ia question de 
saToir si reteroite est successiye, c*e8t-&-Kllre si elle est 
composee de partieaqui cooleni les unes des autres, ou 
bien si c'est une duree simple qui exdut essentieDement le 
passe et 1 Venir. Les sootistes soutenaient le premier sen- 
timent , les tliomistes s'etaieal declares poor le second. 
Cbacun de ces deux partts etait plus fort en objections qu'ea 
solutions. Tous les cbretiens , disent les scotistes , demeu- 
rent d'aceord qu'il n'y a que Dieu qui ait tpujonrs existe , 
que les creatures n'ont pas toujours coexiste avee lui, 
que par consequent il existait arant qu'eUes existassent 
11 y ayait done un av€ant lorsque Dieo existait seul; il 
n*est done pas yrai que la duree de Dieu soit on point in- 
diTisible ; le temps a done precede Texistence des creatnres. 
Par ces conseqoences ils croient fidre tomber en contradic- 
iion leurs adyersaires : car , si la duree de Dieu est indiyi- 
sible, sans passe ni ayeuir, il fiuit que le temps et les crea- 
tures aient commence ensemble; et si cel^ est , comment 
peot-on dire qoe Dieo existait ayant Texistence des crea- 
tures T Dans toute succession de duree , disent k leur tour les 
tbomistes , on fdSX compter par mois , annees et siecles. Si 
I'etemite est successiye, die renfenne done one infinite de 
siteles : or , one succession faifinle de siecles ne peot Jamais 
etre epuisee ni eeooiee, e'est-Mbne qo*on n'en peot jamais 
yoir la fin, paroe qo'etant epoisee, die ne sera plos infinie ; 
d^ou l*on condot que s'fl y ayait une etemite successiye, 
00 une socoesdon infinie de d6des Jusqu*^ ce Jour, il serait 
impossible qu'on (At parvenu Jusque auuourdlini, puisque cda 
n'a pu se Ciire sans franchir une distance infinie , et qu'une 
distance infinie ne pent etre firancbie, parce qo'dle serait in- 
finie etne le serait pas. 

C*est dnd que Tesprit bumaia a^abtme dans d^incompre- 
bensibles profondeors, lorsqn^aa lieu d'aocepter les mysttres 
qui Tenyironnent, et au sdn desquds il est plonge, il s^d^ 
foree de Jes oomprendre, pretendant arriver par le fini it la 
comprebendon de rinfini par le temps k cdle de retemite 
CTest parce qne nous neconceyons, ni la nature de retemite, 
Ai jesxQoditiQw d^exi^lence, qoe Tun des dogmes foodameB- 



tiTEBNing — ^TEBNUMENT 



taox du cbristianisme ecrase U laison de son poids et lui 
est un objd d'epreuve d de scaudale. n n'y a piis plus k rai- 
sonner sur reternite des pdnes qoe sur retemite en die- 
mteie. 11 deyrait soffirede demontrer par rnistoire, par 
wk' concordance avec le dogme de Teieroite des pdnes ^ 
que cette doctrine est oonaacree par la tradition primitiye 
tout entite. Aveo la eroyance d'une adtro de, les aaciens 
•dmettaient gfoeralement une reooD(enae eiemeUe poor 
le Joste et des pdnes demeUes poor les mediants. lis 
rocoanalssaiettt trois etats diffeieats de l^Ame aprto la mort a 
le piemier etait I'etat de bonbeor dont les Ames Jooissaieot 
etmdiementdana le dd ; le second, Tetat de aoaflrance au- 
qud les fimes dea mediants, les toes abiolummU iacuro- 
dto , sdon rexpressiea de Plutarqoe , etaient eteradte m eat 
cond^mnees dans les enfers; le troisi6me eiat, mitoyea ea* 
treles deox autres, etait cdui des Ames qui , sans avoir me- 
lite des dittiments eiemda , etaient neaoonotna enooie rede- 
vables k bi Judice dlvfaie (Plutirqae, DehUpiAa ntcmiae 
sero ptmiefiltir). Platon ensdgne la meaie dodriae s « Ceox, 
dit41, qoe les bommes d leedieux paaissent, afia que leur 
pnaition sdt utile, sent les mdbeoreox qoi oat conunis des 
pecbes gtUrissabUs : la dooleor d Jes towments leor pro- 
coreat on bien red, car on ne peut dre aiitiement deiivr6 
de I'iiQustice. Mais pour ceux qui, ayant attdnt les limites 
du md, soot tout d/aii incurables ^ ils servent dTexem- 
pie anx autres , sans qu'il leur en revienae aaeone utUite , 
parce qa*ils ae sent pas suse^Ublet d'etre goeris (Platoa , 
iHGorgia), Gette aeateace rendoe, lejoge •ordoaoe anx 
jostes de passer k la droite, d de mooter anx deox; 11 com- 
mando aox mediants de passer k la ganebe , d de des- 
cendreanx enfers (le mtaie, De republiOpp lib. 10). » 

Tdle est ausd la. eroyance des Indiens. L'enler, qu*ils 
appeUent patalam^ ed le lieu du supplioe d la demeure des 
pechenrs : « Ced Vk que, plonges dans le feu, ilsbHUent d 
brtUeront toute I'demite* Un peu ao-dessus ed une viile 
appdee CAousenu^i, ob J^omo, rai des en(d% idt sa de- 
meure, et d'ob il Qfdonne d preside les difierents aopplices 
qu'on fait subir k cbacun des damnes ( Bfumr-V^dam ). « 
L'i^cidascandinavecontientlameme tradition. Oettedoctrine 
etdt si generate etst oonstaate daas tout lepagaalsme, qu'eUe 
ne bit pas attaqudepar les premiers antagunistes do cbristia- 
nisme : « Lesdiretj^nsy dit Cdie, ont raison depenser que 
ceux qui vi vent saiatement seront r ecompeus^sapres la mod, 
d que les mecban^sublront des supplioes etemds (Oiigdie, 
Contra. Cekum » lib. 8 ). » U* de La Meanais a reuni les 
temoignages epars de tous In peuples et de tous les siteles 
{Bnaitur Findiffdreneef torn, in, cbap. 27). Nous noos 
arreterons U, en nous ecriant avec lui : « A quoi serviraient 
les temoignages que nous pourrions produire encore? et 
quand toutes tes g^aeratioas bumaines , eecouant leur pous- 
dere, viendrdent eUes-memes nous dire : YoiU ce que nous 
avons cru, serioqs^nous plus certains que la conndssance 
d*un Dieu unique, eterad, pire de tout ce qui est, se oonserva 
toijours dans le mondet G*ed bi fd universdle , la foi de 
tous les dedes et de toutes les nations. Qudle frappante 
unanlmitei qud maguifiqoe concert 1 Qodle est imposante 
cette volx qui s'eieve de tous les points de la terre d do 
temps vers le Dieu de retemite 1 » Louis de CAUii. 

ETERNUBIENT. On dedgne par ce aom une expoldon 
brusque de I'dr contenu dans la poitrine, d qui, traversant 
en qoantite considerable les fosses aasdes, determine un 
bruit plus ou moins fort. Cd aete ed convoldf , d il im- 
prime an corps une secousse generde; ausd, quand fi ed 
repete souvent, il deviod fafigant. II provoqoe la secretion 
des larmes d du mucus nasaU 

On attribue retemument k I'irritation de la membrane 
qd revet les cavites du net, d on demontre (Element 
cette cause en faisant prendre une prise de tabac aut per- 
ioaaes qui n'ont pas Tbabitude d'en user. Bien que la mem- 
brane pitoitaire soit le plus communemeat le pdnt de depart 
de retemument, cette expiration rapide peut etre exdtee pai 
faction d^une vive lumi^e d par des un|iressions internes ; 



^ERNUEMENT — tlREK 

dans de tels cas Peffet s'expUqne par des communications 
Derreoses des yeux on des tiso^res aym ie nez. Dans quel- 
qoes cas, on proToque artifidellement P^tenrament au 
moyeade poudrea apprises tfernti^a/oiref, etordinai- 
rement poor all^ger one affection de la ttte. Cest in moyen 
dont fl Be bnt pas abuser, car ilrritatkm de la membrane 
ivi tapisae le nei pent aToirde grsTes rteultats. 

D' CBABMimiBR. 

LHisage de salaer les personnes qui ^temueut et de faire 
des souhaits en leor CsTeor remonte k one faante antiqnit^; 
il ^taU d^ r^pando tbex presqoe tooe les peoples. Mais 
les recberches qo'on a flutes jnaqoeid poor en connattre To- 
rigine n*ont abooti qu*i des soppositions. Aristote n'a pas 
d^daign^ de s'oeeoper de cette qoestion, et beaucoup d'6- 
crirains aprte Ini en on^ donn^ dUI^reotes explications. Ce 
qui est sortout difficile h deviner, c'est Tidte que Ton s^est 
faite des ^tenmmeBts, dans le prindpe, et qui a pu donner 
naissance h la coutnme dont il s'agit. Les ^egardai^on 
«omme dangereox on utiles, contane on signe fsTorable ou 
dtfarorable? Et le saint signifiaitril d'abord qn'on soubaitait 
h la personne qui ^temoait que ee qu'elle d^sirait arrivfit , 
on qu*dle fftt prterrfe du malheor dont ette ^tait menacde? 
-Qooi quMl en soft, Tosage s'est transmis Jusqn'li nous de g^n6- 
ration en g^^mtion. Le vices des Grecs, et le porten- 
tous Hen des Remains, de meme^ue notre d vos touhaUs 
00 Dieu vou$ assiitel 6tait une affkire de politesse, 
pr.'ae foit au s^rieox. Lei Romafns fiasaient de ee oompli- 
meot nn dos devoirs de la Tie dvile; et, oomme chez nous 
il n*y a pas longtemps encore, on ne pooTait y manquer 
-sans ^e trte-r^r6bensible, oq sans paisser tout au moins 
poor one personne mat fletife. L'emperenr Tfbto exigeait 
eette marque de respect en tootes droonstanees. A notre 
^poqoe,en France du moins> eet usage oomroenoe k tomber 
en d^suande; 11 nM plus guto obsery^ que dies les per- 
•«mnes Igteqoi tieonent iitoos les ns etooutomesdu temps 
pass^, et dans les basses dasset^ la sod6l^, 06 les bonnes 
mamans en font toojoors on des sujets de lenrs lemons aox 
ettfSmts. 

Ches lea andens, la superstition, qui se glisae partout, ne 
manqoa pas de trouTer de grands mystferes dans le pb6no- 
mtee de r^temoment. C^tait cbei les ittgyptlens, cbez les 
Grecs, cbez les Remains, une esp^ de divinity famili^, 
on orade yw*Kni»"*^ qui les ayertissait en certaines occasions 
du parti qu*ils devaient prendre, dn bien on du mal qui 
derait leur arriTOr. La crMullt^ dn people k cet ^gard ^tait 
grande. Mais I'^temoment passait particuKirement pour etre 
d^dsif dans le commerce des amants. Si, par example, un 
amant^ terlTant k I'otjet de sa passion, yenait k 6temoer, 
il prenait cet inddent poor one r^ponse, et Jogeait par \k 
qoe sa mattrease rdpondait k ses yceoi.' Aosd les pontes grecs 
et latins dissent des joUes personnes que les amours avaient 
^temu^ k lenr naissance. 

On distinguait de bona et de mauyais ^ternuments. Quand 
4a lane ^talt dans les signes du Taureln; dn Von , de la Ba- 
lance, dn Capricome, 00 des Poissons, Pdtemument passait 
pour £tre nn bon angure ; dans lea antres constellations, pour 
m mauyais prtege. C^tait un pronostlc filcbeui le matin 
tiepois ndnnit jusqu^ midi , fiyorable depda mid! Jusqu'^ 
nunuit ; pemicieox, en sortant du Ut on de la t^le : n fallait 
s'y remettre et ticber ou de domdr on de bofare, on de 
manger, pour rompre les loia do manvais qnartHl'beare. 
On tirait ansd de sembiables indnctions des ^temoments 
siinpies 00 redonbMs, de eeot! qui se faiBaleat k droite ou k 
(puicbe, etc., tontes droonstanees qui exer^aient la crMu- 
Ut^ popniaire, mals dont on a finl par se moqner, comme 
U arriye tAt ou tard pouriontes les croyancea qui ne sent 
p oint fcy d^ sur des faits db Pordre natiud. 

l^ntelENS ( Vents ). Le mot Stolen est d^y^ du gree 
lti)cCai, qui signille annueU. Les andens appdaieot ainsi 
dm yents dont le aouflle se fait sentir rdguli^rement cbaque 
annte, et raflraiehit l^ir pendant six ou sept semalnes, de- 
{juis ie solstice d*^t6jusqtte dans la canicnle. Ces yents, k 



95 
d^ftiot de pluie, repamhint de la fralcheor dans ratinos- 
pb^re pendant la sdson des grandes chaleors, k'opinion la 
plus commune les fait soufller des r^ons do nord. Mais 
c'est k tort, car le vent H4s$en ne souffle paa du m£me 
point de Iliorizon dans tons les pays. En Espagne, en Asie, 
il souffle de I'orient; en Gr^, fl yient du Septentrion, et 
dans d'autres r^ons il yient dn midi. C'est par cette rai- 
son que dans plusieors auteurs andens les yents ^t^siens 
sont d^dar^ favorables sur la MMiterran^ k ceox qui font 
route d'ocddent en orient, et contraires k ceox qui font la 
roote oppose 

JI^EUF ou ESTEUF, petite balle, fort dure, remplie de 
son 00 d'^toupe ( stupa ), conyerfe de cuir, et dont 00 se 
senrait pour jooer k la longue paome : prendre P^uf k 
la yol^, renyoyer F^teof. De Ui deux expressions prover- 
biales et fignr^es : repousser ou renvoyer Viteuf, pour 
dire repousser ayec y%ueur, soit par des paroles, sdt par 
deseffets, une raillerie, une hijure; et courir aprhs son 
6tet{f, comme a dit La Fontaine, pour dire se priyer d'une 
chose dont on peot ayoir besoin un jour, 00 prendre beau- 
coop de peine pour recouyrer un bien, nn ayantage qu'on 
a laiss^ tebapper. Tout cela n'est gn^ plus usit^ mainte- 
nant, pas plus que le dicton : Ne nous faites plus de ces 
^teufS'ld, c'est-ii-dire de ces coups-li, en parlant de choses 
contraires k la bonne r^ et aux conyenances. 

l^TEX ( AirroiHs), statuaire, n6 k Paris, en 1808, et 
dou^ d'une yenre et dHine facility des plus remarquables. 
£l^ye de Pradier et dlngres, laur^t de 1829, ayec un pen 
plus de goftt et de retenue, ayec moins de conflance dans 
son g6ue et sob inspiration, et moins de d^dain pour les 
grands moddes, fl seralt fnfUIUblement appd^ k voir son 
nom inscrit qudqne jour parmi oeux de nos grands sculp- 
teurs. Ses ceuyres les plus remarquables sont : Cain et sa 
famUle, la Mort d'Byadnthe, LAia, Les MMicis, Fran^ 
Qoise de BinUni ( bas-relief), Blanche <fe CastUle ( k 
VersaiUes), Le MausoUe de G4ricault, La BMstance et la 
Poix, bas-rdiefb all^riqoes qui ornent Pare de triomplu 
de I'Etofle; SaHnte GenevUve^ au Luxembourg; Saint Au- 
g ustin, k l a Maddeine , etc. 

]&rflELB£D,nom dedeux roisd'Angleterredelady- 
nastie saxonne. 

£TH£LBED I*', qui r^gna de 8fi6 1 873 , yit son r^e 
contlnudlement trouble par les incursions des Danois , et 
p6rit des suites d'one biessure qn*U re^ en les combattant* 
AliM le Grand , son frto, lui socc^ida. 

^THELRED II socodda k son fr^, J^ooard le Martyr, 
et r^a de Pan 979 k Pan lOlfi. Prince fi^ble et pusilla- 
nime , U laissa les Danois rayager plus que jamais PAngle- 
terre, et mdme yenir mettre le si^e deyant Londrea. Hors 
d'^t de se mesnrer ayec sea redoutablea adyersaires, il pre- 
Un, poor les combattre recoorir k la trabison, et ordonua 
le massacre g^in^ral, k ua jour fixe, de toos oeux qui se 
trouyeraient poor qoelque cause que ce fftt dans ses Etats. 
Sutoon, roi de Danemark , tira une ^clatante yengeance 
de cette lAcbe fanmolation de tant de yictimes surprises sans 
dtfense, et rfossit k expolser du /mI d^ PAngleterre ce 
prince, qui n*y put rentrer qu'^ sa mort ( 1013 ), mais pour 
e n yre e ncore one foia cbaM^ par Cannt 

£TH£LWOLF, rot d*Angletenre, de la dynastie 
saxonne, qui rigna de 837 ii 857, et qui ayalt ^pous^ Juditlj, 
fille de Cbarles le Cbauye. C^dant aux inspirations d'une 
pi^ mal Mair^, fl abandonna son royaume aux rayages et 
aux d^yastations dea Danois pour entreprendre le pderi- 
nage de Rome, se contentaat pour prteryer ses SDjets du 
fer et du feu des enyablssenrs, de les rendre tributaires du 
saint-sidge et de les placer sons la protection desaint Pierre, 
en leor imposant de plus une dime au profit du derg^. Pen- 
dant son absence, spn fil9 n'eut pas de peine k se faire d^ 
cemer la couronne, et Etbdwolf la rdsigna sana difdculi^ 

ISTHER ( du grec atOps et aussi aiO^, le tkH herein. 
Pair pur et yif, la fraldieur du matin ), mot qui joue un 
grand rOle dans Ie langage poMque, od il est sourent 



fiTHER - fiTHiRISATION 



9G 

tion des champs ou plaines de Vither, dee campagnes 
itMrdes, de la voUte itkMe* 11 a qaelcpie analojie avec 
le ipot empyr6e\ mais il d^igne sp6cialement Tair le plus 
par, le plos transparent et le plus calme, qa'on suppose 
au plus haut de Tatmosphto, et oii Ton a plao^ po^que- 
uent le si^joiir des anges. On difinit Father un floide in- 
Tisible, ^lastique, imponderable oonime la lomitoe qui 
remplit rincommensurable espace, et k trayers lequel 
les planMes et les com^tes poursuivent et acli^Tent leurs 
revolutions sans le moindre trouble, tant cette substance, 
mervcilteusement transludde, est mobile et pronqite i 
se d^placer. £lle pdn^tre et traverse les corps les plus 
compaetes, en s^inslanant dans leurs pores; die est infi- 
nlment plus rapide que la Inmiere mAue, qui nous vient 
du soldi, de trente-cinq millions de lieues^ en bnit minu- 
tes. Ausfti les pbenomtoes de la lumi^ et de rdectricite 
sont-ils attribu^s k la mati^re ether^e par le savant Euler. 
En ef fet, la lumi^re, le calorique et I'dectridte sont, conune 
retker, imponderables. 

(Test cette imponderabilite de rether, son extreme te- 
Duite, sou indivisibilite, qui out fait que des philosopbes 
out nie son existence. Au delk des atmospheres planetaires 
lis admettent un vide absolu. Euler afOrmait qu*un td etat 
ne pouvait exister dans Tespace, paroe qu'ii etait traverse 
de mille points diirerents par le calorique, la lumiere du 
soldi et des etoiles, celle de la refraction et reflexion des 
ptanetes. Le systeroe de Descartes justifle parfeitement I'e- 
tyniologie grecque d'^ther, II pretend que le premier etat 
de la nature a ete cette substance , et que le soleil et les 
etoiles en out ete formes. Huyghens donne le nom' d*^- 
iherh la lumi6re. Nevrton, tout en combattant le^plein 
absolu des cartesiens, ailmet une substance d'une te- 
uuite indicible qui rempKt Tucivers. M. Franoueur, dans 
son Uranographief se decide pour le vide absolu. « Si 
quelque substance, dit-il, sumageait k Tatmosphere, elle 
serait d'une tenuite infinie, puisque sans oda elle s*abaisse- 
rait jusqu'it la coucbe d*air de meme denste. » Mais dire 
que cette substance serait mille fois plus leg^re que I'at- 
mospbere, ce n^esl pas dire qu'dle ne puisse exister. L'es- 
sence si translncide, si legftre des cometes, nous prouverait 
la realite de ce gaz cdeste. 

V^her, ce mot si fantastique, qui f^erme en lui un 
mystere, puisque, comme les sylphes, on ne le vit jamais, 
dut frappor ^imagination des poetes : aussi s^en servent-ils 
k tons les moments. Le chantre des Saisons, Thompson, va 
Jusqu'^ former des etres reds de la substance etberee ; te- 
moins ces deux Vers : 

Z^pbirs, fraicbe Miia, njmpbe rose et Mcree, 
Da printemps cr^atenr, toi, la fille Mhireei 

Demne-Babon. 

ETHER {Ckimie). Le mon dVMer fut d*abord donne 
k on liquidetres-volatil,tre»-inflammabley tr^s-suave. qu*on 
olitient en chauflant des parties egales d'alcool et d'acide 
sulfurique. On etendit le meme nom k d'autres liquides 
provenant de Tactton de Palcool sur d*autres acides, et - 
partageant k pen prte les mftmes proprietes ; enfin, il a ete 
applique depuis k des composes d^adde et d^alcool pen vo- 
latils et presque inodores. II y a done plusieurs genres d*e- 
tbers; on les distingue tous d'ailleurs par le nom de I'adde 
qui sort k les former : les uns sont composes d'hydrogene, 
de carbone et d'oxygene ( others suifurique^ pkosphori- 
que et ars&nique) ; les antres d*hydrogene percarbone com- 
bine avec Facide employe {Others chlorkydrique^ iodhy- 
drique) ; les autres, enfin, d*alcool et de Fadde employe pour 
'. les faire : tels sont 6iher nitriqueel les ethers k addes ve- 
I getaux. lis out presque tons pour proprietes communes 
j une odeur forte et suave, une sateur cbaude et piquante , 
I une limpidite parfaite, une fluidite tres-grauoe, une volati- 
lite extreme. lis se combinent en toute proportion avec 
I'alcool, mais nou avec Teau. L'ether dissout les huiles xes 



et volatfles, les bitumes et les resines, et non les gommes. 
Tons les ethers s^enflamment su^le-champ par Tapproche 
d'une bougie alJumee. 

Les ethers connus jnsqu*^ present sont : 1° Vdlhersu(fu- 
rique^ le plus andennement conno de tons, puisqu^on le 
tronve mentionne dans la Pharmacop^e de Valerius Cor- 
dus, publiee k Nuremberg en 1&40. CTest le plus udte» 
il est employe en mededne soit pur, soit mde avec Tal- 
cool, sous le nom de liqueur d'Bciffmann. On s*en sert sou- 
vent dans les laboratou^ de chimie; 2** et 3^ les others 
phosphoHque et arsiniquef dont U decouverte est due ^ 
M. BouUay : ces deux ethers sont probablement les m6- 
mes que rether sulfurique; 4'' VHher chlorhydrique ga- 
zeux k la temperature de 11® : la saveur en est sensible- 
ment socree; 5* V^lher iodky drique dd k Qay-Lnssac : il 
ne s'enllamme point par Tapproche d*un corps en combus- 
tion, et n*occupe son rang parmi les ethers que par ana- 
logie; 6° V4ther nitrique, d*unblanc jaun&tre, d^une odeux 
extreinement Torte, d^une saveur &creetbr01ante : cet ether 
estdft kJA. Navierde ChAIons; 7® V4ther adtique^ decou- 
vert par le comte de Lauragnais, en 1759 : il a une odeur 
agreable d'ether sulfurique et d*acide aoetique, une saveur 
toute particuUere; 8® enfin les others benzoique et oxcUi-- 
que, plus volatils quo Talcool, et les others cUrique, tar- 
trique et galliquet qui n*entrent en ebuliition qu^au-dessus 
de 100''. 

On n^emploie guere, meme en m^edne, qne les ethers 
sulfurique et acetique; on les considere comme stimulants^ 
di/fudbles et antispasmodiques. On a administre Tetlier 
sulfurique avec succes contre le ver solitaire. L^ether ace- 
tique a ete preconise en frictions contre certaines attaques 
de goutte et de rhumatisme. L'ether sert souvent d'exd- 
pient a des medicaments actiCs prepares dans les pharma- 
des sous le nom de teintures ithir4es, S. Samiras. 

L'ether a acquis une grande importance par son emploi 
pour produire Tanestliesie dans les operations cbirurglcales 
( voyez £th£risatiom ). 11 en aurait une plus grande encore 
peut-etre si le probieme de sa substitution k la vapeur dans 
les machines etait compietement resolu. 

Etherisation. Lcs moyens de rendre Thomme 
insensible aux douleurs que causent les operations chi- 
rurgicales out vivement fixe I'attention du public et des corps 
savants depuis qndques annees. Les philosopbes qui, avec 
Possidonius et sa secte, en nient jusqu'Jt Texistence, le& 
stoidens, qui la bravent, les pbysiologistet, qui, comme Mojon 
encore y soutiennent qu'dle est la source du plaisir, n*ont 
convainco personne, et la douleor est k present ce qu*dle 
a toujonrs ete, ce qu'eUe sera toujours : une triste realHe. 
La pensee de soustraire a la douleur les humains qu*on est 
force de soumettre aux operations que necesdtent certaines 
maladies, est done toute naturdle. Aussi n'est-ce pas sen- 
lement de nos Jours, comme beaucoup de personnes Toot 
cm, qu*dle s'est offerte k Tesprit des medecins* L^espoir de 
rendre Fhomme Insensible k Taction des instruments chi- 
rurgicaux remonte d loin dans Thistoire, qu*on le trouve 
nettement exprime dans les plus anciens auteurs. La pierre 
dite de Memphis, reduite en poudre et dissoute dans le vi- 
naigre, servait dej^ k cet usage, si l^on en croit les Gress 
et les Remains; la mandragore a surtout joui d'une 
grande reputation sous ce rapport. La decoction vineuse de 
mandragore fait dormir et apaise les douleurs; c^est pour 
cela qu*on Tadministre, au dire de Dodonee, k ceux auxquds 
on vent couper, sder ou briiler qudque partie du corps. 
Dioscoride et Bflatthiole parient meme de deux especes de 
mandragore, Tune que Ton mange, I'autre dont on boil la 
decoction pour rendre insensible pendant les operations 
chimrgicales; et Pline avail dit avant eux que le sue 
epaissi des bales de mandragore engourdit contre la douleur 
ceux qui doivent subir I'amputation ou la ponction de quel- 
qucs organes. 

Les chirurgiens (]u moyen ^e etaient fort au courant de 
I'emploi de certains anesthesiques, liugues de Lucqnes, 



fiTHlfeRISATION 



^7 



pnticieQ distingue dn treizi^me siMe, s^expUque tr^claU 
rement k ce stijet : Un« Sponge imbtb^ des sues de morelle, 
de jiuqniamey de dgae, de laitae, de mandragore, d*opiuin, 
mise sous le net, endonnait les malades pendant les ope- 
rations; on les i^?eillait ensoite en leur pr^sentant une autre 
i^nge trempte dans le Tinaigre, ou en lear mettant du 
sac de rae dans les ordlles. ITavons-nons pas tu, par une 
communication de M. Jnlien, qu'il y a plusieurs sidles, les 
Ctiinois savaient aussi rendre les malades insensibles pen- 
dant les op^tions. Boccace raconte que de son temps le 
chirurgiea Mazet de la Montague, de la fameuse ^le de 
Saleme, op^rait ses malades apris les avoir endormis an 
rooyen d^one eaa de sa composition. Des formules ne se 
sont-elles pas transmlses d*ftge en &ge pour donner k quel- 
qoes malfaiteurs le moyen d^endormlr leurs Tictimes avant 
de les d^valiser, on de les Hiire p^rir sans violence? Qui ne 
salt qo^^ la Renaissance, certains prisonniers parrenaient k 
se procurer qodqnes-nnes de ces drogues dans le but de 
supporter sans douleor les tortures auxquelles on sou- 
mettait alors tant de malheureux? Ne dit-on pas, enfin, que 
des empiriques turcs endorment aussi ceux auxquels Hs 
doivent pratiquer la circoncision? 

Si depuis toutes tentatives de ce genre ont (ii& d^ai- 
gnto, il faot s*en prendre k ce que les Taits annonc^s par 
Tb^odoric et par d*autres, manquant de details precis, 
d'authenticit^ saffisante, ont volontiers 616 ranges parnii les 
fables oil les actes de sorcellerie, et aussi k ce que I'usage 
des moyens indiqn^ ^tait de nature k inspirer de T^ritables 
inquietudes sor le compte des malades qu^on y soumettait. 
Tajoute que selon toute apparence les r&ultats n'^taient nl 
assei complets, ni assez constants, ni assez passagers pour en- 
gago' les cbimrgtens prudents k essayer s^rieusement Tem- 
ploi de semblables ressources. L'actiTit6 de Tesprit humain 
s'est tenement attacb^e k la question des anesth^iques, 
ao surplus, qu'eUe n*a jamais cess^ compl^tement de sVn 
occuper, et nous allons retrouver dans le sltele actuel le 
flifime genre de tentatives, mats avec d'autres substances 
que dans les si^es pass^, sans compter ce que Ton a 
ditdu haschycb et da magn^tisme. 

En 1818, sir H. Davy ayant fait usage sur lui-m§me du 
Kss oxyde d^azote pour calmer des douleurs de dents, 
nliMte pas k dire que Ton pourrait probablement em- 
ployer ce gai avec avantage dans les op^tions chirurgi- 
cales. Sans parler de quelques experiences tent^es pen de 
temps aprte par M. Thenard et dZautres dans ramphitheAire 
deVauquelin, qui Pessaya aussi surlui-mdme, poor veri- 
fier les proprietds tpestb^siques et hiiariantes de ce singu- 
lier corps, il n*est pas douteux au moins qu*un dentiste de 
Harford, M. H. Wells, s'en servalt avec succ^s d^s 1842 
00 1844, pour extr^re les dents sans douleur. On a trop 
oabUe, en outre, qn^un Anglais, M. Hickman, se fit an- 
noncer k Paris, vers 1821 , comme capable de rendre in- 
sensibles a la douleur les malades qu'onop^re, en leur fai- 
<ant respirer certaine substance gazeuse, dont il ne paratt 
pas, du reste, avoir tait connaltre le nom. 

Sottsce rapport, lesproprietes de Tether loi-meme n'e- 
taient pas tout k (Salt ignorees des medecins. Quelques toxi- 
oologaes, Orfila, M. Christison, entre antres, avaient 
constate que donne k Tinterieur, et k de certaines doses, 
rether peut rendre les animaux insensibles. Comme cal- 
mant, il a souvent ete present k I'bomme sous forme de 
vapeor. Merat parle dejk, comme Tavait fait Nysten, 
d*nn appareil, d*un flacon k double tubulure, destines 
Uin respirer la vapeur d*ether aux malades pour calmer 
les dooleors. Un savant Anglais, M. Faraday, foit mfimere- 
marquer que rinhalalion deTetber agit sur Tbomme comme 
le ^ protoxyde d'azote , et que son action, exhilariante 
d'abor , ne tarde pas k devenir stupeilante. 

Les elements, les materiaux de la decouverte existaient 
dans la science , et n'attendaient depuis longtemps qu^une 
main liardie ou un heureux hasard pour se degager de la 
confuH^on qui les avait soustraits jnsque 111 aux regards 

OlCr. I)E LA convERS. — T. IX. 



des savants, n etalt reserve an Nouveau Mondr^, h !n v<-'i 
de Boston, de ^onner k ce que cbacun croyait iinpossiiiit*. 
la force d'un fiiit accompli. Deux hommes sesonten qnelque 
sorte associes pour la di§monstration du fiiil. L'un, M. Jack- 
son , chimiste , savant distingue, ayant vn des eieves s'cn. 
ivrer avec de Pether et devenir insensibles dans les labo- 
ratoires de Cambridge, respire lui-meme de la vapeur 
etber^e pour se guerir de la migraine on cahner des lirita- 
tions de poitrine qu'il avait contractees en Inspirant da 
cblore Ses experiences et ses remarques le portent k con- 
clure que les vapeurs d'ether peuveot rendre I'bomme in- 
sensible ^Taction des agents exteriears. L^autre, M. Morton, 
simple dentiste, toormente depuis un certain temps du be- 
soin de realiser le fomenx axiome des hommes de sa pro- 
fession, d'eztraire les dents sans causer de douleur, en 
parle k M. Jackson, dont il avait ete reieve. « Faites respirer 
de rether k vos malades, lui dit le chimiste, ils s'endor- 
miront, et vous en ferez ensuite tout ce que vous voudrez. » 
Avec ce trait de lumi^re, M. Morton se met k Poeuvre, 
imagine et construit des appareils, se livre k des essais, et 
parvient bient6t k enlever effectivement sans douleur les 
dents de ceux qui viennent reclamer Padresse de sa main. 
Sdr de son fait alors, il s'adresse aux chirurgiens de l*hd- 
pital de Massachusetts, et leur propose d'appliquer son 
moyen aux malades qui doivent etre soamis k Paction de 
Pinstrument tranchant. On hesite un moment, on accepte 
ensuite. Sans etre complete, une premiere experience donne 
du courage; k la deuxieme tentative, le succ^s ne laisse 
rien k desirer. Les faits se multiplient en peu de jours, et 
la qaestion est presque aussitdt resolue que posee; nnlle 
objection n'est plus possible; les plus incredules sont obliges 
de ceder k Pevidence; il faut en croire ses yeux : la solution 
dn grand prohieme est enfin trouvee 1 Ces premiers resul- 
lats, obtenus en Amerique, ont bientdt franchi les mers, et 
ne tardent pas ketre conflrmes en Angleterre, par quelques 
dentlstes et quelques chirurgiens. Nous n'en sommes ins- 
truits en France, k Paris, que quelques jours plus tard , ce 
qui n'empeche pas qu'en moins d'un mois la possibilite de 
snpprimer la douleur pendant les operations chirurgicales 
soit demontree sans repliqoe dans vingt bdpitaax differents 
de la capitale. 

Cependant, le bit de Panesthesieartificlelle ne pouvait pas 
prendre place dans U science sans y etre soumls kon examea 
severe. On ne range point deflnitivement une telle decou- 
verte an nombre des acquisitions utiles avaot de Pavoir 
etndiee sous toutes ses faces, avant d'en avoir blen pese la 
valeur pratique. A ce pofait de vue , Pesprit eut lieu d'etre 
promptement satisfalt Jamais deconverte ne fut soumise k 
an plus vaste contrdle; jamais sajetne fut travailie avec 
plus d'ardenr. Experiences rar les animaox, experiences sur 
soi-meme, experiences sor I'bomme sain et sur Phomme 
malade; mededns et chirurgiens, tout le monde se mit k 
Poeovre. 

Que de singularity, que de tableaux varies se sont derouies 
aux yeux de Pobservateur attentif ; tant6t le malade qn'on 
etherise a la conscience de Poperation qu'on hii pratique; 
il sait qu*il en est le sujet, ii en suit pour ainsi dire toutes 
les phases. Un noble russe avait reclame mes soins pour 
une maladie dont les progrte ne pouvaient etre arretes que 
par one operation des plus douloureuses. II s'aglssait d*ex- 
tirper un odl devenn canoereux. Soumis aux vapeors anes- 
tbesiqnes, le malade tombe dans on sommeil complet, et 
Poperation est pratiqnee sans qull manifesto la moindre 
doalenr. A son revell, 11 n'oxpUque ce qui s'est passe en 
hd : « Je n'avais pas (Mrda , medit-0, la suite de mea idees ; 
rtt^ne k roperation, je savais que ipdus j prooeote. ec 
fen suivais tous les temps, non qoe je seotisse la moindre 
dooleof, Dials j'entendais distinctemeui le brait d« votre 
instrument qui penetrait dans les parties , qui les dlviMit et 
separait ainsi ce qui etait malade de ee qui etait sam. » 
Ainsi, sauf la douleur et ta faculte de reagir , PuiteUigenca 
persistait ^ analysait jusqu'k Poperation cUe-m^mi. 

13. 



jyanfres foit, ee sont de» rftfes de diTene PAiure qui ber- 
cent Ie» malades; des songes, qui tanMtont rapport k Top^- 
ration, et qui tanMt lui sont Strangers. Des femmes slma- 
ginent 6treau bal ou i qnelque concert. Quelques-unes m*ont 
parl^ de yiidoiis , tantOt agr^ables tant6t p^nibles. L'une 
d^elles se trouyait suspendue dans l^atmospli^ et entourte 
iTune Todted^licieusement ^toUto ; une autre 6tait au centre 
.#ttD Taste amphithdfttre^ dont tous les gradins 6taient garnis 
i de jenaes vierges d'unfrblancbeor ^blouissante. 
^ Au point de Tue de la chirurgie, ces r^Tes se rangent en 
doix cat^ories : ies una avec mouvementSj avec agita- 
tion; les autres avec maintien du calme, et sans r6ao- 
flon musculaire. Its ont mis en lumi^re un fait strange. En 
4teignantla sensibility, les anestbteiques provoquent ordi- 
Mirement Id relAcliement des muscles : aussi nous sommes- 
nous servis de bonne heure et avec des avantages marqote 
4e r^tb^risation pour favonser la r^uction des luxations 
ct de certaines fractures. Pen avals m6me infdr^ d^ le 
principe queranestb^ie rendrait peut-^tre quelques senrices 
dans la manoeuvre des accoucbements dif ficiles, dans le traite- 
luent du t^tanos, etc... Or Texp^rience a d^roontr6 que chez 
^elques nialades I'action musculaire est si peu ^mooss^ 
pendant Tdtb^risation, que, gouvem^ par leurs i^ves, ils se 
ttieuvent, s*agitenl, se redressent avec. force, ap point dese 
foustraire aux mains des aides et d^^bapper par moments 
I la sollicitude de Top^ratev. 

Ce qull y a de plus insoUte, te qui serait k peine 
^oyable pour moi, si je ne Tavais constat^, plosieim fois, 
€^est qu'un m6me malade soumis k ]*action des anes- 
A^iques ait les muscles cooaime paralyse sur un point 
pendant quil Jes contracfe ^nergiqueraent sur d'aotres. 
ITn malade de la ville, auqael fenlevais one tuneiu 
do bras gaocbe, ^tait tellement pr6occap6 de qoestiona 
tfectorales, qu^il ne cessa de crier, de se disputer, de r^ 
Bluer avec force la t£te, les jambes et m^e le brat droit 
pendant toute la durte do Panesth^e, en m6me temps 
^ le bras malade restait calme et parfaitement exempt de 
^ntractlons musculaires. Cbez on jeune bomme fort etbien 
A>nstito6, aoquel J^ens k r^uire one luxation du coude, nous 
ftmes frapp6s de ce singulier pb<^omine. Asais sur une cbaise, 
il ne cessa point, durant toute Top^ration, de se. cramponner 
cree v^uenr du pied et du bras sain k la table et oontre un 
pflier Tolsin, pendant que de Tautre cM la luxation se 
f^uisaitavec une extreme focilit^, que nos tractions ne 
rencontraient aocune r^istance muscolaire. On eCitdit one 
intelligence n^^fst^rleuse ^teignant Taction moscnlairel^ 06 
Olle ^tait noisible, pour Texag^er en quelque sorte U 06 
die pouvait servir ou ne pas nuirel 

An surplus, les r^ves de ranesth^sie, les rftves avecmoo- 
tements d^rdonn^ surtout, se voient beauconp moins 
ivec lecbloroforme qu^avec T^tber. Encore faut-U lyoo- 
fer qu*avec le chloroforme les malades, une fois r^veillds, 
lie (KmVent plus, en g^ndral, rendre compte de ce quails ont 
^rouv6 , ne se souviennent plus d*avoir rtwL J'en al vn 
plusieurs qui eriaient , cbercliaient k remuer, parlaient dia- 
tiiictement d'objets divers jnsqu^^ la fin de Top^tion, et qd 
«ne fois reveous ont cro n'avoir rien dit, 6tre rest^ abso- 
kment tranquilles. J^en ai vu anssi cependant qui n^oubUaioit 
point le aojet de leurs r^ves. Une demoiselle do monde, 
grande amateur de musique, fredonna tout le temps, avecle 
plus grand ealme, un air qu*elle affectionnait, pendant que je 
lui enlevais une ^orme tumeur des profondeurs de la cuisse. 
A son riveil, die se rappela tr^bien sa ciianson, quoiqu'elle 
flit restte parfaitement insensible k Taction de nos instru- 
ments. 

L*empIoi de Tanestbdsie artificielle s'est tellement et ai 
rapldement popularise, qu'on en amaintenant fait usage non- 
ieulement pour toutes les operations de la cliinirgie , mais 
eocore, en m^decine, dans le traiteraent de T^ pilepsie, de 
rhysterie,de certaines formes de Talienation men- 
tale, des alfections ncrveuses en general. On s*en est servi 
•usii dans VaH des accoacbementa , lorsquli eat neoessaffe 



tilHERISATlOIS 

de venii au seoourt de Poiganisme impoisaaot, ainsi bieit 
que pour ^pargner aux femmes les douleurs qui servenl na- 
turellement de preludes k la naissance de Tbomme. Mise ei| 
pratique par MM. Chailly, Devilliers, P. Dubois, Bodson 
k Paris, par M. Stolta k Strasbonrg, par M. Villeneuve a 
MarsdUe, et pard*;»utres, Tetli^risation ne s*est point encore 
gen^ralis^e dans Tart des accoucbements parmi nous. C^est 
en Angleterre et en Am^rique, qu'on s^en est occupy avec 
le plus d*ardeur sous ce rapport, k tel point que M. Simpson, 
qui, partant d*une experience de M. Flourens 3ur les ani- 
maux, a substitue le cbloroforme ^ T^tber en cbirurgie, et 
M. Meigs, acooucbeur distingue de Pbiladelpble, B*en dis- 
putent aujourd*bui la premiere idee. 

Etudiant les resultats natnrels de Tetberisabon sur les 
iluides, quelques experimentateurs, M. Flourens, M. Amussat, 
en partlcuUer, ont cru que le sang devenait noir, que le 
sang arterid prenait la teinte du sang veineux tant que dure 
Tinsensibilite, et que l^anestbetisation est, jusqu*^ un certain 
point , comparable a Taspbyxie. Gomme ceqid a ete dit des 
animaux sous ce rapport a ete soutenn aussi pour TiuHnme, 
on a dd se bAter de verifier des faits aussi serieux. Des ex- 
periences nombreuses, faites par M. Girardui, de Rouen, 
M. Dufay, de Blois, M. Kenauld, d'Alfort, paraissent de- 
montrer sans replique que le sang reste rouge dans les ar> 
t^fea tant que Tanimal respire sans gene, tant que l^ap- 
pareil employe n'est pas prive d*one proportion conve- 
nable d^air. La coloration noire signaiee dans le sang ar- 
terial d^paadrait abisi d'une asphyxia yenant oompliqner 
acddenteUement retberisation, et non de reth^rlsatlon elle- 
memo. Les observations que j'ai pu recuelUir sur Tbomme 
m*ont conduit k k memo opfaiion. Toutes les fois que Tin- 
halation de Tether ou du diloroforme s*est faite en pleine 
atmosphere, avec calme, sans resistance, la figure des ma- 
lades a conserve sa tdnte naturelle, le sang est reste 
rouge pendant toute Toperation. Dans les conditions con- 
tralrea, c*est-ii-dire cbca les maladea qui Uspirent mal, qui 
resistant InstindiTenieDt on par pour k Tentree libre Je li 
vapeor an fond des brondies, le vib\ge pAlit on se couges- 
tionne, prendqudquefoiamemeunetejnte vioUcee,ct le 
sang qui a'dchappe de la plaie revet asaeff souvent en eflet 
une couleor plus ou mofais vineuse. Gette remarque m*a 
conduit, en ce qui toncbe le chloroforme du moins', k n- 
Jeter le moucboir, les linges ou compresses, les vessies, 
employes par beauconp de chirurgicns, et memo lea appa- 
rdls , si Ingenieux du reste, constrults par noa habilea fa* 
bricant^, et It me servir uniquement a*une bonne eponge 
poor Tetherisation. Tenue pr^s du nei sana le touchtf , 
Teponge imbibee de chloroforme est tellement permeable' 
que Tair ne peut eprouver aucune difSculte k la traveraer| 
et que la respiration n'en souffre aucune gfine , qualites 
qu'on ne trouve pomt au memo degre dans lea autres oUeCs 
adoptesou proposes. 

Aiors meme que les experiences sur les animaux n^eus- 
aant point inspire de craintes sur Temploi des anestbeti- 
ques , i*etberisation ne pouvait pas apparattre dans la pre- 
'tiqne sana soulever centre die de nombreuses ofcjections, 
une Vive opposition. Pour ne m'occuper que des objections 
sensees, je ne repondrai rien k ceux qui repoussent Tetheri- 
sation k cansede Tabus que poorraient en faire les mdfaitenis 
par exemple, ou qudque bomme de Tart mal intentionne, 
k cause ausd des attdntes que pourraient en recevoir la 
morale, la prabite ou la discreUon, d die etait livree k 
des mains mdadroites ou k des toies perverses ; mais 0(1 en 
aerions-nous d , par cda seul que Tabus d*une bonne chose 
peut etre dangereux , on devaiten rejeter l^usagel 

II n*y a guere lieu de refuter non plus ceux qui preten- 
dent que ladouleur dans les operations est un ma! neoessaire 
et qu'il est dangereux d'en empedier la manifestation. Llio-' 
roanite ne se souieve-t-elle pas tout entiere k Tenonce d'une 
tdle doctrine. A ce compte, la diirurgie auraitete coupabic 
d0 <out temps, car ses perfectionnements ont eu conslam- 
ment iM>ur but de rendre les operations moins donlottieuset 



«ii mtoe temps que moins dangereuses. Se contraindre, ne 
pu le plaindre quand on ^prou?e ane yife doalenr, quand on 
toolTre Tiolemiiient» peat nuire sans dilute, mais emp^cher 
la dooteor de nattre sera toujours an arantage, an bienfait. 
Lea animaax rerlennent toujoors k la sant6 quand on 
eesse r^th^risation aussitdt apr^a que llnsensibilit^ est ob- 
tnae , et Us ne meurent qae si k paitir de Ui on continue 
de lea ^tMriser encore plusieurs minutes. Pourquoi en se- 
fsit-il aotrement chex llwmme? Rendu insensible , le ma- 
lade en a pour deux, qnatre ou cinq minutes. D^ailieurs, si 
les besoins de qoelques op^alions sp^iales Teligent , rien 
iM s*oppose k ee que T^nge anesth^sique soit remise sous 
ie nei de FopM , quand U semble snr le point de revenir k 
hd alors que I'opdration n^esl pas termini. On ne Toit done 
pas, a priori que Men conduite T^b^risation soit de na- 
ture k compromettre*la lie des maiades. On in?oque cepen- 
dant dea fails en faTeur de i'opinion contraire. Des maiades 
^^rii^ ne se sont plus r^Yeill^, ou onf succomb^ pen de 
temps aprte aToir repris plus ou moins compl^tement leurs 
sctti. On a dt^ des faits de ce genre en Angleterre, en Am^- 
rique^ en Allemagne, en France, en Espagne. Nier les 
fidta, ee n*est.paa les d^tmire : j'accepte done ceui que 
l^histoire possiMe ; mais Je ne les accepte qu*k la condition 
de les analyser , de les juger. Un jeune bomme de laboratoire 
jttge k pfv)po3 ds se placer sous le nez un mouchoir imbibe 
de chloroforme pour s^amuser ; il tombe sur le parquet avec 
son moaehoir coU6 an nex> et on le trouve mort dans cette 
positioD , sans que personne ait pu lui porter secours : il 
^tait seol. En quoi T^tbirisalion est-elle coupable d'un pareil 
nalbeiir YTroiBoa quatredes observations relate sontaussi 
eondnantes que oelle-h. D^autre part, on voit k Londres 
une femme qui menrt Tingt-quatre beures aprte une opera- 
tion de taille, etron en accuse retherisation,comme sicela 
ne a'obaervait Jamais chei les maiades qui n'ont pobt respire 
d'^her. Un t^taniqne succombe au bout de six beures, et 
quoiqiie oet bomme fAt roourant avant T^th^risation, on s*en 
prendan cblotofonoe. Un bomme grayement blessi, encore 
dans la stnpear , ^uis^ par une abondante parte de sang , 
et qu'en ^th^rise deox fois , succombe avant la fin de repa- 
ration , et Ton aflirme qne sans le chloroforme nen de 
semblahle ne serait arri?4; comma si avant r^tb^risation 
des feits parefls ne s*^ent pr^sent^ nuUe part I On est all^ 
plus loin : on a mis snr le compte da chloroforme la mort 
qui est surtenne an bout de deux jours chex on deuxiime 
Iteniqae , an boot de doiize beures chex un op^r6 de la 
hernie, au boot de vingt-quatre beures chex un autre ma- 
lade, qaoiqu*ils eussent tons repris leurs sens, et que le 
tenier se itA mteoe rendu loin de son lit , oti il succomba 
toot k coop. Je le demande k toot observateur impartial , 
est-ce avee des faits semblables que Ton pent mettre en 
^▼idence-la ietbalit6 des agents anestb^siques I 

It est vrai qne des observations d^un autre ordre ont i\A 
prodaites. Rien n'a pn r^veiller des maiades qu^on avait 
^^Ih^sde pour de petites operations, pour des extractions de 
dents, ponr la iente dHme fistole, poor Tarracbement d'un 
oogle. Qne la flrayeur s'empare des esprits k Tannonce de 
maibenrs pai«iis, rien deplus juste. Personne plus que moi 
ne les d^;ilore, et ne serait plus dispose k rejeter retherisa- 
tioii s'ils devaient se reproduire souvent, s'il etait demontrd 
que I'anestbesie par dle^ntoieen soit veritablement respon- 
sable. ITen ayant point ete temoin, je ne puis les prendre que 
•omme Os noos cmt ete donnas. Mais, en observateur scru- 
yufeox et sevtee, qui tient k d^gager la vdrite de Terreor, Je 
ne puis tali« les flexions suivantes. D^abord ces cas mal- 
heamix (Je parte de eeux dont les details offrent quelque 
garantie) ne se sont rencontres que dans la pratique privee : 
anenn des operateors en renom n'a eu 4 en deplorer de sem- 
blables. Les bommes qui sont k la tete des grands bdpitaux 
de Sainl-Petersbourg, de Moscon , de Berlin, de Vienne, de 
Boston, de New-York, de Pbiladelpbie, de Londres, de 
DoUfa, d'£dimbourg, de Mon^lier, de Strasbourg, de 
Paris, n'ont rien observe d^analogue. Dans prssq'ia tons les 



*TH16rISATI0N 99^ 

t 

etablissements sanitaires, les medecins et les accoiicbeuni^ 
ont fait usage de retherisaUon un grand nombre de iois, el 
toujours impunement; ensuite,' une fouJe d^eiudiants eo me^ 
decine^ la plupart des medecins <le Paris, des societes me* 
dipalestout enti^res, vonlant voir iudividueilement on col- 
lectivement par eux-m6mes ce que produit Hnhalation def 
i'etber ou du chloroforme, se sont soumis k retlierisation J 
les uns une ou deux fois seulement, les autres un grand 
nombre de fois : en est-il resulte un seul accident notablef 
J'ai eu recours k retherisaUon, pour ma part, pris de Irois 
mille fuis, et il ne m'est jamais arrive de malheur. Avec 
une experience sivaste, en presence d*uae masse si impo- 
sante de fait^ aussi constamment heureux, n*est-il pas 
permis de se demander par quelle fatalite des revers ^ 
cheux ne se sont attaches k Petherisation qu*entre les mains 
d'hommes qui en avaient pen Tliabitude , qui n*ont eu que 
de rares occasions d^invoquer son concours ? 

SI les malheurs dontonparle n^etaient survenus que dans 
de graves operations, ou apr^s une longue etherisation , k 
la ligueur on le comprendrait; mais y a*i-il rien de plus vili^ 
fait qu'une extraction de dent? Puis n*a-t-on pas aflirrad 
que pour qnelqnes cas au moins Tinhalation du chloro^ 
forme n'avait dure que trente secondes , une on deux mi*- 
nutes au plus? S'U en etait ainsi, aucun cbirurgien n^oserait 
en feire usage; car retherisation exige toujours au moins 
quarante secondes , et quelquefois jusqu^jt quatre et cinq mi> 
nutes, que Toperation k pratiquer soit petite ou grande, 
D'ailleurs, il existe k Paris des dentistes, deux entre autres^ 
qui ont etherise dedeux k trois mille clients , et qui pourtaol 
n'ont point rencontre de ces malheureuses catastrophes 
dont se sont empares avec tant d'ardeur les antagonistes de 
retlierisation. Dans les operations rapides, Tanesthesie doi^ 
etre si courte, que je ne m'ea explique point du tout le 
danger. Est-cei dire pour cela qne Tinhalation des anestlie^ 
aiques connus soit absolument depourvuo d^ncunvenients, 
puisse etre Uvree sans peril k toutes les mains, appliques 
indistinctement k toutes les ospeces d'operations et d'lndl* 
vidusP NuUement. Nous avons eu bien soin, au contraire^ 
M. Roux et moi, d'avertir des le principe que des agents 
& la fois si puissants et si merveilleux n*etaient pas de na- 
ture k penetrer fanpunement dans Tt^conomie , et qu^autanl 
lis pourraient etre utiles employes k pr6pos, autant ils 
seraient nuisibles employes k contre-temps ousans metbode^ 

Maintenant comma alors leur usage ne me paratt pas 
prudent par exemple pour les operations qiii doivent etre 
pratiquees dans la bouche ou dans le gosier, dans les fosses 
nasalcs ou sur le larynx et la trachea, k cause des besoins 
que pent avoir le malade de repousser au dehors le sang 
qui taid k lui envahir les voies respu'atoires. Sans le d^p* 
prouver, je ne le conseOle pas cependant quand on dolt agir 
sur les yeux, les paupieres ou les levres, quand on veuf 
proceder k la recherche de quelques arteres , et pour les 
operations qui se pratiquent chex des individustres-affaibJis, 
soit par la maladie, soit par I'Age. 

Ajouterai-je que d*une mani&re generale, et pour dire 
toute ma pensee, je ne le conseilleli personne; que, toute^ 
cboses egales d'ailleurs, j^ahne mieux operer sans etheri- 
sation qu^avec etherisation. Beaucoup de medecins, las' 
gens du monde surtout , croient volontiers qn'en presence 
d'un malade etherise le cbirurgien est plus fibre, plus maltre 
de ses mouvements qu'avec ceux qui conservent leur intel- 
ligence ; c'est une erreur : Panesthesie trop prolongee ex- 
posant k quelques dangers, I'bomme de Tart a natnrellemenl 
bAte d'en finir, et ne pent pas se defendre d'un certain degr ^ 
de preoccupation tant que dure Toperation. S'il convient de 
verier la position du corps, de questionner le malade, ds 
hii adresser quelques recommendations ; si, d'une fa^on oa 
d'une autre, on a besoin de son concours, du concours de 
sa volonte, I'operation une fois commencee, Hiomme eveille 
vous entcnd , vous obeit, et s'abstient presque toujours des 
mouvements qui pourraient nuire; tandis que rien de tout 
cela n'est possible sur on malade endormi. Ce n*est done 

lie 



pu poor tear tatlBbdion perBonneUe que les chinirgiens 
iont si partisans de l^^h^sation, ce n*est done pas non 
plus pour fadliter le manuel op^ratoire que lesnialades doi- 
Tent la demander. En d*autres tennes, les personnes qui 
n^ont pas peur de la donleor, on qui du moins la sup- 
portent sans trop'de crainte, auront ralson de ne point se 
fidre ^Mriser. Pour les autres , et c'^est inoomparablement 
le plus grand nombre , Je n'h^te jamais , pour pen que To- 
p6ration en vaille la peine; j'y ai m^me reoouru quelquefois 
pour de trto-16g&res optotions , attendu que selon moi le 
besoin de r^thi^risation est plutdt en raison du degr^ de 
Ja erainte, de la pusillanimity du malade, que de la gra?]t^ 
de reparation. Ne voit-on pas cheque jour dans les hdpitaux, 
comme dans la clientele priy^, des personnes qui redoutent 
la ponction d*un abcte, Parracbement d'unedent, Tintroduc- 
tion d'un stylet au fond d'une fistule , autant que d'antres 
Tamputation d^une cuisse? 

M6me restr^nte dans les limites que je viens dlndiquer, 
r^th^risation comptera encore comme un bienrait inappre- 
ciable dans rhistoire de I'bumanit^. Pour en saisir la port^, 
il suffit de songer au nombre de malades qui reculent ind^- 
iiniment, eflray^ quails sont par I'image de ladouleur, de- 
' Tant una operation pourtant indiBpensable. D^Trte de cette 
terreur, Tesp^ce humaine sera libre dordnayant de cboisir k 
temps le rem^e le plus oonyenable pour se soustraire k 
quelques-uns des maui qui tendent k La d^truire. Ceux qui 
accusent sans preuve suffisante P^h^risation , qui s^eflbr- 
cent d'en feigner les esprits, ignorent-Us qu'on pent mourir 
de douleur, que la douleur ^puise, que dans les operations 
une douleur exoessiTO ou longtemps prolong^e est toujours 
une complication graTO? Songent-Us bien k la perplexity 
afTreuseou ils mettent les etres craintifs, nerveux, sensi- 
bles , pusillanimes , qui se volent dans Paltemati?e de se 
r^signer k des douleurs qu'ils ne se croient pas capables de 
supporter, ou de se sonmettre k Temploi d^on preserratif 
qn'ou leur prdsente sous des oouleurs si noiresP 

Les contempteurs de Tanesthesie allant jusqu*^ supposer 
qtie les chirurgfens ctdient les dangers de retherisalion, de 
])eur d^en detoumer les malades ou pour se manager un 
plus grand nombre d*operations, ne peuvent parler ainsi que 
par irr6ftexion. Y a-t-il un bomme au monde , en edet, qui 
puisse trouver de Tagr^ment k porter le fer ou le feu sur 
son semblable , autrement qu*avec la ferme conviction de 
Itii en 6tre utile? Qui done pent etre plus int^resse au succ^ 
d^une operation que le chirurgjen qui la pratique? 

En somme, les op^rateurs n*ont nul besoin d*amoindrir 
^]es inconvdnients de Panestbesio pour la r^pandre : en rea- 
lity , nous sommes bien plus souvent obliges de la reiuf^cr 
que d*y engager le malade. Cost k tel point , qu*k TliOpitai 
hommes et femmes la rudiment avec instance; que j*en ai tu 
s<' Jeter k mes genoux et me supplier en pleurant de nc pas 
leur refuser ce secours, se phiindre a?ec amertume m^me 
(ie ce que je ne Toulais pas leur accorder ce qu*ils avaient 
Tu mettre en usage cbez tel ou tel camaradedes lits voisins, 
quand par basard j*ai trouv^ retberisation contre-indiqu^e. 
On pent done etre parfaitement rassur6 Ut-dessus. Les ayan- 
tages de retberisation n*ont nul besoin d*6tre exag^rds ou 
embellis. Atcc la connaissauce que le public en a dej&, les 
chiruiigiens n*en seraient gu^re partisans , que les malades 
•auraient bien nous forcer k en fabre usage, et je ne crains 
pas d'etre dementi par TaTenir en affirmant que c*est des 
k present un fait acquis dont Part ne se dessaisira plus. De 
nouYdles formulesen seront donnees^on en Tariera les 
agents, elle se simplitiera sous Pinfluence du progres nature 
de sciences ; mais Petherisation restera comme un des plus 
grands bienfaits dont la chirurgie ait dote le monde dans la 
premiere moitie du dix-neuvieme siede. 

De nombrenx faits, des experiences muKipIiees, ont ete 
infoques , des discussions animees ont eu lieu dans la presse 
et au sebi des sodetes savantes depuis 1850, e|>oque de la 
i^iieiniere publication docet article ( Union midicale, page 
126); mik rien Jusqueid ne m*a pani de nature k modifler 



ifcTH^RlSATlON — ifeTHIOPIE 



ce que ja disais alors de Petherisation. On pent Toir aussi 
dans le journal dte od la sdence en etait dejk sur Panesthe- 
sie, sur Petberisation locale, et que sous ce rapport la ques- 
tion n*est guere plus a?ancee par malh^r aujoardliui qa'en 
18M. A. Velpbad , de I'Academie dct Sciences. 

J&THER 0XYG£NE. Voyez Kc&tku 

J^THER PYRO-AG^TIQUE. Voyet Acetone. 

l^THIGOTHjgOLOGlE, nom donne par Kant ao 
systeme phllosopbique qui cbercbe k demontrer Pexistenot 
de Dieu rien que par des preuves tirees de Pordre moral de 
Punivers, k la difference de la physicotMohgie , qui la 
prouTe au moyen de considerations eropruntees k Pordre, k 
la magnificence et 4 la destination proTldentielle de toutes 
cboses. En ce sens, Kant definissait Pexistence de Dieu une 
petition de la raison pratique, e'est-^-dire qudqoe cbose 
qu'on ne peot pas savobr par des raisons theoriques, mais 
qu*on est force de croire par des raisons morales. 

J^TDlOPlEy^HlOPIENS ( de deux moU grecs, atOw 
et 6<)/ic, sigoiliant les hommes au visage InitU [ par le so- 
ldi ] ). (Test sous ce non que, dans leurs plus anciennes 
notions geograpbiques, les Grecs designaient tons les peuptes 
babitant Pextremite meridionale du monde alors connu. 11 
en est dej^ fait mention dans les poSmes d*Homere, qui dis- 
tingue les Ethiopiens de Porient et ceux de Puccident. Le 
mot cousch, dans|la Bible, paratt avoir le meme sens, et 
les Septante Pexpliquent toujours par £thiopie. La meme 
distinction d'une ^thiopie orientale et d'une ^tbiopie occi- 
dentale se retrouve etablie dans Herodote, ainsi que dans les 
geographes grecs et remains posterieurs. Pour eux Pi^ 
thiopie e*etait toute la contree situee au sud de la Libya et 
de P£gypte, entre la mer Rouge k Pest, et Pocean Atlantique 
k Pouest. Au rapport de Pline, e'est le Nil qui formait la se- 
paration entre PEtbiopie orientale et l^tbiopie occidentale. 

L*£thiopie orientale, c*est-&-dire la contree k laquelle les 
geograpbes anciens donnent de preference le nom d'Ethiopie, 
comprenait Pancien £tat agricole de Meroe, dont le point 
central se troovait dans ce qu'on appelle malntenant la 
Nuble ou le Sennaar. AussI, aujoord'hui que les contrecs 
arrosees par le Mil central sont devenues Pobjet dlnyestiga- 
tions bistoriques nombreuses, est-on dans Pusage de designer 
sous le nom d*J^thiopiens tons les debris d^une antique d- 
yiUsation , tous les monuments andens qu*on Tient ^ y de- 
couvrir. De meme on appelle dynastie Hhiopienne la vingt- 
dnquieme dynastie egyptienne , parce qu^elle fiit fondee, au 
temps oi^ le rol £zi^chias regnait cbez les Juifs, par Chewek 
ou Sabacon, conquerant arrive de la Nubie, que Strabon 
cite parmi les plus grands conquerants du monde ancien, el 
qu'Herodote fait rc^ner pendanit cinquante ans. Au reste, 
Pbistoire des tribus eibiopiennes nous est pen connue. Dio- 
dore nous apprend seulement qu'dles etaient autochtbones, 
firequemment en guerre avec l*£gypte et animees de sen- 
timents de piete ^t de justice. Nous ne sayons pas queHe 
etait leur langue, ni k quel degre de civilisation dies etaient 
parvenues. 

Quand plus tard des royaumes cbretiens ftarent fond6s 
^ans ce qu'on appelle k pr^nt Abyssinieou Habesch, 
on les designs egalement sous le nom d^thiopie ; c'est ce 
qui fait quMl est encore aujourd'bui question de cliretieiu 
etbiopiens, d'£glise ethiopienne, etc. ; et qu'on est ausd dans 
Pusage d*appder ordinairement langue Miopienne Pai- 
denne langue ecrite des Abyssins, la Lesana Geez. II e^t 
rare toutefois qn^on deslgne sous le nom d^ithiopie le pa} s 
meme, pour la denomination duquel le mot Abyssinie on 
Habesch a prevalu. II en est de meme du nom de mer d*£' 
thiopie, qu'on ne trouve plus que bien rareroent donne &ur 
les cartes k la partie meridionale de POcean Atlantique. 

Comme, au reste, la couleor brune ou noire constituait 
dej^ cbez les andens le caractei« distinctif le plus saiilant 
des Etbiopiens, Blumenbadi y a trouve une raison pour 
comprendre dans sa ctassificalion des races bumaines les 
populations n^gres de I'Afrique et de PAustralie, sous li 
d(^nomination de race dthiopienne. 



fiXHIOPIENNES — fiTHlQUE 



101 



iSmiOPlENNES (£criture, Langue et Litterature). 
On parle en Abyftsiiiie plusieurs Ungues ou dialectes qui ne 
fiont encore que fort pea oonnus, ou qui ne le sont mtoie 
pas do tout. La langne ^rite d^signte de prdi^ence sous 
le nom dV^Atopiemte , mais k laquelle les natarels don- 
nent cdoi de Gees on Gihi (ou encore d'axoumite, nom 
d^rir^ ^Axum, capitate duroyaume de GiAs, centre de 
la r^^n on il arait cours) , appartient k la Tamille des Ian- 
goes stoitiques, et pr^sente surtout beaocoup de ressem- 
blance ayec le dialecte de I'Arabie m^dionale appel^ himya- 
rite, parl^ autrefois sur ie bord oppose de la mer Rouge, 
daBsfYdmen , mais qui depuis I'^poque de Mahomet a com- 
pl^tement dispani de TArabie. Cependant elie est moins bien 
formte et beauooup moins ricbe que la langue arabe sa sceur. 
On y retrouTe non-senlement les radnes de rarabe, mais 
encore la pbysiononjie de sa grammaire, et notamment cette 
Tari^t^ de formes qui caract^se sa conjugaison. Elle a 
d^ailleors quelques usages grammaticaux communs avec 1*6- 
gyptien. On la parte encore aujourd^hui, dit-on, dans les 
bourgs qui enTironnent Saaraioi, Ses rapports arec les lan- 
gues de U Ounille chalddco-b^ralque la firent longtemps 
confondre arec le diald^en k T^poque od celui-d fut pour la 
premie fois connu en Europe, c^est-lt-dire an seizi^e 
&i^e. Plus tard, on ne salt du reste pourquoi, elle re^ut des 
orientalistes europ^s le nom de langue indienne, Bruce, 
dans l^entbousiasme quelui inspir&K r^tbiopien^ a voulu en 
&lre la langne de nos premiers parents , d^Adam et d*£ve. 
Bibliander ae contente de la f^re remonter k Chusou Couch, 
fUs de Cbam ; mais ii pense que. I'arriv^e des Ctouchites an 
sod de l'£gypte dut £tre ant^rieure k P^poque de Moise. L*^ 
poque oil ce dialecte arabe pdnetra dans cette partie de TA- 
ftiqoe 6tant an^eure aox premiers perfectionnements qu*il 
ait re^s, c^est sans doute k cette cause qu'il faut attribuer 
U rudesse qu'a gardfe T^tliiopien. La pronondation est ex- 
trfimement dure, et pr^nte notamment dnq articolations 
centre lesquelles Tiennent tebouer, dit-on, tons les efforts 
d'un organe europ^en. 

L'opinion gto^ralement admise de la complete afQnit^ dV 
rigine des langues arabe et ^tbiopienne n*a M combattuo 
qoe par an seol Toyageur, par Salt. Quelque poids que 
pnisse aToir son avis en pareille matiire, il fiiut dire qu'il ne 
le corrobore d'aucnne preuve liistorique, et qu*ii se borne 
k infi^er des dilTifirences tranche existant dans la physio- 
nomie, la couleur, la maniire de b&tir et de s'babiller, Pdcri- 
iiire, riustoire politique des Arabes et des Abyssins , que ce 
tout deux nations d'oinigines difliirentes, et k expliquer les 
rapports nombreox existant entre leurs deux langues par 
rinQuence du Toisinage et des relations commerciales des 
deux peoples. 

L*dcritiire 4tbiopienne propreioent dile , laqudle, sous le 
rapport dee formes et de la di'^ection, difl^re de tuutes les 
Ventures s^mitiqnes, est identiquement la mtoie aussi que 
Ttoiture himyarite, et ne se composait k Torigine que de 
▼iDgt-six consonnes, qu'on ^riTait de droite k gauche. Ce 
fut plus tard seulement, lorsde rintroductiondu christianisme 
dans oes contrte, que la direction des caract^res de cette 
teritne fut chang^e suivantle module de T^iiture grecque, 
c'est-4-dire de gauche k droite, et que, par Taddition de sept 
signes repr^sentatifiB des voyelles qu*on entremfila aux con- 
sonnes, Ton arriTa k construire un syllabaire complet com- 
post de 182 caract^res, dont les formes tiennent k la fob des 
lettres stoitiques et des lettres copbtes. 

Nous ne connaissons que de fort insignffianU fragments 
dinscriptions ^thiopiennes datant de I'^poque qui pr^cdda 
rintroduction do diristianisme sons Constaotin. Mais depuis 
kirs ila ^ compost une foule d*ouTrages, pour la plupart 
de nature ecdteiastique et liistorique, et dont deux cents an 
moins noas sent d^jii connus. Toute la Bible, TAncien Tes- 
tament d*aprte la version des Seplante, furent traduits au 
qnatri^roe iltele par des auteurs resU^ inconnus, mais qui 
apiiartenaient k la foi chretienne. L'Ancicn Testament existe 
cowplet en manuscrit en Europe; mais il n'y en a encore 



que qndques parties d*imprimees, par exempteles Psaumes, 
texte 6lhiopien avec le texte latin en regard, par Ludolf, 
Francfort, 1701 ; texte ^tbiopien seal, Londres, 1815. Con- 
sultcE aussi Dom , De PsaUeiio Kthiopieo; Leipzig, 183&}. 
Nous po8s6dons aussi le Nooveao Testament (2 vol; 
Rome, 1548; et dans U Polyglotte de Londres). La littte- 
ture ecd^siastique ^thioplenne est d*nne ricbesse tonte par- 
ticuli&re en traductions d*apocryphes, dont les originaux 
grecs n'exlstent plus aujourdlini. Nona dterons ki cmnme 
plusparticuli^rementimportajites la tradnction do Uvre d% 
nocb (en anglais, par Lawrence, 2* Mition, Londres 1833. 
texte ^thiopien, Londres, 1840), et VAscensio IsoUb vatis 
(texte dthiopieu avec traduction latine en regard, par I^aw- 
rence; Oxford, 1819). Citons encore The Didasealia, or 
apostolical constitution of the Abyssinian Church (eft 
anglais et en ^hiopien, par PlatI; Londres, 1834), et Toa- 
vrage Intitule : Synacar (collection) , lequd comprend sons 
une grossi^re forme rhythmiqoe la vie des saints bonoAte 
en Abyssinie, des martyrologes, et les bynmes de TMlgUse 
^thiopienne. 

Rien ]usqa*k cejour n*a encore M imprim4 des ouvrages 
historiques, assez importanta, que possMe la litt^raturo 
^thiopienne. Le plus c^l^re de tous est le Keber za Negeste^ 
contenant rhistoire traditionAelle, entremeltede force fablea 
et l^endes, du royauine d*Axom, autrefois trte-poissant. 
Vient ensuite le Torek Negushti, la chronique des rois, 
et d*autres chroniqoes de diffi^reutes ^poques, oonduisant 
Thistoire de TAbyssinie jusqu'ii nos jours. 

La langue ^thiopienne a 6t/6 Tobjet de travaux admirables 
de la part de Ludolf, auteur d^une grammaire ^thiopienne 
(Francfort, 1702) et d*un dictionnaire ^iopien (Francfort, 
1 799 ). Depuis cet ^udit, les recberches dont cette langue a 
^t^ Tobjet n^ont goto accni la somme des connaissancea 
ant^rieures. 11 y anraittoutefoisde Tingratitude iine pas tenbr 
compte id des recberches entrepribes par Piatt, Lawrence, 
Dorn, Hupfeld, Hofltaiann, Rcedlger, Ewald, et les mission- 
naires d'Abbadie, Isenberg, Blamenbach,etc. Alexandre Mur- 
ray, mort en 1813 professeor k Tuniversit^ d'Edimbourg, a 
6crit qudques m^oires sur les manuscrits ^thiopiens rap* 
port^ par Bruce. Le voyageur aUemand Ruppel a rapporUf 
d' Abyssinie une collection de manuscrits ^thiopiens, dont it 
a fait don k la bibliotheque de Frandort-sur-le-Mein, sa ville 
natale. II est fftcheux que le m6me esprit de lib^ralit^ n'ait 
l)as anim6 Bruce, car ses b^tiera ont Jusqu*^ prisent refustf 
de se dessaisir de ses livres. 

Au quatorzitoie si^e, one revolution politique eut pom 
r^sultat de restrdndre de plus en plus Tusage de la langue 
^thiopienne ; c'est ce qui fait qu^elle se trouve aujourd'hui 
presque k T^tat de langoe morte ou de langue liturgique , 
dont on ne se sert plus que pour les diverses esp^ces de com- 
positions ccrites. La langue amharite ou d'Amhara Ta rem- 
plac^ comme langue usoeUe et dominante. Cette langue 
r^pond, il est vrai, sur la plupart des points essensids k la 
langue de Gees, mais renferme anssi un grand nombre d^6- 
Idments strangers et essentidlement africains. Aprte les es- 
sais assez faibles tent4s par Ludolf pour composer une gram- 
maire et un dictionnaire de U langue d'Amhara (Francfort, 
1698), cette langue a M Tobjet de travaux autrement com- 
plets et satisfaisants de la part du missionnaire allemand 
Isenberg, agent de la Sod^ des missions de Londres, qui a 
public une grammaire de la langue d*Amhara (Londres, 1842) 
et un dictionnaire ( 2 vol. 1841). II n*eziste point encore de 
litUirature de ce dialecte ; tout ce qu*on en poss^e consiste 
en traductions de la Bible et autres ouvrages rellgieux par 
les missionnaires Pearce, Isenberg, Blumberg, etc Le dia- 
lecte de Tigr^, qu*on parle anx environs d'Axum , est celui 
de tous qui ressemble le plus k I'andenne langoe de Gees ^ 
mais n^est encore que foit pen connu ; et les langues des 
Clioas, des Enarfias, et autres peuplades de TAbyasinie, le 
sont encore bien moins. 

ETIIIQIIE (en latin ethiea, form^ d'fOoc, mcwirs)^ 
mot synoiiyme de morale, dont il ne difr^re que parce 



\09 

qii'il e^t d^rlT^ do gree, tandis que morale est de source 
iatine. Quant au sous, il est exactement le mftme : cea deux 
mots servant k d^gner cette partie de la philosophie qui 
traite de Tactivit^ humaine, de la loi qui lui est impost, et 
des moyens de la conduire k faccompiissement de cette loi. 
Le mot Hhique a TieilU. Dans P^coley on se eervait da mot 
ethke, plus uait^ dans les auteors latins ; c*est pour cette 
raison que le mot itMque a surv^cu quelque temps -dans la 
langne de )a philosopliie : il n'a jamais eu cours dans la 
langoe usu^le, et mainlenant mtoie il est k peu pr^ banni 
de la premi^. 

ETHMOIDE (de 1^0(1^, erible, et elSo;, forme). Get 
OS, de formed pen prte cubique, le plus petit et le plus fra- 
gile des huit pitees osseuses oonstituant la boltecrftnienne, 
est impair^ sym^trique, et log6,^ la ractne du nez, dansune 
sorte d'tehancrqre que pr^sente le coronal k la partie infi^- 
rieure ant^rienre et moyenne dn crtae. II ofTre comme une 
sorte de tissu lamelleux, spongieux, et cribl^ en tons sens 
de nombreuses cellules que forment une multitude de petites 
lames minces, l^^res, fragiles, et se croisant dans toutes 
les directions. On le divise communtoent en trois parties : 
1* la partie sup^rieore ou horiiontaley nomm6e lame cribUe 
( laressemblaiicequeluidonnentaTecimcriblelestrous nora- 
breux dont elle est perc^ a ^t6 la cause des princlpales de- 
nominations sous lesqueUes on d^signe cet os) ; 2* la partie 
moyenne oo lame perpendiculaire ; etenfin, 8® les masses 
laUraUs, Lalamecriblite oa cribleosey tapiss^ par lad u re- 
mire, r^pond k la fosse ant^rieore de la base du crftne, et 
s'artieule en arriire au moyen d*une petite ^hancrure avec 
le spb^noSde. EUe offre en arant I'apophyse crista-galli, 
alnsi nommte par sa ressemblance avec la cr^te d*un coq, 
fi donnant attache par son sommet^ la fiiux ducerveau. 
La base de son bord.antMeur concourt, par sa reunion avec 
le frontal , k former le trou horgne. Le nerf olfactif se 
ioge sur les cOtte, dans une profonde goutiiire dont le fond 
«st perc^ de trous nomm^ oi/oc/s/i, lesquels sont cbacun 
Torifice sup^rieur d'un petit canal tapiss^ par la dnre-mire, 
et que trayerse on filet dn m6me nom. Ces petHs canaux se 
subdivisent en penetrant dans Tos. Le filet ethmoidal du ra- 
meau nasal da nerf ophthalmiqne de Willis passe dans une 
petite fente prte des gouttitos cMessus et de Tapophyse 
crUta^galli pour s^introduire dans les fosses nasales. Cetle 
partie de Tethmolde concoart k la formation des cavity or- 
bitaires internes. La lame perpendiculaire tombe k pen pr^ 
k angle droit, oomme Tindique son nom, sur la face inf^- 
rieure de la lame prMdento. EUe commence k la » partie 
sup^rieure du nex la cloison qui s^pare les deux narines* 
Elle est d'une forme k peu prte quadrilatftre, et se d^jette 
d'un cMA on de I'autre. Son bord infdrieur s'articule ayec 
le Tomer et le cartilage triangnlaire du nez. Son bord an- 
t^rieur est en rapport avec les oa propres du nez et P^pine 
nasale du coronal. Le bord post^rieur s'articule arec la cloi- 
son des sinus sphtooidaux. 

Les masses lat^rales forment les parois lat^rales des fosses 
nasales creoste d'anfraclnoflitftt , dont quelques-unes ont 
4es noms particuliers , conune le comet supMeWf on de 
Morgagni, petite lame mince ordinairement recourb^e et 
surmontant nne sorte de gonttl^ borizontale, fai^ant partie 
dum^t sup^rieurdes fosses nasales. Cette gouttiire, occu- 
pant k pea prto la moitid en arriire de la longueur de 
rethmoide,oirreen derantnne ouTertureconduisant dans les 
cellules p(Mt6rienres de Tos , qui, ordinairement ferm^ en 
arriire, communiquent cependant parfois avec les comets 
ou sinus sphtooldaux. Le comet moyen borne la goutti^e 
sup^rieure. On nomme m4at moyen one gouttiire longitudi- 
nale en ayant de laquelle on voit Tonverture ant^ieure des 
cellules de Tethmofde. Les cellules ant^rieures surpassent les 
aatres en dimension. Toutes oes diverses pi^es consti- 
tuant Tethmoide doivent 6tre oonsid6r6es comme la prin- 
eipale partie de la charpente sur laquelle repose tout Td- 
dilice de Torgane olfactif. Get oa i'artlcule avec le coro* 
nal, le spbdnoide, les cornets infiiriears, la maxillaire 



fiTHIQUE — ETHINOGRArilTE 



supdrieure, les palaUns, le vomer, les os propres dn nex. 

On donne en anatomie la qualification d*ethmoidai k la 
cr6te criita-galli, au nerf olfact\f ou ethmoidal, aux 
comets e^Amoi(totf:p,etenfinltdeuxartirieBet k deux veines 
aussi nommte ethmMales^ dont Tune est antdrieure et 
Taotre postdrienre. L'ethmolde, avec les mcmbralie^ qui le re- 
couvrent et tout le systdme d'organes dontll est plos sp6ciale- 
mententourd, pent dtre consider^ comme le principal foyer 
oil le vice syphilitique d^loie ses ravages, lorsqn'il a €i6 
porte k ce qu'on pourralt appeler son maximum d'inten- 
site. 

ETHNARQUE) gouvemenr, chef, prince chez les an^ 
ciens (du grec iOvoc, nation, et &px^» oommandement)* 
He rode le Grand a laisse deson rigne plusieurs medailles 
o(r on lit sur la (ace HPOAOT et sur le revers EeMAPKOr 
(Herode ethnarque). Bien que Rome ne fQt plus republique, 
elle avait conserve un tel dedain pour le titre de roi, que, 
soivant leors caprices, donnaient on dtaient ses cesars, qu*elle 
aimait k humilier ses prefets couronnes du nom d*ethnar- 
ques. Cest un triumvir, Antoine, qui daigna faire Herode 
roi ; ce ne fut qu*i la mort de ce prince que la Judee prit 
le nom de t^trarcMe, du partage que fit Auguste de ce 
royaume entre Archeiaiks, Herode- Antipas et Philippe, ses 
fils, puisqu*ii en donna la moitie au premier, et de Taatre 
moitie fit deux parts, dont il dota les deux demiers. II faot 
done se garder de prendre le nom de tHrarcMe now le 
nombre des provinces gouvernees. Aussi , dans I'Evangile 
de saint Luc, estrce He^g^e-Antipas qui est qualifie de 16- 
trarque de la Galilee. DstiNB-BARoif. 

ETHNOGRAPDIE (des mots grecs lOvoc, people, el 
Yp^f eiv, decrire }. C'est k proprement parier la description 
des peuples, et c'est l*appeilation generale sous laquelle on 
a jusqu'i present designe Tensemble de rensdgnements sur 
les moeurs et les usages, les costumes, la religion et la forme 
de gouvemement des peuples etrangers encore pen avances 
dans la dvUisation ; notions qu'on est dans Tusage de con- 
siderer et de traiter comme un appendice de la g e o g r a p h i e. 
Toutefois, les rapides progr^s, les completes transformations 
recemment realises, et quant aux materiaux et quant k la 
methode, dans les recherches htstoriques, philologiques, 
physiulogiques et d*histoire naturelle, ont eu pour resuKat 
d'engager les observateurs k donner sous ce rapport aussi 
plus dMmportance k retude sdentifique de rhomme'oomnie 
etre organise et comme membre de rhumanite, dont le de- 
veloppement moral constitue Tessence et le but. De cette 
etude faite k ce double point de vue, est resaltee la creation 
de deux sciences nouvelles et distinctes, ranthropogeogra- 
phie et Tethnographie. 

Vanthropogiographie traite de la propagation des races 
humaines d^aprto les gradations physiques qu*elles presen* 
tent sur la superfide du globe, d'apr^s les contrees qu'elles 
habitant, et les conditions d'exbtence auxqoellea elles 
obeissent. Les questions relatives k Porigine et k I'unlte du 
genre humain, k la diversite des races ainsi qu*^ leur croi- 
sement , sont les objets prindpau^ que traite cette science, 
dont Blumenbach pent etre considere comme le createur, 
et qui a pour la premiere fois ete systematiqueroent traitee 
par Prichard dans ses Researches into the physical history 
of manhlnd ( 3® edit., 5 vol. ; Londres, 1847 ) et dans The 
natural History of Man (1843). On lui donne aussi le nom 
d^ethnoloyie. Elle ne considere les peuples et les peaplades 
que comme des varietes et des nuances de races, et celle»- 
ci, k leur tour, que comme des degeneresoences de Tespeoe 
ou genre zoologique, c*est-Mire de lliomme. 

Vethnographie, au contraire , sdence plut6t historique 
que naturelle, considere les hommes dans leur propagation 
sur la terre comme peuples, uniquement dans le sens moral 
du mot. Elle volt en' eux des socidtes diverses formees et 
inaintenues par les memes liens raoraux. La languc, la re- 
ligion et les loLs sont \i» plus forts et en lueme temp* les 
plus universels do ces liens; cc sont dies qui reunisseut les 
hommes en peuples, et qui doivent par consequent etre io 



Iioint de (Mpart et U source de toute inyestigation ethno- 
grapUiqiie. Ce qu^on se propose en s'y liyrant, c'est d'une 
part, d'ariiYer i coanaltre ce qui constitue le caracUre in- 
leUectoel da g^nie national d*un peuple oonsid^^ comme 
indiTida, comment Q se manifeste dans la langue et dans la 
ytttetare, dans Torg^isation politique et religieuae, et dans 
reasemble des fails dont so compose Thistoire de ce peuple; 
d*aatre part, c'est d*appr^er la position relative de cheque 
people par rapport aux dilTi^rentes (amilleSy aux difl^rentes 
races , aax difli&rents groapes de peuples, et enfin par rap- 
port h i^omanltd toot entiire. De 1& une difti^rence bien la- 
dle A folre entre rettmc^graplUe et lliistoire universelle des 
peoples. L'ethnographie ne se pr^occupe pas des peoples 
eott^6r^ comme autant d'abstractions distinctes , non plus 
que dee wsociatioas humaines que resserrent plus ^rui- 
teraent dee liens intellectuels et maUriels. dependant, dans 
ces deniiers temps, le vif int^r^ que les peuples attacbent 
k leers engines, les sympathies et les antipathies qui en 
r^soHent et qui arriveat quelquefois k prendre un ^aract^re 
politiqne, comme c^est le cas en Autricbe, en Russie, en 
Bdgiqaa, en AngMorre, od des siijeksde races diff^rentes font 
partie da m6me groope politiqae, a donn^ une im|H>rtance 
toute particoliM aux questions de races et de nationality, 
ci a proToqu^ sor ces matiires les recbercbes les plus sd- 



L'etbnograpbie^ comme science d^ensemble, est encore k 
cr^i mats les mooograpbies les plus pr^euses relatiTes 
k&twenm races et i divers peuples existent d^j^. Scbafariclc, 
IVadeschdin, Kosppen, out public d^excellents travaox sur 
les Slaves; Rcebrig, Sohott, Gabelentx, Castrto, Bcehlingk, 
•or les races tnrqae8;.G. de Hnmboldt, Newbold, Busch- 
mann, Junghuhn, Roorda, sur les races malaisienne 
et polyn^sienne; Lassen, sur les races indiennes; £wald, 
Geseidos, Tocb, Movers, sur les races stoiitiques; Galla- 
tin, d*Orblg|iy, Squiers, sur les races am6ricaines. A ces 
documents U but ajouter rimmense masse de renseignements 
de tons genres que publient Incessamment dans Icors recueils 
spto'anx les diverses sod^t^ de gtographie. £n outre, des 
associations particnli^res se sunt form^ pour IMtode de 
eette sdence; et les Sod^^ ethnologiques de Paris, de 
tondree et de New-York rivalisent d^ardeur poor recooiilir 
loot ce qui peot faire progresser la sdence k la culture 
de laqudle elles se sent vootey de m£me que pour former 
de s musse s ethnographiques* 

CTHNOPHRONESy bMtiques, qui apparurent un 
moment dans le septi^me si^e, et pr^tendirent alJier la 
morale da Christ avec les c^^nonies soperstitieuses du pa* 
^misme, Taslrologie judiciaire, les sorts, les augures, etc. 
Iioor nom Tenait des denx mots grecs lOvoc, nation, gentil, 
paiens ^ 9p^>^f opinion, sentiment Saint Jean Damasctoe 
»* ert occ ape de cette secte. 

^THOPI^Et terme de grammaire. C'est one figure de 
iMtorique, plus commune encore aux bistorfens qn'anx 
poetes. Formte des deux mots grecs ifio^, mceurs, babitude, 
nani^e d^^e, et noCctv, faire, construire, die assemble 
et rapprocbe les difTirentes passions, bonnes ou mauvaises, 
basses oa sublimes, de TAme, la tounuire de I'esprit, les 
aentiineiits du ooenr d'on personnage, et en fait la peintore, 
le tableau, la description. Ce n*est, k vrai dire, qu^une 
division de cdtederniire figure, lalluste etTite-Live offrent 
de beaox exemples d'^Ao^e dans leurs portraits de Cati- 
liiia et de Sempronla. Tadte en abonde; celui de Galba 
sartoat est on chef-d'oeuvre. On en trouve chez nous de 
parfiuts dans La Bmyte. Tdle est aussi dans Bossuet le 
portrait de Cromwdl , et dans Radne ie tableau si saisis- 
sant ct si court du Juif Mardoch^ sous le dlice, daos la 
hoodie m^me dUman, son mortd ennemi. Tel est dans La 
Henriade cdiii du r^ent, et celm de Galerius Cter, le 
gardien de tronpeaux, dans les Martyrs, Dekkc-Baroh. 

ETHUSEy genre de plantes de la famille des ombel- 
iileres. L^e^p^ce la plus importante^ connaltre est la petite 
diMuse (MiMusa cynaplum, L.), oo peiUe eiguif que Ton 



ETHNOGRAPHIE — ^ENNE los 

confond fodlement avec le persil. Cost sortout qoand la 
petite ^thuse n'est qu'en feuilles que Ton risque de se trom- 
per : il faut alors se rappeler que les feoilles du persil sont 
d'un vert dair, d*une odeur asses agr^le, tandis que <1mwi 
la petite ^tbuse dies sont d'un vert plus fono^, et que frois- 
s^ entre les doigts dies r^pandent une odeur t^tide, nan- 
s^use ; maisrien ne la distingue mieux queses fleurs : cdles- 
d ont le calice entier, les p^tales in^ux, courb^ en coeur ; 
les semences sont ovales, arrondies, strides; ii n'y a point 
d'involucre k rombdle; cdui des ombdlicules est k trois 
00 quatre folioles lin6aires, allong&Bs, toumfies du m6me 
cAt^. La petite ^tbuse, qui n'est que trop commune dans lea 
jardins potagers et g^n^ralement les lieux cultiv^, sV 
vance des contrdes temp^r^ jusque dans ceUes du nord; 
£lle fleurit dans T^t^. Sa saveur Acre et briUante d^le sea 
mauvaises quality, assez semblables k cdles de la ciguA 
et produisant les mAmes accidents dans Testomac. On y 
rem^die par des vomitifs et par des acides v^^nx, tels 
que le vinaigre, le sue de dtron , dendus dans de Teau. 

ETIAGE9 niveau d*nne riviere quand ses eaux sont au 
plus bas; lorsqu'on dit, par enemple, que les eaux de la 
Sdne sont k 2 ... 3 metres ao-dessus de T^tiage du pont de 
la Xoumdie, cda signiOe que les eaux de ce fleuve se sont 
^levte de 2 ... 3 mdres au-dessus d'un pdnt fixe qui r^ 
pond an niveau de ces m6mes eaux dans les temps de plus 
grande s^cberesse. TeyssAdre. 

ETIENNE (Saint), dont le nom ZTi^ocvoc signifie en 
grec cowonne, est le premier cbr^tien qui ait re^u la palme 
du martyre. Ueut ainsi la gloire d'ouvrir, sdon i'expression 
de CbAteaubriand , cet dg^ h&roique du chrisiianisme qui 
fit voir au vieux monde ^tonn^ tant d*bomro^ obscors,. 
taut de faibles femmes dispose k scdler de leur sang leur 
foi dans les dogmes et les promesses du Christ. £tienne, 
que Ton croit d'origine grecque, ne fut point victime de la 
cruelle politique du paganisme : il p^rit de la mdn des 
Juifs. II dtait un des plus parraits disciples du Christ Dans 
la constitution primitive de la soci^t^ chr^tienne, 11 futdu 
le premier parmi les sept diacres qui daient charge d'dder 
les ap^tres dans la distribution des aurodnes , la nourritute 
des pauvres, Padministration de reucharistie et la pr^ica- 
tion de TEvangile. « C'dtait , dit P£criture, un homme plehi 
de foi d ronpli du Saint-£sprit » Cependant, la parole de 
Dieu se r^pandait de plus en plus. £tienne en ^tait un des 
plus ardents misslonnaires; chaque Jour son Influence sur 
le peuple deveodt plus grande. II rencontra des antagonist 
tes. Ceux-ci, ne pouvant rdsister k la sagesse et k Tesprit qui 
parlaient en lui, subom^ent des t^moins qui d^ar^reot IV 
voir entendu blasphemer contre Molse et contre Dieu. Us 
^murent ainsi. le peuple, les anciens, les dodeurs de la loi; 
puis se jetant sur lui, ils Tentratn^rent devant le conseil. 
Son discours parut un blaspheme. Les juges et les tdmoins, 
se houdi&ntles oreilles^ se pr^ipit^rent sur lui, et Tem- 
men^rent bors de Jerusalem pour 6tre lapid^. Les tdmoins 
devaient jeter la premise pierre ; ils mireut leurs v6te« 
ments aux pieds d^un jeune homme nomm^ Saill, qui d*ar> 
dent pers^uteur de TEglise miUtante, devint depuis son pins 
ferme champtou sous le nom r6yM de saint Paul. Ainsi p^ 
rit, environ sept mois apr^ J^us-Christ, le premier martyr 
d*une religion destinde k conqu^rir le monde par la resi- 
gnation et par la souffrance. 

L^£glise cei^bre sa fete le 26 d^cembre. Ses rdiques fu- 
rent trouv^es, en 4 15 , dans un terrain qui avdt appartenn 
au docteur Garoalid. C*est ce sage et ayis^ pharisien qui,, 
sans se prononcer pour ni contre la doctrine du Christy 
avait, qudques mois avant le martyre d'£tienne, sauv^ les 
apdtres d^une premide persecution en pronon^ant ces pa- 
roles dunt s^empara depuis Luther : « Si cette entreprise 
vient des hommes , die sera bientdt dissipee; si die vient 
de Dieu, vous vous y opposez en vain. » 

Le martyre de saint Etienne a exerc^ le pinoetn de pla- 
sieurs grands peintres. 

L'lutlise revere en outre trois autres saints sous le 



104 



fiTIENNE 



d^fitleniie, sans compter le pape £tleBne I*' et le roi 
Etienne I*' de Hongrie, h qui nousconsacrons plos loin des 
articles particuHers. 

j^lENNE (Saint), diileJeune, moine byzantin, n^Ters 
714, Alt mis Ik mort en 766, par ordre de Temperetir Ck)n»- 
tantin Copronyme , paroe qn*il s*^tait dlev^ contre la fareur 
th^ologlque de ce prince iconoclaste. 

ETIENNE (Saint), de Muret ou de Grandnumt, flis 
d*uB Ticomte de Thiers, en Anyergne, obtint en 1075 dn 
pape Grdgoire VII le privil^e de fonder an noo?el ordre 
monastique selon la r^e de saint Benott. U ^tablit dans 
to Limoosin, k Mnret, cette nouTelle Th^baide, et fbt cano- 
nist en loss, par le pape Clement ni. 

£TIENNE (Saint), n^ dansle onzi^me si^e, en Angle- 
terre, d'une ramille noble, Tteot en France, oh il fut le pre- 
floier fondateor deFordre de Ctteaux, et od il mourut, en 1 1 34. 

Charles Du Rozom. 

l^TIENNE. Le saint-si^ a ^ occap^ par neuf pon- 
tifes de ce nom. 

^TfENNE P' (Saint), flls d'nn certain Julius, Remain 
de naissance, avsdt, comme diacre, administr^ , sous saint 
Ck>meilie, les biens de l*£gli8e, qai commen^t k ne plus se 
oontenter des aumdnesdes fid^es. 11 passa, sons saint Luce, 
k la direction des affaires 8(iiritueiles, et rempla^a roftroe , 
pendant son exil, ce pontife, anquel II sucoMa enfin en 253. 
Le d^ir d'accroltre son autorit^ le fit tomber dans de grayes 
erreurs. Certains Chretiens, pour ^chapper k la mort, se 
procuraient de faux certificate constatant qu'ils avaient sa- 
crifi^ aux idoles, quoiqu'ils ftissent rest6s attaches k lenr 
culte; et les Chretiens TdritaUes les fl^trissaient du nom de 
libellatiques. Deux iv^es d*£spagne. Martial et Basilide, 
ounvaincus de cette Iftcbet^, accnste m^me deplusieurs cri- 
mes, avaient M chass^ de leurs dioceses. U^ port^rent 
plainte an pape ^tienne, qui alRcha la pretention de les r^- 
iablir sur leurs si^es; les autres prOats espagnols en ap- 
polteent, de leur c6te, aux dveques d*Afriqne. Saint 
€y prien, qui occupait le si^ de Carthage, lotta contre 
to si^ de Rome, et le pape eut la honte de Toir conflrmer 
|nr un concile la deposition de ses clients. Le bapttoie des 
b^r^ques fut bienUH le siqet d'nne contestation nouTdle : 
eaint Cyprien et tons les pr^lats d'Orient le d^araient nnl ; 
deux oondles en avaient ]ug6 ainsi. £tienne adopta I'opi- 
nion contraire; il excommnnia les deputes de saint Cyprien 
et les eTdques d'AfHque. Ces demters r^pliqu^rent; Firroi* 
lien de Cfearfe le traita d*antechrist , de foux ap6tre , 
d^artisan de frandes; saint Cyprien Taccnsa dMgnorance, 
d^erreur, d'impudence; II Tappela I'ennemi des Chretiens; 
et quand on pense que ce discord ^clatait sous le r^gne de 
Val^rien, trois ans aprte la persecution de D^ce , on est 
coins etonne de la repugnance qu'^prouvaient les empe- 
lenrs k prot^r Ttglise chr^enne. Yaldrien les en punit 
cependant avec tropde rigueur; il les confondit dans sa co- 
1^, et le pape £tienne expla trop cruellement le scliisme 
|ii*il avait soaleve. Lesantoors out diversement raconteson 
anrtyre : les nns le font mouiir en prison , les autres le 
tat decapiter sur un autel quM avait ^leve dans un cime- 
tttre pour braver ses persecntears. On n*a pas m^me la 
date prfeise de sa mort ; on sait seulement que ce (ut Tan 
1&7, dans la quatridme annee de son pontifical. 

Un antre £tibnnb succeda k Zacharie, en 752, mais il ne 
fonvema I^^ltse que quatre Jours, et n*eut pas mtoie le 
temps d^etre sacrd : une mort snbite Tenleva k son troupeau. 
La plupart des auteurs ne Tout pas compte parmi les soo- 
verains ponttfes; le cardinal Baronius et to Pere Petan sent 
i peo prts les seals qui Talent rftabli dans leur chrondogie. 

liriENNE II sera done to litre que nous donnerons, en 
depit de leurs opinions, au sueeessenr immedlat de ce pape 
qui n*eat pas to temps de se foire connaltre. ^tienne fl 
eiait flls d^ln Remain da nom de Constantin. Orplielin 
dte son bas Age, il fut eieve dans le palais de Latran par les 
papes,6t le devint Iiii-meme« par reiection do peaple» le 26 
msrs 75a. c*est nar loi ou'a codimence, pour les serviteurs 



des serviteurs de Dien, Tusage de se faire porter sur les 
epaules des fideies, et Polydore Yirgile 8Joute qiiil fut le 
premier qui scella ses lettres avec du plomb au lieu de cire. 
L^ambition d*Astolphe, roi des* Lombards, trouble son 
pontifical : ce roi, s*etant empar^ de Texarchal de Ravenne, 
medilsJl I'asservissement de ritalie entiere, el, bravant les 
prieres do pontife, il mena^t de passer tons les Remains 
au fil de repee, sMls ne se soumettaient pas k son obSssance. 
Elienne 11 essaya de Papaiser par des ambassades , et, ne 
pouvant le valncre par ses supplications , il finit par implorer 
le secours du roi de France. Pepin n'etait pas homme k ne- 
gliger cette occasion d*eiendre sa puissance : il fit tout ce 
que lepapevoulut, et, protege paries ambassadeursfran^is, 
Etienne II partit de Rome le 14 oclobre 753, malgre les 
pleurs et les prieres de son peuple. Astolphe to re^ul a 
Pavie, ainsi que Tenvoye de Tempereur Constantin-Copro- 
nyme, qui venait reclamer la restitution de Texarchat an 
nom de son mattre. Mais le roi des Lombards declare qu'il 
garderait sa conqudte , et il fallut toute la crainle que lui 
uispirait le roi de France pour le determiner k permeltre 
que le pontife continn&t sa route. Charles, fils de Pepin, 
Vint au-devant de lui, et le conduisit au chAteau de Pontyon, 
pr6s de Langres , oik I'atte&dait le roi son pte« Pepin ecrivit 
au Lombard pour ie prier de respecter lavilleet r£glise de 
Rome, et de rendre la principaute de Ravenne. Astolphe, 
qui voulait la garder, sentit cependant la necessite de re- 
courir k des n^ociations; to moine Carloman, fr^re du roi 
de France, quitta Tabbaye de Montcassin pour venir plaider 
la cause dn roi lombard au parlement de Crecy, et il paya 
Cher le succes de son eloquence , car son fr^ , excite par 
les conseils d*£tienne , le fit enfermer dans le monastere de 
Vienne, et infligea k ses enfants la honte dela tonsure. 

Le pape, retire a Saint-Denis, n'oubliait aucun moyen ne 
pousser les FrauQais en ItaUe : il sacrait Pepin et ses deux 
fils; il defendait aux seigneurs de se donner jamais des rots 
qui fossent d'ane autre race; il faisait present de son 
pallium k Tabbaye ; il reconciliait enfin to reine Bertrade 
avec son epoux, et s^assnrait ainsi un puissant appui dans 
llnterienr du palais. La guerre fut resolue. Astolphe, assise 
dans Pavie , livra Ravenne pour obtenir la paix, et le pape 
l^tienne II rentra dans sa capitale. Mais k peine les Franks 
avaient-iis repasseies Alpes, que le fallacieox Lombard rom- 
pait le traite et venait mettre le siege devant Rome. Trois 
messagers partirent snccessivemenl pour rappeler le roi de 
France, avec les lettres les plus pressantes et les promesses les 
plus fortes pour ce mondeet pour rantre. Une qnatrieme let- 
Ire lui fut ecrite an nom de saint Ptorre, et Pepin se dedda k 
reprendre le chemin de ntalie. Astolphe quitta vivement les 
environs de Rome; 11 se replia sur Pavie, et fut encore 
rMoit k demander to paix an prix de ses conquetes. Trois 
souveralns se disputaient alors cet exarchat et la pentapole« 
L'empereur de Constantinople les revendiqoait pour sa cou- 
ronne, et ses ambassadeurs ne quittaient pas le camp des 
Francis. Pepin les adjngea an pape, suivant sa parole, et 
Tannee suivaote, en 756, le roi Astolphe etant mort, £tienne n 
eat I*adresse de mettre Didier dans ses interftts en soutenant 
ses pretentions au tr6ne des Lombards , contre ceiles du 
prince Rachls. C'est ainsi qu*entrerent dans to domaine de 
saint Pierre les villes de Ravenne, de Bologiie, d'Imola, 
de Ferrare et autres. Mais £tienne II ne JMiit pas longtemps 
de son triomphe; la mort finit le cours de son pontifical an 
mois d*avril 757. Si on lui reproche avec raison une trop 
grande avidite pour les richesses temporelles, il est juste d« 
reconnallre qu'il en fit un noble usage. Le reublissemenl de 
quatre anclens hdpitaux abandonnes , la fondation d*un cin- 
quieme, les panvres, les veuves et les orphelins sccounis 
par ses bienfaits, deposent de sa charite. Les conferences 
nombreuses qu'il tint dans le palais de Latran attestent 
son savoir et son 7.Me pour nnstruction des pr^tres. 

Etienne hi, fils d*un Sicillen nomme Olivusy fut eiu 
pape en 768. Gregoire III Tavait fait venir k Rome «ur to 
bruit de son austere piete, pour le mettre k la tete du 



1 



ETIENNE 



106 



DMttre de Saint-Chrysogooe. Le pape Zaciiarie Tea retira, 
Id doona le titie de SaiDte-G6cile et le logea dans le palals 
de Latran. U v6cut sous £tienne II et boos Paal I"', et se 
ntin dans son ^se aprte la mort de ce dernier, pour 
fehapper aox dterdres que causalt dans Rome rintrusion 
deOonstantinllet duprttre PhiUppe. MaisChristofle, 
primider du saintpsi^e, vlnt Py cbercher k la t£te des sol- 
date, poor le reconduire oomme pape dans le paiais pon- 
tifical. Son Election, pea canoniqae, fiit souilltepar la cruauU 
de oette soldatesqne, qui fit snbir it Constantin tons les afTronto 
iroaginables ; on y ajouta d^affreuses tortures ; les partisans 
de Constantin furent recherche, emprisonn^ et mutil^, et 
si Itlienne III n'eut d*autre tort que de ne pouvoir Tem- 
pecher, ces barberies , oontemporaines de son ST^nement, 
n'en sont pas moins une tache pour sa m^moire, car il 
combla de ses foveurs les hommes qui les avaient com- 
mis^. Dans un condle oouToqo^ k Rome, ot le malheu- 
reux Constantin eut encore h se dtfendre centre Taccusation 
d^aToir os6, quoique laique, toucher k U couroiine pontl- 
ficale, £tienne III fit rendre un dteret interdisant k Pavenir, 
sons peine d'anathteae, d'^lerer les lalques k T^^piscopat 
sans les faire passer par tons les dej^r^s. L^exemple de saint 
Ambrolse aurait dA arrtter les P^res de ce conctle; mais 
lis aUirent phis loia : Us d^po6s6dirent le peuple du droit 
d'dectkni, et en flrent le privil^e exclusif du clerg^; lis 
cassteent toutes les ordinations faites par Constantin, et le 
pape ne Yoolnt consacrer les ^^es de cette cr^tion 
q«raprte T^preoTe d*une Section nouvelle. i 

Qoelques troubles, auxquels les Lombards ne furent point 
dlrangers, ^dat^rent k RaTenne k Toccasion de Parclievd- 
cb^ que se disputaient deux comp^titears. Cdui qui 6tait 
soutenu par le roi Didier fnt chased par le peuple, et Par- 
ebidiacre Lten, d^TOu^ au saint-si^e, se Tit consacr^ par le 
pape. Sa politique s'^tendait au-deUi des Alpes. L'eropereur 
Copronyme vonlait marier son fils avec la fille de Pepin, et 
la reine de France demandait pour un des siens la fiiie du 
roi des Lombards. £tienne, qui d^testait Didier pour ses 
pretentions sur Ra?enne, et rempeceur grec pour Taboll- 
tion du culte des images, fit tons ses efforts pour rompre 
ce double mariage, et n*y r^usslt qu*& moiti^ : la princesse 
£rmengarde n'en ^pousa pas moins Ch ariema gne malgr^ 
le pape. Blais elle fut lipudite un an aprte, ipour cause 
de stdrilit^, et la conr de Rome s^applaudit de la rupture de 
eelte alliance. Cbristofle et son fils Sergius furent punis k 
tear tour de leura attentats ^ un cbambellan d'^tienne, s^- 
diiit par le roi Didier, ou jaloux peut-^tre de leur fortune, 
les roidit suspects au pape, les tralna de cachot en cachot, 
et ne les Ucha qu'aprite les a?oir mis k mort. fitienne III 
ne surrteut pas longtemps k cette nouvelle Tiolence;il 
mounit le 1" f^vrier 772, laissant une reputation fort 
quiToque. 

^T^MIf £ IV etait Remain et appartenait k une famille 
noble. Le pape Adrien fit soigner son Mucation dans le pa- 
kus de Latran ; L6on III Tordonna diacre, et k la mort de 
ce pontife, ii fot flu d'une Toix unanime, en 816. Son pre- 
mier sotn fut de foire renouveler par le peuple remain le 
senoent de fid^Ut^ k Louis le Dfl)onnaire , quil alia visiter 
eo France. Apres avoir sacr^ cet empereur et Timp^atrice 
sa femme , il reprit le cbemin de Rome , charge de riches 
prtoeots, et y mourut, le 23 Janvier 817. 

£n£NN£ V, Romam, succ^a k Adrien III le 22 
JuiUet 886 C*^t un honune modeste, quoique noble, et 
ee Ikit malgr6 lui qu*on Tintronisa; il ^tait alors pr6tre du 
litre des qoatre couronnes. Ayant trouv^ le tr^sor pontifical 
■Tide, ainsi que le paiais, il les enrichit k Taide de son pa- 
trimoiney et ne dtoientit point les vertus qui Tavaient d^- 
^gn^ ao cboix dn people. Ce pape n^est connu que par des 
letlres fort ebr^tiennes, toites en Orient k Toccasion de Tin- 
tnasion de PhotioSy eC en France pour tocher de r^parer les 
malheBrs qni sui^rent hi mort de Charles le Gros. On 
iraote sa lib^ralittf envers les pauvres, son humility ; il n'eut 
d^ornml que poor le sahit-si^, et c'est i lui qa*on doit 

DICT. DK LA. CUA\IUla. -^ T. IX. 



cette maxima, qa*Ujaui Unffimn invlolablementgorder 
ce que V^glise ronuHne acrdonni une/ois. Mais il faut 
le louer sortout d'aToir voulu abolir les^preuvesparle 
feu et par reao bouillante. II mourot le 7 tuodi 891. 

£TI£NNE YI etait loin de le valoir. C^ait ie fils dhm 
prfttreromain, et Raronius le traite d'intrus et de sirooniaque, 
comme RoniCsce VI, son prM^oesseur; il paratt m6me qn*il 
acheta la Hare k beaux deniers oomptant Quoi qu'ii en 
soil, il fut 6\u Fan 896, et comment par condamnerla m4- 
moire du papeFormose, qui lui avait conf(§r6 V^%ch6 d*A» 
nagnie. Le cadayre de ce pontife fut deterr^; on Passit sur 
un tr6nc, au milieu d*Qn condle assemble pourle Juger, 
etapr^ cette ridicule odr^monie, ifctienne VI le fit d^capiter 
et Jeter dans ie Tibre. Son pontificat ftit digoe dtte d^but 
II n*6tait queTinstrument des Addbert, marquis deToscane, 
qui dominaient k Rome; et sa fin eouronnasa vie : pris et 
depose dans une sMition, il fut strangle dans son cachot, 
en Tan 900. 

^TIKNNE VII sucG^da en 929 It L«on VI. C^ait un 
Romain, fils de Theudemond. Platine loue sa douceur et sa 
pi^te; mais il n*a, pour alnsi dire, laiss^ que son nom sur la 
liste des souverains pontifes : ii r^a deux ans un mois 
douze jours, et mourut en 93i. 

£TI£NNE VIII ^tait Allemand^e nation et parent doi- 
gnd de I'empereor Othon. Ilugues d*Arles, roi d^ltalie, le prit 
sous sa protection, et le fit nommer, en 939, k la place de 
Lton VII. C'^tait une raison pour que le patrice Alb^rie, 
bdtard de Maroxie, devlnt son ennemi. Ce monstre exdla 
les Romains k la r^volte ; ils se saisirent du pape, et le d^ 
figur^ent si crudlement, qu*il n^osa plus se montrer en public 
Le mailteureux eut recours k Odon, abb^ de Cluny, pour 
r^tablir la paix entre les deux tyrans de iltalie; mais il 
mourut avant de Tavoir consolid6e, en 942. 

£T1£NN£ IX ^tait fr^ de Godefroi, due de Lorraine . 
et se nommait Prid&ric, Accbidiacre de Li^ pendant le 
second voyage de Lfon IX en Allemagne, il Taccompagna k 
Rome, y fut fait cardinal, diacre, bibliothdcaire et cbanceliei 
de TEglise. L^t k Constantinople » il fot pris et pilld It 
son retour par Trasimond, due de Spol^te, et se retira au 
Mont-Cassin, oti 11 embrassa la vie monastique. La faveur de 
Victor II et les intrigues du cardhial Humbert le roirent 
bientOt k la tftte de cette c^l^bre abbaye ; mais comme il 
n*y ^tait venu que pour Miapper k la haine de Tempereur 
Henri IV, il pr^f^ra le s^jour de Rome dte qu*i] put y rentrer 
sans p^ril , comme cardinal de Saint-Chrjrsogone. La mort 
de Victor II ^tant surveuue, il ftit dev^4 sa place, en 1057, 
par le peuple, qui lui impose en mtoie temps le nom d'^/ienne. 
11 se montra d'abord digne de cette faveur populaire en 
s'appliquant k reformer les abus de Itglise. 11 proscrivit en- 
core une fois le mariage des pr6tres, et chassa tous ceux 
dont rincontinence avait scandalise U cbr<^tiente ; il recom- 
pense le m^rite de Pierre Damien par revAdid d'Ostie et le 
cardinalat; mais fallut user de violence et menacer mtoie 
, d*excommunication ce savant solitaire pour le faire sortir 
\ de sa retraite. Le schisme d^Orient occupait beaucoup 
Etienne IX : il envoya trois l^gats k Tempereur Isaac Com« 
ntoe, pour essayer encore d'etablir sa supr^matie sur cette 
£glise; mais cette ambassade eut le sort de toutes les an 
tres, et il ne r^ussit pas mieux en Orient qu'en Allemagne, 
. oil II avait le dessem d'dever son fr^re Godefroi k Fempire. 
Cette ambition , asses naturelle dans un slide aussi cor- 
rompu, n'altera points purete de son Ame ; dleservit mtaie 
k le faire honorer davantage par un trait qui m^rite d'ttre 
dte. L^or etant, qomme toujours, le nerf de rintrigue^ 
£tienne IX eut Tid^e de se servir des tr^sors du Mont-Cassm 
pour assurer le succto de son fr^ : les moines les livr^« 
rent sur sa demande , malgr^ le regret qu'ils ^prouvaient. 
Mais k la vue de ces tr^sors Ie pape , saisi d*un remords 
pieux, versa d^abondantes larmes; il renvoya ces richesses 
k Tabbaye, et les accrut par de riches presents pour ef fdcer 
son p^cbe. Tant de vertu meritait un plus long pontifleat : 
il ne dura malbeureosement qu'une ann^e. II mourut le 2» 

14 



106 



ETIENNE 



g^rs 1058, dans les bras de Mint Hugues, abM de Clony. 

ViBNNET, de rAcademie Frtncaise. 

^lENNE DE BYZANCE {Stephanus Byzantinus), 
gitographe ou plotAt grammairien grec, qui YiTait vera 
la fin du einqui^me si^e de notre tre, composa un 
dictlonnaire grammatico-g^ograpbique , qu*!! avait intitule : 
EOvixdE (Des Penplesl. Le litre flepl tl6\lu>^^ {De Urbibus, 
DesTilles), qu'on donne ordinairement k cet ouvrage, n'est 
point celai del*auteor. An rarplos, nous n'avons de I'original 
qu*un seul fragment anttientique, qui sufSt pour feireapprd- 
der et regretter le reste; c'Mt TarUeie Dodone : il n'existe 
4)eloat to livre qn'un abr^^ fait par le grammairien Hermolaus, 
qui rintitnlaJr^AnicoTijE'pi^omeet quite d^a k I'empereur 
lustinien. « Quelque grand qoe soit le rarage que ce beau 
livre a soufTert, dlt Bayle, par le pen de jngement de son 
abr^Tfateor, et par Ifgnorance des copistes, les savants n*ont 
pas iaiss^ d*en tirer bien des lumi^res. » D^ la renaissance, 
Sigonius, Casaubon, Scaliger, Saumaise, etc., s'eiierc^rent i 
IMliostrer. La premiere Mition du texte a ^t^ donnte par 
les Aides & Venise, en 1502, in-fot. £tienne de B^izance, 
non*seulemeDt donnaft le catalogue des pays, viUes, nations 
et colonies, mals il d^cri?ait le caract^re des peuples, foisait 
mention des fondateurs des Titles , et rapportait les mytbes 
de chaqne lieu. A ce travail g^ographique se joignaient des 
observations grammaticales , fond^ sur T^tymologie des 
noms : c'est ce qui a dunn^ lieu k quelques savants de md- 
cennaltre le but principal d'^tienne, pour ne voir dans son 
Uvre qu*un ouvrage de grammaire destine k enpliquer les 
noms dMv6s des peuples, des villes et des provinces. 

Charles Du Rozoia. 

I^TIENNE DB BLOIS, quatri^me roi d'Angleterre de- 
pots la conqodte normande, n6 en 1104 , ^tait te dnqul^me 
fits d'£tienne de Blois et d'Ad^Ie, Glle de Guillaume le Con- 
qutont. Henri I*^, roi d*Angteterre , aprte avoir combl^ de 
iiiens £tienne, comme fils de sa sceor, 6tait mort le l*^ d^- 
cembre 1135, ne laissant qu*unefille pour b^riti^re de ses 
£tats d'Angleterre etde France. C^tait Mfathilde, veove de 
DBroperenr Henri V , et que son p^re avait forc^ d'^pouser 
en secondes noces Geolifro! Piantagenet, comte d'A^ou. 
£tienne se hAta de passer en Angleterre, oti Tun de ses f?^res, 
Henri, 6vfique d^ Winchester, favorisa son usurpation. 
II sut se mettre en possession des tr^sors de son onde , et 
fnt reoonnu foi par les bourgeois de Londres, par le deig^ et 
par les grands. II donna une charte par laqoelle il confirma 
rind^pendanoedein^lise, promitde r^doire les forfttsroyales, 
que Henri 1*', amateur passionn^ de la ehasse, avait ^ten- 
dues outre mesure, accorda aux prelate et aux barons le 
droit de se (ortifler dans leurs cbftteaux, enfin abolit le (fo- 
il e^eM. Oes consession impnidentes eurent pourr^ltat 
de couvrir TAngleterre d*un foule de forteresses devenues 
hienMt autant de repaires d'o6 la f^odaiit^ put impuntoient 
braver Tautoritd des lots et le pouvoir royal.^ 

Louis le Gros, qui sentait quels avantages il recueillerait 
d'une lotte entre les deux branches de la maison anglo-nor- 
mande, m^nagea k Tusurpateur la protection du pape In- 
nocent II. lyautre part, David, roi d*£cosse, embrassa le 
parti da M athilde, sa nitee , et entra en Aneleterre, od U 
<€omniltd*borribles ravages, tandis que la dlie de Henri r' 
occopait laNormandie. Etienne, efin de retenir dans TAn- 
iott r^poox de MatbUde, GeofTroi Piantagenet, employa son 
argent pour poosser k la r^olte plusieurs seigneurs ange- 
vins. Geoffroi las rMuisit ; niats pendant qu*il prenait quel- 
ques chAteaux, il perdait un tr^ne. Les ravages qu*il com- 
mit en Normandie, province qn'il revendiquait comme rh6- 
dtage desa femme, souknnferent contre lui la population; 
dte le 5 octobre il fot forod de se retirer. I^ienne, retenu 
en AngMcm jtondant les deux premieres ann^ de son 
usurpation, abandonnala Normandie aux gentilsbommes, 
qui la d<tfendaient par pure animosity contre la maison 
d'Anjou. Qnand il se d^da k y passer, en 1137, il rendlt 
hnmmage k Ixmis le Gros pour cetle province, et marclia 
^ la ranooBtra du comte d'Aqiou; maii cette campagna 



fat bsignifiante , et il repassa la mer dans lliiver de 1137 fc 
1138, emmenant avec lui tousceux des nobles normaods 
qu'il put determiner k le suivre. 

Led^rdre, cependant, 6tait au comble en Angleterre : 
les moindres barons aflSectaient Find^pendance. ^tienne, qui 
n'^tait pas dliumeur k le souffrir longterops, voulut r^ro- 
quer toutes les concessions qu'on lui avait extorqu^ k son 
av^ement au trOne. De 1& des plaintes am^res sur toos lei 
points du royaume, od bient6t on ne craignit m6me point 
de braver ouvertement I'autorit^ d'un prince r^idt, pour 
obtenir la paix de David, roi d'^cosse, k lui abandoiin^ U 
ville de Carlisle et tout le Hortbumberiand. Cette pah sem- 
blait de nature k cunsolider le trOne d'^tienne; mats oa 
prince eot alors Timprudence de se brouiller avec le tkrgf^ 
ilosamdme emprisonner desprdats,et r^vfiT^ue de Win- 
chester, son propre fr&re, ne fol pas des demiers k se tour- 
ner contre lui. Alors Mathilde reparut(ll39), ramen^par 
son fr^re Robert. Abandonn^ par les ^v^iques et par 
les grands , auxquels il nVait plus de tr^rs k prodiguer, 
£tienne se vit alors r^uit k la condition de chef de parti. 
Vafaiqueur dans uhe premiere bataille, il est fait prisoonief 
dans une seconde action prte de Lincoln, le 2 i^vrier 1141. 
n (ut traits d^abord avec ^gards par le comte de Glocester, 
son vainqueur; mais bientOt Timplacable Mathilde le fit en- 
chalner comme un malfaiteur et jeter dans une tour, k 
Bristol. Vainement il sollicita sa liberty au prix de sa cou- 
ronne , k laquelle il ^tait pr6t k renoncer. L^^v^qne de Win- 
chester, apr^ avoir faitsasoumission^ Mathilde,* asscmbla, 
en sa quality de l^t du pape, un concile dans sa ville 
^pisoopale, au mois d'avril 1141 : ^tienne y fut d^pos^ el 
Matliilde proclam^ rdne et lady d'Angleterre. Le triompbe 
de cette princesse fut court. Hautaine et crudle, elle cho- 
qua tout le monde, et se vit bientOt abandonn^ de presque 
tons ses partisans. La guerre civile recomroeuQa, bien qu't- 
ticnne fdt encore prisonnier ; le comte de Glocester ayant k 
sou tour 6i€ fait prisonnier par Guillaume d^fpres, chef 
d*une bande de Brabaufons restte fidde k la cause d'^tieone, 
Mathilde consentit k danger £tieone contre son fr^re, ea 
novembre 114i. L'4v6que de Winchester revint ^rusorpa- 
teur avec la fortune : dans un nouvean coadle tenu k W^esl- 
minster, 11 excommunia les partisans de Mathilde, et 
Etienne se remit en possession de la plus grande partie du 
royaume. De son cOU, T^poux de Mathilde^ second^ par le 
roi de France Louis le Jeune, conquit toute laNonnnMlie; 
et la monarchie anglo-normande se trouva ainsi partag^e en* 
tre les deux branches rivales. 

Le royaume d'Angleterre demeura k Etienne, avec le seul 
comte de Boulogne sur le continent. Le duche de Norman- 
die, r^uni au Maine, k PAnjou et ^ la Tonralne, recooout 
pour maltre GeofTroi Piantagenet. Mathilde etait loajoors 
en Angleterre, soutenant la guerre avec^nergie; maia la 
mort du' comte de Glocester, son fir^re, la detennina a 
quitter cette lie en C6vrier U47. £tienne, voyant que les 
ch&teaux forts des nobler de son propre parti n'^taient pas 
moins funestes k la tranquillity du royaume que ceux da 
ses ennemis, entreprit de les leur enlever, ce qui excita un 
liouveau soul^vement. D'un autre dVtd, il fut mis sous I^b- 
terdltipar le pape, contre lequd il avait vonlu d^fendre lea 
droits de sa couronne, et U se vit oblige de fl^chir. Alore ua 
noovel adversaire entra oontrelni dans la lice: c'^tait Henri, 
fils de Afatbilde et de GeoflDroi Piantagenet, due de Noonan* 
die. Ce jeune prince, aprto avoir traverse TAngleterre li In 
t6ted'un bfiUlant cort^e pour aller nwevoir k Carlisle For* 
dre de cbevalerie des mains du roi d'£oosse, David, son 
grand-onde, ipousa £l^0Bore de Guieiine, femme dl* 
vorc^ du roi Louis le Jeune ( 1 152 )* Cemariagi^.qui a^nU 
le Poitou et la Guienne k toutes las provinces qu'il poaa^ 
dait d^j^ en France, produisit untel afTet ^n Angleierre, qoa 
lorsque £tienne, jaloui d*assurer sa eonronne k Mm lila 
Eustactie, voulut le faire sacrer par TaidievAque de €2aii- 
torbery, ce pr^lat s'y refuse. Le moment parut ikvarnfale 4 
Henri pour tenter une invasion. Un grand aombre 4n 



j^rriENNE 



IBears m d^arirent poor lui. Les Anglais, fatiga^ de la 
guem dTiIe, press^nt left deux coropi&titeiira de trailer 
ensemble. On consentait bien qu'Etienne porUt la couronne 
pexidant Je reste desa vie, mais on voalaitqu'il Passurftt 
k sa mort k Henri, que tout le roonde reconoaissait pour 
1'b^ritier l^timo. Le plus grand obstacle k cette transac- 
tion, c^taient les pretentions asses naturelles d^£ustacbe, fils 
aln^d'itienne. Heureusement pour rAngleterre,.oe prince, 
dans la force de TAge, et pldn de Taleur^ vint ^ mourir; 
et comme c'^tait aprte avoir pill^ un domaine de saint Ed- 
mond, roi et inartyr, personne ne douta que cette mort ne 
IDt une punition du del. II restait a £tienne un second fils 
beaucoup plus jeune ( Guillaume ); mais lea barons ne per- 
mirent pas qn'on guerroy&t plus longtemps pour cette que- 
relle de rois; Us forctont les deux concurrents k s'aceorder 
(mars 1153); Henri promit de ne plus troubler Etienne 
pendant le reste desa Tie; et celui-ct reoonnut Henri pour 
son successeur. D^autres coatemporaios pr^ndent qu'il 
Tadopta pour son Ills. Ces deux traditions, qui n'ont rien 
de contradictoire, concilient avec le principe de la l^ti- 
mite h^reditaire celui deVeiection populaire. 

Apr^ ce traite, dont rivftque de Winchester fut encore 
le m^diatenr, Henri retouma en Normandie (aTril 1154). 
Etienne moumt le 25 aoM suivant, k TAge de quarante-neuf 
ans, laissant k son jeune fils Guillaume les oomt^s de Boulo- 

f[ie et de Mortain et les fiefs qu*U poss^dait en Angleterre. 
tienne nVait pas pu maintenir son antorite, et la couronne 
qo^ ayait conToiide avec tant d'ardeur ne lui procura 
qu'une existence inqui^te et agit^e ; mais il a xa6n\A un eioge 
qui Test bien rarement paries usurpateurs:c'est que jan^ais 
il ne se souilla d^un acte de cruante ou de vengeance. 

. Charles Du Rozom* 

tiTIEMNE. Trois rois de Hongrie ont porte ce nom, sans 
compter un voivode du en concurrence de Ferdinand d'Au- 
tric he. 

ETIBNKE (Jban dbZAPOL, plnsconnu sous le nomd*), 
comte de Scopus, volvode de Transylvanie, avait etd eiu et 
couronne roi de Hongrie par une partie des etats dn royaume 
CO 1526, apres la mort de Louis II tue ii la bataille de 
Mohacz, tandis que Tautre partie choisissait Ferdinand d^Au- 
triche.mari d'Elisabetb, soeurdufeuroi.Tropfaible pour lut- 
ter^ Ktienne se ligua avec le sultan Soliman, et lenrs ar- 
mees r^Huies assii^g^rent Vienne, en 1529. Il semblaitque 
la roort de ce pr^tendant, arrivee en 1540, dftt mettre un 
terme k la lotte des deux rois ; il n*^ fut rien : sa veuve 
reprit les armes pour son fils Jean-Etienne, couronne sous 
]e nom de Sigismond. Cependant, par untraitede 1551, eUe 
ceda letr^ne k Ferdfaiand. 

Etienne V ( saint ), roi de Hongrie, ne en 979, succeda 
h son p^re Geysa, 4' due de ce pays. II r^forma les mceurs 
barbares de ces peuples, fit venlr desmissionnaires qui pre- 
cli^rent rEvangile, publia nn code, ne re^ut du pape Sylves- 
tre II le titre de roi que vers 1000, et moumt en 103&, apr^s 
nn r^gne paisible depr^ dequaranteans. CTest de lui que vient 
le^somoni dM po5<o/igiie,donneauxroisen Hongrie, puis 
aux empereurs d^Allemagne. Le diademe dont le souverain 
pontife lui fit don sert encore au couronnement des rois de 
Hongrie. La superstition des peuples ne regarde conrnie 
Talablement sacre que )e prince qui a ceint la couronne de 
saint Eitienne. £11 e avait dispam pendant la guerre soutenue 
par Koss uth, contre Fempire d^Autricbe; die a depuis ete 
retrooree et a servi au couronnement de Tempereur Fran- 
^ois- Joseph. 

^TIENNE II, dit la Foudre ou Vliclair, succeda k Co- 
loman, son p6re, en 1114, fit la guerre aux venitiens, aux 
Polonais, aux Busses, aox Bobemes, se rendit odieux par 
ses cruaut^, et n^ayant point eu d^enfants de ses deux 
femoies, o^a, en 1131, la couronne k son cousin Be!a, 
pour se faire moine. 

£tiENN£ m, fils de Geysa III, lui succeda en 1 161, et 
motmrai Bfannel Comntae contre Venise. En son absence, 
oneles Iiadislas II et Etienne usurp^ent la couronne 



107 

mais le premier ne la conserva que six mois, et le mcond 
que cinq. Retabli sur le tr6ne en 1 163, il regna jusqueo 
1173, et ne laissa point de posterite. 

ETIENNE IV, dit U Cuman, succeda k Bda IV, son 
pere, en 1270, s'lllustra par ses victoires sur Ottocare, roi 
de Bob^me, et moumt en 1272. 

J^TIENNE ( Famille des ). Voyez Egmvn, 

I^TIEINNE (Cbahles-Guillauiis), autenr dramatique et 
publidsto , naquit le 6 Janvier 1778, k Chamouilly (Hante- 
Mame). A'pdne ^e de dix-huit ans, en 1796» il qoitta sa pro- 
vince pour venir k Paris, etne tarda pas k y signaler la facilite 
dont il etait dope par quekpies essais dans les joumanx ; 
mais bient6t, attire vtrs le genre dramatiqae par une i^oea- 
tion spedale, il obtint on succte qui fixa sur lui ^attention 
du public : la petite comedie de Brueys et Palaprati^oio^ 
en 1807, lui valnt d'illustres protections, notainment ceile de 
Ma ret, depuis due de Bassano, homme d*Etat, qui n'oublia 
jamais qu*il avait d*abord ete bomme de iettres. Devenu son 
secretaire particulier, Etienne avao/Qa rapidement sous un 
td guide : un travail lacileetdair, une inteUigenoe proropte 
k aaidr et k rendre la pensee d^autr^i, fiient appredar ses 
services par le ministre secretaire d'Etat de Tempereor. Des 
places et des Hsvenrs en devinrent la reoompense. En 16 lo 
Etienne fnt appde k remplacer Fievee comme censeur 
du Journal de V Empire^ depuis Journal des DibaU ; et 
bientdt aprte il fut mis k, la tete de la division des iettres et 
de la censure des joumaux auministtode lapolice g^oeraie. 

Ces fonctions administratives ne Tempecherent pasde pour- 
suivre sestravaux litteraifes. Le U aoiU laiQ, sa comedie 
des Deux Gendres lut representee au TbeAti^Fran^is. 
Cette piece, en cinq actes et en vers, bien oon^ue, bien 
eerite, refut on aceueil favorabte. Mais die susdta des 
envieux k Pauteur, k qui leposte qu'il occupdt dans une ad- 
ministration peu populaire n^avait d^ donne que trop 
d'ennemis. Pour 6ter k Etienne le merite de Tlnvention, on 
dta des pieces imprimees, on compulse des manuscrits; 
Lebrun Tossa» jadis ami de ranteur, denon^ les Deux 
Gendres comme un plagiat d'une pieee poitant le titre 
bizarre de Conaxa, oauvre d'un jefUite de Bennes, qui cent 
ans aoparavant en avait pulse le sujet dans un vieux fabliau. 
La decouverte du manuscrit de Canaxa fit du bruit Lepre* 
mier jour on pretendait qu'Etienne avait pris plus de trente 
vers k Poeuvre du jesuite le second jour, le nombre en euit 
porte k plus de trois cente; le troideme, enfin, la comedie des 
Deux Gendres etait presque entiere Touvrage dn reverend 
Pere. Benvoyant les curieux aux trois gros volumes in-s**, 
pnblies de 1610 a ibl2, sous le tUra de Proc^f d^itknne^ 
bomons^nons k dire que Conetxa fut imprime et joue an 
the&tre de TOdeon, et qu^il resta prouve que le plus grand 
tort d'Etienne etdt de n'avoir rien dit dans la preface de sa 
piece des nombreux emprunte qu*U avait faits k Toenvre du 
jesnite de Bennes. 

Les Deux Gendres u'en ponfsui virent pas moins leur route 
et ouvrirent k leur auteur, quand moumt Lanjon , les portes 
de PAcademie Fran^ise. Le 7 novembre 1811 11 pronon^ 
son disconrsde reception, dans lequd on remarqua surtont 
le developpement de cette v^rite, que la comedie est Phis- 
toire fideie de la sodete; privilege qu'en entrant k PAca- 
demie M. Scribe a revendique k son tour ponr la chanson. 

L'Intrigante, egalement en cinq actes et en vers, qu'E- 
tienne fit representer en 1812, vint %jouter k sa reputation; 
maii quelques tirades ou se faisdt jour cet esprit dMnde- 
pendance fort moderee qui devait pins tard animer d^autres 
productions du memo ecrivain souleverent les susceptible 
Utes non de Pempereur, mais de ses eourtisans, qui trouve- 
rent inoui qu'un persunnage vouiet disposer lihrement de 
sa fille, et que, resistant aux volontes du prince, fk s'eeriAt : 

Jesnis sujet dn prince et roi dans ma faOffUet 

Ce vers s^ditieux et quelques autres dn meme genre firent 
suspendre la representation de la piece. £n 1814 le nouveau 
gouveraement s*empressa de lever cette interdiction, si mai 

14. 



toENNE — ETIOLEMENT 



108 

motifte ; BurU alon one TiTe rtectfon m poarsniTait contre 
le pooToir d^chn , et £tienne se reftisa , comme il le devalt, 
k one leprise dont on Tonlait ftire on pr^tate dlotoHe 
CDTert im goovenieinent qui PaTaU oombki de ses Menfliits. 
ExpuM QB instant dM fonctions qn*!! remplisgait, pois i^in- 
t^ an reloor de l*lle dISlbe, il n*en devait paraftre qne 
plos conpable aux y«ox da goarernement de la seeonde res- 
tanration. CM cberalier de la Legion d^honneor aprte le 20 
man , oe fnt lid qui , en sa qnalM de pr^ldent de llnstitut, 
aetrouva charge de fi^dter rempereur an nom de ce corps. 
Anssi les Bourbons ileurnlottrd^pouiHirent-ilsdenouvean 
Atienne de tootes ses places et rarracbirent-ils m^me de 
son fcoteoil acadteiiqae, qui ne lot ftit rendu qo'en 1827. 
Redevenn slmplenient hoinme de lettres, comme an com- 
mencement de sa carri^re , en mime temps qu'il donnaxt i 
nos tb^Atres lyriqnes plusieurs pitees embellies par la mu- 
siqne de nos eomposiieurs cAM>res, de Nicolo et de Boiei- 
dieu sortouty rex-censeur de rempire entrait en lice, an 
nom des liberty pnbliques, contre le parti anti-national qui 
Toolait les anteitir. Le soccte prompt et prodigieox de la 
Minerve franfoise fnt en grandepartie do ii ses Lettres i 
mr PariSf rtenles depots en 1 vol. in-«<> (1820), sons le 
titre de Conespondance pour servir & rMstcire de r^a^ 
blissement du gouvemement repri$fintat\fen France. 

Ces socete flx^rent Vattentlon publique sur lenr autenr, 
et d^termbi^rent les propriitalres du Constitutionnel^ 
pocr assurer exdnsivement k leor entreprise le concoors de 
eon talent, k Ini fUre doo d^ine action gratuite de propri^t^ 
dans leur entreprise. CT^tait loi attribuer, ind^pendamment 
de la remuneration fort large de son travail, un revenu dair 
et net de 20 k 25,000 fir. par an. En 1820 le dipartement 
de la Mouse le choisit poor Tun de ses mandataires k la 
cbambre des d^putte. Le mtaie bonneur lui Tut conf<6re en 
1822, et il ne cessa d'y figorer josqu'en 1830 parmi les d4- 
fenscuTS mod^r^ des institutions consacrtes par la charts. 
II faX mime plnsieurs fols le rMactenr de I'adresse, cette 
sortedecoropromis dans lequd Pesprit des diverses nuances 
do corps reprisentatff d*alors se laissait entralner, avBc plus 
ou moins detact et de mesnre» k trsTcrs les sinuosit^s capri- 
deuses de la pbrasiologie incolore de Tipoque. On lui at- 
tribue la patemiti de la pins inergique de toutes, t'adresse 
des de%ix eentvingt et tin, qui amena la chute de la 
restauration. Riiln dtiputi apris la revolution dc Juillet, en 
ISSI, en 1834 et en 1837, il oontinua d*y singer au centre 
gauche. Devenu alors un des cbefs dn tiert parti, il le diri- 
geait dans sa guerre d'innocentes escarmouches contre les 
cabinets doctrinaires, et k ce litre il exer^ constamment sous 
le rigne de I'^lu des 221 une influence dont il sut profiler 
pour assurer de brillantes et lucratives positions k tous ses 
proclies. Ne Fen blAmons pas, puisque le systime parle- 
mentaire n^itait qne Texploitatlon des faiblesses du pouvoir, 
et surtoot de la gratitude qu^il devait avoir pour les menus 
services que pouvaient lui rendre les reprisentants de la 
France dectorale. En 1839, Etienne, disireox de cider son 
siige an Palais- Bourbon k son flls (que toutde suite apris 
la revolution de 1830 11 avait Adt nommer conseiller k la 
cour des comptes ), se laissa diporter au Luxembourg en 
aceeptant le titre de pair de France. Ce suidde moral et po- 
litique n*itait qu*une preuve de plus de I'ardente affection 
quMl portait aux siens en giniral , et k rbiritier de son nom 
en particulier. ^tienne, mort en 1846, a eu pour snccesseur 
k PAcadimie Fran^se M. Alfred de Vigny. 

L'ennmiration complete des onvrages d*£tienne nous mi- 
nerait beauconp trop loin. A oet igaid, les curieux petivent 
consulter sesCEtevres complies, dont la piiti filiale a donni 
une edition en 1846 et 1847 (4 vol. in-8*). Bomons-nous 
k rappeler id qu*independamment des ouvrages dramatiques 
que nous avons dejk mentionnes plus haut, il est Pauteur 
d*Une Heure de mariage, du Mari en bonne fortune, de 
La Jeune Femme colire, comedies ; de Gulistan (1 805 ), de 
CmdriUon (1810), de VOriflamme, dc Joconde, dc Jeannot 
<« Cottn (1814), des IMux JTorU (18 10). du ffosji^no^ (1817)| 



de Z6loide (1818), de VUne pour VAutre (1819), toos 
operas-comiques qui obtinrent les succis les plos edatants 
et les plus prodoctife, et dont plusieurs sent restes an reper- 
toire; enfin, A^Aladin ou la iampe mervelileuse, op^ 
ferie en dnq actes (1821 ). 

Son flls, Henri EnnoiB, ne en 1801, abandonna en aoOt 
1830 le commerce de la libndrie, qui I'oecnpait depois une 
couple d^annees, pour entrer d^emUee, grftoe kla proteolion 
et k Ptefloence toute-poissante de son pire, k la cour dee 
comptes en qualite de consdller. tilu depute en 1839, il siegea 
au centre gauche ]usqu*en fevrier 1848, mais sans excrcer 
d'aillcurs d*influcnre sur ses ooUigoes. U avait ponitant 
riussi k se creer an Palais-Boorbon une spMalit^ qui ne 
laissait pas de le rendre assex incommode anx ministres. Sa 
persistence k redamer, lors de la discussion dn budget de la 
marine, qn'il ttt desormais tenn des comptes deteiUis et 
reguliers de Pentree et de la sortie des matiires premieres 
employees dans nos divers arsenaux maritimes avait fini 
par etre oouromiee d*nn pidn sucote; et les dilapidations 
scandalenses qui avaient jadis impunement Hen dans cdte 
partte des services publics sunt devenues aqiourd'hui plus 
diffldles k cacber. 

La revolution de 1 848, qne certes M. Henri £tienne nVait 
point appdee de ses vcrux, Ini maintint son mandat legis- 
latif. II fut du k la Ck>nstituante par les dectears dn sof- 
firage universd dans le mime departement qne pendant neuf 
annees U avait represente k la cbambre dn privilege. La 
constitution republicafne ayant declare les fonctiqps de la 
magistratnre faicompatibles avec celles de represeotant du 
peuple, M. Henri Etienne n*hesita point entre sa place ina« 
movible et Phonneur de continuer k representer avec un trai- 
tement k peu pris egal le departement de U Mouse k PAs- 
sembiee legislative, od il.figttra parmi lesadversaires les pins 
prononces de la prolongation des pouvoirs presidentlds de 
Louis-Napoieon. Le coop d*£tat du 2 decembre, en 
mettant fin au mandat ligislatif deM. Henri £tieone, ne Pein* 
picba pas du moins de se Joindre k ceux de ses coUigues 
qui essayirent alors de se reonir k la mairie du dixiinie ar- 
rondissement k Peflet d*y protester contre la mesure de 
salut public qui dissolvait PAssembiee nationale. Mais de- 
ffuis lors , dicourage et renongant aux rives d*une n»taura- 
tion an profit de la maison d^Orieans, dont il s^etait si long* 
temps berce, M. Henri £tienne s'est firancbement recondlie 
avec Pempire, qui, Idn de lui garder rancune , lui a rendu 
son siege k la cour des comptes. 

l^TIENNE BATUORI, roi de Pologne. Voyez Ba- 

TRORI. 

l^TIER) canal qui etablit une communication eotre la 
mer et un marais sal an t On Pouvre et on le ferme ^ 
volonte lorsqu'on vent rempUr le marais on le laisser vider 
par Peffet de Pevaporation. 

^INGELLE, petite parcdlede feu, bluette (scintilla). 
Quand on frappe un caillou avec de Pacier , il en jaillit des 
itincdles. Ce mot se dit au figure de Pesprit , de PAme. II 
n*a pas une 6tincelle d*esprit, de courage, de ginit. 

En physique, on nomme itincelle iUctrique un trait 
de feu qui Jaillit des corps dectrises lorsque Pexcis de 
charge eiectrique qu'ils ont re^u s'ichappe avee explosion 
en crevant la couclie d*air qui les environne. L'eclair n'esi 
qu'une itincelle ilectrique. 

Etinceler signifie briller , jeter des idats de lutnitee « 
Les etoiles itincellent; ses yenx itincellent; ces diamanU^ 
ces rubis , ces vers-luisants, cepbospbore, itineellent. An 
figure, Boileau a ditde Juvenaf : 

Set outrages, toDS pletns d*affreufet rinih, 
itineellent pourUDt de taMimes berates. 

itincelli, terme de blason, se dit d'un ecu diargi dV/iii- 
celles. 

^TIOLEMENT. Quoiqu*on ne trouve point Petymo- 
logie de ce terme, on peut reconoattre ses analogues dans les 
mots eteuU ou esteule , qui di^slgnent le diauoM tuii* 



ETIOLEMENT — £TIOLOGIB 



109 



imiii, comme dam Fa teiile du chanvre, etc. Toutes oes 
«ipre«bn8 noas paraisseot d^rirer do grec axOX» , qu! 
dMgne un amaigri^ Minent de r^^taax ^pois^ de Tigaeur. 
Le mot HioUment^ d^ubord employ^ poor d^fligner cet ^t 
de pAleor , de blanchenr fade et molle des tisaus dea T^g^ 
taux croiaaaDt k Pabri de la lami^ et dn grand air, en 
tongues tiges minces , IJsses, aqueoses on Insipides, a M 
ensuite appUqii6 aax indiTidus do r^e animal pr^ntant 
une d^gto^rescenoe analogue sous rempire des mteies 
privations du soieil et d'une Tie active sons une libre atmos- 
phere. Ainsi, I'^tiolement est une eaehexie, on affaiblis- 
sement morbide de Torganisme v^^tal et animal » mais 
adventiceoo fodice , comme la chlorose, la pftleur , I'an^mie. 
En gto^ral , les Jeones Indlvidus , les femelles k tissus tea- 
dres, d^UeatSy bumides» s*^tiolent facUement par la ?ie 
s^eniaire, ombragfo, da habitations dans lesquellei ni le 
eoleil nl Pair pur ne p^nMrent habituellement II en risulte 
que rdlaboration organiqne languit, et que ces 6tres ne d6- 
pMent qu*uE simple effort de croissanoe on de v^g^tion. 
-Chez eui Tabsorption domine; ils se gorgent de sues ou 
d^bumeurs mal assimiMes ; Us restent pAles, leucophlegma- 
tiques ou hydropiques, lisses ou presque d^pourms de 
polls; toutis lenrs fonetions se tralnent dans rinertie, le 
Tettchemenl^ C*estpar cette cause, sans doote, que les 
protect tritons, sortes de salamandres des eauxsouter- 
raises , ne subissent point lenr metamorphose complete 
«lnai que les esptees viTant an Jour; dies restent aveuglea 
Ante du d^veloppement des yeox , comme les taupes, I'as- 
palax , animaux gras et louids deUeux sooterrains. 

Ainsi, les t^^ux ^ol^ par Tobscorit^ , surtout sous 
one temptoture bnroide, ef sans cbaleur viTe , ne peuvent 
pas decomposer Tacide carbonique qu'ils absorbent, ni s'en- 
ricbir du earbonne qui rendrait plus ilgneux et plus solides 
teors tissus, ni exhaler les fluides surabondants qui les 
gonflent et les surcbargent. Jamais les plantes etiol^es des 
caves on sooterrains (excepts lea esptees cryptogamiques, 
champignons, lichens, mucors , destines k ce genre de vie 
nocturne) n'y donnent nalssance Jtia couleur verte ordinaire 
du feuillage. L'^tioiement s'oppose egalement k la produc- 
tion du Sucre, k celle de la f^cule dans les vegetaux de la 
clanse des phanerogames. Aucune plante etioiee ne developpe 
ces elements colorants, ces ardmes, ces principes sapides 
actifs, ces huiles volatiles, ces resines, etc. , qui donnent 
le caractere ou les vertus propres k cheque espece. Bien plus, 
le resoltat decisif d*un etiolement complet consists dans Tim- 
puissance de la floraison et de la fructification chez ces ve- 
getaux. 

Now tirons profit de cet etiolement pour adoucir les sues 
trop amers ou Acres de plusieurs plantes potagires , les rendie 
plus tendres, plus agreables k manger. C'est ainsi qu'on tem- 
pore ramertume des chicorees ( la b ar be d e ca p n ci n ) et 
qn*ou fait blanchir d^&uire$ esp^ces de salades, les car- 
Ions, les choux, etc. Vm i du jardinier s'exerce sur ces 
productions, en les liant, les couvrant, les empechant 
d^etaler leurs feuilles et de Ceurtr, eto. 

Vitiolement factice des animaux domestiques est 
one pratique dont les fastes cnlinaires de la gourmandise 
homaine font mention au temps memo de la barbaric. 
On etiole k dessein, dans des cages etroites et sous I'obscu- 
rite, les oies blanches, afin de leur donner ce foie graa 
dont on fait des pAtes. Oi engraisse egalement les pores, en 
les tenant dans les tenebres et sans mouvement, dans le 
somroeil. On attendrit de mAroe la chair des veaux nourris 
abondamment, etc. Or, cet empAtement du tissu cellulaire, 
cette accumulation graisseuse , ces sues geiatineux qui abren- 
▼ent et detrempent reconomie animale, resultent de retio- 
lement. L*absence delalomi^re, Tabri d'un air viftraien- 
tissent la circulation du sang ; le repos et le sommeil 
determinent la stase des humeurs lymphatiques ; les mailles 
des tissus s^engorgent ; riiematose s'o|)ere mal dans des pou- 
mens , qui ne re^ivent qu*un air impur , charge de vapeurs 
ou du gai adde carbonique des etables ; ce sang mal eiabore 



prodoit une sorte de dilorose, ou de plAeur et d*anemie : 
aussi ces animaux derieonent41s Uancs , lourds et engourdis* 
Leur chair est tendre , mala fiide et muqueuse, dUfidle k 
digerer. 

Voyons si reUolement n'op^ pas viciensemMt aussi sur 
plusieurs classes d'honmies souniis par etat k une rie obs- 
cure et renfermee. Tels sunt d*abord les ouvriers des mines: 
on les voit sortir bAves, decolores, de ces cavemes souteiw 
raines, o5 ils s^enterrent vivants pour satisfaire la cupidite 
humaine. Leurs chairs ilasques restent bonifies de sues 
lymphatiques, faute dHme exhalation suffisante, qui n*a 
lieu qu*ii Tair libre et A la liimi^re. De U viennent egalement 
oetteinertiechlorotique, ces suppressions de flux menstmel , 
ces leuoorrhees qui tourmentent les religieuses, si biemes , 
emprisonnees dans leurs clottres. De U cet engralssement 
flasque et maisain des moines, malgre dea jeOnes aust^es; 
ces engorgements de membres ou de viscAres chei les pri- 
sonniers , pAlis dans I'obscurite de leurs eachots, et deve- 
nus, malgre la violence dn caract^ eigourdis, indifferents 
et somnolents , aprte avoir croopi dans cette paresse forcee, 
pour eux deaormais un besoin, k la suite de longues an- 
nees. Ahisi s*eteint leur moral ardent par Teflet de cet 
empAtement du physique. ITest-ce point aussi k retiolemeol 
qu*est due la blancheur fode, la peaulisseet molle des femmes 
de rorient, sequestreesdansleurs hare ms ou serails, outre 
Pusage des bains et des nourritures humectantes pour les 
engraisserf Cette blancheur est telle que les Haoresques 
deriennent presque semblables aux Europdeunes pour le 
teint , eC moins rosees encore , au point qn^elles ont la pAleur 
inanimee de la mort sur les Jones. L*epaissenr de leurs 
appas , gonfles comme une pAte , et cedent comme des cous- 
sins , foit, dit-on , le charme dea musulmans. Pourquoi ne 
rapporterait-on pas k retiolement cette deiicatesse, cette 
blancbenr ai fine de la pean de noa plus brillantes Aoum 
desgrandes villas, nees au sein des deiices d^une haute fortune 
et de la civilisation? T«urs fibres sont si tendres, lenrs nefs si 
sensibles , leur teint si prompt k s*alterer , que le moindre 
rayon temeraire du soieil en temit redat. Et nos Jolis fashio- 
nables , si flnets, si allonges dans leur adolescence, ne res- 
semblent^ils point k ces pousses insipides d'herbes p&les qui 
ont grandi dans I'obscurite des appartements blen closf 
Cette Jeunesse de blondinSf vegetant au sein de la mollesse, 
k demi encSrves par les mofaidres volnptes, a donne naissance 
k ces falbles descendants des races les plus illustres fondues 
dans Popnlence, k Pabri dn travail, da poids da soieil ou du 
grand jour. J.-J. Vuiet. 

£TI0L0GIE ou ^TIOLOGIE ( de &iTCa, cause, et Uyoa, 
discours), partie de la m e d e c i n e theorique, dans laquelle on 
expose les causes des m a I a d lea. L'etiologie se compose de 
deux parties; elle s'occnpe d'abord des causes envisagees en 
elles-memes, ce qui constitue V^tiologie proprement dit§ ; 
elle recherche ensuite de quelle maniere ces causes agisscnt 
sur reconomie, branche,de Petiologie qui are^n le nom de 
pathog4nie. 

Les causes des maladies etant extrAmement nombreoses, 
on a senti de tout temps la necessite de les diviser. On les a 
distinguees en extemes et en internes, en principales et en 
accessoires^ en prochaines et en iloignies, en pr6diS' 
posantes et en occasionnelleSf exipasitives et en nigatives^ 
en physiques , chimiqnes et physiologiques ; on a aussi 
admis des canses occultes ; mais ces di?isions sont trop mul- 
tipUees et rentrent trop les unes dans les autres pour pou- 
voir etre accept^es. La dirision des causes des maladies qui 
nous paratt la meilleure est celle qiii prend pour base leur 
maniere d'agir : or parmi dies i« 11 en est qui produi- 
sent constamment une mAme maladie : on peut les appeler 
d^erminantes ; ^'^ d*antres, dont Paction est obscure ou 
souYent Incertaine , predisposent seulement le corps k telle 
ou telle maladie : ce sont les causes prMispasantes , que 
Pon peut subdiYiser en causes pridisposantes g^n&ales-i 
qui etendent leur action sur de grandes masses d'individu»» 
sur tons lea liabitants d*une tille, d'un pays, etc., eiea 



-0 



ifenOLOGlE — tUQVETTE 



"'*« prMspoiantesindividuelleSfqiaii'^f^Bsaaiq^e sur 
^68 sujets Iflolte ; 3® ^nfin » un troisi^me ordre comprend 
les causes ocoasionnelles, qui sont trds-nombreuses et tr^ 
Yari^. P.-C. HcGuiER. 

I^TIQUCTTE. Ge mot a plusieara acceptions dans 
notf« langoe. II rigiuBe au propre lui petit papier indiquant 
ce qui est eontenu dans on sac , dans une botte, dans une 
bouteille, dans nn vase. Ainsi Ton disait autrefois C^i- 
quette d*un sac de procureur; mais TAcad^mie, dans la 
nouvelle ^tion de son Dictionnaire , a commis une assez 
grave inadvertance en donnant cette definition : « Petit 
toiteau qu'on met , qa*on attache sur un sac de proeh , 
et qui contient les noms du demandeur et du d^fendeur , 
eelui de Vawmi. » Messieurs les Qnarante peuTent-ils 
.Ignorer que Ton ne connatt pas plus au palais les sacs de 
•procte que les procureurs, etque les avou^ ^tiquettent au- 
jourd'hui, qon leurs sacs , mais les chemises en papier qui 
contiennent les pieces du procte?^ On addriT^ ce mot, sans 
doute par plaisanterie* de ra^r^vation : est h\c quxst {est 
h\c qtUBstio inter N. 6^iV.)yqueles procureurs auraientterite 
sur leurs sacs k procto. Proverbialement : Juger sur Viti- 
quette du sac, c'est juger sans avoir esamin^ les pieces : 

On ii'4coaU ni les W* oi les mais i 
Sar Vitiqume on- ne fit pum prooii. 

On a souvent port^ la m^me accusation contre certains jour- 
nalistes, qui, dit-on, jngent les ouvrag^s sur le titre et sur 
)e nom de Tauteur, voire du libraire; mais ce doit 6tre 1& 
une m^isance siudtte par Tamour-propre de quelque 
auteur mdcontent Au surplus, la littdratnre pent bien en dire 
autant du bon public. 

On a dit que les 6tiquettes d^apotbicaires ^taient moins 
longues que leurs m^moires. Qui ne se rappelleles fameuses 
etiquettes de Rabelais : Poison pour le roi , Poison pour 
la reine. Poison pour U dauphin ? Mises par lui sur d'in- 
nocents paquets de cendre » elles le firent defrayer magnifi* 
quement, depuis Lyon jusqu^ii Paris, aux firais de r&at, 
comme un criminel important, sans quil eAt k redouter au 
bout du voyage le faineux quart d^heure auquel il a donne 
son nom. Dans les (u^onnances mititaires de Tancienne 
monarchie, ilest d^fendu aux marechaux de logis et four- 
riers « de bailler des etiquettes pour loger les capitaines et 
soldats dans lies habitations des ecciesiastiques ». Dans ce 
sens , etiquette signifiait billet de logement, 

iHquette se dit encore d^un filet carre qu^on attache au 
bas d*une perelie pour prendre le poisson^ 

J^tiquette au figure ne s'einploie pas seulement pour ex- 
primer le ceremonial des cours ( voyes d-aprte ), il signifie 
encore des fonnes c^emonieuses usitees entre particuliers 
pour se temoigner mutnellement des egards ; on dit : Cet 
bomme tient k Vitiquette , il compte les visites ; diner 
i^Hiquette , bannir toute esp^oe d'^tiquette , les lois de 
Vitiquette. Ce mot se dit, enfin, des formules dont on se sert 
dans les lettres ou placets , sdon les personnes i qui on les 
adresse. Ainsi il est d^itiquette , quand on ecrit k une 
femme ^ de finir par etre son trks-humble et trtS'oMissant 
serviteur, Charles Do Rozom. 

^TIQtJETTEs eipteedeloiqui,dans lescours,regle 
les relations du soaverain avec ceux qui Papprochent, pres- 
ent eertaines paroles, certainea formes, et oommande k pres- 
que tontee les actions. Vitiquette est dans les cours ce que 
les u 8 a g e 8 sont'dans le monde, avec cette diirerenee que le 
monde toltoe dans quelques individus Pignorance ou le 
dedain de ses usages, et qu^i la cour le prince lui-meme 
est soumis k Viiiquette : les premiers se modifient assez 
rapidement, Tauten se conserve dans sod integrite onginale. 
On a 6n] longtemps que I'observance de Vetiquette con- 
tribuait k la solidite Aes tr^nes , et cela jxHirrait etre vrai 
•dans les iStats ou-une aristocralie puissanle cntourant le 
menarque, il doit exister entre elle et lui une liarji^re dMia- 
bitudes olisequieustts, AuUe aux yeux du peuple, luais que 
Sen courtisiiM he«ii«iirf h g^T^^c^i^, On aev?^ pa^ccfi^ndaDt 



que Vetiquette des cours de Perse et de Constantinople 
pendant la duree du Bas-Empire ait preserve de la df» 
cheance ou de la mort les souverains, bken qu'elle en ettt fait 
des sortes de divinites, et qu*on robserv&t scnipoleusemettt. 
Le desir de satisfaire Porgueil et la vanite n'a pas seal ea- 
gendre Vitiquette; elle sert k maintenir Pordre dans les 
palais, il classer le8 rangii, k regulariser le service, k pre- 
venir les discussions, k derobtt k la connaissance de ceut 
qui le voient de prte Pincapacite ou les defauts du prince, 
dont une partie de la conduite se tronve ainsi traoee dans 
une foule de cas prevus; d'un autre cdte, elle aide aux 
Goinrtisans k dissimuler Pennui, PImpatienee.; et, mettaat 
de part et d*autre un frein aux premiers mouvemeatft de 
la nature, elle contient dans de justes bomes le roi et les 
Sleets, car elle p^ egalement sur tou8« 

V4tiquette dift^re selon les pays. CeUe qui s^obaorvait k 
la cour de France avant 1789 etait coroposee de traditions 
encore plus que de prescriptions ecritea : 8*agis8aii-il d^ua 
manage , d*une mort , de la reception d*un des corps de 
r]^tat, ou de celle d'un ambassadeur, si des droonstanoes 
imprevues se presentaient, on oonsultait les vieiliards, et ils 
deddaient d*apr^ le redt qui leur avait ete fait de qodque 
anecdote, ayant peut->etre cent ans de date. II y avait 
quelque chose du respect pour les aneetres dans ce desir 
de 1^ imiter, qui devait en Inspirer aux genenitions futures 
pour ceux qui doonaient cetexerople. Le ceremonial 
observe lors des couronnements, des receptions de cheva- 
liers, des audiences donnees aux differents corps de l*£tat, 
l^isait partie de Vetiquette ; elle determinait la place ^e 
Pon devait occuper, le nombre de pas que Poo devait faire, 
el jusqu'A Pampleur des manteaux. Cetait une contraiate, 
mais elle evitait la confusion dans les grandes reunions; et 
il etait moins humiliantde se trouver, par suite d'lm usage 
etabli, dans les demiers rangs, que d*y 6tre place per Pap- 
predation de son merite personnel. Dto son revdl le rd 
de France egissait d'apr^s les r^es de Vetiquette^ car 
c'etait selon leur rang que ses auni6niers lui presentaient 
Peau benite, le livre d^Heures; et les princes, sdgneurs, 
gens de service, la chemise et les autres parties de Pba- 
billement; k la chapeUe, au cerde, an jeu, au spectade, au 
bal, k la chasse, au conseil, tout etait regie par Vetiq%iette, 
Louis XIV ayant dedde que le conseil des depedies serait 
tenu, debout, on parla de cette innovation. 11 fiillait une 
grande habitude pour ne rien oublier de ce qui conceniait 
vetiquette relativement aux repas, car apporter et poser 
la n</, lecacfeiKu, faire Vessai^ donner la serviette, donner 
k laver, ne se faisait qu'en observant beancoup de fonnes. 
Sdon les lieux od le roi se trouvait, divers ofiiders de sa 
maison pouvaient redamer Phonneur de le servir, et de 
violentes querelies s'eievaient souvent k ce sujet; on appe*- 
lait cda soutenir ses droits* 

Les femmes n'etaient ni moins soumises ni moins exi- 
geantes que les hommes quand 11 s^agissait iVetiqueite. 
On fit intervenir des princes de I'^ise, des membres du 
parlement, des sdgneyrs du plus haut rang , k Poccasion 
d*un bal od M"* de Yaudemont devait denser. La reine 
Anne d'Autriche, qui avait complique nos vidlles etiquettes 
de PeUquette espagnole, inspire k son fils une telle venera- 
tion pour ces formes, qu'il s'y conforma toujours, et son 
exemple, autant que sa volonte, les changea en lois rigou- 
reuses pour ses descendants et leur cour. La reine de 
France, avec tout ce qui Pentourait, etait sujette au m6me 
joug. Td plaisir etait desaison, tdle distraction etait de dr- 
eonstance* Un souverain voisin etant mort, M. de Maurepas, 
en assurant que le piquet etait de deuil^ comhla de joie la 
femme de Louis XV, qui perissait d'ennui ^uand elle ne 
Jouait pas aux cartes. Lorsque Marie-Antoinette arrive 
de Vienne pour epouser Louis XVI , encore dauphin , ac- 
coutumee qu^elle etait k la simplicite et k la bonhomie 
de la coor d^Autriche, die trouva notre etiquette insuppor- 
table, et Pennui qu*elle en ressentait la fit accuser de dedain 
et de legerete : le nom de madame de Vetiquette, qu*ella 



ETIQUETTE — ETNA 



doaaa k ast dame dlioniieur, blessa profond^ent cette der- 
ni^re, qoi &*en plaignH k Louis XV; et la jeune archi- 
docheflse, qui D*aTait pas encore seize aos, fut groQttte avec 
s^r^riU. Deveoue reine, rinfortante Marie-Antoinette se 
sotimit sans doute, avec la grftce qui lui ^tait natureUe, aux 
lois qii'on lui imposait, et se fit tendrement cb^ir de M*"* 
la princesse de Chimay, sa derni^re dame d'bonneur. Ce 
fut a cette princesse qoeNapol^u fit demapder des rensei- 
^aementslorsque, r^tablissant Vancien rSgime h son profit, 
U iorma une nouvelle cour» M"^ do Chimay r^pondit k la 
personue cbargte de la questlonner : « Voqs yovdrez bien 
dire k I'empereur que j'ai tout ouhli^, hors les bcmt^ et les 
malheurs de celle que j'ai servie. » 

VHiquetie cbes les princes du sang mettait un pea 
moins de distance entre eux et oeux qui ^taient attacbte k 
leur personne. On ^tait prtentd au roi arant de Tdtre aux 
princes, et on u^\mi adnus a les serTir dans les places ho- 
ftorables qu*a?ec sou agr^ment. H fallait se faire bistruire 
de VHiquetU obser? te daus les lettres, quand on dcriYait : 
tandis qa'une particoii^re mettait pour suscription : d la 
Beine^ les princesses ajoutaient : tnadame et souveraine, 
Quand une fenune devait 6tre pr^sentde^ on lui apprenait k 
se retirer en recnlant, et k jeter en arndre la queue de son 
manteau par un coup de talon. I<e roi baisait sur la jone les 
pr^nttei, et celles-d prenaient le bord de la jnpe de la 
rdne comme pour TappHqucr k leurs l^Tres, ce que la 
r^ne ne soolfrait point. Les duchesses saisissaient la jupe 
moins bas que les autres femmes. S'asseoir sur un ta- 
bouret iiAii un droit r^rv^ aux duckesses et aux femmes 
titr^es; les autres n'avaient que des pliants^ On 6tait ses 
gants pour olfrir qudqae chose k leurs majesty, ou pour 
receToir qoelque chose de leurs mains : on ne priait ja- 
mais en leur nom, on invUaii; on ne disait point les ao- 
conqtagnert mais les suivre; on se levait quand elies bn- 
?aiait ou ^temuaient. Tootes oes etiquettes s'obserraient 
cliex les princes da sang; mais les femmes y. avaient des 
chaises k dos. Les princesses receyajeni les ambassadeurs 
couchto, afin de ne pas les reeondoire ; et les cardinanx 
oe terminaient leurs yisites que lorsque les princesses les 
aTaient appel^ deux fois Eminence, Quant anx princesses, 
on les appelait nuukanet et on leur parlalt k la troisi^e 
personne : on disait aux princes du sang : menseigneur, et 
non : iRon prince : oe titre ne se donnait qu^aux princes qui 
n^appartenaient pas ^ la famille royale, tela que les princes 
de Montmorency, de Rohan, de Talleyrand, etc., ainsi qu'aox 
princes Grangers, comme ceux d*Aremberg, de Hohenlobe 
et autres. Les femmes n'appelaient nwueitfneur que les 
princes du saog, et lee ^T^ques uniqiienMiit 

Les honnetirs de la cour pour lei homme$ consistaient, 
selon V4tiquettef k monter dans les carrosses du roi , ^ le 
suiTre k la chasse, a 6tre du Jeu de la reine, ^obtenir lee 
entr^, tenir le boog^oir, etc ; quelques-unes de oes chosea 
^ient de droit quand on aiait fait preuve de noblesse; 
les autres toient de foveur. On grattait k la porte de la 
chambro da roi, et quand on en sortait, il n'^it point 
permis de meCtre la main sar la serrure : un buis^r derait 
oQfrir. Dans les petits appartements, on n'obserrait au- 
cune etiquette; det mani^res respectueoses et courtoises 
suifisaient. 

H fiuidrait des volumes poor foire connaltre arec d6tail 

les Hiquettes obser? te k la cour de France. Plnsieurs 

poumient s'expUquer oa comme yieilies eoutumes de la 

monarchie, ou comme bommeges k la ni^iest6 souTerainCi 

ou comme .pMcautionsconsenratrices de la personne du roi ; 

mais beaucoup anssi de ces usages toiont absurdes, et les 

NUTre scnipuleasement ne P^tait pas moins. Qui eroirait 

qo'li SaintOkmd, le 29 juiUet 1830, un grand-oOiaer de 

Charles X lefusa d%troduire dans la chambre de son 

matUe on coorrier enToy6 de Paris » 06 Ton s^^orgeait, 

pute que Vitiquetie ne permettait pas de p6n^trer dans la 

clmnbre du roi qoand il y 6tait entr^ et en arait cong^di^ 

•aa flerr ice? II taut ponrtant qoe cette r^ si gtoante pr6* 



ftt 

sente de grands avantages, puisqu'un bommedout les talents 
en fait de domination sent prouT^, Bonaparte, ocYenu 
empereur, youlut r^tabiir Vitiqtiette. Bien qu'U U modifiiit^ 
il ne put empteher qu^eUe ne parOt alors plus ridicde qu'u- 
tile. Son g^nie, sa grandeur de conqu^rant, ne (irent point 
pour Vetiquette ce que le temps seul avait pu faire; et dana 
sa propre fiunille il trouYa de Topposition, non k rece? oir 
des bonneurs, mais^ en rendre. Ses scMirs, qui lors du cou- 
ronnement consentaient k ce que leurs dames portassent la 
queue de leur manteau , d^lar^rent qu^eUes ne porteraient 
poiat celle du manteau de Timp^ratrice. 11 fallut que 2<apo* 
Iton toiTit de sa main qu*il ne sooffrirait m^e pas que . 
Fott/Ht malade le jour de son saore. 

Vetiquette de la cour de Rome ni61^ aux rites religieux 
surprend les strangers. La communion est port^ au pape, 
qui se sort d'un cbalumeau d'or pour cpmmunier sous I'es- 
ptee du Tin. A Madrid, la reine Spouse de Charles II fut 
trainee longtemps par son cheval , dans la coar du palais, 
parce que V^tiquette punissait de mort quiconque toochait 
au pied de la reine, et que le piM de celled ^t demeur^ 
dans r^trier. A la Chhie, dans presqiie toute TAsie et en 
Afrique, c'est le front dans la poussi^re que Ton re^it lea 
ordres des souferains. Vitiquette est le rfteultat d^me 
suite de cireonstances fortuites que la cifiliBalion a touIu 
r^ulariser, qui suit les phases de cette civilisation, et qull 
est ^ement fiidle de condamner et d'absoudre, tant elle 
est mtiangte de bien et de mal. M*"* de Genlis a public un 
Dicfiottnatre dee JBliquettes. 0^ oa Bradi. 

]£TIRAGE. Ce mot, en technologie, a plusieurs ac- 
ceptiotts. Dans I'art du filateur, I'op^ration de Vitirage est 
ntossaire. Pour cela, on conunence par filer en gros; en* 
suite on dimmue, en Pallongeant^ le fil pour lui donner la 
^rosseur qa*on d^re, et c'est cette operation qa'on appeUe 
Hirage. Dans la manipulation de Tader se trouve aussi au 
nombre des op^ations qu'on lui fait subir celle de VHirage, 
On itire aussi le fer quand il est chaud pour Pallopger eC 
pour lui donner le plus de puret^ possible. V. ua MoiioN. 

jjfiTISIEy sorte de marasme. Cette expression n'est 
point employ^ par les m^ecins, mais seolement dans le 
langage populaire, et pour designer une maigreur extrtaie. 

ETN A9 en italien Mongibello ( do mot italien Jfon^^^ et 
de Tarabe djebel, montagne ), la plus haute des trois mon-. 
tagnes de TEorope qui vomisseat des flammes, s^dl^ve en 
forme de terrasses, dans la partie nord-est de la Sicile, da 
fond de U pUine de Catane, et atteint one altitude de 
3»424 mMres, oe qui est 2,000 mitres de plus que le Vteye. 
La base de la montagpe a environ 12 myriamitres de circuit 
Au nord, et de VOliveto do eouyent de capudns de Tre- 
cttstagne, Fceii dteoiifre de Unites parts les plaines lea 
plus f6rtiles, couvertes de palmiers k dattes, de figuiers de 
llnde, d*alote, de lauriers, d^orangers et de grenadiers, et 
k niorixon aa loin le plus admirable des points de me. 

L*£tna ne foumit pas seulement k une grande partie de 
ritalie la neig^ dont les habitants ont besoin poor confeo* 
tionner des boiasons k la glace ; on en exp^e m6me jusqo'4 
Malte, et on estime k 18 00 20,000 fr. le bdn^ce annuel de la 
Tcnte de neiges qui a Ilea rien que pour le compte de 1*^ 
T^ue de Catane seolement. 

Le crattee qui couronne l*£bia n'a pas mofais de 4 kilo- 
mMree de drconfi&«ioe : an fond de ce goufflre k reborda 
in^ox et d^hirfe , s'^tend, k une petite profondeor , un 
planeher que le bouillonnement des matiires en fusian, 
qu'il reoooTTO conome una aorte de croAte> a soole?^ daoa 
quelques endroits et d4chiM dans quelques autres. Troit 
ouTertures sans fond a^r Mnt fonnite : l\ine «st un trou 
oblong et ifr^gulier; les denx' auties prtentent la forma 
d'on oOiie. C*est par ces trois soopiraiix que a*6cbappeBt 
sans intermittence des tourbillons 4e fomte qui permettent 
difficilement k Vctil de mesurer la profondeor de rablme, 
^▼alu^ toutefois k 200 mitres. La conmienoe on large 
canal qui se d^ame sobitement et ee perd dans les rdgiens 
soutenaines. La fumte qui moBleda fond du grand €ratiro» 



lis 



ETNA 



Tue de jour, paratt Botre et ^isse, mait la nait eUe 
semble embraate : c^ert oe qui a feit croira kNiigteinps que 
le Tolcan Tomisaait dea flammee. Dans lea tempa ordinairea, 
lonque le goafTre est tranquUle, on enteiid coDstamment 
dms rint^eor un bndt aoord, sembiable an mngiaseBieDt 
de la mer oa k reOroyable bruit d'on immeiise fottrneaii 
dans lequel dea in6taux aeraient en Ebullition. 

Trois lonea bien trancbta ceignant, en a'^tageont inc- 
lement, lea flanca de cette montagne. Dana la partie inf<6- 
rieure (regione piemonte»e), qui a'^tend Jusqu'i une ban- 
teor de plus de 1,300 mMres, rtgne un printemps Eternel; 
des Champa da bli, dea Tignobles, dea Tergen, Etablls aur 
un sol fertile, y d^loient une ricbe T^g^tation, et liTrent k 
rbomme d'abondantes r^ltes : malgrE lea dangera du Toi- 
sinage, une population de 120,000 habitants s'y est groupte, 
et y forme 77 ▼illea, bourgs et Tillages. La zone moyenne 
(regione boscosa) se compose de TieiUes et sombres for6ts, 
peupl^ de troupeauz de boeufs, de chi^res sausages, de 
porcs-ipics et d^oiseaux de prole. Au-deaus, k 2,100 metres 
d^dcYatton, commence la troisitoie lone (regione scove- 
rata, la r^on nue, d^rte) : c*eat la r^on des neiges et 
des glaces, qui, jet^ ainsi entre la t£te ardente du mont 
et sa croupe T^oyante, offre Tun des plus curienx spec- 
tacles que roeil pnisse contempler. C^est dans cette troi- 
si6me r^on que se trourent la tour du philosophe , que la 
tradition dit avoir M habits par E m pEd ocle, et un bA* 
timent construit en 1811 par dea Anglais (Casa de IngUsi), 

« Le VEsu ▼ e , Trai nain k cdtE de TEtna, ne saurait en 
donner une idte, ditun Toyagenr moderne. Au V^utc, c'eat 
presque toujours dans le c6ne sup^enr que s'op^e tout le 
travail. L*£tna procMe autrement , et son o6ne supErieur 
se d^chire rarement. » En effet, surtreote Options, on 
en compte seulement dix qui aient eu lieu par le crat^re su- 
pErieur. « Plus de fumte seulement et un plus grand bruit 
au sommet annoncent chaque Eruption, mais sans que rien 
fasse pressentir oil cette Eruption pourra se manifester. 
Tout k coup, sur un pomt queloonque de la base, et sou- 
vent k une aasez grande distance du c6ne, la terre s^en* 
trouve, engloutissant tout ce qui la couvrait. Des maisons , 
des villages entiers disparaissent, et des torrents de feu, de 
cendres et de pierres aont violemment poussEs au dehors, 
lis s'accomulent, et un mont nouveau, un cAnt, se trouve 
formE, qui pendant quelques Jours vomit lui-mEme des 
dEbris enflammEs. Enfin, le volcan s'apaise; maia c'est le mo- 
ment le plus redoutable pour toute la contrEe. PrivEes de 
la force uEcessaire pour jaillir Josqu'au sommet, les matiE- 
res brfilantea se frayent on passage k sa base, et un fleuve 
Epais et rouge commence k couler lentement. Malheur aux 
champs, malheur aux villas ou aux villages qu*il trouve sur 
son cbemin, car il n^est point d'obstacie qui lui rEsiste... 
Tandis que le VEsuve reste solitaire, autonr de TElna se 
groope une multitude d'enfimts qui attestent sa terrible puis- 
sance. On Evalue k cent environ les monticules coniques 
qui se aont ainsi formEs ; leur hauteur varie entre 100 et 130 
mEtres. La lave de TEtna sillonne les contrEes les plus 
basses, et serpente k travers les terres les plus fertiles. II 
•St dea coulEes qui ont jusqu^k 4 kilomEtres de Urge, et 100 
mEtres de hauteur. Quand on les voit d*un point ElevE , on 
dirait un fleuve d'encre subitement congelE; quand on les 
rencontre sur son passage, de hautes murailles, iuEgales, cre- 
TassEes, calcinEes; quand ons'ypromEne,Une roche dure et 
noire, toute hErissEe de pointes ; mais le temps prEpare cette 
roche pour la vEgEtation : ai quelques parties restent lisses 
et pelEes, d'autres laissent germer des plantes vigoureuses. 
Plus tard la main de Thomme s'en empare, et des arbres 
' a*y piantent, des champs s'y coltivent, des jardins s'y fer- 
ment, d^ maisons s'y b&tissent. II n*est point alors de terrain 
plus ricbe, de vEgEtation plus brillante. La lave qui, 11 y a 
aept ou huit centa ans, combla le port d'UlyssEe et refoula 
la merjusqu'A trois miUesde distance, est maintenant le jar- 
4in le phis frais et le plus productif du pays. » 

Les courants de lave vumis par TEtna, au moment oil 



ils s'Echappent des flanca de la montagne, peuvent Eire 
oomparEs, pour la fluidilE et la oouleur, k la fonte de fer 
sortant du troo peroE k Tosuvre d'un haut-(oumeau. Us 
se oomposent de mEtaux et d*autres mmEraux en fusion, eC 
a'avancent en brOlant tout ce qui se rencontre sur leur pas- 
aage; les arbres, les maisons dont ils s'approchent tombent 
quelquefois deux heures avant d'Etre tou&Es, et une EpEe 
pkmgEe dans leur brAlant fluide est InstantanEment fondue. 
Leur marche, dont la vitesse ordinaire est de 400 mEtres 
par heure, se ralentit axtraordinairement snr un terrain ho- 
rizontal : Dolomieo dte mEme une coulEe qui mlt dix an<i 
k parcourir un seul kilomEtre. Ce mEme fait prouve aussi 
que le rebtrfdissement de la lave est parfois extrEme^ 
ment lent. Les quantitEs de matlEres vomies par rEtna 
pasaent toute imagination, ill est des flenves de lave qui 
ont jusqu'li 48 kilomEtres de longueur sur 13 de huget r. 
Le JEsuite allemand Kircher s'est livrE, en 1660, k un cal- 
cul sur la masse des dEjections de I'Etna, et il a reconnu 
que ces dEjections rEunies pouvaient alors former un vo- 
lume vingt fois plus grand que le volume primitif de la 
montagne elle-mEme. 

Les tEmoignages hiatoriques les plus anciens font mention 
des Eruptions de TEtna ; il en est question dans Thucydide, 
Strabon, Diodore de Sidle , Pindare, Yirgile, LucrEce. On 
dte avant notre Ere onze Eruptions cElEbres, surtout celles, 
des annEes 477 et 121 avant J.-G., et soixante-sept depuis 
lors. Les plus mEmorables de cea demiEres eurent lieu en 
1160, 1169, 1329, 1536, 1537, 1669, 1683, 1755, 1763, 1787, 
1792, 1802, 1809, 1811, 1819, 1832; les plus rEcentes SOUt 
cdles de 1838, lt42 et de 18.52. 

De toutes ces Eruptions, il n'en est aucune sans doute 
k laqudle ne se rattache TidEe dea plus grand; dEsastres ; 
mais peut-Etre TEruption de 1669, qui dura cinquante-quatre 
jours, surpasse-t-elle toutes les au^es par ses Epouvantables 
ravages. Elle comment le 11 mars, deux heures avant mi- 
nuit. A 20 kilomEtres environ an-dessous de Tanden era- 
tEre, et 4 10 kilomEtrea de Catane, a'ouvrit un vaste 
cratEre d'od aortirent des gerbes de flamnies de 200 mEtres 
de hauteur. Des blocs de pierre pesant plusieurs quintaux, 
lancEs par la mEme ouverture, allErent tomber k quelques 
kilomEtres de Ik. Des fleuves de lave, semblables k des ruis- 
aeaux de verre liquide, prirent en mEme temps leur cours 
vers le pied de la montagne, et couvrirent un espace de 
26 kilomEtres de long sur 4 kitomEtres de large : Pun d'eux 
dEtruisit sur son passage quatorze villes et villages EpargnEs 
jusqu'alors par le volcan ; un autre se dirigea vers la mer, 
s'avanfa dans les flots jusqu'k un mille du rivage, et y forma 
une digue brOlante, qui eommuniqua aux eaux de la mer 
une chaleur si vive qu'dles brfilaient la main k la distance 
de vingt pieds tout autour de cette digue, n C*est k Nico- 
losi, village ricfae et populenx, dit encore le voyageur dont 
nous avons invoquE plus haut le temoignage, qu'aprEs deux 
jours d'obscuritE complEte, d^effroyables dEtonnations et de. 
secousses multipHEes, un gouffre s'ouvrit, d*o6 s'Elan^ 
le mont connu aujourdliui sous le nom de Monterossie. 
Ce gouffre, qui plusieurs fois changea de place et de forme, 
ent*un moment 17 kilomEtres de lon